‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 128 sur 258 · AMBASSADEUR A LONDRES · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR A LONDRES

(Minute autographe.)

Versailles, 5 aoust 1670.

Pour répondre à vostre lettre du âo du mois passé , je vous diray que M. Tambassadeur d'Angleterre a fait la mesme plainte au Roy que celle qui a esté faite à Londres, sur le sujet de Tordonnance du lo juin dernier portant défense à tous vaisseaux estrangers d'aborder, faire commerce ni naviguer aux environs des isles de l'Amérique occupées par les François, à peine de confiscation. Sur quoy Sa Majesté m'a ordonné de vous faire sçavoir qu elle a esté obligée d'expédier cette ordonnance pour chasser de nos isles les Hollandois, qui ont une telle habitude à y faire tout le commerce (à quoy mesme ils sont favorisés par tous les habitans des isles), que, sans une rigueur extraordinaire, il est impossible de les en chasser; et, ponr le mesme effet. Sa Majesté est obligée d'y entretenir une escadre de vaisseaux. Gomme la mesme raison ne milite pas contre les Anglois, qui se sont toujours contentés, comme nous, de faire le commerce de leurs ides, si Sa Majesté avoit pu, elle les auroit exceptés de l'exécution de ladite ordonnance; mais elle a esté obligée de la faire générale contre tous les estrangers , à cause des traités qu'elle a avec les Hollandois ; et en mesme temps qu'elle a donné ordre au sieur de Raas, lieutenant général de ses armées, commandant à présent dans les isles de l'Amérique, de la faire exécuter à la rigueur contre les Hollandois, elle luy a ordonné aassy de ne pas la faire exécuter de mesme contre les Anglois, par la rai- ^n que je vous viens de dire, qui est que jamais ils n'ont fait ce commerce, ni ne se sont mis en devoir de le faire, en sorte que vous pouvez

an

assurer le roy d'Angleterre et ses ministres qu'il ne se passera rien, sur l'exécution de cette ordonnance, contraire à la bonne intelligence que le Roy veut maintenir et par luy-mesme et par tous ses sujets avec Sa Majesté Britannique et avec les siens, et mesme que les vaisseaux anglois recevront dans toutes les mers , isles et lieux qui sont sous l'obéissance de Sa Majesté , tous les bons traitemens et toutes les assistances qu'ils reçoivent des Anglois, à condition qu'ils ne feront aucun commerce dans nos isles, comme ils ne prétendent point le faire, et de la mesme manière que le roy d'Angleterre l'a fait observer dans les isles qui sont sens son obéissance.

Je vous diray mesme que, dans tous les lieux où les François naviguent à présent, ils reçoivent un traitement si favorable des Anglois, que, quand il n'y auroit d'autres raisons, Sa Majesté seroit portée à ordonner à tons ses sujets de renchérir sur leur civilité.

Outre les ordres qui ont esté desjà donnés à M. de Baas sur ce mesme sujet. Sa Majesté m'a ordonné de luy écrire si clairement, qu'assurément le roy d'Angleterre n'en recevra aucune plainte ^ Je vous dois dire néanmoins que la mesme bonne correspondance et le mesme bon traitement que les François reçoivent partout des Anglois, et que les François rendent réciproquement aux Anglois , ne s'observent pas de mesme par ces derniers dans les isles de l'Amérique, d'où le Roy reçoit souvent des plaintes du peu d'assistance et mesme de beaucoup de mauvais traitemens que les François reçoivent d'eux; et Sa Majesté désire que, sur ce point, vous demandiez au roy d'Angleterre de réitérer ses ordres à ceux qui commandent pour luy dans les isles de Jamaïque , Barbade , Antigue et autres isles et terre ferme de l'Amérique , que, sans préjudice des ordres et des défenses générales, ils ayent à donner aux François en tous rencontres toutes les assistances qui dépendront d*eux , et surtout qu'ils tiennent une bonne correspondance avec ceux qui commandent pour le Roy dans les isles et terre ferme qui sont sous son obéissance ; qu'ils terminent ensemble à l'amiable tous les petits différends qui pourroient naistre entre les deux nations; et, en cas qu'ils n'en puissent convenir, qu'ils en renvoyenl le jugement aux

^ Voici ce que le Roi écrivait sur ce sujet à M. de Baas, le is octobre 1670 :

« Je désire que vous conveniez, s^il est possible, avec les gouverneurs des isles angloises, des moyens que les sujets, de part et d'autre, ne fassent aucun commerce contraire à mes défenses et à celles de Sa Majesté Britannique, el que , en cas que par quelque accident les vais-

seaux de part et d'autre fussent obligés de relascher dans nos isles réciproques, à quoy je désire que vous consentiez, ils ne souffrent pas la confiscation, en prenant toutefois vos précautions pour empescher que sous ce prétexte le commerce anglois ne s'introduise dans nos isles. . . 7) {Ordret du roi y fol. 110.)

deux roîs pour les terminer, sans en venir à aucune voye de fait, et, au surplus , qu'ils s'entre-assistent mutuellement en tous rencontres . . .

A l'égard de la navigation du détroit d'Hudson, il est vray que Van Heemskerk, qui est HoUandois, s'est mis au service du Roy et a proposé à Sa Majesté d'aller découvrir, sous son autorité , des mers et des pays qui n'ont jamais esté et ne sont point habités par aucune nation de l'Europe, entre les 5 a* et 5&* degrés de latitude septentrionale, sous diverses grâces et conditions considérables qui luy ont esté accordées. Il n'y a rien en cela qai puisse blesser le roy d'Angleterre ni ses sujets ; mais si , dans l'exécution de cette proposition, le pays prétendu par ledit Van Heemskerk se trouve occupé par les Ang^ois, en ce cas le Roy ne le souffrira point et en fera faire raison au roy d'Angleterre , sans difficulté. Vous voyez bien clairement par ce discours qu'il ne peut arriver aucune contestation ni difficulté sur cette affaire.

- (Ireh. de la Mar. Dépiehei concernant le commercé, 1670. — Depping, CorreepondancB odtmntffrattM eotu home XIY, UI , 698.)

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