‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 385 sur 411 · A M. DE SÈVE · texte numérisé non relu

A M. DE SÈVE

INTENDANT A BORDEAUX

Saint-Germain, 3o novembre 167a.

Pour réponse à vos lettres des 17, 1 9 et s t de ce mois , aussytost qae le sieur Le Maigre aura remis en mes mains les récépissés et acquits de toutes les dépenses qui ont esté faites cet esté en Guyenne , j'expédieray les ordonnances pour les fonds. Aînsy, ce sera une affaire qui sera bientost entièrement achevée.

Sur tout ce que vous m'écrivez concernant la ville de Bayonne , je vous Avoue que je vois assez clairement , par tout ce que vous m^en avez écrit depuis cinq ou six mois , combien cette ville est mal disposée; mais il est bien difficile , dans le temps où nous sommes , de pouvoir la remettre dans le devoir, en cas qu'elle s'en fust écartée. Il faut seulement s'apjdiquer à couler le temps et, autant que possible, ne rien émouvoir. C'est pourquoy il est nécessaire que vous disiez aux principaux employés au recouvrement du droit du papier timbré qu'ils n'innovent rien dans cette ville-lii et qu'ils continuent de se servir de l'ancien timbre sans se servir du nouveau. Comme elle est à l'extrémité du royaume et presque entièrement séparée de toutes les provinces qui luy sont mesme les plus voisines , il y a lieu d'iespérer que cela ne tirera à aucune conséquence pour les autres.

Je vous renvoyé le mémoire sur les difficultés du nouveau papier timbré avec les résolutions que le Roy a prises, lesquelles vous ferez exécutera

A r^ard d'Audijos^, vous avez bien fait de promettre miUe écus à celuy qui le livrera. Mais il faut aller plus loin, et, pour cet effet, je donne

* Le 16 de ce mois, Golbert avait déjà écrit sur ce sujet au même intendant : « Pour ce qui regarde la contestation qui est entre le nonvean fermier des formules et ceux qui sont oMigës d^avoir des registres en papier timbré, il n'y a point de difficulté que tous les registres commencés pour une année sur du papier de Tancien timbre doivent couler jusqu'à la fin de cellfr-cy. Mais il ne laut pas souffrir que personne commence de nouveaux refpstrcs, ni fasse aucun acte à Tavenir qui ne soit marqué du nouveau timbre. . . n {Corresp, de M. CoUfërty page 93 1.) — Voir aussi pièce n* 378.

' Nom d'un chef de révoltés du pays basque et des Landes. — L'introduction de la |;al)elle dans ces pays y avait mis toute la population

en émoi. Forcé de sévir, l'intendant de Bordeaux le fit avec la dernière rigueur ; mais , soutenus par les habitants, les rebelles résistèrent longtemps. On disaii même qnc quelques^ns d'entre eux qui avaient assassiné des eommia recevaient une prime, indépendamment d'une subvention de ao sous par jour. Plusieurs des complices d'Andijos furent saisis et subirent le soppliee de la roue. Quant à loi, il réwMl à gagner la frontière d'Espagne. — On trouvera de nombreux renseignements sur cette résistance à l'antorité royale dans la CorreifHmdanee adminiêinUive du f^ègne de Lomie XIV (i. III, introduction, pages v a vu) cl dans la correspondance adressée par l'intendant Pellot a Colhert (même volume, pages 68 à 1 a3).

iU FINANCES,

ordre au sieur Le Maigre de vous fournir jusqu'à 3oo pistoles, pour les distribuer ainsy que vous estimerez à propos, de concert avec M. le mareschai d'Âibret, pour pouvoir prendre cet homme. Si vous estimez mesme qu'il fust nécessaire de promettre davantage à ceux qui pourroient le prendre, vous pouvez le faire sans difficulté et estre assuré que le Roy fera exécuter ce que vous aurez promis.

Il seroit à souhaiter que les habitans de la Guipuscoa ^ pussent obtenir la liberté de renouveler leur commerce avec la France , et il ne peut estre qu'avantageux au service du roy que les habitans de Saint-Jedii-de*Laz et de Ciboure^ soyent animés contre ceux des frontières d'Espagne.

Vous voyei bien qu'en Testât ou sont les affaires de vostre généralité, il n'est pas possible que vous puissiez venir icy jusqu'à ce qu'il n'y ayt aucun bruit et que tout soit entièrement calmé.

Les fermiers du droit de jauge et courtage m'ont dit depuis peu q«'il y avoit eu du bruit à Saintes sur la levée de ces droits. Gomme je ne doute pas que vous n'en ayez esté bien informé, j'espère aussy que vous n'aurez pas manqué de vous y rendre pour l'apaiser, et pour faire exécuter Tarrest du conseil portant règlement sur la levée de ce droit, que je vous ay envoyé. Ne manquez pas de me donner part de tout ce qui se passera en cela, estant très-important que vous vous transportiez promptement dans tous les endroits de vostre généralité où la levée de ce droit pourroit causer du bruit.

Je vis hier à Paris, entre les mains des traitans généraux des arts et métiers, le rôle des accommodemens que vous proposez de faire avec les villes de vostre département pour cette affaire. Mais comme je vois que ce rôle ne monte qu'à 00,000 livres, que les taxes des villes sont fort petites, et que le Roy a fait estât de tirer près de 100,000 livres de la généralité de Bordeaux, je vous prie d'examiner si, sans trop forcer ces taxes, vous les pourriez portera 96,000 écus.

Le fils de M. le président de Gourgues ^ est icy, qui sollicite toujours les ordres du roy pour faire présider son père en la Grand'chambre , en l'absence du premier président*, et une évocation générale de toutes ses affaires du parlement de Bordeaux, pour estre renvoyé ailleurs. J'attends le détail de tout ce qui se passe au parlement sur son sujet, et

' Province iPEspagne contiguc à la Navarre. mand de Gourgues, son iils, celui donl il est

* Petit village du canton de SainUJean-de- sans doute question ici , après avoir clé niaitre

Lui, arrondissement de Bayonne (Basses-Py- des i-eqnétes, inleiNiant à Linooges (1686),

rénées). puis è Gacn (1 68G) , devint président et lien-

^ Jean de Gourgues, président à mortier au tenant général au prëstdial de Bordeaux. porlcnieiit de Bordeaux; mort en 168/1.— Ar- * GY'Iait M. de Pontac. (Voir page 3A3.)

vostre avis sur les deux demandes qu'il fait au Roy, Sa Majesté voulant que vous démeslies bien ce qui peut estre de la mauvaise volonté que cette compagnie a pour ledit sieur de Gourgues à cause de la charge qu'il a levée aux revenus casuels, des autres motifs qui la peuvent exciter contre luy.

Le Roy m'ayant ordonné de vous envoyer sa déclaration du âo juillet de la présente année, que vous trouverez cy-jointe, pour l'aliénation des droits seigneuriaux qui se payent aux échanges, avec Tarrest du 99 septeoibre dernier sur le mesme sujet , comme aussy les deux arrests que Sa Majesté a fait expédier, l'un du 7 de ce mois , qui ordonne que dans un mois après la signification tous les procureurs, huissiers, sergens et notaires seront tenus de faire registrer aux greffes des juridicticms royales, dans le ressort desquelles ils seront, les quittances du trésorier des re* Yenuscasuels des taxes qu'ils ont payées; et l'autre du 90 dudit mois pour la vente et adjudication des offices de jaugeurs de futailles et de courtiers de boissons et liqueurs. Sa Majesté m'a ordonné en mesme temps de vous dire que vous fassiez publier et afficher lesdites déclaration et arrests dans tous les lieux de la généralité de Bordeaux où il sera nécessaire, et qu'au surplus vous teniez la main à ce qu'ils soyent ponctuellement exécutés suivant l'intention de Sa Majesté.

(BiU. des la?. Bis. Corrupanianet ée M.CoBmi, 167^ , page 979.J

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