‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 24 sur 258 · INTENDANT DE MARINE A TOULON · texte numérisé non relu

INTENDANT DE MARINE A TOULON

Paris, is décembre 1670.

J ay reçu vostre lettre du a de ce mois. Je suis bien ayse d'apprendre qoe vous ayez trouvé mon fils assez instruit de tout ce qui regarde la marine; j'espère qu'il se perfectionnera encore davantage , pendant le séjour qa il fera à Toulon , ne doutant pas que vous ne luy donniez toutes les conaoiflBftnces et les facilités qui pourront dépendre de vous pour son instruction ^

Surtout « je vous recommande qu'il approfondisse bien les matières et qu'il ne se contente pas de la superficie , estant très*important qu'il sçache les choses à fond pour faire mouvoir une machine aussy grande et aussy considérable que celle de la marine en Testât où le Roy l'a mise ^.

(Ardi. d« li Mar. D^4ckei emtemant la marim, 1670, fol. 6a6.)

Paris, 3 A janvier 1671.

J'ay reçu vostre lettre du 1 3 de ce mois '. Je suis bien ayse que mon fils se soit conduit à vostre gré dans le différend qui est arrivé entre M. le Général des galères et M. de Centurion. Je u'ay point encore reçu les

' Goiberi ëcriYait au même, le 9 janvier

«Je veoz croire que voua anret pa faire voir à BMMi û\s tons les projets et mëmoirea que vous avei (ails. Je voua ay cy-devant écrit les choses 4|iie je désire qaHt Tasse, qui sont de visiter eadoneai Ions les magasins, voir toutes les ■aichaiidiaes et munitions qu'ils contiennent et Jittre le réeolement de Tinventaire génërd; oaniaer et arrester Testât des dépenses de Tannée dernière ; voir et examiner avec soin le projet des dépenses à faire pendant la présente ; vwr de mesme le pian général des magasins et tmniUer evec voos au règlement de police des pris que je vous ay demandé. Outre cela , il «n bttB qu'il parle et s'entretienne avec vous de tout ce qui «e peut faire dans tous les acciitm de rupiore qui peuvent arriver avec tous

les Estats qui sont sur la Méditerranée.» {D^, orne, la mar, fol. 5.) — Voir Mothm, pièce n"" i83, page 973.

* Pendant son séjour à Toulon, Seignelay rédigea un mémoire concernant les galères. Ce mémoire est divisé en plusieurs chapitres, dont les principaux titres sont : Description d'une galère. — État de tout ce qu'il faut pour l'armement d'une galère. — État danï lequel est une galère désarmée dans le port, et des victuailles que l'on y distribue Journellement. — Bois et cordages nécessaires pour la construction d'une galère; description de chaque pièce. — Armement d'une galère à la mer. — Fonctions de chaque officier, etc. (MiUmge$ Colbert, vol. 86.)

' Voici cette lettre : «Je vous diray que j'ay esté ravy de voir avec quelle pénétration mon-

lettres de M. le Général sur ce sujet. Ainsy je n'ay pu en faire rapport au Roy , et comme Sa Majesté est à Vincennes jusqu'à demain au soir, et qu'elle n'y travaillera point, je n'enverray la décision de ce différend que par le premier ordinaire ^

Vous pouvez facilement vous persuader que la connoissance que vous dites que mon fils a de la marine ne me peut guère déplaire. Mais comme vous connoissez que je ne suis pas bien ayse de me tromper moy-mesme et qu'au contraire je suis d'humeur à rabattre quelque chose de la vérité mesme pour le pousser toujours plus fortement dans la carrière de la perfection, dont l'on n'atteint jamais le bout, je vous prie de me dire exactement la vérité. Et, pour vous bien faire connoistre ce que je désire, je ne doute point de Tesprit de mon fils; je le connois, et il seroit difficile qu'il n'en eust pas; mais je doute toujours un peu de sa volonté et de son application, et c'est particulièrement à cela que je vous prie de veiller et de m'informer soigneusement de tout ce que vous en trouverez.

Je suis bien ayse que vous ayez mis en ses mains un mémoire ou tableau de la marine du port de Toulon ^; mais vous devez observer que quelquefois il n'est pas nécessaire et mesme il est nuisible de donner trop de facilités aux jeunes gens. Il faut qu'ils se donnent un peu de peine pour trouver ces choses, parce que c'est cette peine qui les imprime plus fortement dans leur esprit, et il suffit de les ayder quelquefois à suivre le fil et l'ordre des affaires quand ils y trouvent trop de difficultés; mais enfin j'espère

seigneur le marquis entre dans les recoins les plus profonds du détail de nostre marine et Tintelligence qu*ii s^y est desjâ acquise. Depuis son arrivée en ce lieu , il n^a pas perdu un moment de temps. S*il continue à s'instruire de la sorte, il n'y a point de doute qu'il ira bien loin , et dès â présent rien ne luy est nouveau au métier; ce que j'ay trouvé extraordinaire en luy est une très-belle mémoire , avec un jugement et bon sens fort solides. Enfin, Monseigneur, selon le sentiment de tous ceux qui ont Thonneur de l'approcher icy, il a toutes les qualités qui font un honneste homme et qui en peuvent faire un très-habile, et je loue Dieu de tout mon cœur de ce qu'il vous l'a donné si aocomply qu'il n'y ayt point A douter qu'il ne réponde toujours parfaitement bien à vostre attente et aux soins que vous avez pris de son éducation.» (Arch. de l'art franc» 6* année, /t* livraison, «79, note de M. Pierre Margry. ) — Voir aussi Marina, pièrcii'' a 16.

' On a vu (MorîiM, pièce n* io3) que le marquis de Centurion avait pris du service en France et s'était engagé à construire des galères dont il devait avoir le commandement. Cette situation spéciale amena des froissements entre lui et M. de Vivonne. Dans une dépêche â Brodart, du 96 décembre 1670, Colbert précise le grief que M. de Vivonne avait contre M. de Centurion :

«Je vous envoyé la copie d'une ordonnance qui est sous le nom du marquis Centurion. Informes-vous adroitement si ledit sieur Centurion a donné cette ordonnance. Faite94uy entendre de ma part de ne prendre jamais plus à l'avenir la qualité de général d'une escadre de galères, mais bien celle de capitaine général , et de ne point se servir du terme de nottn eapiUmêf mais de capitane simplement, ou eapiUme de Sa Majeilê, . . » ( Letlret à BrodarL)

* Seignelay fit un double de cet état, qui se trouve dans le vol. 8/i dos Mélanges Colherf.

<ltte le séjour qu'il fera à Toulon luy servira beaucoup pour le confirmer dans toutes les connoissances qu il a prises et qu'il doit prendre sur cette importante matière.

Je désire surtout qu'il travaille à l'exécution des quatre points contenus dans mes précédentes lettres; mais je vous prie de prendre garde qu'il le fasse avec application et autant correctement et parfaitement que possible, qu'il calcule luy-mesme Testât de toutes les dépenses de l'année dernière par chapitres séparés et qu'il en fasse ensuite des extraits abrégés; et de me faire sçavoir par tous les ordinaires de quelle sorte il employera son

Je luy ay écrit qu'il estoit absolument nécessaire qu'il s'entretinst avec tous les officiers de marine de toutes les entreprises qui se peuvent faire dans la Méditerranée, tant en paix qu'en guerre; et pour cet effet il faut qu'il fasse avec vous des projets d'instruction pour celuy qui commandera les trois vaisseaux qui doivent estre mis en mer au i" mars, et pour le commandant de l'escadre, dont le reste partira au i*' avril prochain.

(Areh. de la M«r. Dépéchêt eoneenumt la tnarku, 1671 , fol. ^7.)

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