D'AMÉRIQUE
Saint-Germaio, 16 septembre 1668.
M. de Baas estant informé de la situation desdites isles, de leurs noms et de la concession que Sa Majesté en a faite à la compagnie qu'elle a formée sous le titre des Indes occidentales, il n'est pas nécessaire d'en rien dire icy. Il suffit seulement qu'il sçacbe qu'estant situées à l'embouchure du golfe du Mexique, lequel elles ferment du costé du levant, il faut nécessairement que les galions d'Espagne et autres vaisseaux qui vont à Garlhagène, Porto-Bello, et autres ports de ce golfe, occupés par les Espagnols, y passent quand ils vont d'Espagne, parce que les vents d'est et d'estsud soufflent quasy toujours le long de ces costes, que, pour s'en servir, les vaisseaux et les galions allant d'Espagne dans les Indes sont obligés de passer le tropique vers les islcs Canaries et aller mesme jusqu'à la Ligne, pour retourner ensuite prendre ces mesmes vents vers les costes du Brésil et le cap du Nord, de suivre leur route en costoyant toujours la terre ferme, et entrer dans ledit golfe au travers desdites isles, et qu'à leur retour le mesme vent les porte par un chemin tout contraire vers le cap de la Floride, passant sous le mesme tropique pour s'en revenir en Espagne.
Après cette connoissance de l'importance et situation desdites isles , il est bon de luy marquer qu'elles sont possédées par diverses nations, sçavoir :
Par les naturels du pays appelés Carmbes, la Dominique;
Par les Espagnols, qui les premiers ont fait cette découverte, celles de Cuba, Saint-Domingue ou l'Espagnole, et Porto-Rico, qui sont les plus considérables;
Par les Anglois , la Barbade, Nieves, Antigue, Montserrat, la Jamaïque, et la moitié de celle de Saint-Christophe, laquelle a esté prise par les François, qui occupent l'autre moitié, et ne leur a pas encore esté restituée;
qu*il se pourra , en sorie que l^on puisse empes- ' Jeen-Gharies de Bass-Gasldinore , suece»-
cher par ce moyen Tivrognerie etia fainéantise , sivement maréchal de camp en 1 653, lieutenant
qui sont presque inséparables i^une de Tautre général en 1 655 ; en 1 667,11 fut nommé iieale-
et si nuisibles au bien et à Taugmentation de nanl général des lies et terres fermes de TAmé-
cette colonie. . . » ( Ordrn du rot , fol. 1 a 3. ) rique. Mort à ia Martinique , le 1 5 février 1 677.
Par les Hollandoîs, Tabago et Saint-Eustache, qui sont d'une petite considération i.
Et enfin par les François , la moitié de Saint-Christophe, que la compagnie a retirée à Tordre de Malte * ; la Guadeloupe , des sieurs Houel ^ ; la Martinique, des sieurs Du Parquet^; la Grenade et les Grenadines, du sieur comte de Serillac^, et quelques autres petites, comme Sainte-Croix, Saint- Barlhélemy, Saint-Martin, Sainte-Lucie, qui dépendent de ces premières.
Le principal dessein de Sa Majesté, en remettant toutes ces isles sous la main de la compagnie des Indes occidentales, a esté de garantir ses sujets qui les habitent de toutes sortes de vexations que le nombre différent de seigneurs et propriétaires rendoit fort communes et ordinaires, à quoy Sa Majesté a remédié, h leur grand soulagement, par Tenvoy du sieur de Tracy; et en outre d'establir un grand et considérable commerce à l'avan- * tage de sesdits sujets, en donnant l'exclusion aux estrangers, qui jusqu'alors en avoient tout le profit.
Ces bonnes intentions de Sa Majesté n'ont pas eu d'abord tout le succès qu'elle avoit désiré, parce que s'estant trouvée obligée de déclarer la guerre au roy d'Angleterre, en conséquence du renouvellement du traité (I alliance qu'elle avoit fait un peu auparavant avec les Estats généraux des provinces unies des Pays-Bas, les François et Anglois qui habitent ces isles, s'estant trouvés, par conséquent, engagés dans la mesme guerre, ils en sont venus aux mains en divers rencontres tant par mer que par terre, ainsy que ledit sieur de Baas en est informé, de sorte que, pendant tout le cours de cette guerre, les sujets de Sa Majesté n'ont pu s'appliquer à la culture des terres et à faire valoir leur commerce, l'un et l'autre de ces deux points si importans pour leur avantage ayant esté également interrompus.
A présent que la paix est faite entre Sa Majesté, les Estats et le roy d'Angleterre, par le traité de Breda, et que la bonne intelligence se trouve restablie entre les deux nations, M. de Baas doit estre informé que le principal motif qui oblige Sa Majesté de l'envoyer dans les isles est pour donner tous ses soins, toute son application et tout ce qu'il a acquis d'ex-
' Elle acheta cettu De 5oo,ooo livres. laquelle il la vendit iao,ooo livres à la com-
' Houel, sieur du Pelitpré, membre de la pagnie. compagnie des îles, fut envoyé à la Guadeloupe * Les héritiers de Du Parquet vendirent la
en 1 6&9 . — On peut lire dans les AntiUeêfranr- Martinique 130,000 livres, fttief, par Boyei^Peyreleau , de longs détails * Jean de Faudoas, comte de Serillac, avait
•ar cet ambiticux'et tracassier personnage , qui , acheté la Grenade , et en avait été nomme gou-
à force d'intrigue, fut nommé sénéchal et gou- verneur le h mai 1667. La compagnie lui en
vcrneor deTile, de \Cif\3 à i66'i, époque a donna 100,000 livres.
périence en divers emplois considérables dans lesquels il s'est toujours bien conduit, et faire gouster aux habitans la mesme douceur et le mesme repos dont jouissent ses autres sujets, en les maintenant en paix et union, et en faisant régner parmy eux la justice; en sorte que, par ce principe, qui est la base et le fondement du bonheur et de la solidité de toutes les colonies éloignées, qui ne peuvent estre éclairées par la présence du prince, lesdits habitans vivent à l'avenir dans la mesme tranquillité que ceux qui sont au milieu du royaume.
. M. de Baas est sans doute informé qu'il y a un conseil souverain dans chacune des isles, lequel est composé du gouverneur, en qualité de président, et d'un nombre de conseillers. Cet establissement a esté fait dans la vue d'empescher l'oppression des plus pauvres par les plus puissans » et les plus accommodés; parce que si les premiers avoient esté obligés de se pourvoir par* devant d'autres tribunaux éloignés de leur demeure, se trouvant dans l'impuissance, il est certain qu'ils auroient esté contraints d'abandonner la poursuite de leurs affaires les plus justes.
La police est une autre base de toutes les colonies ; c'est par elle que la chose publique est bien administrée; que tous les désordres et les mésmtelligences , qui sont si directement opposés au progrès de tous les nouveaux establissemens, viennent à cesser; et c'est elle enfin qui doit estre considérée comme une source féconde d'où dérive l'abondance , par le bon usage du travail et de l'application des hommes. Le sieur de Baas doit faire une de ses plus importantes occupations de la bien maintenir dans les lieux où il la trouvera solidement establie, de la bien affermir dans les autres où elle sera presque dans sa naissance, et de la bien establir dans tous ceux où elle aura esté jusqu'icy négligée.
Encore que, par ies avis continuels que l'on a des isles, par les retours des vaisseaux qui y sont envoyés, il ne paroisse pas que les habitans soyent sujets à aucune maladie considérable ni populaire, néanmoins Sa Majesté, considérant combien la santé est nécessaire, tant pour l'augmentation de la colonie que pour la culture et défrichement des terres, veut que le sieur de Baas s'applique soigneusement à bien connoistre les maladies, soit générales soit particulières, et y apporte tous les remèdes que le climat et la nature du lieu peuvent produire.
L'augmentation et multiplication des colons devant estre la principale fin à laquelle doit tendre toute l'application de M. de Baas, il doit observer qu'il y a deux moyens qui peuvent y concourir :
Le premier est d'en appeler de nouveaux par la connoissance bien assurée qu'ils auront du bon traitement qui est fait aux anciens, de la bonne jus-
lice qui leur est administrée et des commodités qu'ils rencontrent pour leur subsistance et celle de leur famille ;
Et l'autre est de porter de bonne heure au mariage les garçons et les filles; les uns à l'âge de dix-huit à dix-neuf ans, et les autres à l'âge de quatorze ou quinze ans; â quoy les chefs de famille peuvent non-seulement estre disposés par de fréquentes exhortations de la part du sieur de Baas, et, à son exemple, par les autres gouverneurs et les autres officiers principaux des isles, mais encore par l'autorité des magistrats, et mesme par quelque édit , déclaration ou ordonnance, émanés de la propre autorité du Roy, au cas qu'il fust estimé nécessaire de l'y employer ^
Le défrichement et la culture des terres est un autre point qui mérite une pareille application, en examinant la nature et la qualité des plantations auxquelles elles seront employées; si par ce moyen elles produisent et se fertilisent à l'avantage des propriétaires , ou si , y mettant d'autres semences, ils en pourroient retirer plus d'utilité; car, quoyque ce détail paroisse d'abord difficile et ennuyeux, il est certain qu'il deviendra agréable quand ledit sieur de Baas verra que les colons profiteront de la peine qu'il se sera donnée d'y entrer.
11 en est de mesme pour les défrichemens ensuite des concessions qui pourront estre accordées par la compagnie à des particuliers, vu que, parce moyen, les habitans embrassant davantage et s'engageant à mettre plus de terre en valeur, non-seulement ils s'en rendront plus accommodés, mais mesme se trouveront dans une obligation plus forte de faire passer de France dans les isles un plus grand nombre d'engagés, et d'acheter un plus grand nombre de nègres pour les ayder à cette culture.
11 est inutile de recommander au sieur de Baas de maintenir les peuples dans le respect et dans l'amour qu'ils doivent avoir naturellement pour la personne du Roy, dans l'obéissance qu'ils doivent à ses gouverneurs, commandans et principaux officiers de la compagnie, et dans la soumission et la dépendance des lois, parce que Sa Majesté est bien persuadée que, outre que ses sujets des isles sont disposés d'eux-mesmes à satisfaire à toutes ces obligations , il a assez de talent et de lumières pour leur inspirer ce qui est en cela de leur devoir, et, en gagnant leur confiance, les y porter par le crédit qu'il sçaura bien s'establir parmy eux.
M. de Baas doit sçavoir que l'intérest du Roy et celuy de la compagnie n'estant qu'un seul et mesme intérest. Sa Majesté se promet, de son zèle pour son service et de son exactitude, qu'il s'employera de toute l'estendue de son pouvoir pour en procurer les avantages ; et il est bon que , sur ce
' Voir, è V Appendice f IV'dit du 6 avril t66g.
point, il demeure vivement persuadé que tout ce qu'il pourra faire dans cette vue sera très-agréable à Sa Majesté. Sur ce fondement , il agira en toutes choses de concert avec les directeurs de la compagnie, tant pour parvenir à bien restablir son commerce, sans que néanmoins cela tourne à la foule des habitans, que pour régler le prix de vente des vivres et marchandises qui sont portées de France dans les isles, et de celles qui s'y recueillent, et surtout maintiendra, autant qu'il sera dans la possibilité, l'échange et le troc des marchandises et denrées, sans souffrir que le traBc des habitans se fasse avec de l'argent.
En cas que M. de Baas trouve que les habitans des isles ou aucuns d'eux soyent assez accommodés pour entreprendre quelque autre chose que la culture de leurs plantations, comme il n'y a rien qui puisse leur rapporter tant d'avantages que le commerce par mer, il les invitera fortement à le commencer; et, comme ce qui manque le plus dans les isles et dont on a un plus grand et plus pressant besoin, c'est le bois, tant pour construire des bastimens de mer que pour faire des vaisseaux et tonneaux propres à mettre les sucres, le Canada en estant tout couvert, et n'y ayant qu'à l'abattre et à le façonner; et puis, le sieur Talon, intendant en ce pays-là, ayant fait sçavoir à Sa Majesté qu'il voyoit une grande disposition aux habitans à en porter dans les isles, quelques-uns ayant commencé de bastir quelques navires pour en faire le commerce, en sorte que la chose est desjà comme engagée, le sieur de Baas fera tous ses efforts pour obliger les habitans des isles de faire de leur part le mesme commerce, comme ceux du Canada le vont entreprendre de la leur; estant indubitablement certain que s'il est une fois estably , et que la navigation des isles en Canada et du Canada aux isles devienne ordinaire, estant aysée comme elle l'est, les peuples de l'une et l'autre colonie ne sçauroient manquer de retirer divers avantages considérables de ce trafic mutuel.
Comme M. de Baas ne bornera pas son application à bien faire son devoir dans toutes les choses qui seront de l'estendue de ses fonctions, et à le faire faire aux officiers et soldats qui seront principalement soumis au caractère dont le Roy l'honore, s'il trouve quelque défaut en la conduite des officiers préposés pour rendre la justice et des commis de la compagnie, il en tiendra Sa Majesté soigneusement avertie, sans néanmoins se dispenser de les appuyer dans tous leurs exercices, jusqu'à ce que, sur l'information qu'elle en aura eue, elle y apporte les remèdes qu'elle estimera propres et convenables pour l'avantage de son service, l'utilité particulière de ladite compagnie et le soulagement de ses sujets.
Pour ce qui regarde la défense de toutes les isles estant sous son obéis-
sance, son intention est que le sieur de Baas examine avec beaucoup d'attention et d'exactitude tous les dessins faits par le sieur Blondel , l'un des ingénieurs de Sa Majesté , et les plans qui ont esté levés dans le voyage qu'il a fait sur les lieux pour fortifier différens postes; et qu'ensuite il forme son avis pour l'envoyer à Sa Majesté, son intention estant de construire un bon fort dans chacune isle^, en observant que ce fort doit estre situé et disposé de sorte qu'il puisse empescher les descentes des ennemis en temps de guerre, couvrir les vaisseaux du roy, de ses sujets, amis et alliés qui seront dans les principaux abords , et enfin maintenir les habitans dans l'obéissance qu'ils doivent à Sa Majesté et à leurs seigneurs, si, par quelque occasion imprévue, ils estoient capables de manquer à cette obéissance. Sa Majesté ayant desjà fait commencer la construction desdits forts, le sieur de Baas se servira des commencemens d'ouvrages qu'il trouvera en estât , à moins que , par de fortes et puissantes raisons , il estime que la situation en doive estre changée.
Le Roy désire qu'il visite avec soin et avec exactitude toutes les isles au moins deux ou trois fois dans le cours de chacune année, pour pourvoir aux affaires pour lesquelles sa présence y pourra estre nécessaire, et principalement pour fortifier les peuples toujours de plus en plus dans le respect et l'obéissance qu'ils doivent à Sa Majesté, et dans la dépendance qu'ils doivent avoir de la compagnie, leur faisant connoistre qu'elle veut les maintenir en repos, et leur procurer une pleine et entière jouissance des fruits et des douceurs dont la paix est accompagnée, et en observant de mesme la conduite des gouverneurs particuliers de chacune des isles, pour l'approuver si elle est bonne, et la réprimer si elle dégénéroit à la vexation des habitans.
Sa Majesté a intention d'obliger la compagnie de donner quelques appointemens modiques aux gouverneurs particuliers, afin de les rendre plus attachés à la mesme compagnie et les porter davantage à s'appliquer et employer leurs soins aux choses qui pourront tourner à son utilité particulière ; et de leur en donner de sa part , comme aussy d'entretenir quarante ou cinquante hommes de garnison ordinaire dans chacune des isles.
M. de Baas doit lire avec attention le traité conclu à Breda entre le Roy, les Estats des provinces unies des Pays-Bas et le roy d'Angleterre, pour bien connoistre ce qui doit estre fait de part et d'autre en exécution de ce traité, et particulièrement pour remettre les Anglois en possession de la moitié de l'isle de Saint-Christophe , dont ils ont esté chassés pendant
^ Dans rétablissement d*une colonie, disait commençaient par bâtir un fort, les Espagnols phisamment le docteur Swift, les Français une église, elles An^^lais, une taverne.
la dernière guerre, et examiner tout ce qui s'est passé, tant dans cette isle que dans les autres, pendant qu'elle a duré. Les ordres de Sa Majesté pour cette restitution ayant esté envoyés, s'ils sont exécutés quand il arrivera dans les isles, il n'aura rien à faire sur ce sujet; s'ils ne l'estoient pas lors de son arrivée , il les fera exécuter.
Si cette restitution est faite, il tiendra une bonne correspondance avec les officiers anglois qui commanderont, tant dans l'isle de Saint-Christophe qui leur aura esté restituée, ainsy remise, que dans toutes les autres qui sont sous l'obéissance du roy d'Angleterre, et n'oubliera rien de sa part pour maintenir cette bonne correspondance et ce qui pourra contribuer à restablir l'intelligence et l'union entre les deux nations. En quoy Sa Majesté l'assure qu'il trouvera aussy beaucoup de disposition de la part desdits chefs et commandans anglois, non-seulement à cause de celle qui esta présent bien raffermie entre Sa Majesté et le roy d'Angleterre, mais parce que , suivant toutes sortes de bons raisonnemens, les habitans des isles angloises connoistront bien , par l'expérience du passé , que rien ne leur peut estre plus avantageux que de demeurer dans les termes de cette paix, estant impossible que, s'ils retomboient dans une guerre» ib pussent éviter la ruine entière de leur commerce.
Le sieur de Baas doit prendre un soin particulier d'entretenir toujours les habitans dans l'exercice des armes, en les divisant par compagnies dans chacune des isles, leur faisant fairo de fréquentes revues et observant qu'ils soyent bien armés et d'armes égales, autant qu'il sera possible, et les tenir enfin incessamment en exercice pour les rendre capables de se bien défendre en cas qu'ils fussent attaqués.
Aussytost qu'il sera arrivé dans les isles. Sa Majesté veut qu'il fasse travailler à un rôle exact de tous les habitans de chacune d'icelles, François, estrangers et nègres qui y sont habitués, divisés par cases et par bourgades, suivant que cette division a desjà esté establie ; que dans ce rôle il soit fait mention du nombre des enfans que chacun aura, tant de l'un que de l'autre sexe, et de l'âge des père et mère et enfans; et que ledit sieur de Baas envoyé ce rôle au sieur Colbert, n'y ayant pas à douter que le sieur de Baas tenant la main à ce que les colons soyent bien traités, à faire engager de bonne heure en mariage les garçons et les filles, à la culture des terres défrichées, et au défrichement de celles qui ne le sont pas encore, il aura la satisfaction de voir en peu de temps leur nombre augmenter considérablement, ce qu'il doit se proposer et avoir toujours en vue comme le plus grand et le plus agréable service qu'il puisse rendre à Sadilc Majesté , et qui luy puisse tenir lieu du plus grand mérite auprès d'elle.
COLONIES. âlS
Le Roy renvoyant dans la partie de la terre ferme de l'Amérique voisine de celle de Gayenne, et dans cette mesme isle où depuis cinq ou six ans la compagnie a estably une colonie , le sieur Lefèvre de La Barre ^ en qualité de son gouverneur et lieutenant général audit pays, Sa Majesté désire que M. de Baas tienne une entière correspondance avec luy, tant pour le bien commun de Tune et l'autre colonie, par le moyen du commerce et de l'envoy des denrées et marchandises dont elles auront ré* ciproquement besoin ou qui y seront d'un débit avantageux, que pour se donner des assistances mutuelles , suivant la disposition des temps et des occasions qui se pourront rencontrer; cette correspondance estant d'autant plus nécessaire qu'outre l'intérest général de maintenir et de fortifier les habitations françoises, ils doivent avoir également en vue celuy de la compagnie , cette partie de la terre ferme de l'Amérique, l'isle de Gayenne et les Antilles estant comprises dans la mesme concession qui luy a esté accordée.
Sa Majesté veut que le sieur de Baas étudie soigneusement toutes les entreprises qui pourront se former et s'exécuter à la gloire de ses armes , à l'avantage de sa couronne et du commerce de ses sujets, dans toute l'estendue de ce pays, qu'il s'informe des routes, des entrées, des séjours et des sorties des flottes d'Espagne, et des temps qu'elles font ordinairement leur navigation ; qu'il travaille à acquérir des connoissances assurées de toutes les isles qui sont situées entre les isles françoises et la terre ferme de l'Amérique qui est sous la domination espagnole, et de Testât des places de cette terre ferme, comme Garthagène, Porto-Bello et autres. Et d'autant que le sieur d'Ogeron, gouverneur de l'isle de la Tortue , qui s'est acquis une grande créance parmy les boucaniers de cette isie et de la coste de Saint-Domingue où ils se maintiennent depuis plusieurs années, a une connoissance particulière de tout le pays, et qu'il importe de maintenir cet establissement, tant dans ladite isle de la Tortue que dans celle de Saint-Domingue, M. de Baas entretiendra une correspondance étroite avec luy, non-seulement pour examiner les lieux où l'on pourroit bastir des forts dans l'une et l'autre de ces deux isles, mais mesme pour s'ayder de ses lumières et de ses habitudes pour entreprendre sur la ville de Saint-Domingue, sur l'isle de Guba, et mesme sur les
^ M. de La Barre s^étaît mis, en i663 , à ia La Barre publia une Deicription de la France
Me d^me compagnie formée pour la colonisa- équinoxiale , ci~devant appelée Guyane. Uannée
tioo de la Guyane. Colberl ayanl favorisé l^en- suivante, Gayenne fut prise par les Anglais et
Ireprise, deux vaisseaui débarquèrent en 1 666 ses nouveaux habitants faits prisonniers. Resli-
OQ premier détachement de colons. Revenu tuée à la France , en 1 668 , cette colonie fut ren-
nMoientanémenl en France, en i665, M. de due à la compagnie des Indes occidentales.
ÛU COLONIES.
flottes espagnoles lorsqu'elles sortent du golfe de Mexique; pour du toat dresser des mémoires les plus exacts et les plus circonstanciés qu'il se pourra , et les envoyer à Sa Majesté.
Outre toutes ces entreprises, tant par terre que par mer, il est nécessaire que M. de Baas examine avec le mesme soin toutes les mesures que Ton pourroit prendre pour introduire le commerce des sujets da roy dans les villes de la terre ferme, soit en gagnant quelque gouverneur par argent ou par des présens, soit par toute autre voye qui soit praticable , n'y ayant rien qui puisse produire aux sujets de Sa Majesté un avantage plus considérable et plus solide que l'introduction de ce commerce, vu qu'ils tireroient de la première main ce qu'ils ne tirent que par celle des Espagnols , en y portant et en y débitant des marchandises manufacturées en France.
Pour toutes ces découvertes et pour former des entreprises de guerre et de commerce , M. de Baas s'entendra avec les commandans des escadres et vaisseaux que Sa Majesté enverra dans lesisles, lesquels auront ordre d'agir de concert avec luy.
( Arcb. de la Mar. M08. R^giMtre det uréru i(k roi, 1668 , fol. 108.)