‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 30 sur 258 · POUR BIEN FAIRE LA PREMIÈRE COMMISSION DE MA CHARGE · texte numérisé non relu

POUR BIEN FAIRE LA PREMIÈRE COMMISSION DE MA CHARGE

(Minute autographe.)

Gomme il n'y a que le plaisir que les hommes prennent à ce qu'ils font ou à ce qu'ils doivent faire qui leur donne de l'application, et qu'il n'y a que l'application qui leur acquière du mérite, d'où vient l'estime et la réputation qui est la seule chose nécessaire à un homme qui a de l'honneur, il est nécessaire que mon fils cherche en luy-mesme et au dehors tout ce qui luy peut donner du plaisir dans les fonctions de ma charge.

Pour cet effet, il doit bien penser et faire souvent réflexion sur ce que sa naissance l'auroit fait estre, si Dieu n'avoit pas bény mon travail, et si ce travail n'avoit pas esté extrême^. Il est donc nécessaire , pour se préparer

^ La pièce ne porte pas de date. Il résulte - Cette phrase, d'abord écrite par Seîgne-

d'un passage relatif à la mission donnée à lay dans la copie de sa main qui existe à la

M. d'Herbigny, qu'elle est postérieure au 1" Bibliothèque Impériale ^Mélanges Colbert, xo-

janvier 1 67 1 . (Voir Marine, page 3 3 1.) lume 86 , a été ensuite biffée.

A SBIGNELAY. hl

une vie pleine île satisfactioo, qu'il ayi toujours dans l'esprit et devant les yeui ces deux obligations si essentielles et si considérables, l'une envers Dieu, et Vautre envers moy, afin que, y satisfaisant par les marques d'une Tériiable reconnoissance , il puisse se préparer une satisfaction solide et essentielle pour toute sa vie ; et ces deux devoirs peuvent servir de fondement et de base à tout le plaisir qu'il se peut donner par son travail et son application.

Pour augmenter encore ce mesme plaisir, il doit bien considérer qu'il sert le plus grand roy du monde, et qu'il est destiné pour le servir dans une charge la plus belle de toutes celles qu'un homme de ma condition puisse avoir, et qui l'approche le plus près de sa personne; et ainsy il est certain que, s'il a du mérite et de l'application, il peut avoir le plus bel establissement qu'il puisse désirer, et par conséquent je l'ay mis en estât de n'avoir plus rien à souhaiter pendant toute sa vie.

Mais, encore que je sois persuadé qu'il ne soit pas nécessaire d'autre raison pour le porter à bien faire , il est pourtant bon qu'il considère bien particulièrement cette prodigieuse application que le Roy donne à ses af-* faîres , n'y ayant point de jour qu'il ne soit enfermé cinq à six heures pour y travailler; qu'il considère bien la prodigieuse prospérité que ce travail luy attire, la vénération et le respect que tous les estrangers ont pour luy ; et qu'il connoisse , par comparaison, que, s'il veut se donner de l'estime et de la réputation dans sa condition, il faut qu'il imite et suive ce grand exemple qu'il a toujours devant luy.

Il peut et doit encore tirer une conséquence bien certaine, qu'il est impossible de s'avancer dans les bonnes grâces d'un prince laborieux et appliqué, si l'on n'est soy-mesme laborieux et appliqué; et que, comme le but et la fin qu'il doit se proposer è présent est de se mettre en estât d'obtenir de la bonté du Roy de faire ma charge, il est impossible qu'il puisse y parvenir qu'en faisant connoistre à Sa Majesté qu'il est capable de la Caire par son application et par^ son assiduité, qui seront les seules mesures ou du retardement ou de la proximité de cette grâce.

Sur toutes ces raisons, je ne sçaurois presque douter qu'il ne prenne une bonne et forte résolution de s'appliquer tout de bon, et de faire connoistre au Roy, par ce moyen , qu'il sera bientost en estât de le bien servir.

Pour lujr bien faire connoistre ce qu'il faut faire pour cela, il doit sçavoirpr cœur en quoy consiste le département de ma charge, sçavoir :

La maison du roy et tout ce qui en dépend;

Paris, risle de France et le gouvernement d'Orléans;

us INSTRUCTIONS

Les affaires générales da clergé ;

La marine 9 partout où elle s'estend;

Les galères;

Le commerce, tant au dedans qu'au dehors du royaume;

Les consulats;

Les compagnies des Indes orientales et occidentales, et les pays de leur concession ;

Le restablissement des haras dans tout le royaume.

Pour bien s'acquitter de toutes ces fonctions, il faut s'appliquer à des choses générales, et à des particulières.

Les générales sont :

Qu'il faut sçavoir à fond tout ce qui concerne les estats des maisons royales, lesquels il faut lire souvent;

Sçavoir le nombre et la qualité de tous les officiers qui prestent serment entre les mains du Roy ;

De tous les officiers qui prestent serment entre les mains des grands officiers, comme : grand maistre, grand escuyer, grand chambellan, pre* mier gentilhomme de la chambre, grand maistre de la garde-robe, capitaine des gardes du corps, grand mareschal des logis, capitaine des Cent- Suisses, capitaine de la porte, et grand prévost;

De tous les officiers qui dépendent de ces grandes charges, c'est-à-dire dont les provisions sont expédiées sur les certificats qu'ils donnent;

Gonnoistre et sçavoir la différence qu'il y a entre un officier qui reçoit le serment de divers officiers qui sont sous sa charge, et qui toutefois ne donne point de certificats, les charges dépendant du Roy et point de iuy, et ceux qui donnent des certificats, auxquels les charges appartiennent, quand elles vaquent.

Au grand maistre de la maison appartiennent les charges des sept offices, et les provisions sont expédiées sur ses certificats.

Les offices de la bouche et du gobelet appartiennent au Roy, et aucun n'a droit d'en donner des certificats.

11 faut apprendre toutes ces différences dans la pratique, en faire des observations et les mettre dans les registres de ma charge , pour y avoir recours en toutes occasions.

11 faut lire avec soin tous les règlemens faits par le Roy et par ses prédécesseurs sur les fonctions de toutes les grandes charges, afin d'en paroistre savant et informé dans tous les rencontres.

Il est bon aussy et bien nécessaire de s'informer pareillement, et avec prudence et retenue, de toutes les fonctions particulières des officiers de

k maison, d'autant qu'il y en a une infinité qui ne sont pas contenues dans les règlemens; comme aussy des différends que les officiers ont quelipclois entre eux , qui sont ordinairement terminés par ordre verbal du Boy; faire des mémoires de tout dans mes registres pour y avoir recours; et, comme il n y a eu jusqu'à présent personne qui ayt fait ces observations on qui les ayt rédigées par écrit, il est certain qu'en les faisant il se présentera un million d'occasions dans le cours de la vie de mon fils dans lesquelles ces observations, qui sont du fait de sa charge, luy donneront de l'estime et de la réputation.

Sur ce mesme sujet, s'il veut quelquefois rendre visite à M. le mareschai de Villeroy, qui est informé de toutes ces choses mieux que personne ne l'a jamais esté , il en tirera assurément beaucoup de connoisaances dont, en ce cas, il faudroit faire des mémoires à mesure qu'il apprendroit quelque chose, pour les mettre dans mes registres, ainsy qu'il est dit cy-

Après avoir parlé de tout ce qui concerne la maison du roy, il faut voir ce qui est à faire dans ma charge pour la ville de Paris, et dans le Soissonnois et l'Orléanois, qui sont les seules provinces de mon département.

Paris estant la capitale du royaume et ie séjour des rois, il est certain qu'elle donne le mouvement à tout le reste du royaume; que toutes les affaires du dedans commencent par elle, c'est-à-dire que tous les édits, déclarations et autres grandes affaires, commencent toujours par les Compagnies de Paris et sont ensuite envoyées dans toutes les autres du royaume » et que les mesmes grandes affaires finissent aussy par la mesme ville, d'autant que, dès lors que les volontés du roy y sont exécutées, il est certain qu'elles le sont partout, et que toutes les difficultés qui se rencontrent dans leur exécution naissent toujours dans les Compagnies de Paris. Cest ce qui doit obliger mon fils à bien sçavoir l'ordre général de cette grande ville, n'y ayant presque aucun jour de conseil où il ne soit nécessaire d'en parler et de faire paroistre si l'on sçait quelque chose ou non.

Pour cet effet, il est nécessaire que mon fils repasse quelquefois sur Festude du droit et des ordonnances qu'il a faite , et particulièrement ces dernières; il faut que toute sa vie il les estudie en tous rencontres, et qu'il paroisse en toutes occasions qu'il les sçache parfaitement; qu'il revoye et relise avec soin tous les traités particuliers qui ont esté faits pour luy par les plus habiles avocats du parlement^; qu'il les assemble tous, qu'il

■ Void quels étaient ces mémoires : Un autre petit traité des assemblées du

Un traité des aesemblées du clergé, par clergé, de M. Pairu.

M. Balaie. Un petit mémoire pour sçavoir combien les

iji. - a* U

les fasse relier ensemble et qu'il considère ces ouvrages, comme ils sont, très-exeeUens, et dans lesquels il peut assurément puiser beaucoup de belles connoissam^es, qui peuvent contribuer beaucoup à luy donner de Testime et de la réputation. Pour cet effet, il est nécessaire qu'il s'ap{Jique h les relire avec plus d'attention qu'il n'a encore fait et qu'il y ayt recours «n toutes occasions.

Il faut de plus qu'il sçache parfaitement tout ce qui concerne l'administration de la justice dans cette grande ville, les différons degrés de juridiction, les dîfférens officiers pour les exercer, la compétence de cbacune et mesme quelque chose de leur jurisprudence.

Pour commencer par l'administration de la justice, il doit sçavoir : Qu'il y a beaucoup de sièges particuliers qui ont droit de justice fon-

assemblées du clergé, depuis la première de Poiasy, ont duré.

Un autre petit mémoire pour sçavoir si le clergé est obligé de renouveler le contrat qu'il passe de temps en temps avec la ville, de M. Foucault.

Un traité des décimes, de M. Baluze.

Un autre traité des décimes, par Tordre de la chronologie, de M. Patru.

Des subventions extraordinaires du clergé, de M. Baluie.

Mémoire sur les levées qui se peuvent faire sur les ecclésiastiques et le clergé , et des ordonnances que les rois ont faites sur ce sujet

Ecrit touchant les décimes du clei^ et les dépendances des mesmes décimes, depuis rassemblée de i55i jusqu'en celle de i6âi, qui fut h dernière tenue sons le feu roy, de M. de Bouneis.

Un traité concernant les rentes du dei^.

Écrit touchant les libertés de TEglise gallicane , de M. Tabbé de Bourteis.

Un grand traité de l'autorité du roy dans ^administration de T Église gallicane, de M. de Bourteis.

Une table du procès-verbal de rassemblée générale du clergé, tenue à Paris, es années i6â5et i646.

Un extrait du procès-verbal de i6&ô.

Un petit traité : Combien il y a de provinces eedésiastiques en France, quelles assistances le clergé a données au roy depuis le cdloque de Poissy, en quel temps et comment les décimes sont devenus ordinaires.

Un mémoire des différentes lettres de chancellerie, de M. FoucaulL

Traité de la différence qu'il y a entre lois, ordonnances et édita; les différences entre édits et ordonnances; en quels temps et en quelles occasions on s'est servy de la diverailë de ces termes; des déclarations publiées an sceaa, de M. FoucaulL

Deux traités sur les Estats généraux du royaume, de M. Foucault.

Un traité du domaine, de M. Bagoeneau.

Un traité du droit des coustumes de France, de leur réformalion, de l'autorité du roy sor les coustumes et du pouvoir des coustumes, de M. du Pré.

Un petit traité : Gomment on peut oonnoistre, en générai, l'esprit de chaque ooustume, de M. de Gomont.

Des universités, et particulièrement de cdle de Paris, de M. PetiL

Traité de la noblesse.

Traité du mariage, de M. Bagueneau*

Des ducs et comtes, pairs de France, de M. Le Camus.

Écrit sur l'ancienne langue gauloise, pour sçavoir quelle langue on parioit dans les Gaules du temps que César y fit la guerre, de M. de Bouneis.

Dissertation touchant l'interrex des anciens Bomains, pendant la vacance du coosalat. (Bibl. Imp. Mss. Mélangei Colbert^vT 8&.)

La plupart de ces mémoires sont à la Bibl. Imp. dans le S. F. 5,6o8 , Mémoire» but Uêotd(mna$iees de M. Colbert.

A SBIGNBLAY. 51

eiifare dans Paris, comme rArchevesché, le Chapitre, Sainie-Geaeviève, SaiatrVictoT, Saint-Marcel, Saint-*Mariin , le Temple, Saint^Germain , Sûnl-Magloire et autres, dont il est assez nécessaire de sçavoir les noms, k situation et Testendue de leur juridiction.

La justice royale consiste au bailliage et siège présidial du Ghàtelet et bailliage du Palais.

Il faut aussy sçavoir l'estendue de leur juridiction; si ces justices particulières foncières y ressortissent ou non, et si la royale a quelque prétention ou non dans leur estendue; si Tappel des justices royales va au parlement de Paris.

Il faut sçavoir de quelles affaires ledit parlement connoist en première instance, et de quelles il connoist par appel; et ensuite successivement il sera nécessaire de sçavoir tout ce qui concerne la discipline intérieure de c$tle compagnie , les prétentions qu'elle a eues sur l'autorité royale , toutes les fautes qu'elle a commises sur ce point, les troubles qu'elle a causés dans f Estât, et les remèdes que les rois y ont apportés. Quoyque ce soit une matière vaste et estendue, j'ay estimé nécessaire d'en mettre ce mot dans cette instruction, pour toujours faire connoistre à mon fils les matières qu'il doit sçavoir pour estre instruit h fond de tout ce qui peut tomber dans les fonctions de ma charge.

Outre ces différons sièges de justice et degrés de juridiction , il est encore nécessaire qu'il sçache :

Les fonctions de la Gbambre des comptes, du Grand Conseil et de la Cour des aydes, des trésoriers de France, des différons Conseils du roy, et, avec le temps, toutes les difficultés qui arrivent entre ces Compagnies, qui dotrent toujours estre réglées par le Conseil du roy.

Qu'il sçache de mesme le nombre des officiers de la compagnie du che- Tslier du guet et leurs fonctions;

Da lieutenant criminel de robe-courte; Do prévost de llsle;

Des augmentations qui ont esté faites dans la première et dernière de ces Compagnies pour la garde et la seureté de Paris , et qu'il prenne la coudoite de cette garde.

Qa'il sçache tout ce qui se fait pour la police de Paris, pour tenir la main , pendant toute sa vie , à ce qu'elle se maintienne et s'augmente.

Il faut faire une liste de toutes les villes qui sont de mon département et de toutes les charge? dont les provisions doivent estre siguées par moy.

Il faut tenir une correspondance réglée et ordinaire avec tous les officiers

de la ville de Paris et autres villes de mon département, et de toutes les Compagnies, sur tout ce qui doit venir à la connoissance du Roy de tout ce qui se passe dans lesdites villes ;

Examiner s'il ne seroit pas à propos de leur écrire à tous, afin qu'ils commençassent à tenir cette correspondance.

A l'égard des affaires générales du clergé :

Il est nécessaire d'estre fort instruit de ces grandes questions générales qui arrivent si souvent dans le cours de la vie, de la différence des juridictions laïques et ecclésiastiques: qu'il lise avec soin les traités qui ont esté faits pour luy; et mesme il seroit bien qu'il lust, dans la suite du temps, et le plus tost qu'il seroit possible, les traités de feu M. de Marca et des autres qui ont traité de ces matières,, et mesme qu'il lust quelquefois quelques livres de l'histoire ecclésiastique; d'autant que, de toutes ces sources, il puisera une infinité de belles connoissances qui le feront paroistre habile en toutes occasions.

Outre ces connoissances générales, il est nécessaire qu'il sçache l'origine et les causes des assemblées du clergé; comment elles sont composées; de quelles matières elles ont droit de traiter ; quelle différence il y a entre les grandes et petites.

Du nombre des députés dont chacune est composée; de leurs agens et du tour des provinces qui les doivent nommer; de quelle sorte les députés sont élus dans les assemblées des diocèses.

De l'origine des rentes de l'Hostel de ville; des prétentions que les prévosts des marchands et échevins de Paris ont contre le clergé sur cette matière, et des défenses dudit clergé; ensemble des contrats qui se sont passés dans toutes les grandes assemblées, pour raison desdites rentes; du contrat général qui est passé dans toutes les assemblées générales et particulières entre les commissaires du roy et du clergé ; des principales conditions d'iceux , des principales demandes que le clergé fait dans toutes les assemblées, et des raisons des commissaires, soit pour leur accorder, soit pour leur refuser.

Pour la marine :

Cette matière estant d'une très-vaste et très-grande estendue et nouvellement attachée à mon département, et qui donne plus de rapport au Roy qu'aucune autre, il faut aussy plus d'application et de connoissance pour s'en bien acquitter.

Et pour commencer, comme dans les autres, matières, par les choses générales avant que de descendre aux particulières, si jay parlé de la lecture des ordonnances dans les autres matières, il n'y en a point oii il soit

si oécessaire de les lire soigneusement que dans celle-cy. Pour cela il faut sçaYoir :

Que de la charge d amiral de France, qui est une portion de la royauté, il émane deux droits , l'un de la justice et l'autre de la guerre. La justice de l'amiral s'estend sur tout ce qui se passe en mer entre les sujets du roy, dans toute Testendue des costes maritimes et partout oi^ le flot de mars s'estend, et sur toutes les causes maritimes. Cette justice s'exerce par les officiers des sièges de l'amirauté , qui sont establis sur toutes les costes du royaume, de distance en distance.

L'appel de ces justices va aux chambres de l'amirauté , establies dans tous les parlemens, et l'appel de ces chambres va au paiiement, en sorte que ce sont trois degrés de juridiction ^

11 faut avoir la liste de tous les sièges de l'amirauté, de toutes les chambres près les parlemens, et du nombre des officiers dont ils sont tous

A l'égard de la jurisprudence pour les causes maritimes, nos rois n'ont guère fait d'ordonnances sur cette matière; il est nécessaire néanmoins de lire avec soin tout ce qui a esté fait, mais il faut sçavoir en mesme temps que les juges en ces matières se règlent sur le droit écrit, sur les jugemens d'Oleron, et sur les ordonnances appelées de Wisby ^ et celles de la hanse Teatonique ^.

Comme toutes ces pièces sont estrangères, le Roy a résolu de faire un corps d'ordonnances, en son nom, pour régler toute la jurisprudence de la marine. Pour cet effet, il a envoyé dans tous les ports du royaume M. d'Herbigny, maistre des requestes, pour examiner tout ce qui concerne cette justice , la réformer, et composer ensuite , sur toutes les connoissauces qu'il prendra, un corps d'ordonnances. Pour y parvenir avec d'autant plus de précaution, Sa Majesté a establydes commissaires à Paris, dont le chef est M. de Morangis, pour recevoir et délibérer siur tous les mémoires qui seront envoyés par ledit sieur d'Herbigny, et commencer à composer ledit corps d'ordonnances.

Il seroit nécessaire, pour bien faire les fonctions de ma charge, de recevoir toutes les lettres et mémoires du sieur d'Herbigny, en faire les extraits, assister à toutes les assemblées qui se tiendront chez M. de Morangis, et tenir la main à ce que le corps d'ordonnances sur ces matières fust expédié le plus promptement qu'il seroit possible.

' En mar^e est écrit : «A examiner ces trois ' Des trois recueils imprimés sous ce nom ,

'^^P**.^ le plus connu est celui de 161 4. (Voir Par-

' Voir Marme, pièce n* ai 1, page 3ao. dessus, Loi» mariUmeê, il, 634.)

A l'égard dé la guerre , qui est dépendante de la charge d'amiral de France, elle consiste en deux choses principales : l'une, en tout ce qui est à faire pour mettre les vaisseaux en mer; l'autre, en tout ce qui se fait lorsqu'ils y sont.

La première se fait par les intendans et commissaires généraux de marine, officiers des ports, commissaires particuliers, commissaires généraux et gardes-magasins ; et la seconde par les vice-amiraux , lieutenans généraux, chefs d'escadre, capitaines de marine et autres officiers particuliers.

La première doit estre particulièrement le soin du secrétaire d'Ëstat ayant la marine en son département.

Pour cet effet, il doit sçavoir les noms des i âo vaisseaux de guerre que le Roy veut avoir toujours dans sa marine, avec 3o frégates légères, âo bruslots, et 3o bastimens de charge;

Sçavoir exactement, et toujours par cœur, les lieux et arsenaux de marine où ils sont distribués;

Lorsqu'ils seront en mer, avoir toujours dans sa pochette le nombre des escadres, les lieux où elles sont, et le nom des officiers qui les commandent;

Gonnoistre les officiers de marine tant des arsenaux que de guerre, et examiner continuellement leur mérite et les actions qu'ils sont capaUes d'exécuter;

Avoir toujours présens dans l'esprit les inventaires de tous les magasins; prendre soin que les magasins particuliers soyent toujours remplis de toutes les marchandises nécessaires pour l'armement de tous les vaisseaux et les rechanges, et que, dans le magasin général, il y ayt toujours les mesmes quantités de marchandises et munitions pour les armer et équiper une seconde fois;

Examiner avec soin et application particulière toutes les consommations et faire en sorte de bien connoistre tous les abus qui s'y peuvent commettre, pour trouver et mettre en pratique les moyens de les retrancher;

Observer qu'il y ayt toujours une quantité de bois, et de qualité suffisante, dans chacun des arsenaux, non-seulement pour les radoubs de tous les vaisseaux, mais mesme pour en construire huit ou dix, neufs, pour s'en pouvoir servir selon les occasions;

Observer surtout et tenir pour maxime de laquelle on ne se départe jamais, de prendre dans le royaume toutes les marchandises nécessaires pour la marine; cultiver avec soin les establissemens des manufactures qui ont esté faits, et s'appliquer à les perfectionner, en sorle qu'elles deviennent meilleures que dans tous les pays estrangers.

Ces fflanufaciures principales sont : le goudron, estably dans le Médoc, Provence et Dauphiné;

Toos les fers de toutes mesures et qualités pour la marine, establis en Dauphiné y Nivernois, Périgord et Bretagne;

Les grosses ancres, establîes h Rochefort, Toulon, Dauphiné, Brest et Nirernois;

Les mousquets et haches d'armes, en Nivemois et Forez;

Les canons de fer, en Nivernois, Bourgogne et Périgord;

La fonte des canons de cuivre, à Toulon , Rochefort et Lyon;

Les toiles à voiles, en Bretagne et Dauphiné;

Le fer blanc et noir, en Nivernois;

Tous les ustensiles de pilote et autres, à la Rochelle, Dieppe et autres

Acheter tous les chanvres dans le royaume, au lieu qu'on les faisoit venir cy-devant de Riga , et prendre soin qu'il en soit semé dans tout le royaume, ce qui arrivera infailliblement si l'on continue de n'en point acheter dans les. pays estrangers.

Cultiver avec soin la compagnie des Pyrénées, et la mettre en estât, s'il est possible , de fournir tout ce à quoy elle s'est obligée , ce qui sera d'un giand avantage dans le royaume, vu que l'argent, pour cette nature de marchandises, ne se portera point dans les pays estrangers.

Cultiver avec le mesme soin la recherche des masts dans le royaume, estant important de se passer pour cela des pays estrangers. Pour cet effet, il faut en faire toujours chercher, et prendre soin que ceux qui en cherdient en Auvergne, Dauphiné, Provence et les Pyrénées, soyent protégés et qu'ils reçoivent toutes les assistances qui leur seront nécessaires pour Teiécution de leurs marchés.

Examiner avec les mesmes soins et applications toutes les autres mardiandises et manufactures qui ne sont point encore establies dans le royaume, en cas qu'il y en ayt, et chercher tous les moyens possibles pour \a y establir.

N'y ayant rien dans toute la marine de plus important que la conservation des vaisseaux , il n'y a rien aussy à quoy on doive donner plus d'application. Pour cet effet, il faut donner des ordres précis, et tenir la main i ce qu'ils soyent tenus extraordinairement propres, tant dedans que dehors, depuis la quille jusqu'au baston de pavillon.

Observer avec soin la différence qu'il y a entre les vaisseaux du roy et œox de Hollande sur ce point de la propreté ; s'informer de tout ce qui se passe en Hollande et de tout ce qui se fait pour les maintenir en cet estât,

et faire observer les mesmes choses en France, et quelque chose de plus, s'il est possible.

Il faut considérer cette propreté comme Tâme de la marine, sans laquelle il est impossible quelle puisse subsister; et il faut s'y appliquer comme à ce qui est plus important et plus nécessaire pour égaler et mesmc surpasser les eslrangers.

De cette propreté dépend encore l'arrangement parfait dans tous les magasins et travaux de marine, sur quoy il faut voir en détail chacune chose pour les pouvoir réduire au degré de perfection qu'il est nécessaire.

Il faut, de plus, examiner avec le plus grand soin le véritable prix de toutes les marchandises et manufactures, et chercher tous les moyens possibles pour les réduire au meilleur prix qu'il se pourra; pour cet effet, il faut estre informé de ce que chacune nature de marchandise couste en Hollande et en Angleterre , comme :

Les chanvres, le fer, les toiles noyales, les ancres, etc.

11 faut de plus s'informer particulièrement de l'économie qu'ils observent en toutes choses, les travaux qu'ils font faire à journées, et ceux qu'ils font faire à prix faits ; la discipline et police qu'ils observent dans leurs arsenaux, et enfin tout ce qui peut contribuer au bon mesnage et économie des deniers du roy, et tenir pour une maxime certaine sur ce sujet que celuy qui fait la guerre à meilleur marché est assurément supérieur à l'autre.

A l'égard des marchandises qui seront fournies dans les magasins, il faut qu'il soit toujours en garde, et qu'il prenne si bien ses mesures, que les officiers des ports n'en tirent aucun avantage indirect; et, par les visites fréquentes qu'il fera dans les ports, il faut qu'il y establisse une telle fidélité, qu'il soit assuré que le roy y sera toujours bien servy.

Entre tous les moyens que son application et ces fréquens voyages luy pourront suggérer, il y a celuy de faire faire les marchés de toutes les marchandises publiquement et en trois remises consécutives, la première au bout de huit jours, et les deux autres de quatre jours en quatre jours, en présence de tous les officiers, et après avoir mis, deux ou trois mois auparavant, des affiches publiques dans toutes les villes de commerce, pour inviter tous les marchands de s'y trouver.

Il y auroit un autre moyen à pratiquer pour faire fournir toutes les marchandises de marine, comme chanvre, goudron, fers de toutes sortes , toiles à voiles, bois, masts, etc. Ce seroit, tous les ans, après avoir examiné la juste valeur de toutes les marchandises, de fixer un prix de chacune, en sorte que les marchands y trouvassent quelque bénéfice, et faire sçavoir

easuite, par des affiches publiqaes, dans toutes les villes du royaume, que ces marchandises seroîent payées aux prix fixés, en les fournissant de JMnae qualité dans les arsenaux.

Il est de plus nécessaire de sçavoir toutes les fonctions des officiers qui servent dans les ports et arsenaux; leur faire des instructions bien claires mr ce qu*ils ont à faire, les redresser toutes les fois qu'ils manquent, faire des règlemens sur tout ce qui se doit faire dans lesdits arsenaux , et travailler incessamment h les bien policer.

A l'égard de la guerre de mer, encore que ce soit plutost le fait des viceamiraux et autres officiers qui commandent les vaisseaux du roy, il est toutefois bien nécessaire que le secrétaire d'Ëstat en soit bien informé pour se rendre capable de faire tous les règlemens et ordonnances nécessaires pour le bien du service, et pour éviter tous les inconvéniens qui peuvent arriver.

Pour cet effet, il faul qu'il sçache bien toutes les manœuvres d'un vaisseau lorsqu'il est en mer, les fonctions de tous les officiers qui sont préposés pour le commander, tous les ordres qui sont donnés par les officiers généraux et par les officiers particuliers de chaque vaisseau; ce qui s'observe pour la garde d'un vaisseau, et généralement toutes les fonctions de tons les officiers, matelots et soldats qui sont sur un vaisseau, dans les rades, en pleine mer, entrant dans une rivière, ou dans un port, en paix, eu guerre, et en tous lieux et occasions oh un vaisseau de guerre se peut rencontrer.

Sur toutes ces choses, il faut faire toutes sortes de diligence pour estre iofonnc de tout ce qui se pratique par les officiers généraux et particuliers en Hollande et en Angleterre, et conférer continuellement avec nos meilleurs officiers de marine, pour s'instruire toujours de plus en plus.

Toutes les fois qu'il conviendra changer les commissaires de marine qui servent dans les ports , il faudra observer d'y mettre des gens fidèles et assurés, d'autant que le secrétaire d'Estat doit voir par leurs yeux tout ce qui se passe dans les ports, outre le rapport continuel qu'il doit avoir avec les iatendans et commissaires généraux. Il doit estre de mesme des gardemagasins.

H faut s'informer soigneusement de tout ce qui se passe entre toutes les nations sur le fait des saints, voir les règlemens qui ont esté faits par Sa Majesté sur ce sujet, en connoistre toutes les difficultés et toutes les différences avec les estrangers, pour y donner tous les ordres et toutes les explications nécessaires pour éviter tous les inconvéniens et soutenir la dignité du roy.

Il faai travailler à establir dans tous les ports des écoles d'hydrographie et de pilotage, et de canonniers. Cette dernière école particulièrement est d'une telle conséquence que , si le roy estoit chargé d'une guerre dans laquelle il eust besoin de mettre en mer la moitié ou les deux tiers de ses vaisseaux, il manqueroit assurément de canonniers. C'est pourquoy il faut s'appliquer à en multiplier le nombre par le moyen de ces écoles.

Tenir la main pour faire faire les revues de tous les équipages des vaisseaux, lorsqu'ils sont mis en mer, et dans tous les lieux où ils se rencontrent; establir à cet effet un commissaire de marine sur toutes les escadres, avec ordre exprès de faire ces revues dans tous les calmes et d'en envoyer les extraits pour en informer le Roy.

Examiner tout ce qui s'est fait pour l'establissement d'un munitionnaire dans la marine; en examiner le traité; voir qu'il satisfasse ponctuellement aux conditions y contenues , qu'il soit protégé , et tous ses commis , tant dans les ports que sur les vaisseaux, et faire punir avec quelque sorte de sévérité les capitaines qui maltraiteront ou laisseront maltraiter les commis dudit munitionnaire qui seroient sur leur bord.

Examiner la différence de cette fourniture à celle qui se faisoit autrefois par les capitaines des vaisseaux, et les avantages que les équipages y trouvent, pour, sur cette connoissance , travailler incessamment à maintenir et perfectionner cet establissement.

Examiner pareillement toutes les déclarations et ordonnances qui ont esté données, et généralement tout ce qui s'est fait pour l'enrôlement général des matelots en Bretagne, Provence, Poitou, pays d'Aunis, Saintonge et Guyenne; en bien connoistre les avantages; maintenir et perfectionner cet establissement, et le continuer dans les autres provinces du royaume où il n'a point encore esté fait, sçavoir : en Languedoc, en Normandie, Picardie et pays reconquis.

Les intendans, commissaires généraux et particuliers estant les principaux officiers qui doivent faire agir cette grande machine, il faut avoir continuellement l'œil sur leur conduite, les redresser quand ils manquent, leur donner des ordres bien clairs, et leur faire bien exécuter; en un mot il faut travailler, par tous moyens possibles , à remplir cette place de gens habiles, sages et d'une fidélité éprouvée.

Il faut pareillement bien connoistre tout ce qui concerne la compagnie des gardes de la marine, tenir la main à ce qu'elle soit toujours complète et remplie de bons hommes, que les revues en soyent envoyées tous les mois, et n'ordonner le payement (ju'après avoir rendu compte au Roy des revues.

Voir les ordres qui ont esté donnés par le Roy poar la levée des soldats pour les équipages des vaisseaux; tenir la main à ce qu'ils soyent bien exécotésy et que ces soldats soyent bons , bien habillés et bien armés.

Tenir la main à ce que la revue des officiers de marine qui servent dans les ports soit faite continuellement ^ en rendre compte au Roy, et envoyer les fonds pour leur payement.

Prendre soin d*establir des fonctions anxdits officiers, pendant le temps ({n'ils demeurent dans les ports, soit aux radoubs, carènes, soit pour la garde des vaisseaux , et conférer pour en faire un règlement avec les viceaoûranx, les intendans et commissaires généraux de la marine, pour leur donner de l'occupation et éviter les maux que l'oisiveté tire après soy.'

Tenir soigneusement et seurement la main à ce que les édits concernant les duels soyent exécutés dans toutes les dépendances de la marine, n'y ayant rien en quoy l'on puisse rien faire qui soit plus agréable au Roy.

Examiner ce qui est à faire pour establir la justice de la marine dans les ports.

Pour ce qui concerne les galères :

n faut lire toutes les ordonnances qui ont esté faites concernant les galères, en bien examiner la différence; et, pour le surplus, ce qui est dit sor le sujet des vaisseaux servira pour ce corps.

Pour les compagnies des Indes orientales et occidentales, le commerce da royaume et le restablissement des haras, dans la suite du temps, mon fik s'instruira de toutes ces choses et se rendra capable de les conduire.

Avant que d'entamer les choses particulières que mon fils doit faire, c'est-è-dire ce qui peut regarder sa conduite journalière , je luy diray que je sçais bien et ne m'attends pas qu'il puisse entamer toutes ces matières générales et faire des estudes particulières de chacune pour consommer tout son temps, et s'appliquer à un travail continu. Mon intention seroit seulement, pour le rendre habile, qu'il lust une fois le mois cette instruction et qu'il travaillast à s'instruire, pendant ce mois, de quelques-uns des points y contenus; qu'il m'en parlast quelquefois, et que je luy expliquasse tout ce qui peut servir à son instruction sur chacun de ces points.

Pour ce qui concerne sa conduite journalière :

Il est nécessaire qu'il fasse estât de tenir le cabinet, soit le matin, soit le soir, cinq ou six heures par jour, et, outre cela, donner un jour entier, chaque semaine, à expédier toutes les lettres et donner tous les ordres.

Pour ce qui concerne ma charge :

11 faut premièrement qu'il pense à bien régler sa conduite particulière;

Qu'il tienne ()Our maxime certaine, indubitable, et qui ne doit jamais

recevoir ni atteinte ni cbangement , pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit ou puisse estre, de ne jamais rien expédier qu'il n'ayt esté ordonné par le Roy ; c'est-à-dire qu'il faut faire des mémoires de tout ce qui sera demandé, les mettre sur ma table, et attendre que j'aye pris les ordres de Sa Majesté et que j'en aye donné la résolution par écrit; et lorsque, par son assiduité et par son travail , il pourra obtenir la grâce de^ prendre luy-mesme les ordres du Roy, il doit observer religieusement, pendant toute sa vie, cette maxime de ne jamais rien expédier qu'il n'en ayt pris l'ordre de Sa Majesté.

Gomme le souverain but qu'il doit avoir est de se rendre agréable au Roy, il doit travailler avec grande application pendant toute sa vie à bien connoistre ce qui peut estre agréable à Sa Majesté , s'en faire une estude particulière; et, comme Tassiduité auprès de sa personne peut assurément beaucoup contribuer à ce dessein , il faut se captiver, et faire en sorte de ne la jamais quitter, s'il est possible.

Pour tout le reste de la cour, il faut estre toujours civil, honneste et se rendre agréable à tout le monde autant qu'il sera possible; mais il faut en mesme temps se tenir toujours extrêmement sur ses gardes pour ne point tomber dans aucun des inconvéniens de jeu extraordinaire, d'amourettes et d'autres fautes qui flétrissent un homme pour toute sa vie.

Il faut aimer surtout à faire plaisir quand l'occasion se trouve, sans préjudicier au service que l'on doit au Roy et en exécution de ses ordres. Le principal de ce point consiste à faire agréablement et prompteraent tout ce que le Roy ordonne pour les particuliers. Pour cet effet, il faut se faire à soy-mesme une loy inviolable de travailler tous les soirs à expédier tous les ordres qui auront esté donnés pendant le jour, et à faire un extrait de tous les mémoires qui auront esté donnés; et, le lendemain matin, m'apporter de bonne heure toutes les expéditions résolues et les mémoires de ce qui est à résoudre, pour en parler au Roy et ensuite expédier.

11 ne faut non plus manquer à faire enregistrer toutes les ordonnances et expéditions, et n'en délivrer jamais aucune que mon fils n'en ayt vu et coté l'enregistrement.

Toutes les expéditions qu'il fera doivent estre examinées; voir sur quelles ordonnances elles sont fondées ou elles ont rapport; ce qui luy donnera une grande et profonde connoissance de tout ce qui passera jamais par ses mains.

Pour se rendre capable et bien faire toutes sortes d'expéditions, il faut

' En transcrivant celle inRlnirlion , Seignelay supprima les mois frobicnir la ((race de.*»

qu'il lise avec soin toutes celles que j'ay fait recueillir dans mes registres, et en fasse mesme des tables en différentes manières; et en cas qu'il trouve ce travail trop long, il pourra s'en faire soulager, donner ordre de les faire; mais il faut qu'il dirige ce travail, qu'il le voye et le corrige.

Comme la marine est assurément la plus importante et la plus belle partie de mon département, il faut aussy donner plus de soins, plus de temps et plus d'application pour la bien conduire. Pour cet effet, il faut que mon fils lise luy-mesme, avec soin et application, tous les ordres qui ont esté expédiés pour la marine depuis trois ou quatre ans; qu'il en fasse luymesme des tables contenant la substance des ordres, afin qu'ils luy servent de principe et de fondement pour tous ceux qui seront à donner à l'avenir ^

Il est nécessaire qu'il se fasse un travail réglé et ordinaire de la lecture de ces ordres et lettres enregistrées et desdites tables, d'une ou deux heures par jour, y ayant apparence qu'en un mois ou six semaines de temps il en pourra venir à bout.

Outre cette lecture, il faut faire estât toutes les semaines de tenir une correspondance de lettres réglée avec tous les officiers de marine, sçavoir :

A Toulon, avec le sieur Matharel, le commissaire, et quelquefois les officiers du port; et avec le sieur Brodart, commissaire général départy pour l'enrôlement général des matelots ;

A Arles, avec le commissaire Julien, pour la voiture et la réception des bois;

En Bourgogne, avec le sieur Duguay, premier président de la Cour des comptes, pour l'achat, le débit et la voiture des bois;

En Dauphiné et Lyonnois, avec le sieur de La Tour Dalliez, pour toutes les manufactures dont il prend soin, sçavoir : bois, fers, masts, toiles à voiles, mousquets et haches d'armes; en Forez, Dauphiné et Nivernois, grosses ancres; en Dauphiné, Bourgogne et Nivernois, canons de fer, crics et masts, idem;

En Bourgogne, avec le sieur Besche, Suédois, entrepreneur des canons de fer;

En Nivernois, avec le sieur Legoux, commis dudit sieur Dalliez;

A Rochefort, avec M. de Terron;

A la Aochelle, avec les directeurs de la compagnie du Nord;

A Nantes, avec Valleton et. . . qui reçoivent toutes les marchandises pour la marine et les font charger pour les porter à Rochefort et à Brest;

A Brest, avec le sieur de Seuil:

^ Seigneiay fit, en effet, une table des ordonnances de marine. — Voir page 85, noie i.

En Bretagne avec le sienr Sacchi-Séjourné, commissaire de marine départy pour l'enrôlement des matelots dans Tévesché de Nantes ; et avec le sieur de Narp, commissaire de marine départy à Saint-Malo pour le mesme enrôlement;

Au Havre, avec le sieur Hubert;

A Dunkerque, avec le sieur Gravier;

A Lisbonne, avec le commissaire de marine qui y est, nommé Desgranges ;

Avec les ambassadeurs du roy en Espagne, Portugal, Angleterre, Hollande, Danemark et Suède, sur toutes les mesmes affaires de marine.

Le Roy m'ayant donné tous les vendredis, après le midy, pour luy rendre compte des affaires de la marine, et Sa Majesté ayant desjà eu la bonté d'agréer que mon fils y fust présent, il faut observer avec soin cet ordre :

Aussytost que j'auray vu toutes les dépesches , à mesure qu'elles arriveront, je les enverray à mon fils pour les voir, en faire promptement et exactement l'extrait, lequel sera mis de sa main sur le dos de la lettre et remis en mesme temps sur ma table; je mettray un mot de ma main sur chacun article de l'extrait, contenant la réponse qu'il faudra faire aussytost; il faudra que mon fils fasse les réponses de sa main, que je les voye ensuite et les corrige, et quand le tout sera disposé, le vendredy nous por^ terons au Roy toutes les lettres, nous luy en lirons les extraits, et en mesme temps les réponses; si Sa Majesté y ordonne quelque changement, il sera fait; sinon, les réponses seront mises au net, signées et envoyées. Et ainsy, en observant cet ordre régulier avec exactitude, sans s'en dé-partir jamais, il est certain que mon fils se mettra en estât de s'acquérir de l'estime dans l'esprit du Roy.

A regard des galères, il faut faire la mesme chose.

Pour finir, il faut que mon fils se mette fortement dans l'esprit qu'il doit faire en sorte que le Roy retire des avantages proportionnés à la dépense qu'il fait pour la marine. Pour cela, il £aut avoir toute l'application nécessaire pour faire sortir les escadres des ports au jour précis que Sa Majesté aura donné; que les escadres demeurent en mer jusqu'au dernier jour de leurs vivres, ou le plus près qu'il se pourra; donner par toutes sortes de moyens de l'émulation aux officiers pour faire quelque chose d'extraordinaire, les exciter par les exemples des Anglois et des HoUandois, et généralement mettre en pratique tous les moyens imaginables pour donner de la réputation aux armes maritimes du roy, et de la satisfaction à Sa Majesté.

Je demande, sur toutes choses, h mon fils qu'il prenne plaisir, se donne

de lappUcaiion et ayt de rexactitade, de la ponctualité dans tout ce qu'il voudra et aura résolu de faire. Gomme il se peut faire que la longueur de ce mémoire l'étonnera , je ne prétends pas le contraindre ni le gesner en aucune façon ; qu'il voye dans tout ce mémoire ce qu'il croira et voudra faire. Gomme il se peut facilement diviser en autant de parcelles qu'il voudra, il peut examiner et choisir; par exemple, dans toute la marine, il peut se réserver un seul port ou arsenal, comme celuy de Rochefort ou de Toulon, et ainsy du reste; pourvu qu'il soit exact et ponctuel sur ce qu'il aura r^lu de faire, il suffit, et je me chargeray facilement du surplus.

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