CAPITAINE DE VAISSEAU
( Copie porlanl : Dictée par Colbert. )
Sainl-Gcrmain, i" octobre 1667,
Le Roy ayant résolu d'envoyer une escadre de ses vaisseaux, commandée par le sieur La Rabesnières de Treillebois, dans l'Amérique et sous les îsles Antilles , Sa Majesté a bien voulu l'informer du dessein qu'elle s'est proposé en cet envoy, pour régler sa conduite, en sorte qu'elle reçoive l'avantage qu'elle attend de son zèle, capacité et expérience pour le fait de la marine.
Il sera donc informé que le dessein de Sa Majesté est :
i"" D'assurer le repos et la tranquillité de ses sujets babitans desdite^ isles;
s® D'en assurer la possession à la compagnie des Indes occidentales, que Sa Majesté a formée, fortifier son commerce, en exclqre les estran* gers, et obliger les babitans à se soumettre volontairement aux règiemens et ordonnances de la compagnie;
S"" De faire voir aux Anglois de l'isle de la Barbade ^ que Sa Majesté veut protéger ce pays-là plus fortement qu'il n'a jamais esté, afin de les convier à vivre en paix et exécuter de bonne foy les traités qui sont entre Sa Majesté et le roy d'Angleterre ;
li'' De reconnoistre toutes les mers de la route, les isles aiguades', mesme toutes les costes de terre ferme, autant que le droit chemin luy pourra permettre, tant celles d'Afrique que de l'Amérique, et, du tout, en dresser un journal fort exact, pour servir h la navigation des vaisseaux de Sa Majesté et de ses sujets ;
5** D'exclure du commerce desdites isles tous les estrangers;
G"" Et, en dernier lieu, de reconnoistre toutes les isles de terre ferme du golfe de Mexique, les entrées en iccluy, routes et sorties des flottes d'Espagne; en observant qu'à l'égard des postes de terre il agira de con-
* Le telle porte tantôt la Barbade , tantôt d*liui la Barbmde; Tautre, à h degrés an sod,
la Barboude, Ces noms ont été appliqu(?s d'une beaucoup plus importante , s^appelie /a 0ar6«i/«:
manièrc assez confuse à deux des petites An- c'était la i^sidence du gouverneur génëral.
tilles possédées par les Anglais. L'une, voisine * C'esL-à-dire , où l'on peut trouver de Peau
de Snint-Chrislophe, ù IVst, s'appelle aujour- douce pour les navires.
cert et sous les ordres de ceiuy qui commandera les armes de Sa Majesté esdites isles, et, à Tégard de la mer, il observera soigneusement toutes choses et en dressera les mémoires , pour les luy rapporter à son retour.
Pour le premier point, aussytost qu'il sera arrivé à la rade de la Martinique appelée le Ctd-de-sac, qui est l'abord le plus ordinaire des vaisseaux fraoçois, il donnera avis de son arrivée à tous les commandans des isles et aux agens de la compagnie, et s'informera de la disposition générale des affaires et particulièrement du nombre de vaisseaux de guerre que les Anglois ont à la Barbade et autres isles de leur domination; de quelle sorte ils ont agy avec les sujets de Sa Majesté; ce qu'ils ont fait sur la prétention de la restitution de la partie de l'isle Saint-Gbristophe, qu'ils possédoient avant la guerre ^ ; et ensuite concertera avec lesdits commandaus et principaux agens de la compagnie , mesme avec les principaux habitans de ces isles, la conduite qu'il aura à tenir avec les Anglois. Sur qooy il doit sçavoir que l'intention de Sa Majesté est, préférablement à toutes choses , d'exécuter de bonne foy le traité de Breda , d'entretenir la paix establie par ce traité entre Sa Majesté et le roy d'Angleterre, et de maintenir les peuples de ces isles en paix ; en sorte que , ne doatant pas que le toy d'Angleterre n'ayl donné ces mesmes ordres à ses officiers, Sa Majesté croit que le sieur La Rabesnières de Treillebois n'aura pas de peine à suivre en cela ce qui est des intentions de Sa Majesté.
En cas qu'il trouve que la mesme disposition paroisse dans la conduite des Anglois, et mesme qu'il y en ayt peu de rupture, Sa Majesté veut que, aussytost son arrivée, il envoyé faire compliment au général des Anglois, dans l'isle de la Barbade , et luy fasse connoistre l'ordre qu'il a de Sa Majesté de vivre en bonne union et correspondance avec luy, ne doutant ])as qu'il n'ayt ordre du roy son maislre d'en user de mesme.
En cas que cette union se conserve, Sa Majesté veut, pour éviter les différends de saluts, qu'il évite avec soin la rencontre de tous vaisseaux de guerre anglois^; mais, en cas qu'il ne puisse l'éviter, Sa Majesté veut qu'il salue leur pavillon, et qu'au surplus, s'il rencontre de simples vaisseaux de guerre, il se fasse saluer. S'il approche des places angloises. Sa Majesté veut qu'il observe les règlemens qu'elle a faits sur ce sujet.
Sa Majesté veut que le sieur de Treillebois s'applique à faire connoistre à ses sujets des isles qu'elle n'a fait la dépense de l'envoyer, et cette escadre, que pour les maintenir en paix , pour les protéger, et qu'ils peuvent estre assurés qu'elle aura plus de soin d'eux que du dedans de son royaume,
* Voir II, huluilriey pièce ii" ^7. — '^ Voir Marhw, pièces n" 53, 83, 90, i5i .
/iOO COLONIES.
et qu'elle enverra pour cet effet, de temps en temps, des escadres de ses vaisseaux pour leur donner toujours des marques de l'amour paternel qu'elle a pour eux.
Sa Majesté veut qu'il visite soigneusement toutes les isles, parie aux habitans d'icelles, de concert et avec la participation des commandans et agens de la compagnie, et leur bien fasse connoistre que Sa Majesté veut les assister et les protéger en tous rencontres, et les exciter à s'appliquer, avec plus de soin que jamais , à augmenter la culture des terres défrichées et à en défricher de nouvelles , et à leur commerce.
Pour le second point. Sa Majesté veut que le sieur de Treillebois fasse bien connoistre aux habitans qu'elle veut maintenir la compagnie des Indes occidentales, non-seulement dans la possession des isles qu'elle luy a accordées, mais mesme de tout le commerce d'icelles; qu'elle tiendra ia main à ce qu'elle traite bien leurs habitans et qu'elle sera toujours disposée À entendre leurs plaintes; mais surtout qu'elle ne veut pas qu'ils reçoivent aucun vaisseau estranger à charger ni à décharger dans lesdites isles, leur déclarant que, si quelqu'un se présente, il a ordre de les couler à fond.
Pour le troisième point, il suffira que les Ânglois voyent le nombre et la bonté de ses vaisseaux. Sa Majesté ne doutant pas que le sieur de Treillebois ne trouve et les vaisseaux et les équipages en bon estât, et qu'il leur fasse connoistre, par toute sa conduite, qu'en connoissance de la mer et en bonne conduite les François ne le cèdent point aux Anglois.
Pour le quatrième point, Sa Majesté veut qu'il fasse luy-mesme, et qu'il fasse faire sur divers vaisseaux, des journaux de tout ce qui sera reconnu pendant sa route, pour les confronter les uns aux autres et en composer une connoissance parfaite de cette navigation, pour servir aux vaisseaux de Sa Majesté qui y seront envoyés à l'avenir et à ceux de ses sujets.
Pour le cinquième point, Sa Majesté veut que, dans la visite qu'il fera de toutes les isles, s'il rencontre quelques vaisseaux estrangers, il les oblige de justifier s'ils ont des permissions de la compagnie des Indes occidentales; en ce cas, qu'il leur fasse exécuter ponctuellement Mais, en cas qu'ils n'en ayent point. Sa Majesté veut qu'il les empesche de charger ni décharger aucune chose dans les isles , qu'il leur donne vingt-quatre heures de temps pour mettre à la voile et s'en aller, et, ce temps passé, qu'il les prenne ou les coule à fond en cas de défense^ Sa Majesté ayant cy-devant fait défense à tous estrangers de trafiquer dans lesdites isles ^
* Grêlaient surtout les Hollandais qui trafi- texla, pour prohiber ce eomroerce, une épiquaient avoc ios colonies françaises : on pr^- Honiie qui réfjnait à Amsterdam, et un mH
Sa Majesté veut, de plus, qu'il visite tous les vaisseaux estrangers et retire les François qu'il trouvera dans leurs équipages.
A regard du sixième et dernier point, il suffit d'exécuter ponctuellement ce qu'il contient et d'en faire des journaux et mémoires fort exacts.
Surtout Sa Majesté veut que , dans la reconnoissance qu'il fera des isles de terre ferme de sa route , il les observe toutes , sçache si elles sont habitées, par quelle nation, s'il y a des naturels, si les estrangers qui s'y sont habitués y ont des forts et des garnisons , si elles sont fortes ou non. Si ces isles sont inhabitées, il observera s'il y a des rades ou ports, s'ils sont bons ou non , si elles sont fertiles, si elles ont des eaux douces, et généralement tout ce qui pourra servir pour faire connoistre à Sa Majesté s'il serait avantageux pour son service, pour le bien de ses sujets, de les occuper.
Sa Majesté veut, de plus, qu'il examine s'il pourra, dans sa route, envoyer quelque petit bastiment reconnoistre la rivière appelée de la Plate ^ et, en ce cas, y envoyer quelque habile pilote pour la reconnoistre jusque bien avant dans les terres, et voir en quel point il y pourroit entrer des vaisseaux, jusqu'oJk ils pourroient aller, et quelle route il seroit nécessaire qu'ils tinssent.
Il pourra donner ordre à ce bastiment de le venir rejoindre aux Antilles.
Sa Majesté veut que ledit sieur de Treillebois employé une année entière à ce voyage; qu'il demeure deux ou trois mois entiers dans les isles et cpi'il n'en parte point jusqu'à ce que la paix , l'union et bonne correspondance entière et parfaite avec les Anglois y soyent pleinement estabKes; qu'ensuite il fasse la visite du golfe de Mexique, qu'il confère avec le sieur d'Ogeron ^, gouverneur de la Tortue , sur tout ce qui se peut entreprendre dans l'estendue de ces mers; qu'il suive et observe la route «des galions d'Espagne, tant à leur entrée dans ledit golfe qu'à leur sortie; qu'il retourne ensuite visiter une seconde fois les isles, et que, après avoir exécuté ce qui luy sera dit par le commandant desdites isles et par le directeur de la compagnie des Indes occidentales, il s'en revienne en France rendre compte à Sa Majesté de son voyage.
du conseil fixa d^abord à six mois ia durée de i665, par l^ntremise de M. de Glodoré, ton
cette interdiction, que ia compagnie maintint ami, gouverneur de la partie française de
absolument par la suite. (Forbonnais, Reeh, Saint-Domingue et de i'tle de ia Tortue. Il
twrUêJSn. Il, ss3.) avait vécu longtemps parmi les flibustiers, et
' Sans doute la Plata , rivière de T Amérique il fonda , avec leur concours , ia colonie de Saintméridionale. Domingue. Venu en France, en 1676, pour
' Bertrand d'Ogeron, sieur de La Bouëre, soumettre le projet de réduire toute Tile, il
gentâhomroe angevin, d'abord capitaine du mourut à Paris, le 16 mars, avant d'avoir
fégiment de marine, avait été nommé, en pu obtenir audience du roi ni des ministres.