‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 9 sur 411 · AFFAIRES EXTRAORDINAIRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES EXTRAORDINAIRES

Ënrcgiftlremenl facile des édils. — Moyens de recouvrement. — LcUres de Colbcrl au Roi «ir le» taxes des nouvelles conslniclions à Paris et sur les formules. — Le papier soumis À TiropÀt et au timbre. — ^enregistrement des hypothèques, établi et supprimé. — Taxe des arts et métiers, et autres inventions Gscales. — Révoltes de Guyenne et de Bretagne vioienmient réprimées; troubles k Poitiers , etc.

Si les tailles furent l'objet constant de la sollicitude de Coibert, ses plus graves embarras pendant quelques années provinrent des affaires extraordinaires, qui donnèrent lieu sur plusieurs points, notamment en Guyenne et en Bretagne, à des révoltes dont This* toire a enregistré les sanglants incidents.

Ces déplorables moyens, inventés pour fournir aux dépenses de la guerre, se multiplièrent surtout de 1672 à 1675. Rien malheureusement n'était plus aisé. Le contrôleur général, un traitant plus ou moins ingénieux, un intendant de province, avisait une matière imposable à laquelle on n'avait pas encore songé. L'affaire était mise aux enchères, adjugée au plus off'rant et immédiatement exploitée. Le Trésor n'avait plus qu'à recevoir. Abusant malgré eux (le cette funeste ressource, les contrôleurs généraux de la seconde moitié du règne, Pontchartrain, Chamillart et Desmarets épuisèrent le pays et le réduisirent à cet état de misère dont Boisguilherl et Vauban ont tracé un si affligeant tableau.

Les premiers expédients de Colbert furent l'aliénation de quelques doinaiiies produisant 4oo,ooo livres de revenu, et la suppression <hî in vaisselle d'argent superflue, qui fut portée à la Monnaie. Le parl(>uient, dont la cour se méfiait toujours, ayant enregistré les noiivtwiux édits sans opposition, le ministre proposa, le 5 mai 1 07 «j, (](» distribuer 1 9 ou i5,ooo livres aux conseillers qui avaient //• mû*mt MTVx, (»l Louis XIV y consentit, à condition que cela ne ihcnni juiH ù cmMqupi\ce. Les mesures qui suivirent rencontrèrent

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tout d'abord dans les provinces des obstacles sérieux. Désirant ne pas s'y heurter, Colbert donnait, le 28 septembre suivant, d'excellents coEseils à l'intendant de Tours. crEn toutes choses, lui disaitil, il y avoit des tempéramens à prendre pour éviter les extrémités; il falloit donc, pour retirer des affaires extraordinaires le secours que le Roy en attendoit, les traiter avec plus d'indulgence et de facilité que les autres, en prenant garde qu'elles fussent trop à charge aux peuples. 1) Cependant, forcé parles circonstances de se montrer exigeant, il inclinait déjà aux moyens de rigueur. «En cas d'impossibilité, écrivait-il le 3o à l'intendant de Bordeaux, il faudra nécessairement recourir à la voye de la garnison, n

■ Le recouvrement des affaires extraordinaires ramenait donc forèrent la question des porteurs de contraintes et des garnisaires. En contact plus direct avec les populations, connaissant mieux que le contrôleur général les charges qu'elles pouvaient porter, quelques intendants auraient désiré plus de latitude pour Tépoque des payements ; tel était l'avis de celui de Montauban. Colbert placé à un point de vue différent, et obligé de subvenir aux frais énormes de la guerre, n'entrait pas dans ces considérations. Les taxes extraordinaires n'atteignaient pas d'ailleurs, comme la lailljs, la population des campagnes; elles pesaient sur celle des villes, titulaires de charges publiques, rentiers, corporations, etc. qu'il était moins disposé à ménager, cr A l'égard des porteurs de contraintes, écrivait-ii, le 3 février 1678, à Tintendant de Montauban, ne préjudiciez jamais à ce qui peut regarder la célérité des recouvremens des deniers du roy. Surtout, il est de la dernière conséquence que vous ne vous découvriez à qui que ce soit des sentimens qui paroissent dans vos lettres sur ce sujet, parce que, si vous faisiez e<)nnoistre que vous improuvez la conduite qui a esté tenue jusqu'à présent, les peuples, qui ne sont pas trop faciles, en tireroient un trop grand avantage, qui nuiroit audit recouvrement. Vous devez donc traiter cette matière avec prudence et mesme avec quelque sorte de dissimulation, en retranchant l'un après l'autre les plus grands abus par tous les moyens que vous trouverez les plus doux

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et les plus faciles. Et ainsy, successivement, vous parviendrez à réduire les frais de contraintes et à soulager les peuples. *» Le lo du même mois, Colbert reprochait encore à Fintendast de se laisser trop facilement prévenir contre les agents de la perception : cr Vous sçavez fort bien, ajoutait-il, que, dans nulle matière, il n y a rien qui soit si dangereux. Gomme ia matière du recouvrement des deniers publics est toujours pesante aux peuples, et par conséquent odieuse, non-seuleuient il faut bien se garder d'en croire et d'en juger mal sans en avoir la preuve constante; mais raesme quand on Tauroit, il ne faudroit pas que les peuples s'aperçussent qu'un ministre public comme vous condamnast ni blasmast publiquement la conduite de ceux qui y sont employés. -»

Quoiqu'on ne fût encore qu'à la seconde année de la guerre, les besoins d'argent augmentaient sans cesse et devenaient plus impérieux. Colbert remit alors au Roi deux notes, où Ton trouvera, de même que dans les réponses de Louis XIV, la preuve des grandes difficultés du moment.

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