I.XXXII INTRODUCTION
cœur le soulagement de ses peuples sur le fait des tailles. ?> 11 faut encore lui savoir gré des révélations courageuses contenues dans ses mémoires au Roi des années 1681 et i683.
Frappé des misères que causaient des charges inégales el une guerre sans fin, Colbert s'efforça pendant tout le temps de son ministère de les adoucir. Le meilleur moyen d'y parvenir était de dresser le cadastre et d'établir partout la taille réelle. Cette opéra«tion fut entreprise et menée à bien dans la généralité de Montaoban ; mais elle ne put être étendue aux autres généralités. Au milieu des imperfections de l'état social où il vivait , le seul remède prati** cable était de réformer la législation et de fixer la jurisprudence* Aussi Colbert faisait-il travailler, dès 1670, à un règlement général dont il espérait encore dix ans plus tard la prochaine promulgation, espoir auquel il dut enfin renoncer : le â3 septembre 1681^ un arrêt du conseil approuvait, au lieu d'une œuvre d'ensemble si désirable, un règlement provisoire uniquement relatif à la nomination des collecteurs et au changement de domicile des contribuables.
Dans les pays de taille réelle, c'est-à-dire tous les pays d'Etats et quelques autres oi!i la taxe ne portait que sur les immenbles, au lieu que dans les pays de taille personnelle elle avait pour base une évaluation arbitraire des facultés 4es contribuables, le mai était beaucoup moins grand, malgré bien des défectuosités dans l'assiette et la perception. En 1680, Colbert s'imposa la lâche épineuse de les faire disparaître, et il donna ordre aux intendants de Bordeaux, Monta uban, Toulouse, Aix et Grenoble, de se réunir pour arrêter et lui soumettre un règlement spécial sur les tailles réelles, «r Je vous prie, écrivait-il, le 17 octobre, à l'intendant de Languedoc, que ce règlement soit une fois achevé et fixé, et que ce que vous aurez résolu tous ensemble, d'un consentement unanime, puisse estre aussytost réduit en déclaration et envoyé à toutes les Compagnies qui connoissent de cette matière. Pour cela, je vous prie de prendre tout le temps qui sera nécessaire, parce qu'on en espargne toujours beaucoup quand on finit une affaire de cette conséquence. T Quelque temps après, le i3 février 1681, il eneou-
TAILLES. Lxxiiii
rageait Imtendant d'Aii à ne pas se laisser rebuler par les difficultés et à les tourner par les expédients les plus commodes, rr Peut-estre , ajoutait-*il , qu'en approfondissant la matière et la considérant en détail, article par article, vous n y trouverez pas toutes les impossibflités que vous vous estes figurées, -n Plus tard (9 aoàt 1689) Golbert, reconn'aissant lui-même combien ce règlement était malaisé -à faire, écrivait à l'intendant du Languedoc : ff Mous avons encore examiné attentivement, M. Pussort et moy, le projet d'ordonnance pour les tailles réelles; mais je vous avoue que. noue y trouvons tant de difficultés qu'il est très-difficile de condiier le bon ordre et les règles dignes du législateur avec les usages du Languedoc.i9> La maladie de cet intendant, qui dirigeait les eooférences, vint retarder la rédaction définitive du projet d'ordonnance ^ et Golbert mourut sans avoir eu la satisfaction de le voir adopté. Plus heureux néanmoins que les autres provinces, les Ëtats da Lsagaedoe obtinrent en t68/i qu il y fût appliqué, et c'est sans doute à ses sages dispositions qu'ils durent en partie leur supério-^ rîté incontestée sur les- généralités voisines et même sur la plupart des autres pays d!Ëtals.