III. - a* I
Après ce premier devoir, je désire qu'il fasse souvent réflexion à ses obligations envers moy, non-seulement pour sa naissance , qui m'est commune avec tous les pères et qui est le plus sensible lien de la société humaine, mais mesme pour l'élévation dans laquelle je l'ay mis, et pour la peine et le travail que j'ay pris et que je prends tous les jours pour son éducation, et qu'il pense que le seul moyen de s'acquitter de ce qu'il n\e doit est de m'ayder à parvenir à la fin que je souhaite : c'est-à-dire, qu'il devienne autant et plus honneste homme que moy, s'il est possible, et que, en y travaillant comme je le souhaite, il satisfasse en mesme temps à tous ses devoirs envers Dieu, envers moy et envers tout le monde, et se donne les moyens seurs et infaillibles de passer une vie douce et commode, ce qui ne se peut jamais qu'avec estime , réputation et règlement de mœurs.
Après ces deux premiers points , et pour descendre aux détails de ce qu'il doit faire pendant son voyage, je désire qu'il commence incessamment la lecture des ordonnances de marine qu'il trouvera dans Fontanon ^ conférence des ordonnances, et ordonnances de 1629^ qu'il emporte avec luy les traités de Clairac', et lise promptement celuy des termes maritimes; et que, dans le voyage, il s'instruise toujours de la marine avec M. de Terron , afin qu'il ne soit pas tout à fait neuf en cette matière lorsqu'il arrivera à Rochefort. Je désire que, pendant le séjour qu'il y fera, il employé toujours trois heures du matin à l'estude, c'est-à-dire à la lecture dans son cabinet de tout ce qui concerne la marine; et mesme quelquefois, pour changer de matière, qu'il poursuive la lecture des traités que je iuy ay fait faire ^ sur toutes les plus importantes et plus agréables matières de l'Estat.
Aussytost qu'il sera arrivé, il doit faire une visite générale de tous les vaisseaux et de tous les bastimens de l'arsenal*; qu'il voye et s'instruise soigneusement de Tordre général qui s'observe pour faire mouvoir une si grande machine ^
Qu'il interroge avec application sur tout ce qu'il verra, afin qu'il puisse acquérir les connoissances générales, pour descendre ensuite aux particulières'';
^ Antoine Fontanon, avocat au parlement ^ Glairac ou Gleirac, auteur d'an ôuvragi;
de Paris, né en Auvergne, vivait vers la fin du publié à Bordeaux, en 1661, sous le titre
XTi* siècle. Auteur de plusieurs ouvrages en la- de : Ut et Coutumet de la mer. Il renferme, en
lin et en français , entre autres d^une collection outre, un traité des termes de marine et des
des édita des rois de France depuis 11170. règlements sur la navigation des fleuves el
^ Il s'agit ici du Gode Marillac, appelé corn- des rivières,
munément le Code Michaut, qui était composé ^ On trouvera la liste de ces divers traités
de /j 6 f articles , dont 3 1 sur le fait de la marine. page 69 , note. { Voir Isambert , Ane. hig frntiç. XVI , 2 a /i . )
A S^EIGNELAY. ;{
Qu'il se fasse montrer le plan général de toute Testendue de l'arsenal, tiDt des ouvrages faits cpie de ceux qui sont à faire, sçache la destinaûim de chaque pièce différente, en voyela forme et la figure, et en sçache donner les raisons ^ ;
Qal\ icrive de sa main les noms de tous les vaisseaux bastis et de ceux qoîsont encore sur les chantiers et Testât auquel il les trouvera, et en mesme temps une description de tout l'arsenal contenant le nombre des différentes pièces et leur usage particulier*.
Ensuite il fera la. liste des officiers qui servent dans le port, depuis Imtendant jusqu'au moindre officier, et s'en fera expliquer les principales fonctions, dont il fera le mémoire^.
Après avoir pris ces eonnoissances générales , il descendra au particulier.
Pour cet effet, il commencera par la visite du magasin général, laquelle il fera avec lé garde-magasin et le contrôleur; verra l'inventaire général et en fera, s'il est possible, un récolement, c'est-à-dire qu'il se fera représenter toutes les marchandises et munitions qui y sont contenues, pour voir si elles sont en la quantité et de la qualité nécessaires; sur quoy il se fera toujours informer.
Il pourra mesme juger si le garde-magasin et le contrôleur font bien leur devoir, en voyant si le magasin est propre et bien rangé, si tout est en bon ordre, et s'il tient un livre d'entrées et issues, qui est absolument nécessaire pour le bon ordre *.
Après avoir vu et examiné le magasin général, il visitera les magasins particuliers des vaisseaux , dont il se fera représenter l'inventaire , les examinera et en fera le récolement comme cy-dessus, et, par ce moyen, pourra bien connoistre la quantité et la qualité des marchandises nécessaires dans le magasin général pourl'armement d'un aussy grand nombre de vaisseaux que celuy que le Roy a en mer, et pareillement tout ce qui est nécessaire pour mettre en mer un seul vaisseau ^.
Ensuite il visitera tous les ateliers des cordages , de l'estuve , des voiles , des charpenteries, des tonnelleries, des calfateries, la fonderie, le magasin à pondre et généralement tous les ouvrages qui servent aux constructions, agrès et apparaux des vaisseaux; il examinera de quelle sorte se font tous ces ouvrages, les différences des bonnes ou mauvaises manufactures, et ce qui est à observer sur chacune pour les rendre bonnes et en estât de bien servir.
Dans le magasin général sont compris toute Tartillerie, tant de fonte que de fer, les armes, mousquets, piques et autres de toutes sortes, ensemble Joutes Jes munitions de guerre '.
fi examinera ensuite les fonctions de tous les officiers du port, verra
leurs instructions, fera de sa main un mémoire de tout ce que chacun officier doit faire pour se bien acquitter de son devoir, et prendra le soin de les voir et les faire agir chacun selon sa fonction , pendant tout le temps qu'il séjournera audit lieu de Rochefort.
Il s'appliquera ensuite à voir et examiner la construction entière d'an vaisseau, en verra toutes les pièces depuis la quille jusqu'au dernier baston de pavillon, en écrira luy-mesme les noms, et fera faire un petit modèle de vaisseau, qu'il m'enverra avec les noms de toutes les pièces écrits de sa main^
Après avoir vu et examiné la construction entière d'un vaisseau et avoir sçu les noms de toutes ses parties, il examinera encore l'économie entière de tous les dedans et l'usage de toutes les pièces qui y sont pratiquées.
Il verra placer toutes les denrées, marchandises, armes, artillerie, agrès et apparaux nécessaires pour mettre un vaisseau en mer, en fera luymesme le détail , l'écrira de sa main , et prendra le soin d'en faire charger un et le mettre en cet estai J; et pour cet effet, s'il arrive assez à temps, il pourra prendre un des vaisseaux que M. le Vice-Amirai doit commander, sinon il prendra le Breton, qui doit estre préparé pour le voyage des Grandes- Indes.
Et en mesme temps qu'il s'appliquera à connoistre les noms de toutes les parties qui servent à la construction d'un vaisseau et de toutes celles qui sont nécessaires pour le mettre en mer, il se fera informer de l'usage de chacune pièce, de toute la manœuvre d'un vaisseau, et de tout ce qui sert au commandement et è ladite manœuvre. Pour cet effet, il pourra la faire faire devant luy, soit dans le port , soit en montant sur les vaisseaux et allant deux ou trois lieues en mer pour voir le tout, et en un mot fera en sorte, par son application, qu'il puisse sçavoir le métier de tous les officiers de marine, tant en mer qu'en terre, pendant le séjour qu'il fera audit lieu de Rochefort; en sorte que non-seulement il puisse en bien parler, mais mesme qu'il puisse s'en souvenir pendant toute sa vie et apprendre à donner bien ses ordres à tous les officiers qui auront à agir^.
Pour parvenir à cette fin , il ne se faut pas contenter de voir et examiner
^ Seignelay defidna à ia main les princi- nécessaire d'entrer dans le détail des pièces
pales pièces d'un navire, avec Texplicalion en qui composent un vaisseau, pour n'estre pas
rogard, et envoya ce travail à son père avec la obligé de faire toujours des questions sur
note suivante : des choses qu'on ne me pou voit pas expli-
«Voyant qu'il estoit difficile que toutes clio- quer sans que je les visse. Ainsy j'àllay voir
ses dont on me parloit ne fussent meslées de tous les membres efe toutes les pièces dans ien
termes de construction et de manœuvre des vaisseaux qui sont sur l'atelier. ..-n (Mélanff^M
vaisseaux qui m'estoient inconnus, je jngoay Colberty vol. 8/i.)
ooe seule fois tout ce que je viens de dire; mais il faut le répéter et faire fOQTent la mesme chose, parce qu'il n'y a que cette répétition fréquente, mesme avec une grande application , qui puisse imprimer les espèces dans Fesprit et dans la mémoire, en sorte qu'elle les représente fidèlement toutes les fois que Ton en a besoin.
Il doit encore s'informer et sçavoir parfaitement toutes les fonctions des officiers d'un vaisseau , lorsqu'il est en mer, sçavoir : du capitaine , du lieutenant, de renseigne, du maistre, du contre-maistre, pilote, maistre charpentier, maistre voilier, maistre calfat, maistre canonnier, et combien d^iommes chacun d'eux commande, quelles sont leurs fonctions et généralement tout ce qui s'observe pour la conduite d'un vaisseau, soit dans an voyage , soit dans un combat.
Il lira avec soin tous les règlemens et ordonnances cpii ont esté faits et donnés dans la marine depuis que j'y travaille, ensemble mes lettres et les réponses^ afin qu'il tire, par tous ces moyens, la connoissance parfaite et profonde qu'il est nécessaire d'avoir pour se bien acquitter de sa charge , el pour le faire avec la satisfaction du Roy et le bien et l'avantage du royaume.
Il sera en mesme temps nécessaire qu'il apprenne l'hydrographie et le pilotage', afin qu'il sçache les moyens de dresser la route d'un vaisseau, et qu'il estudie aussy la carte marine"".
Après avoir dit tout ce que je crois nécessaire qu'il fasse pour son instruction, je finiray par deux points :
Le premier est que toutes les peines que je me donne sont inutiles si la volonté de mon fils n'est échauffée et ne se porte d'elle-mesme à prendre plaisir à faire son devoir; c'est ce qui le rendra iuy-mesme capable de (aire ses instructions, parce que c'est la volonté qui donne le plaisir à toot ce que l'on doit faire, et c'est le plaisir qui donne l'application. 11 sçait que c'est ce que je cherche depuis si longtemps. J'espère qu'à la fin je le trouveray, et qu'il me le donnera, ou pour mieux dire, qu'il se le donnera à Iuy-mesme, pour se donner du plaisir et de la satisfaction toute sa vie, et me payer avec usure de toute l'amitié que j'ay pour iuy et dont je Iuy donne tant de marques.
L'antre point est qu'il s'applique, sur toutes choses, à se faire aimer dans tous Jes lieux ou il se trouvera et par toutes les personnes avec lesquelles il agira, supérieures, égales, ou inférieures; qu'il agisse avec beaucoup
* l£à du mois suivant, Seigneiay écrivait drographic et ie pilotage, et je vous rendray « Gfiberi : compte au premier ordinaire du profit que je
tJe recommence à m'instmire dans Thy- fais dans vos ordonnances.»
de civilité et de douceur avec tout le monde, et qu'il fasse en sorte que ce voyage luy concilie Testime et l'amitié de tout ce qu'il y a de gens de mer; en sorte que, pendant toute sa vie, ils se souviennent avec plaisir du voyage qu'il aura fait et exécutent avec amour et respect les ordres qu'il leur donnera dans toutes les fonctions de sa charge.
Je désire que, toutes les semaines, ilm'envoye, écrit de sa main, le mémoire de toutes les connoissances qu'il aura prises sur chacun des points contenus en cette instruction'.
Pendant son voyage, il doit porter avec soy les ordonnances et règlemens de marine, les lire avec soin plusieurs fois pour s'en former une idée certaine et fixe dans son esprit, et faire en sorte que sa mémoire luy fournisse en toutes occasions ce qu'il aura lu.
Il faut porter et lire de mesme le mémoire des bastimens des arse-
naux''
Toutes les maximes, les instructions que j'ay faites de ma main; Et les volumes des deux dernières années.
Lire le tout avec grand soin plusieurs fois et faire avec application les réflexions pour bien connoistre le fruit et l'avantage que l'on reçoit quand
^ Pendant son séjour a Rocheforl, pour satisfaire aux demandes de son père, Seignelay dut rédiger plusieurs mémoires sur les différents points de son instruction. Le volume SU des Èiékmge» Colbert renferme les principaux, écrits de sa main, savoir :
t^ a8 juillet iôjo. — Liste des vaisseaux qui étaient daus le port de Rochefort. — Dessin et explication des principales pièces d*un navire.
a* 3s jtUlleL — Description d'un vaisseau. Son aménagement intérieur.
3" û août, — Mémoire sur les officiers du port de Rocheforl. Leurs fonctions. — Appréciation de Seigneiay sur chaque officier.
k* i8 oùût, — Projet d'im devis pour la construction d'un navire de cent pieds de quille portant sur terre, qui sera percé de quarantehuit pièces de canon et sera de 700 tonneaux.
5" s 7 août. — Mémoire sur la garniture d'un vaiBseau de 1,000 tonneaux.
6* f I septemlfre. — Liste des ustensiles des pilotes, canonniers, charpentiers, etc. — Ce que contient le fond de cale.
7** État des munitions qui sont dans les ar-
senaux de Rochefort et de celles qu^îi feut y mettre Tannée prochaine.
S^ sa septembre. — Extrait du compte de réquipage de deux vaisseaux pour la solde et nourriture de janvier à août 1670.
9* Projet d'état pour les aimements de Tannée 1671.
En marge, Golbert a écrit : «Bellucheau. Â vérifier cet estât Si les calculs sont bons, si les fonds sont conformes à nos estais et quelle différence pour le nombre des vaisseaux entre la table que j'ay faite et cet estât.» — Beliucheau répond : «Il y a quelques petites erreurs de calcul qui, sur le total, vont a 3,390 livres.» — Et Golbert ajoute : «A corriger.» — «Les fonds sont conformes aux rcglemens et derniers estais.» — «Bon.»
' Sans doute celui de la page 985, Maritie, pièce n** 190, au sujet duquel, dans une lettre du 1 7 septembre à Colbert de Terron , Colbert disait : «J'espère que si nous parvenons à establir nos arsenaux suivant le projet que j'ay envoyé à mon fils, la marine ne nous donnera plus guère de peine et les armeniciis He feront avec beaucoup plus de facilité.»
les ordres sont bien donnés, qu'ils sont donnés à temps et avec la diligence nécessaire.
Le principal de tout ce travail consiste à se donner le temps de bien penser, et quand on a bien pensé, exécuter promptement.
Il seroit bon aussy de porter un livre des ordonnances anciennes de narine et d'en faire une bonne et sérieuse lecture pendant le voyage.
Porter aussy les extraits ou traités faits par Bossac sur toute la marine;
Comme aussy les cahiers des titres faits par le lieutenant général de marine;
Lire le tout avec application et réflexion, et faire en sorte que l'on s'en Muvieooe lorsque les occasions s'en présenteront.
(Bibl. Imp. Ms8. S. F. 3,ois, Colbertet SnfpMlay, IV, cote i5 , pièces i et 5. — ForboDDAÎB, Reehtrche$et conndératiom iur Us-financm, année 1670. — Coll. des doc. inéd. MéUmgei kittonques, par M. ChampoiUon-Figeac, IV, 5i$.)
RéPORSB AVTOGBAPBB DB SBIGNBLAT :
Rocberort, 8 aoust.
* Il a esté satisfait à une partie de cet article par la visite que j'ay faite de tous les vùsseanx et le dénombrement que j'en ay envoyé avec ma dépesche du 38 juillet, dant lequd dénombrement je croyois avoir employé k Rochefort et le Brave, qui estoient alors en rivière et qui faisoieol le nombre entier de 17 vaisseaux.
^ Tout cet ordre consiste en deux articles, sçnvoir : à Tordre estably au magasin
pour les recettes et dépenses , et à lapplication de chacun officier pour s'acquitter de
ses fonctions.
Ces deux articles ont une esteodue dont je ne suis pas assez instruit pour rendre
compte du détail, mais en gros j'ay bien vu que cestoit sur ces deux principes que
brat le mouvement estoit donné à la machine.
* Je ne manque pas d'interroger ceux qui sont avec moy, pour parvenir à la fin proposa par cet article.
* A r^[ard des bastimens de l'arsenal , après les avoir tous vus , j ay demandé qu'on m'en fist un plan géométrique pour pouvoir mettre plus facilement dans ma teste la situation de chaque pièce; quant u leur usage, j*en ay esté informé exactement et je crois que, avec l'application que je continueray à y donner, je pourray vous en rendre compte par les premiers ordinaires.
* Ce qui est cy-dessus répond à ces deux articles.
' J ay en quelque sorte satisfait à cet article par la lecture des instructions de chaque oflider et par ma dépesche du k de ce mois. Je contiimeray à m'en instruire et reverray mesme ce que j'ay desjà examiné, pour me le mettre mieux dans l'esprit.
' J ay visité assez exactement ledit magasin et j'ay passé tout un jour pour me
faire représenter toutes les marchandises et munitions, que j'ay trouvées bien tenues et
eo hon ordre. Je n'ay pourtant pas pu me faire représenter d'inventaire, n'y en ayant
pofof qui contienne les marchandises du mogasin. La connoissance de ce qui peut estre
^fang Je magasin résulte des regbtres de recette et dépense qui sont tenus doubles par
kfiarde-magasiii et le contrôleur, les pages des recettes et des dépenses estant paraphées
et arrestëes toutes les semaines sur les reffistres du garde par le commissaire ayant la direction des affaires courantes du magasin.
Les mousquets et autres armes sont ranges fort proprement sur des rasteliers, les fers et estoupes, peaux et parchemins à faire gargousses, poulies et autres bois, fersblancs et petits funins et autres marchandises de toutes sortes sont ranges chacun en leur lieu et en bon ordre.
^ Les ouvriers sont encore dans les magasins particcdiers, ainsy ils sont encore en si mauvais ordre que je n ay pu exécuter ce qui est porté par cet article J'ay pourtant examiné avec soin un inventaire de Tarmement entier du vaisseau la Charente. J'ay vu tout ce qui entre dans ^expédition d'un vaisseau, et sur cda je puis dire quMl s*en faut beaucoup que les magasins soyent fournis de tout ce qu'il faut pom* mettre un grand nombre de vaisseaux h la mer. Les fournitures qui se font n'estant suffisantes que pour le courant, particulièrement des chanvres, du bois et du fer; mais, comme les sources de ces marchandises sont en France , il sera aysé d'en acheter suffisamment quand il en sera besoin. Les armes et le& cuivres sont en plus grande abondance que les autres choses. Les récolemens dont il est parlé dans les deux articles précédens ne se peuvent faire qu'en gros , tant pour la pesanteur des marchandises que pour le temps qu'il seroit nécessaire d'employer à les remuer.
^ J'ay visité tous ces ateliers et l'ordre qui s'observe en chacun. A l'égard du cordage , il se fait à prix fait sous l'inspection d'un écrivain dudit atelier. Le roy est chai^ de tous les déchets , pour ester aux ouvriers toute occasion de friponnerie. On donne pour le quintal du lilel bien peigné et espadé 3 livres, pour cordages i5 sols et pour estuver 6 sols, de sorte que le quintal de cordage couste i livre i sol pour la façon. Pour les voiles on donne a sols par aune en fournissant le fil. Les autres ouvrages se font h la journée , h l'exception de la fonte des canons , qui est remise tout entière au nonuné Lattache, qui est un habile ouvrier, et qui continue sur le marché fait avec luy depuis longtemps.-
Pour les canons de fer, je ne les ay pas trouvés dans la perfection qu'il seroit à désirer. Ds sont gastés par des omemens inutiles et qui ne peuvent assez s'achever sur le fer pour avoir quelque grâce. Ces ouvrages doivent estre unis et il ne faut s'attacher qu'è la netteté du métal.
^ J'ay commencé par l'exécution de cet article, ayant cru qu'il devoit servir de fondement nécessaire de toutes les connoissances que j'ay à prendre. Je me fortifieray dans ce que j'ay desjà appris tant sur ce qui regarde l'économie du dedans que pour ce qui regarde l'expédition; et comme je n'ay pu me prévaloir de l'occasion du Rochtfort et du Brave, qui estoient garnis et preste à sortir, non plus que du Breton, qui s'arme à Brest, je crois que je feray bien de faire armer le Lion-d'Or devant moy.
^ Je vois bien que cet article est fort considérable et d'une fort grande estendue; je crois que pour m'instruire à fond de ce qu'il me propose il seroit nécessaire d'aller un peu plus loin en mer afin de pouvoir examiner l'effet de toutes les manœuvres, ce qui ne se peut point voir dans le port. C'est le sentiment de M. de Terron. Je m'inslruiray de tout cela par le petit voyage que je feray, oii j'apporteray toute l'application que vous pouvez souhaiter de moy, ayant une envie extrême de me rendre habile.
^ Je satisfais journellement h cet article par l'applicatiou que j'y donne, ayant commencé l'extrait desdits règlemens.
"* Je comprends aysément que ces connoissances sont très-belles et j'y donneray, je vous assure, une grande application.
Je vondrois pouvoir bien vous persuader oombi^ grande est l'envie que j'ay de satisiaire à cet article. Je vous assure encore que je ne perdray point d'occasion dans ce voyage de vous montrer que j'ay toute fa volonté de m'appliquer à toutes les choses qui seroot de mon devoir.
(Bibl. Imp. M88. M^ng^t Colbert, vol. 8&.)