A M. TALON
INTENDANT AU CANADA
De. . . 11 février 1671.
J'ay reçu les dépesches et mémoires qui estoient dans le portefeuille que vostre secrétaire m'a rendu. Le Roy a esté bien ayse d'apprendre que les vaisseaux qui sont partis l'année passée, tant de la Rochelle que du Havre, soyent heureusement arrivés en Canada et à la coste de l'Acadie, et que vous ayez trouvé la colonie, non-seulement en estât de se soutenir par elle-mesme , mais aussy de fournir aux isies françoises de l'Amérique quelque partie de ce qui leur est nécessaire pour la subsistance de ceux qui les habitent et pour leurs autres besoins.
Comme Sa Majesté a eu principalement en vue, dans les grandes dépenses qu'elle a faites, depuis plusieurs années, et qu'elle continue encore celle-cy pour le Canada, l'establissement du commerce réciproque de ces deux parties de FAmérique, il n'y a rien à quoy vous deviez donner plus d'application qu'îi fortifier et augmenter les roramcncemens de la naviga-
tion que les habitans de Canada ont entreprise cette année auxdites isles, et à les exciter de faire construire ou acheter des vaisseaux pour y bien establir leur commerce, estant certain qu'il n'y a point de meilleur moyen pour les mettre à leur ayse et pour procurer une augmentation considérable aux colonies de ce pays-là.
Je n'ay pas manqué de rendre compte au Roy des trois vaisseaux qui ont esté construits en Canada et envoyés Tannée dernière aux isles françoises de l'Amérique. Ce commencement de commerce a esté fort agréable à Sa Majesté; et comme il produira assurément des avantages considérables aux habitans du pays, s'ils s'appliquent à le soutenir et à l'augmenter, excitez-les fortement à faire bastir de nouveaux vaisseaux et à s'en servir pour le transport de leurs bois et denrées aux isles, y charger des sucres, les apporter en France , et de là reporter auxdits pays les denrées et autres marchandises qui leur sont nécessaires.
. La proposition que vous faites d'accorder quelques décharges de droits aux habitans de ce pays qui apporteroient des sucres en France est desji exécutée , ainsy que vous le connoistrez clairement par le contenu des arrests et ordonnances que vous trouverez cy-joints ^
Je suis bien ayse que les habitans du Canada commencent à s'appliquer à la construction des vaisseaux; et quoyque ceux que vous me marquez soyent bien petits, puisque vous les estimez nécessaires pour la pesche, la communication de l'Acadie et le commerce des isles, vous pouvez donner les gratifications accordées par l'arrest que vous trouverez cy-joint à ceux qui entreprendront de pareilles constructions ; à quoy il n'y a rien de si important que d'exciter les habitans, vu que, par ce moyen, ils se déchargeront des marchandises qui leur sont superflues et qu'ils rapporteront chez eux celles qui leur seront utiles et dont ils auront un prompt débit.
A l'égard dé vostre vaisseau dont vous proposez l'échange contre quelqu'un de ceux du roy, je vous feray sçavoir la résolution que Sa Majesté aura prise sur ce sujet avant que cette dépesche soit fermée ^.
J'ay appris avec plaisir, par ce que vous me mandez, que vous avez fait commencer quelques vaisseaux pour le roy et que vous avez donné les ordres nécessaires pour exploiter tous les bois dont on aura besoin , soit pour les achever, soit pour les charger des pièces qui pourront servir aux constructions qui se font dans les ports du royaume; et, comme Sa Majesté a fait cette année un fonds de 60,000 livres pour cette dépense, je vous prie de le mesnager avec beaucoup d'économie et d'envoyer proraptement
^ Voir II, Indmtrie, pièces n'*Wi9, i83 et * La réponse relative à cet objet ne se tromt'
notes. pas » la fin de \n lettre de Colliert.
cesbasiimens chargés de bois en France» afin que cet exemple puisse convier les habitans du pays à s'appliquer au commerce maritime.
J'écris à M. Golbert de Terron de vous faire remettre le fonds des gages des charpentiers qui ont esté envoyés Tannée passée en Canada, en sorte que vous serez en estât de faire tel retranchement que vous estimerez à propos à ceux qui ne s'appliquent pas fortement au travail.
11 s'est présenté icy quelques oificiers des troupes qui sont restées en Canada ^; et, comme il importe au service du roy qu'ils s'establissent audit pays et qu'ils servent d'exemple à leurs soldats, il est bien nécessaire que vous empeschiez qu'à l'avenir ces officiers ne repassent en France, leur faisant connoistre que le véritable moyen de mériter les grâces de Sa Majesté est de demeurer fixes, et d'exciter fortement tous leurs soldats à travailler au défrichement et à la culture des terres.
Vous verrez, par la copie de l'estat et des ordonnances de fonds que vous trouverez cy-jointe, ceux que le Roy a faits cette année, tant pour les gratifications ordinaires, passage et nourriture de filles, d'engagés et de bestiaux, que pour l'entier establissement des compagnies qui passèrent lannée dernière en Canada. Ainsy vous serez facilement persuadé de l'application que Sa Majesté continue de donner de plus en plus à tout ce qui peut fortifier et augmenter cette colonie, et la mettre en estât de se passer de toute sorte de secours.
Le Roy a appris avec plaisir, par vostre dernière lettre, que, des cent cinq filles qui passèrent l'année dernière audit pays, il n'en restoit que quinze i marier, et que, les soldats des dernières compagnies ayant travaillé à leurs habitations, ils sont en estât de se marier. Sa Majesté, pour cet effet, a donné les ordres nécessaires pour envoyer cette année cent cinquante filles; aussy je m'assure que, aussytost qu'elles seront arrivées, vous travaillerez à les establir et les marier avec lesdits soldats et les autres habitans, en sorte que la colonie en recevra une augmentation considérable.
Vous avez fort bien fait de faire ordonner que les volontaires seroient privés de la traite et de la chasse s'ils ne se marioient quinze jours après l'arrivée des vaisseaux qui apporteront les filles.
11 est bien nécessaire que vous teniez soigneusement la main , non-seule* ment à ce que tous ceux qui sont en Canada travaillent, mais mesme à. ce qu'ils se lient par des mariages aussytost qu'ils seront en âge et qu'il y aura assez de filles.
' 11 s'af^i du régiment de Garignan-Sa- 5o livres et les vivres d^une année. Les officiers
lières, qui fut la souche de plus d« trois cents obtinrent de vastes seigneuries, familles canadiennes. — Chaque soldat eut
III, - a* 33
Je suis bien ayse que vous ayez fait donner aux filles qui n'ont pas esté niariées 5o livres en deni*ëos, aGn de commencer leur eslablissement.
A l'égard de celles qui passeront cette année, j'ay donné les ordres nécessaires pour les choisir saines et fortes , et de la qualité que vous les demandez, et je dois vous dire que le Roy a accordé une gratification de 600 livres à la demoiselle Etienne, en considération du soin que vous me marquez qu'elle a pris de la conduite des autres.
J'ay aussy donné ordre de vous envoyer des certificats des lieux où le&dites filles seront prises, qui feront connoistre qu'elles sont libres et en estât de se marier sans dilHculté.
J'ay écrit au chevalier de Grand-Fontaine ^ en conformité de ce que vous me marquez, et comme il importe beaucoup au service dû roy de commencer à lier quelque correspondance entre les habitans de TAcadie et ceux du Canada, afin qu'ils puissent profiter mutuellement de leur commerce, travaillez incessamment à faire la conmiunication de l'un des pays à l'autre, et tenez pour cela une correspondance réglée avec le chevalier de Grand-Fontaine, estant nécessaire que vous considériez cette communication comme le plus considérable bien que vous puissiez faire à l'un et à l'autre de ces deux pays.
J'écris audit chevalier que l'intention du Roy est qu'il laisse la pesche libre aux François, qu'il la permette aux Anglois aux mesmes conditions qu'ils faisoient aux François avant la restitution de l'Acadie, et surtout qu'il s'applique à l'establissement des pesches sédentaires; mais, comme vous pouvez plus facilement et plus souvent que moy luy faire entendre la conduite qu'il doit tenir pour cela, je vous prie de tenir la main à l'exécution de tout ce que vous estimerez propre à cet establissement, et de lever toutes les difficultés qu'il y pourroit rencontrer, estant certain que le meilleur moyen pour y parvenir est d'obliger à se marier, non-seulement tous les soldats qui sont sous son commandement, mais mesme les garçons et les filles qui passeront cette année audit pays.
Le Roy a entièrement approuvé la proposition que vous faites de lier une bonne et étroite correspondance avec les Anglois de Boston , et d'entrer mesme en quelque commerce avec eux pour les choses qui vous seront mutuellement nécessaires; mais, à l'égard des pesches qu'ils feront à la vue
^ D'Andigny de Grand-Fonlaine, capitaine Breda, le Roi le nomma gouverneur de cette
d'infanterie au Canada en i665, lieutenant, colonie. Commandant à Pentagouët en 1670,
puis capitaine de vaisseau. Lorsque TAcadie, il reçut Tordre de rentrer en France le 5 mai
que possédaient les Anglais depuis i65/4, Tut 1675. Il reprit son rang de capitaine de vms^
re8titu«Mî à la France en 1667 |)ar le traite dç seau et mourut à Brest, le 6 juillet 1696.
des terres de l'obéissance de Sa Majesté , elle désire (ju'il leur soit fait le mesme Iraitement que ses sujets reçoivent d'eux en pareille occasion; et celte conduite doit estre observée aussy bien dans la traite qu'ils peuvent faite avec les sauvages des environs de Pentagouct * que dans celle que les sujets du roy pourront faire avec les sauvages des environs de Boston , c'est-à-dire qu'il est nécessaire que vous establissiez un traitement réciproque entre les deux nations.
Je n'ay aucune nouvelle du vaisseau qui a esté arresté à Boston el qui estoit commandé par le nommé Fontaine. Cependant, vous avez fort bien fait de faire les instances nécessaires auprès du gouverneur el du conseil de celte ville pour la conservation de ce vaisseau et des marchandises de son chargement, afin que Sa Majesté en puisse faire demander la restitution au roy de la Grande-*Bretagne, lorsqu'elle aura esté plus particulièrement informée de tout ce qui s'est passé à l'occasion de la saisie.
Vous pouvez, sans aucune difficulté, faire rembourser le chevalier de Grand-Fontaine sur le fonds des dépenses extraordinaires du Canada, de celles qu'il a pu faire à Boston, en sollicitant la restitution de TAcadie, pourvu qu'elles soyent modiques et que vous en ayez une parfaite connoissance.
11 est inutile de penser à aucun expédient pour donner un prix plus haut aux peaux de castor et d'orignaP que celuy oii il est à présent, d'autant que, le commerce estant un eiïetde la pure volonté des hommes, aussytost que Ton mettroit quelque restriction au débit de ces pelleteries, les marchands seroient dégoustés de le continuer; en un mot, il importe de laisser à un chacun la liberté entière de vendre ou acheter à tel prix qu'il estimera à propos ^.
A l'égard de la proposition que vous faites de lever cent soldats et de faire construire une espèce de galère pour assurer le lac Ontario, Sa Majesté n'a pas estimé qu'il fust nécessaire de nouvelles troupes pour cela ; elle désire seulement que vous communiquiez cette pensée à M. de Courcelles et qu'il l'exécute, si vous trouvez en effet qu'il en puisse revenir ({oelque avantage à son service et aux nations sauvages auxquelles elle a accordé la paix.
' Aujonrd'hai Penobscot, dans TÉtat du ^ Néaamoiiis, le ii mai 1676, des lettres
Maine; e^était un fort élevé par les Français patentes furent expédiées en faveur de Jean
aiant i6da, snr la frontière de la Nouvelle- Oudie(te« bourgeois de Paris, pour lui accor-
Angleterre. der le privilège d^acheter seul au Canada les
' Ongnac ou orignal, nom donné dans le peaux de castor et de les vendre en France.
Canada à TaninMl connu ailleurs sous le noni (Ordre$ du roi, fol. 64.)
Il ne se peut rien de mieux que Tarrest que le conseil souverain de Québec a rendu pour décharger du droit de i o p. o/o les marchandises sèches ej; pour en recharger en mesme temps les liquemrs; mais, puisqu'il y a du fonds provenant de ce droit et qu'il est destiné au payement des dettes de la communauté de Canada, vous pouvez, sans aucune difficulté, travaillera la liquidation et au payement desdites dettes, et mesme accorder quelque préférence aux habitans dudit pays qui en sont créanciers. Mais surtout observez bien qu'il faut acquitter généralement toutes les dettes , et, pour cet effet, il sera bon que vous vous serviez de la moitié du droit qui selevoit sur les marchandises sèches, ainsy que vous le proposez.
Je vous envoyé cy-joint les ordres du roy nécessaires, tant pour prendre la somme de 3,ooo livres sur le fonds du droit de lo p. o/o, afin de l'employer à la réparation du clocher de Québec, que pour faire délivrer à M. de Gourcelles pareille somme, que le Roy luy accorda outre ses appointemens ordinaires de l'année i665.
C'est assurément un grand avantage pour le service du roy qu'il se rencontre des dispositions si heureuses dans la culture des mines de fer de Canada; peut-estre qu'avec vostre application vous parviendrez à en trouver de plus riches. Le sieur de La Potardière y retournera après avoir fait l'épreuve de la mine de fer qu'il a apportée, et, lorsqu'il y sera arrivé, le soin que vous devez principalement avoir est de faire en sorte que, aussytost que cette mine sera establie , elle subsiste par elle-mesme ; dans les suites, si l'on trouve qu'elle soit aussy bonne que vous l'espérez, l'on pourra y faire passer des ouvriers pour la fonte des canons.
J'ay vu avec la mesme satisfaction l'espérance que vous avez du succès de la manufacture du goudron; mais, comme dans ces sortes d'establissemens le succès ne répond pas toujours à ce que l'on s'en est promis, il faut que l'expérience nous confirme les apparences qu'il y a de réussir; cependant, appuyez fortement toutes ces nouvelles manufactures, dont il reviendra des avantages considérables au service du roy et à l'augmentation de la colonie.
La résolution que vous avez prise d'envoyer le sieur de La Salle * du coslé du sud, et le sieur de Saint-Lusson ^ du costé du nord, pour dé-
* BéDé-Robert Gavelier, aieur de La Salle , fleuve. — Il avait été anobli le i3 mai 1675.
né à Rouen et baptisé le 93 novembre t6û3. {Ordres du roi, fol. 3o.) — Voir les article»
Entré d^abord chez les Jésuites, il quitta en- publiés par M. Margry, dans la RemudeRmm.
suite cette compagnie et se rendit an Canada septembre 18Ù7, et dans le Journal de rà»-
en 1666. Il découvrit les rivières de TOhio et truetion publique , 1861. du Mississipi et mourut assassiné, le se mai * François D^Aumont, sieur de Saint-Liis
1 687, en achevant l'exploration de ce dernier j^ou.
couvrir le passage de la mer du Sud, est fort bonne; mais la principale chose à laquelle vous devez vous appliquer dans ces sortes de découvertes est de faire rechercher la mine de cuivre, ce qui seroit un moyen assuré pour attirer plusieurs François de l'ancienne dans la nouvelle France, si une fois cette mine avoit esté trouvée et que l'utilité en fust sensible.
J'examineray la proposition que le capitaine Poulet vous a faite de tenter la découverte de la communication de la mer du Sud et de celle du Nord par le détroit de Davis ^ ou par celuy de Magellan^, et, après que j'en auray fait rapport au Roy, j'exécuteray ce que Sa Majesté m*aura fait l'honneur de me commander sur ce sujet.
Le Roy n'a pas estimé à propos de faire un plus grand fonds que celuy de ao,ooo livres, tant pour ce qui reste à faire pour former l'entier establissement des soldats que pour les appointemens des quatre compagnies et autres officiers réformés. Sa Majesté ayant réglé ces dépenses suivant les mémoires que vous me donnastes dès l'année dernière.
J'ay vu le testament que feu Jean Madry fil, en 1666 , en faveur de sa femme; mais, comme cet acte n'est pas dans les formes ordinaires de la justice, il est nécessaire que les juges du pays le confirment, ceux du royaume ne le pouvant en aucune manière.
Vous avez raison de dire que les dépenses augmenteroient considérablement si le Roy faisoit passer en espèces les fonds qu'il fait pour le soutien et l'augmentation de la colonie, et, quelque chagrin que les marchands tesmoignent des denrées, ustensiles et autres choses en quoy l'on convertit lesdits fonds, il est bien important de continuer à envoyer des denrées et de tenir toujours l'argent au dedans du royaume.
J'ay esté très-ayse d'apprendre que le clergé de la Nouvelle-France s'acquitte régulièrement de toutes ses fonctions, et je n'ay point douté que M. l'évesque de Pétrée et les pères Jésuites ne fissent un favorable accueil aux pères Récollets, puisque, agissant sur un mesme principe et dans la vue de porter la lumière de la foy et de l'Évangile dans les contrées les plu3 éloignées de la Nouvelle-France, ce sera un secours pour animer d'autant plus leur zèle et concourir plus fortement à la conversion des sauvages et à l'augmentation du christianisme.
Le Roy a accordé la somme de 1,900 livres aux pères Récollets pour leur donner moyen de fortifier et augmenter leur establissement, et Sa Majesté continue encore à M. l'évesque de Pétrée la gratification de
^ Bras de mer qui sépare le Groenland de * Canal sëparant la Terre-de-Fcu de la Pe-
la Terre de Curoberland, el par lequel la mer (agonie. àe Baflîn communique à TOcéaii.
6,000 livres quelle a accoustumë de Juy donner pour l'entretien de son séminaire et la subsistance des jeunes sauvages qui y sont ëlevcs. Je luy écris dans le sens que vous avez désiré, conjme aussy à M. l'abbé de Quélus^ en sorte que j'espère que mes lettres feront sur leurs esprits l'effet que vous vous estes proposé.
.Travaillez toujours, par toutes sortes de moyens, à exciter tous les ecclésiastiques et religieux qui sont audit pays d'élever parmy eux le plos grand nombre desdits enfans qu'il leur sera possible, afin que, estant instruits dans les maximes de nostre religion et dans nos mœurs, ils puissent composer avec les babitans de Canada un mesme peuple et fortifier, par ce moyen, cette colonie-là.
Quant à l'establissement de la congrégation des femmes et filles qui se forme à Montréal, pour enseigner aux personnes de mesme sexe à lire, écrire et quelques ouvrages de main, le Roy trouve bon que vous voos appliquiez à le fortifier, ces oeuvres de piété pouvant contribuer beaucoup à l'augmentation du culte de nostre religion.
A l'égard de la confirmation de la noblesse du neveu de M. Souart', lorsqu'il sera retourné en Canada avec sa famille, sur l'avis que vous m'en donnerez, j'en rendray compte 9u Roy, qui luy pourra accorder en ce tempslà les lettres patentes nécessaires pour cette confirmation.
Sa Majesté a donné les ordres nécessaires pour le passage de cent engagés, et a fait un fonds de la somme de i&,ooo livres pour eslre employée en acbat de bestiaux. Je tiendray la main qu'il soit envoyé en Canada des cavales et des asnesses afin de multiplier ces espèces, qui sont si nécessaires à la commodité des babitans de ce pays-là.
Je vous envoyé cy-joint la commission de gouverneur de Montréal pour le sieur Perrot^ vostre neveu, que j'ay fait expédier sur la nomination de M. de Bretonvilliers ^.
J'écris à M. de Courcelles sur la conduite qu'il doit tenir, et je ne doutr pas qu'il n'entende volontiers les avis que vous luy donnerez sur ce que vous croyez estre plus conforme aux intentions et au bien du service du roy,
* Grand vicaire de l'archevêque de Rouen 11° 77). Uenlré à Montréal, avec le mémo et cure de Québec. titre, il fut interdit en i683, puis nomnn»
* M. Souart était le neveu du père Josepli l'année suivante ijouvemeur de TAcadie. En Le Garon, récollet, directeur de la mission du n^passant en France, le 3o mars 1687, il r»< Ganada, do 161 5 à ifiag. fait prisonnier par les Anglais ol mounil on
^ Gouverneur et commandant do Montnvil mer. on 1670. Il vint en France, en 167Û , et y fut * Supérieur général du séminairp de Saint-
retenu quolqno tomps à la Baslillo (\o\r pioro Siilpico établi à Mnnttval.
Je Yoas envoyé cy*joint douze médailles du Roy, lesquelles vous distribuerez ainsy que vous le proposez.
Sur le compte que j'ay eu Thonneur de rendre au Roy du défrichement considérable que vous avez fait faire d'une terre en Canada , Sa Majesté a estijné à propos de Tériger en baronnie, et j'en ay expédié, suivant ses ordres, les lettres patentes, que vous trouverez cy-jointes ^ Je ne doute pas que cette marque d'honneur ne convie non-seulement tous les officiers cl habitans du pays qui sont riches et accommodés, mais raesme les sujets du roy de l'ancienne France, à entreprendre de pareils défrichemens et à pousser ceux qui sont commencés, dans la vue de recevoir de pareilles grâces de Sa Majesté. C'est à quoy il est bien important que vous les excitiez fortement en poussant encore plus avant celuy que vous avez fait.
J'ay vu Testât général des familles que vosire secrétaire m'a apporté; il n'y a rien de plus important et de plus nécessaire pour le Canada que de travailler par tous moyens à en augmenter le nombre.
Auparavant que le Roy puisse prendre aucune résolution sur la fabrique d'une monnoye pour estre introduite en Canada , il est nécessaire de sçavoir le titre, le poids et le cours qu'elle peut avoir en ce pays-là , après quoy Sa Majesté vous fera connoLstre ses intentions sur ce sujet.
Outre les fonds que le Roy a faits pour toutes les dépenses du Canada pendant la présente année, et dont vous serez informé par les mémoires cy-joints, vous en trouverez un autre des deniers revenant-bons sur les fonds de Tannée dernière, lequel se monte à 210,903 livres, suivant le calcul que vous en avez fait. Je ne doute pas que, avec ces secours, vous ne soyez en estât d'exécuter tout ce que vous sçaurez estre des intentions du Roy |)our le bien et l'augmentation de cette colonie.
Sur le compte que M. Bellinzani m'a rendu de Tépreuve qui a esté faite des cendres et de Thuile que vous luy avez adressées pour composer la potasse , je luy ay marqué ce que j'estimois à propos de faire sur ce sujet, et, comme il ne manquera pas de vous le faire sçavoir,je me remets entièrement à ce que vous en apprendrez par ce canal.
* Talon avait suggéré celle idée à Golberl, à nexer à ce fief , avec les noms qui pourront luy qoi il écrivait, lors de son premier séjour au convenir, les trois villages que je désirerois y
ii,ie 10 novembre 1667 : «J*ay donné créer. . . La création de titres que je pro-
nwy-mesme Texemple en achetant une cer- pose seroil un moyen facile de faire progresser
<sioe estendae de terrain couvert de bois , sauf la colonie . . .y>
^fni arpens qoe j*ay trouvés défiîchés. . . Il Les villages fondés par Talon étaient Bourgest âlué dans le voisinage de Québec et pourra Royal , Bourg-ia-Reine et Boui^-Talon. Le Roi estre utile à cette ville. On pourroit doter cot ôrigea ces terres en baronnie, et Talon devint
nent d^un litre nobiliaire , si Sa Ma- ainsi baron des Ilcls , par leUres du i h mars j<!^ y ronsentoit, et on pourroit mesrae au- 1671. (Ordrvs durai, fol. A 5.)
Depuis celle letlre ëcrile, le Roy a accordé la confirmation des lettres de noblesse du sieur de Haultménil ^ Je vous envoyé cy-joint les lettres patentes qui ont esté expédiées pour cet efiet, afin que vous les délivriez lorsqu'il sera passé et estably avec sa famille en Canada.
( Areh. de la Mar. Ordre» du roi pour kê comptigme» du indei, 1671, fol. is.)