‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 112 sur 258 · A M. L'ÉVÊQUE DE PÉTRÉE, AU CANADA · texte numérisé non relu

A M. L'ÉVÊQUE DE PÉTRÉE, AU CANADA

Paris, i5roay 1669.

J'ay rendu compte au Roy du contenu en vos dépesches des dernier septembre , 8 octobre et 8 novembre de l'année dernière. Sa Majesté a esté très-ayse d'apprendre que vous vous appliquiez toujours avec le mesme zèle et la mesme chaleur à vous acquitter de toutes vos fonctions, et elle ne doute point que la Nouvelle-France n'en reçoive beaucoup d'avantages et que ce ne soit un moyen assuré d'augmenter considérablement cette colonie. Le nombre des mariages et des baptesmes qui se sont faits dans la seule paroisse de Québec , pendant l'année dernière, en est une preuve indubitable, et Sa Majesté aimant et considérant ce pays-là comme elle fait, ainsy qu'il vous paroislra bien clairement par les grands efforts

' Colbert se félicitait, dans une lettre du personnes à passer au Canada. Vous sçavez de

i3 sTril précédent, à Colbert de Terron, de quelle conséquence il est de se contenir dans

ce que cet envoi important s'était effectué à des bornes, particulièrement à Tégard d'une

faide des ressources accordées. «Je suis bien dépense qui doit recommencer tous les ans.r

ajse, lui disait-îl , que vous n'ayez pas dépassé ( Dép. conc. la mar. fol. 99. ) les fonds que je vous avois envoyés pour les

qu'elle a encore fails celle année, elle a lieu d'espérer qu'avec le bou ordre que vous apportez pour le spirituel, cette colonie recevra toute l'augmentation qu'elle désire.

Sa Majesté vous a accordé 6,000 livres de gratification cette année pour vous ayder à soutenir les dépenses que vous estes obligé de faire, et particulièrement celles de l'instruction des enfans des sauvages, dont elle désire que vous augmentiez le nombre autant qu'il vous sera possible, ny ayant rien de plus important pour l'avantage de cette colonie et pour le salut des sauvages, qui est le principal soin de Sa Majesté, que de les joindre h la vie commune des François ^

J'ay apporté cette année toute la précaution possible pour ne recevoir que des hommes propres au travail pour estre transportés dans la Nouvelle-France. Pour cet effet, j'ay prié M.Colbert de Terron de prendre le soin des âoo personnes qui y seront portées sur le vaisseau du sieur Le^ gagneur; et, sur ce sujet, je vous diray que j'ay traité au nom du roy avec six capitaines pour y mener six compagnies de 5o bons hommes chacune, âgés depuis vingt jusqu'à trente ans, lesquels se doivent habituer dans ce pays-là après dix-huit mois de paye; en sorte que nous devons espérer que les grands efforts que Sa Majesté fait pour le peupler, joints à vos soins, produiront les effets et la satisfaction qu'elle s'en promet.

Après avoir examiné tout ce qui peut concerner le commerce du Canada, Sa Majesté a résolu, sur le rapport que je luy en ay fait, de le laisser libre à tous les François. Ainsy je dois espérer que cette liberté pourra contribuer encore beaucoup à les porter au commerce , lequel attirera l'abondance dans le pays, et, par l'abondance, la multiplicité des peuples.

Le Roy a résolu d'envoyer quatre Récollets au Canada, et Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire qu'elle ne doute pas que vous ne leur donniez non-seulement le pouvoir d'administrer les sacremens à tous ceux qui en auront besoin et qui auront recours à eux , ce qui servira au soulagement de vos ecclésiastiques , mais mesme que vous ne procuriez leur establissement sur le bien qui leur appartient en ce pays-là ^.

M. Talon est informé des grâces que le Roy a accordées cette année à

^ Colbert, on le voit, insiste sur ce point déjà indiqué dans Tinstruction à M. de Bouteroue, pièce n* A. — Il écrivait encore à ce sujet, à Tabbé de Quélus, le 1 o mars 1 67 1 : « Sa Majesté ne doute pas que vous n^excitiez fortement les prestres de voslre séminaire à instruire les enfans des sauvages et à les rendre capables d^eslre admis dans la vie commune des

Françx>iB , afin de n^en composer qu'un i peuple et de fortifier, par ce moyen , d'autant plus ia colonie.» {OrdreB du roi, fol. 35.)

* Les premiers missionnaires envoyés au Canada, de 16 15 à ]6a5, appartenaient en effet à Tordre des Récollets. Trop pauvres pour subvenir aux dépenses de leur mission , ils \ appelèrent, en 1 fis 5 , les Jésuites.

rhospital de Québec pour subvenir aux dépenses qu*il est obligé de faire ^ et, comme il vous en rendra compte, je me contenteray de vous assurer (|u*il ne se p^ut rien ajouter à l'estime que je fais de vostre zèle et du mérite que vous vous estes acquis, tant envers Dieu qu'envers le Roy et le public, par les soins que vous donnez avec tant de succès à l'instruction de ceux qui composent cette colonie, que l'on peut appeler naissante, vu quelle n'a de vie que depuis le temps que vous vous estes dévoué pour elle 2.

( Arch. de la Mar. Ortbw du roi pour lu compagnie dsê htdêi, 1669 , fol. lÀ/i.)

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