‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 168 sur 258 · LOUIS XIV A M. DE LA HAYE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV A M. DE LA HAYE

LIEUTEPiAlNT GÉNÉRAL DANS LES INDES ORIENTALES.

Versailles, 8 septembre 1674.

Quoyque je n'aye reçu aucunes lettres de vous depuis que j'ay fait partir le vaisseau le Rubis au mois d'avril , je ne laisse pas de faire partir encore ma .fluste appelée le Coche^ pour vous aller joindre et vous porter mes dépesches. Ce mesme bastiment vous porte i3o bons hommes comman-^ dés par de bons officiers et 60,000 livres d'argent comptant, avec les agrès, armes et munitions que j'ay estimés vous pouvoir estre nécessaires contre les ennemis qui vous attaquent et contre lesquels vous vous défendez depuis si longtemps avec tant de valeur et de succès.

Conune vos lettres sont fort concises et ne contiennent aucun détail de tout ce qui s'est passé dans la prise et la défense de Saint-Thomé, j'ay toujoui's attendu que vos lettres postérieures contiendroient ce détail; mais,

comme je n*en reçois aucune telle que je le souhaiterois, je suis bien ayse de vous dire que vous m'envoyiez un détail de tout ce qui s'est passe de plus important et de plus considérable depuis que vous mistes pied à terre sur la coste de Coromandel pour attaquer Saint-Thomé.

Je désire aussy que vous me fassiez sçavoir, par toutes leë occasions qui se présenteront, Testât auquel est la place, les principales munitions que vous avez et celles dont vous pouvez avoir le plus de besoin , afin que j'y puisse pourvoir par tous les vaisseaux que je vous enverray.

Je désire surtout que vous observiez de me renvoyer tous les ans deux vaisseaux en différentes saisons, afin que je puisse estre informé tons les six mois seurement de ce qui se sera passé au lieu où vous estes. Vons devez estre assuré que je vous en enverray aussy deux tous les ans pour vous porter quelque argent et les armes et munitions dont vous pourrez avoir besoin ; et vous pouvez pareillement faire estât que ces deux vaisseaux vous porteront âoo bons hommes.

Outre les 60,000 livres que ce vaisseau vous porte, je dois croire que vous avez à présent reçu les 100,000 livres que mon vaisseau le RtAù tous a portées, les â 00,000 que je fis charger, il y a deux ans, sur le vaisseau de la compagnie appelé l'Ortent elles 100,000 sur mon vaisseau le Breton, party il y a quatre ans, en sorte que j'ay lieu d'espérer que tous ces secours vous auront donné le moyen de vous bien défendre et peut-estre d'establir la paix avec le roy de Golconde et les princes voisins , à quoy je veux que vous vous appliquiez plus qu'à toute autre chose.

J'ay fait arrester les nommés ChampigneuHes \ La Motte-Louvard * el Villeneuve-Moreau ', et leur fais faire leur procès comme à des déserteurs. Il sera bon que vous fassiez connoistre à tous les officiers qui servent auprès de vous que je ne pardonneray point à ceux qui quitteront sans vostre congé , comme vous devez aussy les assurer que je considéreray particulièrement les services qu'ils me rendront en ce pâys-là, et que je leur donneray, par mes bienfaits , des marques de la satisfaction que j'en reçois et des tesmoignages que vous me rendrez de leur valeur et de leur bonne conduite. Sur ce sujet, je suis bien ayse de vous dire que, dans un pays aussy éloigné des secours et des assistances que je puis vous donner, il est très -.important que vous vous appliquiez particulièrement à conserver les hommes que vous avez.

* Lieutenant de vaisseau en 1668 , rayé des de frégate en 1 708. Mori à Toulouse «5 avril

cadres de la marine en 167a. 1716.

' Isaac de La Motte-Louvard, enseigne de ' Enseigne de vaisseau en 1669, rayé d»

vaisseau on 1 666 , capitaine de brûlot en 1 689, cadres en 1 67/1.

J ay donné ordre au trésorier de la marine d'envoyer un commis auprès de vous pour y faire la dépense des 60,000 livres sur vos ordres visés par le commissaire du Tremblay. Je veux que vous preniez soin de luy. faire remettre les acquits de toutes les sommes de deniers qui ont esté jusqu'à présent dépensées par vos ordres.

En cas qu'il plaise à Dieu donner à mes ennemis la volonté de faire la paix à des conditions honorables et avantageuses pour moy et pour mon Estât, je vous enverray de plus puissans et de plus fréquens secours; ce pendant, pour vous exciter toujours à continuer de soutenir la gloire de mes armes dans un pays aussy éloigné que celuy oii vous me servez, je suis bien ayse de vous dire qu'au commencement de cette campagne, dans le cours du mois de may et les quinze premiers jours de celuy de juin, j*ay conquis toute la Franche-Comté et pris de force les ville et citadelle de Besançon, celles de Dôle et de Salins, les chasteaux de Joux, de Sainte-Anne et Saint-Laurent , et toutes les autres villes et places de cette province dont je suis à présent le maistre , ce qui a esté suivy d'un grand combat que mon cousin le vicomte de Turenne, commandant mon armée d'Allemagne, a remporté sur l'armée de l'Empire, commandée par le duc de Lorraine S et d'une autre signalée victoire remportée par mon cousin le prince de Condé, conunandant mon armée en Flandre, le 1 a aoust dernier, sur les trois armées impériale , espagnole et hoUandoise jointes en-* semble ^

Outre la ^oire de tous ces grands succès dont il plaist à Dieu de favoriser la justice de mes armes , vous devez estre assuré que celle qui me revient de vostre bonne conduite et de vostre valeur m'est fort chère, et que je vous donneray des marques de la satisfaction que j'en reçois.

( Areh. de la Mar. Ordre$ du roi pour lei compagiùe$ du Indes, 167A , fol. 87. )■

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