A COLBERT DE TERRON
INTENDANT A ROGHEFORT.
(Minule autographe.)
SaintrGennain , 1 8 aoust 1 670.
J'ay reçu vostre lettre du 1 1 de ce mois, toujours datée de la Rochelle, le croîs que vous serez à présent retourné à Rochefort; si cela n'estoit point encore fait^ je vous prie d'y retourner aussytost. C'est le lieu où mon fils dût apprendre et où il ne sera pas détourné par les divertissemens d'une ïille.
Je luv écris de faire le désarmement des vaisseaux de M. le Vice-Amiral dans toute son estendue. S'il le fait bien et exactement, je crois qu'il servira beaucoup pour son instruction. Je vous prie d'y tenir la main et de voir la lettre que je luy écris sur ce sujet.
Sa dépesche du mesme jour que la vostre m'a fort contenté, et, pour vous dire le vray, je ne suis jamais en peine de son esprit, mais toujoui^s de sa volonté. Et jusqu'à ce que je voye qu'il prenne plaisir à apprendre un si beau métier que celuy que je luy forme depuis un si long temps, je ne seray pas content de luy. Mais dès lors qu'il y prendra plaisir, il ira aassY vite que je voudray et se rendra bientost capable de me décharger de. la peine de le faire moy-mesme.
Surtout, examinez bien sa conduite et son intérieur, et mandez-moy vostre avis sur la résolution que j'ay à prendre de luy faire continuer ses voyages, ou de le retirer auprès de moy. Gela consiste à sçavoir si vou^ le croyez assez maistre de luy pour que je le puisse confier à luy-mesme.
Le Roy veut que vous fassiez partir M. le Vice-Amiral sans perdre aucuH oioment de temps, n'y ayant rien que Sa Majesté ayt tant à cœur que «le sçavoir qu'il y a toujours des escadres de ses vaisseaux en mer.
Vous pouvez donner à mon fils le soin de faire l'armement et de mettre es mer les deux petites frégates et la tartane qui doivent faire partie de Feseadre de M. le Vice-Amiral. Ne vous étonnez pas si je presse extraordiornement son instruction; je vous avoue que j'ay une' tràs-graiide impatiente qu'il vienne icy faire ma charge, et pour vous dire mes intentions, aassjîost qu'il aura appris à Rochefort ce qu'il pourra y apprendre, et que je verrav qu'il y prendra plaisir, je pourray bien l'envoyer à Marseille et eosaite à Toulon, et peut-estre ensuite le faire passer plus avant, si sa eoodoite est telle que je puisse me confier en luy. Vous voyez bien que, pour Tex^cution de ce dessein , j'ay besoin qu'il ne perde pas de temps.
A regard de sa santé, dont vous écrivez à ma femme ^ comme à Rochefort il n'aura que le travail sans beaucoup de divertissemens, il pourra dormir. Mais comme il est fort et robuste, et mesme qu'il est un peu trop gras, je ne crois pas que le travail et un peu de veille puisse luy faire du mal.
Il faut faire travailler promptement le sieur de La Favollière à Texécution de l'instruction que vous luy avez donnée; et si mon fils pouvoit l'accompagner un jour ou deux pour faire les observations de son travail , je crois que cela serviroit encore à son instruction. Je me remets à vous de tout ce qui concerne ce point , ne doutant point que vous ne luy donniez tous les avis que vous croirez pouvoir le rendre tel que je le désire. . .
( Bibl. Imp. Mbs. S. F. 3,oi s , Colbert et SeifpÊelay, IV, cote 1 5 , pièce i o. — Arch. de la Mar. Dépêches cùncemant la marine, 1670, fol. 386.)