A COLBERT DE TERRON
INTENDANT A ROCHEFORT
Saint-Germaio , ai avril 1670.
L'on vit partir samedy dernier seulement, à deux heures après piidy, M. Talon, qui se doit rendre en sept jours à la Rochelle, en sorte que vous le verrez assurément vendredy ou samedy prochain. Disposez toutes choses pour le faire embarquer et le faire partir aussytost.
Je presse l'embarquement des cent cinquante filles^ afin que nous sovons entièrement débarrassés de cette affaire ^
Je trouve très-étonnant que vous m'ayez écrit que le commandant de Plaisance ayt pris le tiers de la pesche des François habitués audit lieu. Je crois qu'il ne faut pas dissimuler une concussion de cette qualité, et que vous en devez informer et le punir sévèrement, n'y ayant rien qui puisse davantage, non-seulement empescher l'augmentation de nos colonies, mais mesme les ruiner entièrement. Il faut que vous ayez toujours l'œil ouvert pour découvrir tout ce qui se passe de cette nature.
Vous aurez vu , par Testât des fonds faits pour le Canada, qu'il y a fonds fait pour le passage de cent engagés, outre les trois cents des troupes, et cent matelots pour establir la pesche sédentaire à l'isle Percée^ si je ne me trompe. Mandez-moy si ces cent hommes et cent matelots sont disposés à partir, et si M. Talon les embarquera avec luy.
Je suis fasché d'apprendre vostre indisposition. Pensez à conserver rostre santé '.
* Le 9 1 du mois précédent, Golbcrl lui avait déjà écrit à ce sujet :
? A Yéfçard du Canada , Sa Majesté désire , âosy que je vous Tay desjà fait sçavoir, que vous prasiei, autant qu'il sera possible, l'expédition do vaisseau qui doit porter M. Talon en ce pi)f8-là. Il est party ces jours-cy pour aller à Notre-Dame de Liesse , d'où il doit revenir dans peu. Ce pendant nous préparons de deçà les cent cinquante filles, les cavales, chevaux entiers et brebis qu'il faut y faire passer. Quant aa fonds nécessaire pour les compagnie»» qui
s'embarqueront pour y passer de mesme, aussytost que M. Talon sera de retour j'exami* neray avec luy tous les mémoires pour faire ces fonds, vous les envoyer et le faire partir. ti ( Dép, cône, la mar» fol. 1 39. )
^ Petite lie du golfe SaintrLaurent, à sept lieues sud du cap Gaspc. — C'est un rocher qui offre démarches naturelles à travers lesquelles passe la mer.
' Voir Jmtruetiotu à Seignelay, pièce n* 1 9 et notes.
/i82 COLONIES.
Il me semble qu'en continuant nostre travail deux ou trois années nous mettrons nostre marine en estât de se soutenir avec grandeur et avec grande facilité. 11 faut mettre les choses sur ce pied-là.
Faites-moy sçavoir le jour du départ des vaisseaux pour le Canada, TAcadie et Plaisance. Il me semble que nous tirerons beaucoup d'avantages de ces voyages-là.
Il faut penser à faire faire des cartes marines de tous nos voyages, afin de nous tirer une fois de la nécessité de passer par les mains des Hollandois , et de rendre plus correct ce qu'ils ont fait jusqu'à présent.
( Arcb. de la Mar. Dépéehêi Cùncemant la marine, 1670 , fol. 196.)