‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 214 sur 258 · SUR L'EINRÔLEMENT DES MATELOTS · texte numérisé non relu

SUR L'EINRÔLEMENT DES MATELOTS

Sceaux, 6 may 167&.

Gomme nous n^avous rien de plus important dans nostre manne que de penser continuellement i faciliter la levée des équipages des vaisseaux que le roy met en mer, et que Tenrôiement des matelots ne produit point Feffet que Ton en avoit attendu, il est nécessaire que vous examiniei avec grand soin pendant cet esté tous les expédiens qui se pourront pratiquer pour rendre cette levée plus certaine et plus facile qu'elle n^a esté par le passé et qu'elle n'est encore à présent; et coomiede ma part j*y pense aussy continuellement, voicy une pensée qui m'est venue, laquelle vous devez examiner avec le mesme soin et la mesme application; et en cas que vous la trouviez bonne, il faudra que vous travailliez dès à présent à la faire réussir. Ce seroit, au lieu de prendre par classe, de lever tous les matelots qui voudroient pour toujours s'engager au service du roy, et enlever jusqu'au nombre de la â ],5oo et mesme jusqu'à 9,000 en chacun des trois principaux arsenaux de manne, sçavoir : Roehefort, Brest et Toulon.

Les conditions que l'on pourroit faire seroient de leur donner la solde entière lorsqu'ils seroient en mer, depuis 1 a jusqu'à 1 5 livres, et aux officiers mariniers à proportion; et, lorsqu'ils seroient à terre, ils serviroient dans le parc, et il leur seroit donné la moitié ou les deux tiers de la solde, et mesme la solde entière, et ils serviroient à tout ce qui est à faire dans le parc, sçavoir : de gardiens de vaisseaux, de charpentiers et calfats , et généralement de tous les ouvrages qui se font dans le parc de toute matière, chacun selon sa profession.

Mais, pour rendre ce service plus volontaire et plus avantageux pour eux et pour le service, il faodroit peiit-estre leur donner un entretènement ordinaire, le plus petit qu'il se pourroit, comme du quart de la solde, et, outre cela, leur payer leur journée à un prix modique, chacun selon son métier.

11 faut bien exécuter le calcul de toute cette dépense, et je suis persuadé que non-seulement il n'en cousteroit pas plus au roy qu'il en cousle à présent, mais mesme qu'il en pourroit moins couster.

n faut pareillement examiner si l'on trouveroit facilité à trouver un nombre de matelots et officiers mariniers qui voulussent s'engager pour toujours. Je suis persuadé qu'en les traitant bien , ayant une subsistance assurée, on pourroit en trouver un nombre suffisant

11 faudrait penser à donner moyen à leurs femmes et enfans de gagner quelque chose, en les failant travailler à toutes les manufactures qui sont nécessaires pour les vaisseaux; l'on pourroit mesme y establir d'autres manufactures, eu donnant le soin à quelques personnes qui s'y appliqoeroient uniquement.

Pour l'engagement de ces matelots, il y auroit deux voyes : celle de les enrôler et de les traiter comme déserteurs lorsqu'ils viendraient à quitter, ou celle de les engager par écrit pour une, deux ou trois années. Peut-estre que cette dernière voye seroit meilleure; mais, comme elle ne serait pas si seure, il faut bien examiner laquelle conviendrait le mieux au service de Sa Majesté.

Les matelots et officiers mariniers qui sont mariés, qui ont famille establie dans les villes du

' Voir Intrndnctitm (seclioD Marine), pages xxvii cl xxvui.

gouveraemeDt d^Aunis, et qui ont des terres oa autres héritages, auroient peut-estre peine à s> gager à cette sorte de service; mais peut-estre que tous ceux qui n*ont point de famille poumoie en prendre la résolution, et les garçons y auroient encore plus de disposition.

Dans la suite du temps, on pourroit bastir dans Testendue de Tarsenal pour en loger jusqi 1,000 ou 1,900, en leur donnant à chacun une chambre pour eux et pour leurs femmes et e fans; et, en ce cas, demeurant actuellement dans Tarsenal et ne travaillant pour aucun autre q pour le roy, ils pourroient estre exempts de toute imposition, ce qui seroit un très-grand avantsj pour eux et pourroit en attirer un très-grand nombre; et mesme, à Pégard de ceux qui ont d terres , ils pourroient les affermer, et, en' ce cas, ils seraient mesme exemptés de toutes impositioi

Si Ton en trouvoit jusqu^à i,900, i,5oo, s,ooo à ces conditions, toutes les fois que le roy a meroit peu de vaisseaux, les équipages se trouveroient tout faits; et, lorsque le roy en armerait i grand nombre, il faudrait lever le surplus, à quoy Ton travaillerait, soit volontairement, soit p la fermeture des ports.

n faudrait mesme examinerai, lorsque le roy armera peu de vaisseaux, Ton ne pourroit p composer lous les équipages de matelots sans soldats , pour en espalier la levée et la dépense.

H est nécessaira de bien et diligemment examiner ce mémoire et de me faire sçavoir vos sent mens sur tout ce qu*il oontienL

( Arch. de la Mar. Extrait des dépéehsê ëou» le mimetèn de Colbert, 1669-1683 , toi. 3^9.

XVIIL — EXTRAIT

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