‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 139 sur 258 · COMMISSAIRE DE MARINE A PENTAGOUÈT · texte numérisé non relu

COMMISSAIRE DE MARINE A PENTAGOUÈT

Paris, 3om8rs 1671.

Le sieur Paloulet doit observer que, ayant esté chargé par le sieur Talon, intendant de la justice, police et finances en Canada, de faire l'achat de toutes les denrées nécessaires pour l'entretien et l'augmentation de la colonie de ce pays-là, il importe qu'il prenne ses mesures dans ce voyage de sorte qu'il puisse arriver au plus tard à Québec dans le mois d'aoust ou septembre prochain , afin de pouvoir rendre compte de sa conduite au sieur Talon avant le départ des vaisseaux qui retourneront en France l'année prochaine.

Il doit estre informé que. Sa Majesté estimant qu'il importe au bien de son service et à l'avantage de ses sujets de la Nouvelle-France , de rechercher les moyens les plus commodes et les plus faciles d'establir la communication entre les habitans de Québec et ceux de l'Acadie, il n'y a rien de si grande conséquence, dans ce voyage, que de s'appliquer à reconnoislre les lieux par lesquels le chemin doit estre conduit, et ce qui se peut pratiquer pour le rendre plus court et plus aysé à tenir dans toutes les saisons de l'année.

Mais, auparavant que de prendre ses éclaircissemens, lorsqu'il sera arrivé audit pays, il examinera avec soin de quelle nation sont les habitans qui composent la colonie qui y est establie, et; pour cet effet, il fera une description la plus exacte qu'il luy sera possible de toutes les habitations; du nombre des familles; combien il peut y avoir d'âmes de l'un et l'autre sexe; à quoy particulièrement les habitans s'appliquent; en quoy consiste leur commerce; les moyens qu'ils ont de subsister et d'élever leurs enfans.

Comme la principale chose qu'il faut examiner pour la manutention et

^ Les lellres de noblesse accordées à Jean- archives de ia Manne, dans le même Toiumo, Vincent Philipes, sieur de Haultménil, fils de fol. 5o. Pierre Philipes, sieur de Marigny, sont aux

l'aagmentation de la colonie est le défrichement des terres, il observera soigneusement quelle estendue de pays est habitée par les François et autres nations qui sont sous l'obéissance du roy; s'ils sont unis dans leurs demeures; si la distribution des terres s'y est faite de proche en proche ou de loin en loin au gré du colon, ou s'il est resserré dans un corps de corn** munauté ou de village; si toutes les concessions sont défrichées et de quelle qualité sont celles incultes qui se trouvent entre les habitations.

Le sieur Patoulet s'appliquera de plus à connoistre les productions de la terre, pour juger de l'utilité que l'on peut attendre de l'Acadie ;

Si le froment, l'orge et les autres grains ou légumes de l'Europe que f on y sème y viennent bien ;

Si le chanvre et le lin y croissent;

Dans quelle saison l'on sème tous les grains, dans quelle autre on en fait la récolte, ce qu'il est très-nécessaire de sçavoir afin de pouvoir juger ce que l'on peut attendre dudit pays, tant pour le bien et l'avantage des sujets du roy qui y sont habitués, que pour l'establissement du commerce qu'ils peuvent faire en France et aux isles Antilles de l'Amérique.

Les pesches sédentaires ayant beaucoup contribué à rendre florissante la colonie des Anglois establie à Boston, le sieur Patoulet étudiera avec soin et application la conduite qu'ils ont tenue et tiennent encore pour l'augmentation des pesches qu'ils ont establies aux environs de Pentagouët et dnPort-Roysd^, afin de prendre les mesures les meilleures et les plus convenables qu'il sera possible pour celles qui doivent estre faites autour de Pisle Percée.

Il fera une description exacte du nombre des ports et havres qui se rencontrent dans l'estendue des costes;

S'il y a dans ledit pays plusieurs bestiaux, comme bœufs, vaches, brebis et chevaux, et si l'on pourroit les faire passer par terre à Québec, en cas de besoin;

Si les pasturages y sont bons ;

Si les bois sont propres à la construction des vaisseaux, et s'il s'y en rencontre de propres pour toutes les différentes pièces qui y entrent;

S'il est vray qu'il se trouve audit pays une fort grande quantité d'arbres d'une hauteur extraordinaire, dont l'on pourroit faire des masts pour les navires du plus grand port que le roy ayt à la mer.

Il examinera aussy quel commerce on peut establir entre ce pays-là, le Canada et l'ancienne France.

' Principal porl de TAcadie, aujourd'hui Annapoiis, dans la Nouvelle-Ecosse.

52î2 COLONIES.

Le sieur Patoulet observera avec prudence, et sans que le chevalier de Grand-Fontaine puisse prendre aucun ombrage, si les peuples sont satisfaits de la manière dont ils sont à présent gouvernés. S'il luy paroist qu'ils ne le soyent pas, il cherchera adroitement la cause de leur mécontentement, afin qu'estant connue de Sa Majesté, elle y apporte le remède qu'elle estimera convenable au bien de son service et au soulagement de ses sujets.

Le Roy désirant que la religion dont Sa Majesté fait profession ayt seaie son exercice dans les lieui éloignés et qui sont néanmoins sous sa domination , le sieur Patoulet remarquera queUe est celle des peuples dudit pays; s'il y a des prestres qui leur administrent les sacremens; comment ils y vivent; s'ils ont des lieux d'assemblée; et s'il y a des ministres de la reli- {jion prétendue réformée qui en fassent publiquement l'exercice.

Il s'informera exactement du nombre des sauvages qu'il y a dans ces contrées qui trafiquent avec les sujets du roy; quel est leur commerce; quelles sont leurs mœurs; et, s'il y en a qui soyent ennemis des François, leurs forces et les lieux de leurs habitations.

Il examinera aussy de quelle manière la justice se distribue à un chacun.

Après avoir fait toutes ces remarques, il passera au Port*Royal, oii il en fera de pareilles, et ensuite il s'en ira par terre à Québec.

Dans ce voyage, il fera un mémoire ou journal exact de toutes les difficultés qu'il rencontrera qui pourroient empescher la communication de ces deux pays, et cherchera tous les expédions dont on pourra se servir pour les aplanir. En chemin faisant, il reconnoistra la qualité des bois qui couvrent la terre par oii il passera; si la mesme terre est propre pour estre habitée, et si lapesche est abondante dans les rivières qu'il trouvera à son passage, afin de faciliter d'autant plus la communication. Enfin, il examinera si, par le moyen de ce chemin, l'on pourroit avoir des nouvelles du Canada deux fois l'année.

( Arcb. de la Mar. Ordres du roi pour ht compagnUt de* Inde» . 1671, fol. &&•)

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