XXII. — A LOUIS XIV
( Mémoire et réponse aulopraphcs. )
Sceaux, 13 se|>tcnihre 1O73.
Je craignois fort, Sire, que Vostre Majesté, dans son voyage d'Alsace, ne fust pas satisfaite de tout ce qui s'y est fait; mais je vois, par le billet que Vostre Majesté à bien voulu m'écrire, que j'ay toujours de plus en plus sujet de remercier sa bonté d'avoir bien voulu excuser toutes les fautes qui s'y sont faites et qu'elle a bien voulu considérer (jue, dans le temps que le revestissement de ces deux grandes places a esté entrepris. Ton n'avoit pas en France l'expérience de ces sortes d'entreprises*'.
J'ay fait sçavoir à Vostre Majesté que j'avois fait remettre en Suisse 4o,ooo livres et que les fermiers des gabelles de Lyonnois exceuteroient les ordreîi de M. de Saint-Romain ^ sur le sel de Berne **.
J'enverray à M. Poucet l'instruction sur tout ce qu'il aura à faire lorsqu'il sera arrivé à Metz *.
Vostre Majesté a enfin heureusement terminé la grande affaire des dix villes impériales^; je crois qu'elle ne pouvoit rien faire de plus avantageux pour son service et pour la seureté de l'Alsace.
' Melchior de Hdron, baron de Sainl-Ro- * En quelques semaines, la surprise ache-
main (voir pafje /i 56), ambassadeur en Suisse vanl ce qu'avaient commencé Parginil eC lès «le 1679 à i()7'i. promesses,rioImar,Schelesladl, et huit autres
FINANCES. . ccxxxiv
Tout ce que Vostre Majesté a ordonné sur le sujet du papier marqué sera exécuté.
A l'égard des finances, elles vont leur train ordinaire. Le payement de toutes les dépenses qui ne sont point absolument nécessaires recule toujours et s'accumule, et la peine de trouver de quoy acquitter les dépenses pressées et importantes augmente ^ ^.
J'ay fait prendre depuis un mois sur la place de Paris près de i,5oo,ooo livres, à 6 p. o/o d'intérest •.
Vostre Majesté sçait qu il s'en faut 9 5 millions de livres que les recettes de l'année prochaine ne soyent égales aux dépenses. Il faut trouver cette somme par le moyen des affaires extraordinaires; il suffit que Vostre Majesté sçaclie que sa présence est nécessaire pour en entendre le rapport, les résoudre et les exécuter^.
Je reçois par tous les billets de Vostre Majesté les marques de sa bonté sur le sujet de mon fils ; je souhaite bien qu'il s'en rende digne par son application et sen travail.
Les ouvrages de Versailles s'avancent et j'espère que dans la fin de ce mois le labyrinthe, le marais, les appartemens de Vostre Majesté et de la Reyne seront entièrement achevés.
Trianon est aussy achevé.
Toutes les pompes vont bien. Le sieur Franceni double le chapelet de lapompe qui reporte l'eau du parterre dans le réservoir haut, en sorte que j'espère qu'elle portera plus de 120 pouces d'eau*.
J'ay faitsçavoir à Vostre Majesté que j'avois fait payer 600,000 livres à compte du subside d'octobre prochain pour l'Angleterre et i5o,ooo à compte des 3oo,ooo de Brandebourg ^.
Je travaille au surplus, et ensuite il faudra penser aux subsides d'Allemagne, des deux mois prochains.
M. le duc de Bavière ' fait demander les troisième et quatrième mois du subside de son traité, montant h 96,000 livres. J'attendray sur cela les ordres de Vostre Majesté '.
RKPONSR DE LOUIS XIV, El« MARGK.
Nancy, 1 6 soplembrc.
* Je n ay rien à répondre au premier article, si ce n'est que je ne doute nullement que vous ne fassiez tout ce qui dépend de vous pour que je sois bien servy h toutes choses.
^ Pour ce qui est de la Suisse, je vous ay mandé mes intentions, que je crois qui sont exécutées.
villes restées libres sons le protectorat de ' Voir FirniiicM, pitVe n" a55.
TEmpire, furent soumises. On ménageait en- * Ferdinan(l-Marie-François-I/Tnace,tluc<le
core Strasbourg. ( Voir Hiêloire de IjouvoU^ par Bavière, né en i636, éjoclenr en 1 Of)!. Mort
M. Rousset, l, '170.) le «7 mai H>79.
ANNEXES
•^ Il faut envoyer de l'argent pour les eslapes à Metz devant que Ponoet arrive, quoyqu'il y soit hientost.
•* Il faut que le nécessaire marche le premier, et après, j'espère que nous sortirons du reste avec le temps.
" L'emprunt à 6 p. o/o est très-à propos.
^ Quand je ne croiray plus ma présence nécessaire à la campagne, je retourneray d'abord; mais je vois encore quelque chose à faire qu'il faut achever devant que d'y songer. Les boulets que j'ay demandés vous peuvent faire juger ce que c'est.
« le seray trè&-ayse, en arrivant, de trouver VersaUies en Testât que vous me mandez. Songez surtout aux pompes; si la nouvelle jette iQO pouces d^eau, cela sera admirable.
^ Tout ce que vous avez fait passer en Angleterre est bien. Pour Brandebourg, j'ay ordonné à Pomponne de vous écrire sur le temps du payement.
' Il faut faire payer les deux mois que demande l'électeur de Bavière.
Vostre fils m'a lu les lettres qu'il a reçues d'Angleterre. MarteP mérite un grand chastiment s'il a fait ce que Ton mande. Il le faut bien sçavoir afin de faire une justice qui apprenne aux officiers de marine qu'il n'y a point de party que d'obéir sans aucun détour à celuy que je choisis pour les commander.
Il m'a lu aussy ce qui regarde Guise, Saint-Quentin et le CateleL
Je vous ay fait sçavoir mes intentions sur Guise ; il ne faut pas perdre de temps. Vous sçavez ma pensée sur le Catelet; et pour Saint-Quentin, il faut absolument le mettre en estai qu'il ne me donne pas d'inquiétude.
J'ay vu l'arresté de l'autre mois et le billet que vous m'écrivez ; je crois vous avoir répondu à ce qui le concerne ; mais , à tout hasard , j'aime mieux vous dire encore que si je manquois , qu'il est de la dernière conséquence que vous fassiez passer les sommes que je demande dans les temps que je marque , car je ne vous l'ordonne que lorsque je crois qu'il est tout à fait nécessaire pour le bien de mon service.
(Cabinet de M. le duc de Luyncs. Mss. n" qS, carton i.)
^ François de Martel, alors lieutenant général de marine. (Voir page 554.) — 11 fut, par suite de cette affaire, arrêté et mis à la Bastille. On trouvera dans la section Marine , à Irt date des 1 5 et 1 9 septembre 1 678, des lettres de (iolberl à ce sujet. — On lit dans l7/wtoire mari lime de France, de M. Léon Guérin, in, 2/i5 : «'Ignorant que Temprisonncment du marquis de Mortel à la Bastille, emprisonne-
ment qui dura près de deui ans, avait poar cause une lettre plus qu^insolente écrite le lendemain de In bataille (93 août), à Colbert, sur le compte du vice -amiral d'Estrécs, les Anglais prétendaient qu^on avait seulement voiila punir ce lieutenant général de la valeur avec laquelle il s'était comporté, sans se préoccuper des insli uctions secrètes que [louvait avoir son chef immédiat. 7î
FINANCES. ccii.f
WIII. — A LOIIS \1V.
10 niay 167/1.
J'hésile fort, Sire, d'interrompre Voslre Majesté dans une si terrible application que celle qu'elle se donne à présent^; Dieu veuille quelle finisse bienlost et au88y glorieusement quelle le d«!sire •!
Je fais payer aujourd'buy les subsides eslrangers suivant le mémoire que Vostre Majesté m'en a envoyé.
Je travaille incessamment à disposer les 3,600,000 livres qu'elle a demandées pour la (in de ce mois.
Je cultive toutes les affaires extraordinaires pour les avancer et en tirer tous les secours auxquels Sa Majesté s'est attendue; mais la plus grande application que je me donne à présent regarde le renouvellement des baux des fermes, et je tasche de ne rien oublier pour parvenir à les porter à leur juste valeur. Ce que j'en puis connoistre jusqu'à présent est qu'elles diminueront d'un million ou un million et demy au plus dans la guerre et qu'elles augmenteront d'autant pendant la paix^.
Vostre Majesté avoit nommé le sieur de Bercy fils pour intendant de Berry ; mais Testât auquel est son père ne luy permet pas de le quitter. Il m'a prié instamment d'en remercier très-humblement Vostre Majesté, en sorte qu'elle a présentement à disposer de l'intendance de Berry et de celle de Touraine.
Le sieur Tubeuf, qui estoit en Berry, pourroit y estre renvoyé ^^
Et, en la place du sieur Ribeyre, j'avois proposé à Vostre Majesté le sieur IjC Tonnelier de BreteuiP. Ils sont tous deux fort habiles et ont pris des augmentations de gages '^
RKPOKSE DE LOtlS XIT, EN MARGE.
[Devant Bosanfon] 18 may.
• Les choses sont dans un bon train icy, et j'espère que bientost j'auray plus de relasche que je n'en ay eu jusqu'à cette heure pour songer à ce qu'il y 4iura à faire de tous costés. C'est pourquoy ne vous reteniez |)as et me mandez tout ce que vous croirez nécessaire.
** Je vois les diligences que vous faites pour exécuter ce que je désire; j'en «uis très-satisfait.
' Bon.
* Bon.
(Cubinct (le M. le duc de Liiynrs. iNIss. if 98, carton 9.)
' Le siège de Besançon. Ailaquôo le » mai, ' Antoine do lliboyrc, qui était intendant
la ville se rendit le 31. <lo Tom^ depuis xd'j'i, fut nommé lieutenant
' Charles Tubeuf , alors à Tours, ne quitta Hvil au CbAtHet. De Bretenil obtint Tinten-
pourtant point ce poste. Malliias Poucet, sieur danre «rAuiiens. de La Rivière, remplaça à Roiirges M. de Rercy.