VICE-AMIRAL
( Copie portant : De Im mam ie ColberL )
VenaiileB, ii aouBt 1676.
Vous voules bien que je me réjouisse avec vous des occasions que le Roy vous donne de iuy rendre un service considérable par le commandement de Tescadre de ses vaisseaux qu'elle envoyé dans les isles de TAmérique.
Comme cela est entièrement conforme à vos souhaits, que Tentreprise est difficile et qu'elle a besoin d'un homme de vostre valeur et de vostre expérience pour la faire réussir ainsy que le Roy le désire , je prends part desjà par avance à la gloire que vous vous acquerrez, ne doutant pas que portant partout le nom et les armes victorieuses de Sa Majesté, avec vostre valeur et vostre expérience, et la forte «nvie que vous avez fait paroistre de faire quelque chose d'extraordinaire pour son service, vous ne veniez à bout de faire toutes les conquestes que vous vous proposiez, tant dans les ides de l'Amérique que sur les costes d'Afrique.
Je ne puis pas m'empescher de vous dire que, si vous joigniez aux vaisseaux du roy les quatre que vous faisiez estât d'armer \ ou au moins partie, ce seroit assurément un service et agréable et considérable qui vous reodroit encore plus certain du succès de tout ce que vous entreprendrez.
( Areb. de )a Mar. DépéchH emetimant la marine, 1676, fol. 338.)
Versailles, 16 septembre 1676.
Le Roy m'ordonne de vous faire sçavoir que, par les avis reçus de Hollande ces derniers jours, les Estats veulent faire un grand eifort pour maintenir le poste de Gayenne et y porter un grand nombre d'hommes
^ Le 97 du même mois, Colbert remerciait qu^avec ce renfort vous ne fassiez quelque
en ces termes le comte d'Estrées au nom du chose d^extraordinaire pour le bien de son ser-
Boi : vice ; néanmoins , elle estimeroit qu*il vaadroit
«Sa Majesté a esté bien ayse d^apprendre mieux ne mettre en mer que deux vaisseaux
que voua ayex pris résolution de mettre trois qui fussent de Ao à 5o pièces de canon, que
vaisseaux en mer de ceux que vous avez pro* d'en mettre trois de 3o.» (D^. eonc. la mar.
posé d'armer à vos dépens; elle ne doute pas fol. 356.)
pour laugmenlalion do celte colonie , en sorle qu'il est de la dernière conséquence pour son service que vous partiez, sans perdre aucun moment de temps. Sur quoy vous devez observer que Sa Majesté a reçu, de diverses parts, des nouvelles de la Tortue qui portent que les vaisseaux hollandois sont vers cette isle et ont voulu faire quelque effort sur les habitations françoises de Tisle Saint-Domingue, en quoy ils n'avoieot pas réussy, et il n'y avoit point d'apparence mesme qu'ils pqssent réussir; en sorte que , ces vaisseaux estant fort sous le vent des isles et encore plus de Cayenne, il est presque impossible qu'ils puissent remonter qu'avec im très-long temps; et, quelque résolution que les Ëstats ayent prise d'envoyer d'autres vaisseaux dans ces mers-là, ils ne pourront pas les faire partir de plus d'un mois; en sorte que, si vous partez avec la diligence que Sa Majesté vous a tant recommandée et qu'elle vous ordonne encore par celle^cy, vous aurez assurément tout le temps d'exécuter tout ce qui sera avantageux pour son service, conformément à l'instruction qui vous a esté envoyée.
En cas que vous y réussissiez, vous osterez aux Hollandois tous les moyens qu'ils pourroient avoir de s'establir en ce pays-là, et peut^estre mesme d'y aller. Je vous avoue qu'en mon particulier je souhaite extraordinairement que ce voyage réussisse suivant le projet que Sa Majesté en a fait, pour la gloire que vous y acquerrez et l'avantage que vous apporterez à son service; mais je suis obligé d'ajouter encore ce mot que, sans une extrême diligence, vous n'y pourrez pas réussir.
( Arch. de la Mar. Ordrw du tvipoitr Ut ampagniê» de$ hdêt, 1 676 , fol. S?.)
VIGE-AMIRAL.
(Copie portant : Dictée par Colbert.)
Paris, 6 avril 1677.
Je ne crois pas qu'il soit besoin de beaucoup de paroles pour vous persuader que le Roy a reçu beaucoup de joye par l'arrivée du gentilhomme que vous luy avez envoyé, apprenant par vos lettres que vous avez glorieusement chassé les Hollandois de la seule conqueste qu'ils avoient faite sur elle^ et dont ils avoient fait tant de trophées, quoyqu'elle fust dans un
* Parti de Brest le 6 octobre, le comte il chassa les Hollandais du fort et renUa co d'Estrées arriva devant Gayenne le t5 dé- possession du reste de Hic. cenibre, et 1p 9 1, par un coup de main hardi ,
bout du inonde fort négligé de Sa Majesté, et que vous avez forcé dans une place 35o hommes de leurs troupes réglées, avec 700 ramassés qui n avoient autre discipline que celle que vous leur avez donnée en si peu de temps qu'ils ont esté sous vostre commandement. Gomme cette action est très-glorieuse pour vous et très-avantageuse au service du roy, je puis vous assurer que Sa Majesté en a parlé comme vous le pouvez désirer.
Vous apprendrez, par les dépesches, ses intentions sur tout ce qui regarde Temploy des vaisseaux que vous commandez, ou pour mieux dire les actions qu'elle désireroit que vous exécutassiez avec la mesme vigueur et le mesme zèle que vous avez fait celle de Gayenne; et, quoyqu'elle con- Doisse bien que les forces qu'elle vous donne sont beaucoup au-dessous de ce qui seroit nécessaire pour y parvenir, elle ne laisse pas d'espérer qu'après avoir réussy dans cette première entreprise, vous ferez l'impossible I pour réussir dans les autres. Je vous avoue que, prenant autant de part j que je fais à tout ce qui regarde vostre gloire et vostre satisfaction , j'au- I rois bien de la joye de pouvoir donner au Roy la nouvelle que, pendant I qu'il chasse ses ennemis , dans une saison aussy fascheuse et aussy peu avancée que celle-cy, de toutes leurs placés de terre les plus importantes, vous I chassiez, avec un petit nombre de vaisseaux et une poignée d'hommes, I les HoUandois de toutes leurs places maritimes des Indes occidentales, des I Ides et de l'Afrique.
I Vous verrez, par les lettres de Sa Majesté que le gentilhomme que vous ' avez envoyé vous porte, que son intention est que, en cas que vous ayez esté assez heureux pour chasser les HoUandois des isles de Guraçao et Ta-r hago^ et de leur habitation en terre ferme de Surinam, vous vous en veniez sur les costes d'Afrique, avec toute l'escadre et tous les hommes que vous pourrez mettre ensemble, outre les équipages des vaisseaux, excepté toutefois les habitans des isles, pour les chasser aussy des habitations qu'ils ont en ce pays-là.
Quoyque le succès de toutes ces actions tienne un peu de l'impossible , je ne laisse pas toutefois de l'espérer de vostre application , de l'envie que vous avez de plaire au Roy et du bonheur de ses armes sous vostre com« mandement; joint à cela que ce sont des postes dans lesquels y ayant des
* Après avoir repris Cayenne , le comte d'Es- plus meurtriers et une descente à terre , qui ne
trées se retira à la Martinique, d'où il partit réussit pas, Tamiral français se rembarqua et
le 1 1 février pour venir enlever Tabago. Il revint en France au mois de juin. L'affaire de
I ce poste au mois de mars 1677, en pé- Tabago fut néanmoins considérée comme un
nétrant dans la baie à Taide d'un pilote pris sur succès, à cause de l'anéantissement presque une barque ennemie qui s'était engagé à diri- complet de la flotte hollandaise. (Voir Hist. mager la flotte française. Après un combat des rit. de France, par M. Guérin, 111, 3o5.)
richesses asseï cansidérakles, peut*estre que les soldats et les équipages de vos vaisseaux seront encore plus portés à les attaquer vigoureusement. Mais, en cas que vous n'eussiez pas pu chasser les HoUandois de tous leurs postes des isles et qu'ils y eussent quelques-uns de leurs vaisseaux, Sa Majesté veut que vous laissiez dans les mesmes mers le nombre de vaisseaux que vous estimerez nécessaire pour mettre les isles à couvert de leurs insultes, et que vous vous en veniez avec le reste des vaisseaux et des soldats sur les costes d'Afrique. Lorsque vous aurez achevé ce que vous aurez pu y faire, elle veut que vous renvoyiez les vaisseaux marqués par ses dépesches dans les ports du royaume, et elle vous laisse la liberté de vous en retourner dans les isles de l'Amérique ou de repasser en France.
( Areh. de U Mar. Dépéchei comcenunU la mmimê, iS77,foL 86.)