‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 130 sur 258 · AMBASSADEUR A LISBONNE · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR A LISBONNE

Saint-Germain, 93 aoost 1670.

Il faut, à l'égard du commerce des Indes orientales, que les Portugais soyent bien aveugles de ne vouloir pas traiter avec le Roy et luy donner quelqu'un de leurs establissemens , vu qu'ils y périssent tous les jours et qu'assurément ils en seront chassés dans peu, s'ils ne se fortifient par quelque alliance et par quelque traité défensif , et mesme offensif en cas de besoin, avec le Roy, qui est assurément le seul de tous les princes de l'Europe qui envoyé des flottes dans les Indes et qui y fasse quelque commerce , avec lequel le Portugal se puisse accommoder avec seureté et avec bienséance ^

Je crois que vous ne manquerez pas de profiter de la bonne disposition que vous avez trouvée au comte d'Atorre sur le sujet du commerce des Indes; mais, comme vous dites fort bien, il ne se faut point presser du tout avec cette nation; il faut que les principaux du conseil de Portugal voyent eux-mesmes la nécessité en laquelle ils sont de s'allier avec quelque puissance qui les empesche de périr, comme assurément ils feront sans cela. 11 faut seulement vous tenir en estât de profiter de toutes les con-

' Vuir II, Induêtriet pièce n"* 35.

jonctures qui vous paroistront favorables pour cet effet, et ce pendant vous assurer toujours que les vaisseaux François, soit de guerre, soit marchands, seront reçus dans les ports qui sont de la domination du Portugal , y auront liberté entière de leur commerce et y recevront les assistances dont ils pourront avoir besoin.

Le Roy est bien persuadé que Tisle Dauphine n'est pas propre pour le commerce des Indes; aussy Sa Majesté prend-elle des mesures pour quelque autre estabiissement ^ ; et comme il est impossible de faire de grandes colonies dans cette isle , nous aurons le mesme défaut d'hommes que les Portugais ont eu pour découvrir et entrer dans la rivière du Guama^, où vous dites qu'ils sont fort persuadés qu'il y a des mines considérables.

Les ordres que vous avez fait donner, et de bouche et par écrit, au vice-roy des Indes en faveur des vaisseaux françois leur seront avantageux.

Nous attendons à présent trois vaisseaux venant des Indes, qui sont partis le 3o novembre dernier, dont le retardement nous donne quelque inquiétude.

Comme il seroit très-avantageux à nostre compagnie du Nord de fournir aux Portugais toutes les marchandises qui leur sont nécessaires pour les armemens de mer, et que les directeurs de cette compagnie ont envoyé leurs ordres à la veuve André de traiter pour cette fourniture avec le conseil de Portugal , en cas qu'elle puisse convenir des conditions et du prix, le Roy désire que vous vous employiez pour faire réussir cette proposition, et que vous donniez à ladite veuve André tous les avis que vous croirez pouvoir contribuer à la faire réussir. Outre l'avantage que les sujets du Roy en pourront recevoir, les Portugais auront la satisfaction d'oster ce commerce aux Hollandois . . .

(Ireh. de ia Mar. J)ipédte9 coneematd k commerce, 1670, fol. 37&. — Depping , Corre^poHdoHce aébnisUttratioe mms Lomé XIV, III , 699. )

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