XX. — A LOUIS XIV
(Mémoire et réponse autographes '.)
Paris, 5 aousl 1673.
Pour répondre ^u billet que Voetre Majesté a bien voulu m'écrire, il faudroit, Sire, employer toute ma vie en remerciemens des grâces que je reçois de Vostre Majesté.
. Elle veut bien pardonner à mon frère ^;
Mon fils reçoit tous les jours des marques de sa bonté, après avoir reçu c^lie de l'admettre à faire ma charge en un âge si peu avancé ^';
Et Vostre Majesté veut bien me délivrer du reproche que je me .faisois tous les jouis à moy-mesme de ne pouvoir pas servir Vostre Majesté aussy bien que je Taurois désiré dans ses travaux des places d'Alsace. Je ne puis répondre. Sire, ài toutes ces bontés que par un respectueux silence en la conjurant de vouloir biea pardonner les fautes que je fais dans son service.
j II me semble, Sire, qu'il seroit temps qu'il plust à Vostre Majesté régler les dépenses de l'année prochaine pour commencer dès à présent à travailler djui fonds nécessaires, tant ordinaires qu'extraordinaires. Par avance, j'ay desjà p^roposé aux fermiers des fermes unies de faire un prest de 6 millions payable 00 huit mois depuis septembre jusqu'en avril 167/i ^
Je continueray dans ces trois mois d'assurer le plus de fonds qu'il sera possible, en attendant qu'il ayt plu à Vostre Majesté régler Testât des dépenses ^
Dans les taxes que [payent] les propriétaires des maisons basties dans les i^ubourgs de Paris contre les défenses , il y en a un assez bon nombre qui appart-icnnent aux hospitaux et maisons religieuses; sçavoir : à l'Hospital Général, à l^Hostel-Dieu, à la Pitié, aux Incurables, à la maison de Saint-Joseph, et h Quelques autres.
Les traitans ne peuvent exercer de contraintes contre les propriétaires.
Les commissaires du conseil inclinent fort à les décharger, mais j'ay sus- |>«ttdu jusqu'à ce que je pusse estre informé des intentions de Vostre Majesté t^our leur faire la grâce en son nom, en cas qu'elle l'accorde, ou pour laisser ^gir les traitans '^.
J'envoye à mon fils une relation des ouvrages de Versailles, j'espère que dans un mois tous les ouvrages que Voslre Majesté a ordonnés seront entièresiaent finis ^
M. de Richelieu ^ m'a fait sçavoir que la Reyne demandoit une cheminée dans l'un de ses petits cabinets. Après les avoir visités, j'ay trouvé que l'on
* J'ai cite dans Y Introduction (i>age lxxxvi) "* Scignelay avait alors Yin(;t-deux ans. «t«llc lettre et la suivante, qiu'j«; ne connaissais * Armand-Jean du Plessis, duc de Riche- «•ncore que par les extraits insérés dans les lieu, né en 1639, général des galères de if)/! 3 ^EuvreM de hmis \IV, à i66j , j>air de France, chevalier d'honneur
* Voir pièce n^xviii. delà Dauphine. Mort le 10 mai 1715.
ccxxxvi ANNEXES.
en pouvoit faire une sans rien {jaster et sans percer les voustcs. Voslre Majesté ordonnera, s'il luy plaist, si j'y feray travaillera
Je crois estre obligé d'avertir Vostre Majesté, sur le sujet du prieuré d'Ars en risle de Ré, que ce prieuré est vacant depuis cinq mois, qu'il est de la collation de l'abbé de Saint-Michel-en-rHerni, que dans le temps de la vacance, c'est le pape qui y a pourvu jusqu'à présent. Si Vosti^e Majesté le <loiine à présent, celuy à qui elle le donnera aura un procès à soutenir; mais si elle retarde encore quinze jours ou trois semaines, les six mois estant expirés, celuy qui a les provisions du pape sera maintenu sans difficulté*.
J'attends les ordres de Vostre Majesté sur l'affaire du Languedoc et sur les commissaires des tailles pour Tannée prochaine **.
J'envoye à Vostre Majesté le mémoire des fonds faits pour les places d'Alsace, de ce qui en a esté envoyé et de ce qui en est resté '.
Je dois dire à Vostre Majesté que M. le premier président, M. le procureur général et tous les magistrats tiennent fort exactement la main a Texécution de l'édit des formules J.
néPONSE DE LOUIS XIV, EN MARGE.
Nancy, 8 aousl.
" Je n'ay rien à répondre à ces trois premiers articles, si ce n'est que je seray toujours bien ayse de vous faire plaisir quand je le pourray.
^ J'ay desjà pensé hce que vous me mandez sur les dépenses de l'année prochaine, mais vous sçavez que je ne le puis faire juste, ne sçachant ce qui arrivera, et Testât oii je seray: mais pour prendre les choses au pis et pour ne vous point tromper, nous pouvons compter que je seray obligé de faire les mesmes dépenses que cette année et dans les mesmes temps, si la paix ne se fait pas, car si elle se fait je meltray les choses sur un pied que nous n'aurons pas de peine.
*^ Vous ne sçauriez manquer de songer d'avoir de Targent.
'* Mon intention est qu'on remette aux hospitaux dont vous me parlez la taxe qu'on a faite; dites-leur plus tost que plus tard, de manière qu'ils m'en ayent obligation.
** J'ay vu le mémoire de Versailles dont je suis très-satisfait.
^ Si cette cheminée se peut faire sans rien gaster, faites-y travailler.
^ Pour le prieuré dont vous me parlez , je crois Tavoir donné à un abbé Gobelin^ Je crois aussy qu'il n'en a pas pris les provisions. Je parleray au père Ferrier^ pour sçavoir si c'est celuy-là , ou bien si c'en est un autre.
^ Je vous ay mandé ce que je désire sur les Estats et sur les tailles.
' J'ay vu le mémoire des fonds faits, envoyés, et restant pour T Alsace, au-
* Gohelin, d'aboixl ciipitaino île cavalerie, * Jésuite, confesseur de Louis XIV. Mort
renoriçîi à la carrière miliiaire et devint doc- le ai) oclohre 1O7/1. — Il fu! niinplacé par !♦»
leur l'u Sorbouuc. Directeur de madame de (Kre La Chaise. Maiuteuon de 1 ()6() à 1 (h) i , époque de sa Uïorl.
FINANCES. ccxxxvii
quel je ne l'épondray qu'après que Louvois sera revenu du voya{fe que je luy ay fait faire h Brisach et Philisbourg.
j Dites au premier président , au procureur général et à tous ceux qui font bien leur devoir que je suis très-satisfait de leur conduite.
Vostre fils vous mandera ce que je luy ay ordonné sur toutes les affaires qu il m'a rapportées.
(Cabinet de M. le duc de Luynes. Mss. n** 93, carton 9.)
XXL — A LOUIS xi\.
( Mémoire et réponse autographes.)
Sceaux, i& aoust 1673.
J'envoye à Voslrc Majesté les six chaisnes d'or et quatre boistes à portrait cjn'elle m'a ordonné, suivant le mémoire cy-joint*.
Sur les vaisseaux que Vostre Majesté ordonne pour arrester le commerce «X'uî se fait d'Ostende à la coste de Biscaye, mon fils fera lecture à Vostre Majesté de ce que j'ay écrit au chevalier de Château-Renault^ sur ce sujet**.
A l'égard des finances, comme Vostre Majesté estime que la dépense sera le, l'année prochaine, à celle de cette année, je la supplie de considérer
Telle montera à 100 millions de livres;
Que les revenus de Vostre Majesté montent 376 millions, à quoy ajoutant 3 millions de livres que l'on pourra tirer des formules, ce sera 78 millions;
Que toutes les fermes diminuent considérablement par la guerre, en telle 5*orte qu'il faut faire estât de trouver au moins 26 millions de livres en affaires Ci;Dttraordinaires, ce qui ne se peut sans une très-grande application de Vostre ^4ajesté.
rassemble et discute tous les mémoires anciens et nouveaux d'affaires extraordinaires* pour en faire rapport à Vostre Majesté, à son retours
Par le premier ordinaire , j'enverray à Vostre Majesté les projets des inst.ructions pour ses commissaires aux Estais de Bretagne, Provence et Languedoc. Vostre Majesté observera, s'il luy plaist, que ces derniers donnèrent îa millions de don gratuit Tannée dernière**.
Réponse DR Lorrs xiv, en marge.
Nancv, t8 aoust.
* J'ay reçu les chaisnes (il les boistes. ** Mandez bien clairement à ceux (\u\ commanderont les frégates qu'il ne
^ François - Louis Rousselet , nturquis de (1701*^), lieutenanl général do Bretagne
C^ihileau-Regnaud, prit du service dans Tarméo (170/1). Mort le i5 noveuilire 1716, à i'dge
^ lerre eo 1 658* Trois ans après , il entra dans de (|uatre-vingis ans.
la mariott, ot fui nommé capiUiine eu 166/4. ^ Voir Finance*, pièce u" 990, dernier ali-
^>tl€oessiveInent lieutenant général (1688), * néa, cl noie 1, page 335. 'vicf-aniiral (1701), luanV.hal de France
ccxxxviii /ANNEXES.
faut pas prendre les lettres, mais les jeter seulement avec la valise ou la malle où elles seront, à la mer.
•^ La dépense me fait peur; mais j'espère que , par voslrc application et voslre travail , vous trouverez tout ce qu il me faudra. J'ay une grande confiance à vostré sçavoir-faire et à l'action que vous avez pour mon service et pour moy. Vous ne sçauriez songer de trop bonne heure aux moyens dont on se pourra Servir.'
*^ Quand je reçus vostre billet sur les Estats de Languedoc, il me parut qu'ils avoient payé 2 millions l'année dernière; comAe vous ne me disiez qtié i,8ooiOoo livres, je croyois me tromper. Il faudra leur en demander comme l'année passée et ne se contenter que de 2 millions. '
Vous ne m'avez rien répondu sur les estapes des Éveschés; cela presse,^! on y doit remédier plus tost que plus tard.
Vostre fils vous fera sçavoir mes intentions sur ce qu'il m'a rapporté. J*ay achevé de voir et de résoudre les projets qu'il m'a montrés, qui sont très-bien faits. Vous m'en direz vostre avis quand vous les aurez vus.
Il faut faire en sorte que les pompes de Versailles aillent si bien, surtout celles du réservoir d'en haut, que, lorsque j'arriveray, je les trouve en estât de ne me pas donner de chagrin en se rompant à tous momens.
(Cabinet de M. le duc de Luynes. Mss. n" 93, carton a.)