‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 102 sur 258 · DOIT S'APPLIQUER · texte numérisé non relu

DOIT S'APPLIQUER

Incontinent après son arrivée, il doit faire un rôle ou recensement général de tous les habitans du pays et marquer leur sexe, âge et estât, s'ils sont mariés ou non, et combien ils ont d'enfans;

S'informer, tous les trois mois, du nombre des morts, des nouveaunés et des mariages;

Renouveler le recensement tous les ans pour connoistre si la colonie augmente.

L'augmentation de la colonie doit estre la règle et la fin de toute la conduite de l'intendant, en sorte qu'il ne doit jamais estre satisfait sur ce point, et doit s'appliquer incessamment à trouver tous les expédions imaginables pour la conservation des habitans et pour leur multiplication par les mariages, et pour y en attirer de nouveaux.

Pour cet effet, il faut tenir soigneusement la main que la justice leur soit bien et promptement rendue , et sans frais;

Travailler incessamment à en bannir toute chicane et toute division;

I Des difficultés s^étant élevées enlre dancedu Cana(Ia,M.deBoalci*oiie,quiyresla MM. Gourcelles et Talon , ce dernier revint en jnsqu^an 1 0 mai 1 669. Ce ne fut que le 9 avril France et eut pour successeur, dans iMnten- de Ttinnéc suivante qu'il impasse en France.

COLONIES. Ii0$

Apaiser tous leurs différends, tant généraux que particuliers, en sorte qu'ils ne soyent divertis par aucune autre application qu'à la culture des terres, à leurs manufactures et au commerce;

Visiter souvent toutes les familles, les exciter à la paix, à l'union entre elles, s'informer de tous leurs besoins, les prévenir et leur donner toutes les assistances qui pourront dépendre des soins dudit intendant ;

Avoir grand soin de tout ce qui concerne la santé des peuples, et, en cas de maladies populaires, en examiner et faire examiner les causes avec grand soin et y trouver les remèdes; comme aussy des maladies particulières, estant nécessaire que tous les peuples soyent persuadés que leur conservation est très-chère au Roy, nécessaire et utile au public;

Observer la conduite des juges et des personnes publiques, les avertir en cas de manquemens, et, s'il y avoit quelque désordre considérable, en donner avis au Roy ;

Exciter, par tous moyens possibles, les peuples au travail, tant pour le défrichement des terres que pour la bonne culture, à Testablissement des manufactures et à faire quelque commerce par mer;

Leur faire connoistre les grands avantages qu'ils recevroient en establis* sant les pesches sédentaires dans la rivière de Saint-Laurent ^ , ou dans les mers voisines , et en envoyant leur poisson en France.

Ils pourroient encore estahlir un autre commerce dans les isles de l'Amérique occupées par les FVançois, en leur portant du poisson, des viandes et du bois de merrain dont ils ont besoin.

Rechercher avec grand soin les mines qui peuvent estre dans le pays , comme charbon de terre, fer et plomb, et en estahlir le travail.

Il faut prendre mesme soin , à proportion , de la conservation et multiplication des bestiaux nécessaires à la vie et à la culture des terres, comme chevaux, bœufs et vaches et moutons, que de celle de l'honuue.

Conférer avec M. de Terron, à la Rochelle, sur tout qui se peut faire pour envoyer de ce pays-là les marchandises nécessaires au bastiment des vaisseaux, comme fer, charbon de terre, bois de toute sorte, et prendre avec luy les mesures nécessaires pour en faire amas et en envoyer.

A regard du spirituel, les avis de ce pays-là portent que l'évesque de Pétrée et les Jésuites y establissent trop fortement leur autorité par la crainte des excommunications,, et par une trop grande sévérité de vie qu'ils veulent maintenir.

L'intendant doit observer tout ce qui se passe sur ce point sans prendre

' Pleuve de rAmérique du nord qui sort de rextrémitë N. E. du lac Ontario cl se jelte dans ie goUe qoi porte son nom.

le party de blâsmer leur conduite « mais seulement en les considérant et les e^imant comme gens d'une piété exemplaire et qui ont beaucoup contribué à la découverte et conservation de ce pays-là; s'entremettre quelquefois et dans les occasions pour les porter à adoucir cette trop grande sévérité, estant très-important que lesdits évesque et Jésuites ne s'aperçoivent jamais qu'il veuille blasmer leur conduite, parce qu'il se rendroit presque inutile au service du roy.

Observer de mesme la conduite du gouverneur et des officiers commandant les troupes et les habitans pour la guerre, se maintenir avec eux en grande intelligence, ne prendre jamais aucun party dans toutes les divisions ou générales ou particulières qui peuvent arriver, se tenir toujours en estât d'accommoder toutes choses et s'entremettre toujours pour maintenir et conserver l'union et la bonne intelligence entre tous les corps et les particuliers du pays.

Il a paru jusqu'à présent que la maxime des Jésuites n'a point esté d'appeler les habitans naturels du pays en communauté de vie avec les François, soit en leur donnant des terres et des habitations communes, soit par l'éducation de leurs enfans et par les mariages. Leur raison a esté qu'ils ont cru conserver plus purement les principes et la sainteté de nostre religion en tenant les sauvages convertis dans leur forme de vivre ordinaire qu'en les appelant parmy les François. Gomme il n'est que trop facile à connoistre combien cette maxime est éloignée de toute bonne conduite, tant pour la religion que pour l'Estat, il faut agir doucement pour la leur faire changer et employer toute l'autorité temporelle pour attirer les sauvages parmy les François, ce qui se peut faire par les mariages et par l'éducation de leurs enfans ^

Le commerce du vin et des eaux-de-vie avec les sauvages, ce qui s'appelle la traite des boissons^, a esté un sujet de perpétuelle contestation

' Goll)ert suivait, en ceci, les errements de ]a charte de ia compagnie des Gent-Associést

la politique de Ricbelieu , qui , sur ia demande Mercure de France , xiv , 9 A 5. ) de Samuel de Ghamplain, avait inséré dans * Voir, pièce n** 99 , un long méax>ire sar b

l^acle de fondation de la compagnie de ia Nou- traite des boissons. — Dès ie 1 6 avril de Tannée

vellc-France, en i6a8 , Tarticle suivant : précédente, Golberl écrivait à M. de Terron :

« Les sauvages qui seront amenés à la con- «Gomme Testablissement des brasseries qui

Doissance de la foy et en feront profession se- a esté fait en Ganada a esté jugé trè»4mpor-

ront censés et réputés naturels François, et tant, tant pour retrancher une infinité de dë-

comme tels pourront venir habiter en France , sordres qui sont arrivés par la trop grande

quand bon leur semblera , et y acquérir, lester, quantité de vins et d*eaux-de-vie qui y ont

succéderetaccepterdonationsetiegs,toutainsy esté transportés que pour conserver Tai^nt

que les vrais regnicoles et originaires François, dans le pays, et que le conseil souverain do

sans estre tenus de prendre aucunes leUres de Québec adonné un arrcst en cette conformité,

déclaration ni de naturalité." (Article xvii de j^esUme qu^il est bon que vous teniei la main,

eotre Tévesque de Pétrée et les Jésuites, et les principaux habitans et ceuï qui trafiquent en ce pays-là. L'ëvesque et les Jésuites ont prétendu que ces boissons enivroient les sauvages, qu'ils n'y pouvoient prendre aocune modération, et que l'ivresse les rendoit paresseux à la chasse et leur donnoit toute sorte de mauvaises habitudes tant pour la religion que pour TEstat. Les principaux habitans et les trafiquans au contraire prétendent que l'envie d'avoir des boissons, qui sont troquées chacunes, oblige les sauvages d'aller à la chasse avec plus d'application. Il faut bien examiner ces deux sentimens, et que l'intendant en donne son avis rai*sonné au Roy.

A l'égard des monnoyes , il ne faut faire aucun changement considérable dans un pays foible comme celuy-là* mais il faut sévèrement empescher que le mal (au cas qu'il y en ayt) n'augmente, et mesme travailler à le diminuer insensiblement.

Il faut convier, par tous moyens possibles, les habitans à establir leurs demeures ensemble pour former des villes et bourgades, afin qu'ils soyent plus en estât d'attaquer et de se défendre , et commencer à establir quelque police parmy eux ;

Prendre une exacte connoissance de tous les revenus publics; prendre soin de les porter à leur juste valeur, et que les deniers en soyent bien et fidèlement administrés;

Examiner toutes les dettes du pays et chercher les moyens de les acquitter.

Pour conclusion, il ne faut pas qu'un intendant croye avoir jamais bien fait son devoir qu'il ne voye au moins deux cents familles d'augmentation tous les ans dans ledit pays.

Il faut empescher autant qu'il se pourra la trop grande quantité des prestres, religieux et religieuses; il suffit qu'il y en ayt le nombre nécessaire pour le besoin des âmes et pour l'administration des sacremens.

n faut, autant qu'il se pourra, procurer les mariages des garçons à l'âge do dix-huit à dix-neuf ans, et des filles, à quatorze et quinze.

Le séminaire de Saint-Sulpice ayant une habitation et mesme la seigneurie de Montréal , il faut prendre garde que l'intelligence et la bonne union se maintienne toujours entre l'évesque de Pétrée, les Jésuites et eux.

(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi9, Colhert et Sei^lay, IV, cote i A, pièce 3. — Arch. de la Mar. Ordrûê du rot pour Ut compugniat du Indêi, fol. 86. — M. Jonbleau, Étudeg mr Colfm't, II, 385. — HUtoire de Colbert, page i8i.)

dansloute Festendue de voslre pouvoir, â ce que liberté de faire leur comoierce audit pays , n'y Icf marcluinds de la Rochelle , qui ont une pleine portent que la pins petite quantité de boissons-

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