A M. DE BAAS
GOUVERNEUR ET LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ILES D'AMÉRIQUE
SaintrGermain , 8 novembre 167^.
Le Roy a esté bien ayse d'apprendre, par vos lettres des 8 et q5 juin dernier, que les isles de l'Amérique occupées par ses sujets eussent alors tout ce qui estoit nécessaire pour la subsistance de leurs familles; et comme le sieur de La Roque-Fontiès a ramené sous son escorte dans les
^ Le 16 juin, Turenne avait battu les impériaux auprès de ZinUheim, entre Pbiliabourg et HailbroD. — ' Bataille de Senef.
porLs du royaume les vaisseaux françois qu'il a pris auxdiles îsles , tous les marchands se pressent d'y renvoyer leurs vaisseaux. Ainsy vous ne devez pas douter qu'elles ne soyent abondamment pourvues de tout ce qui sera nécessaire pour la subsistance des habitans et mesme pour faciliter le débit et le transport de leurs sucres.
A regard de l'argent qui a esté porté en espèces aux isies, il seroità souhaiter, pour la facilité du commerce, qu'il y demeurast , afin que les habitans s'en pussent servir dans leurs besoins; mais Sa Majesté, connoissant par une longue expérience que la liberté est l'âme du commerce, veut que les marchands l'ayent tout entière de faire ce qu'ils voudront, afin qu'elle les convie à y porter toutes les denrées et marchandises dont ils croiront avoir un débit plus prompt et plus assuré.
J'ay rendu compte à Sa Majesté des difficultés que le sieur Stapleton^ gouverneur de la partie angloise de Saint-Christophe, a apportées à Teiécution de tout ce qui est convenu avec le sieur Wheler^, son successeur. Sur quoy je dois vous dire que, le Roy ayant envoyé è son ambassadeur en Angleterre tous les mémoires qui concernent ces difficultés pour en conférer avec les ministres du roy de la Grande-Bretagne, il est nécessaire qu'en attendant qu'elles puissent estre réglées vous demeuriez toujours ferme dans l'exécution des articles du traité de Breda, sans toutefois rompre avec les Anglois.
C'est un grand malheur que les Caraïbes de l'isle de Sainl-Vincent ayent massacré plusieurs habitans de la Grenade et que ceux de la Dominique que vous y aviez envoyés n'ayent pu les porter à vous remettre entre les mains les coupables de ce crime. Sa Majesté est bien persuadée que vous prendrez les expédiens que vous estimerez les plus convenables au bien de son service pour contenir ces sauvages dans le respect qu'ils doivent, mais en tous cas, vous ne devez pas vous attendre à aucun secours du royaume, autre que celuy qu'elle vous a envoyé. Ainsy il est bien important que vous évitiez les contestations qui vous pourroient porter a une rupture soit avec les Anglois soit avec les Caraïbes , et que vous preniez la résolution, d'exécuter ce que vous entreprendrez avec les seules forces que vous pourrez tirer des isles.
Le sieur Du Ruau ne m'a pu encore faire voir le plan des travaux faits ou à faire au Fort-Royal de la Martinique. Lorsque Sa Majesté les aura examinés je vous feray sçavoir ses intentions; cependant, comme il n'y a rien
* Guillaume Stapleton, colonel d*infant«ne, ' Le chevalier Charles Wheler, baroonet,
capitaine général et gouverneur dans les Ca- gouverneur général de» Iles de rAmënqae. raïbes anglaises.
de plus imporiant et de plus nécessaire pour la conservation des isles que de mettre ce fort en estât de résister à toutes les entreprises que les ennemis pourroient faire, il est nécessaire que vous teniez la main, non-seulement à ce que les fonds que Sa Majesté a faits et dont vous avez esté informé soyent employés aux ouvrages qui ont esté résolus, mais mesme que vous y fassiez employer les 53,ooo livres de sucre provenant des i5 nègres et négresses qui ont esté vendus à la Guadeloupe, et le fonds qui proviendra de la vente des 80 autres nègres que le nommé Bakre' a envoyés à la Grenade, en prenant soin que ces fonds soyent employés avec beaucoup d'économie.
Sa Majesté a vu tout ce qui est contenu au mémoire que vous m'avez envoyé concernant les prétentions que vous avez sur le commandement de ses vaisseaux; mais, comme elle vous fait connoistre ses intentions par les apostilles qu'elle a mises sur ce mémoire, je m'en remettray, s'il vous plaist, à ce que vous en apprendrez ^ . . .
(Areh. de la Mar. Ordreê du roi pour In compognieê det Indeê, 167 A , fol. A3.)