‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 183 sur 258 · A(] COMTE DE FRONTENAC · texte numérisé non relu

A(] COMTE DE FRONTENAC

GOUVERNEUR ET LIEUTENANT GÉNÉRAL DU CANADA

Sceaux, lomay 1677.

Sa Majesté m'ordonne d'ajouter ces lignes à la lettre qu'elle vous écrite pour vous informer de ses intentions sur trois ou quatre points qui ne sont pas compris dans ses dépesches.

Le premier, sur tout ce qui concerne l'union entière et parfaite qui doit estre entre vous et le sieur Duchesneau, d'autant que Sa Majesté, voulant qu'il prenne soin de tout ce qui regarde la justice, la police et les finances, veut qu'il agisse en cela de concert avec vous et qu'il vous communique toutes ses pensées; mais elle veut aussy que vous concouriez, avec l'autorité qu'elle vous donne, sur tout ce qui concerne ces trois points, et qae tous ses sujets du Canada, soit ecclésiastiques ou autres, connoissent toujours qu'il n'y a qu'une seule volonté entre vous et une union entière et parfaite pour faire réussir, chacun dans vos fonctions, tout ce que vous estimez nécessaire pour le service du roy, le bien des peuples et l'augmentation de la colonie. Comme, pour l'ordinaire, ceux qui ont le commandement des armes et des peuples se laissent facilement flatter et persuader qu'ils doivent prendre soin de toutes choses et entreprendre d'avoir connoissance de tout ce qui concerne ces trois points de la justice, de la police et des finances. Sa Majesté m'ordonne de vous l'expliquer aussy clairement que je fais et de vous dire que, sur ces trois points, vous ne devez faire autre chose qu'ayder et appuyer l'intendant de vostre autorité en tout ce qu'il estimera nécessaire et à propos de faire; et, dans tout ce qui concerne les fonctions du conseil souverain , y tenir la première place et tenir soigneusement la main à ce que la liberté des voix et des avis y soit gardée; au surplus, j'écris en mesme temps à l'intendant, par ordre du roy, quelle doit estre sa conduite à vostre égard, c'est^-dire de déférence et d'ouverture sur tout ce qu'il estimera à propos et nécessaire de faire sur ces trois points. Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'elle veut que vous considériez cecy comme le principal point auquel vous devex donner toute vostre application, parce qu'il est impossible que son service se puisse faire s'il n'y a une union parfaite et entière entre les deux peN sonnes qui doivent agir, faire valoir son autorité et travailler au bien des peuples et à l'augmentation de la colonie.

Sur le sujet des boissons, M. l'évesque de Québec m'a fait remettre icy, par son grand vicaire, une consultation qu'il a faite en Sorbonne , qui con-

tient des faits tels que, s'ils estoient véritables, il faudroit sans difficulté chercber tous les expédiens pour empescher qu'il n'en fust donné aux sauvages; mais pour vous dire le vray, après m'estre informé de M. Talon, da sieur Bouteroue et généralement de tous ceux qui ont esté au Canada, ou qui en ont quelque connoissancc , j'ay trouvé que ces faits estoient extrêmement exagérés, et que l'on tire des conséquences générales de ce qui est arrivé à quelques sauvages. J'envoye audit Duchesneau cette consultation de M. Talon, et quelques autres que j'ay fait faire en mesme temps, et luy écris de vous faire voir le tout, Sa Majesté voulant que vous examiniez ensemble tous les faits qui sont portés par cette consultation, et que vous luy en fassiez sçavoir la vérité en commun, son intention estant que, si tous les faits contenus en cette consultation sont véritables en général, c'est-à-dire, si tous les sauvages et toutes les bourgades s'enivrent et commettant ensuite des crimes, assassinats et autres grands excès marqués dans cette consultation, en ce cas, vous cherchiez des moyens d'empescher que l'on ne porte aux sauvages de ces sortes de boissons. Mais si ces désordres sont seulement commis par quelques particuliers de ces gens-là, et qu'ils soyent seulement un peu plus sujets à s'enivrer que ne sont les Allemands et icy, en France, les Bretons, elle veut en ce cas que vous et luy employiez son autorité, non pas pour rien prononcer directement contre l'autorité épiscopale, mais seulement pour empescher par l'autorité royale que l'épiscopale n'entreprenne rien au dehors de l'église sur une matière qui est purement de police et sujette aux lois et règlemens qui sont et peuvent estre establis par les juges, et aux peines qu'ils contiennent.

A l'égard des dépenses, Sa Majesté ayant vu, par celles de Tannée passée, qu'il en a esté fait beaucoup au delà des fonds qu'elle avoit laissés par ses estats, elle m'ordonne de vous dire qu'elle ne veut pas que vous touchiez à ses revenus au delà des fonds qu'elle laisse, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, si ce n'est qu'il y eust guerre ouverte et déclarée par les Iroquois et autres sauvages, ou par les nations de l'Europe qui ont des habitations voisines du Canada.

Pay dit icy, au grand vicaire de M. l'évesque de Québec, qu'il estoit nécessaire d'envoyer les bulles d'érection de l'évesché ^ pour estre enregistrées au parlement de Paris sur des lettres patentes qui seront expédiées sur lesdites bulles, et c'est ce qui doit estre fait auparavant que de les faire enregistrer au greffe du conseil souverain , parce qu'il sera nécessaire que ledit conseil se conforme à l'arrest qui interviendra au parlement de Paris, lorsque lesdites lettres y seront enregistrées.

* Le grand YÎcaire était sans doi]t« venu en France poar suivre celle affaire cléKcale. Le pape

J'ay fait expédier une ordonnance de a3,i83 livres, tant pour une année de vos appointemens, que pour le remboursement de la somme de .s,/i35 livres que vous avez avancée pour faire des présens aux Iroquois, et j'ay fait remettre ce fonds entre les mains de madame la comtesse de Frontenac.

(Areh. de la Mar. Ordrei duroipimr kt compagmei dea Indei, 1677, fol is.)

Page 1