‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 42 sur 258 · MÉMOIRE POUR MON FILS · texte numérisé non relu

MÉMOIRE POUR MON FILS

(Mioiite autographe.)

Paris, 9& aoiut 1673.

Je TOUS prie , mon fils, de bien lire ce mémoire avec attention et réflexion.

J'ay reçu, par un laquais, un paquet du 91 de ce mois avec les mémoires qui y estoient joints concernant les désarmemens. Je suis fort satisfait de ce travail, et il me semble que si vous continuez et que vous fooliez vous appliquer à estre plus exact et plus régulier que vous n*avez esté jusqu'à présent, je vous donneray des moyens certains pour vous rendre le travail plus facile que vous de l'avez trouvé.

Pour commencer à vous faire réponse, je ne sçais pourquoy vous m'avez envoyé un courrier exprès, ne voyant rien dans vostre paquet qui désirast cette diligence ; cela n'est pas un grand mal, mais il faut que vous accoustumiez vostre jugement à distinguer quand il faut envoyer un courrier exprès et quand il ne le faut pas.

Sur les courriers que vous avez envoyés en Bourgogne et en Provence , lous verrez mon sentiment sur celuy de Bourgogne en bas de la lettre que TOUS avez écrite au sieur Besche. A l'égard de celuy de Provence, vous deviez m'envoyer copie des ordres que vous aviez envoyés; et, lorsque le Roy vous a parlé de ces ordres, vous avez deu luy dire que les deux escadres de ses galères dévoient revenir à la fin du mois de septembre, et par conséquent qu'il estoit difficile et mesme impossible de faire tenir aucun ordre, particulièrement à celle qui a esté à Tripoli.

Tout ce qui se pouvoit faire en ce rencontre pour faire connoistre les intentions de Sa Majesté aux commandans des escadres estoit d'expédier les ordres originaux au sieur Amoul avec ordre de les envoyer sur une tvtane de Martigues en Sardaigne et ùiesme jusqu'à Malte. Vous auriez pu aussy envoyer des duplicata de ces ordres en chiffre aux consuls de Naples, Nice, Livourne, Sicile, Sardaigne et G^nes.

Lorsque le Roy vous a parlé de ses galères, il auroit esté bien nécessaire que vous eussiez sçu, pour luy dire sans hésiter le contenu en leurs instructions, en quels lieux elles estoient Tune et l'autre suivant les derniers

avis que vous en avez reçus; ce qu'elles doivent faire pendant les mois d'aoust et de septembre; en quels lieux elles doivent se joindre, et en quel temps elles doivent se rendre à Toulon ^ Vous voyez bien, mon fils, si vous aviez dit cecy tout de suite au Roy, comme vous auriez pu le faire si vous aviez l'application que je vous demande tant et depuis si longtemps, combien vous luy auriez donné bonne opinion de vous, et combien vous luy auriez fait connoistre que vous estiez capable de le servir. Quand ces occasions sont passées sans en tirer avantage, il faut en avoir regret, mais il faut se préparer si bien par une plus grande application à l'administration que vous n'en laissiez passer aucune quand elle se présentera.

Sur les ordres pour MM. d' Aimeras et Château-Renault , vous avez deu dire au Roy le contenu en la lettre de M. d'Almeras du 18 que je vous ay envoyée, qui porte qu'il partoit de Cadix et s'en alloit à Malaga, et ensuite croiser quelque temps entre le cap de Gâta et les Fourches, c'est-à-dire à l'embouchure du détroit du costé de la Méditerranée pour s'en revenir à Toulon à la fin de ses vivres. Le chevalier de Château-Renault estoit à Lisbonne, et devoit revenir à la coste de Galice et de Biscaye, et il paroissoit clairement dans ses lettres, qu'il ne youloit pas entrer dans les ports d'Espagne ^.

Si vous avez manqué de dire au Roy toutes ces choses que vous avez vues ou deu voir par toutes les dépesches , vous avez eu grand tort , et cela doit vous faire juger bien clairement, par vostre propre expérience et par vos propres fautes, qu'il faut avoir plus d'application que vous n avez pour réussir et faire ma charge; d'autant que tout le travail que l'on fait ne doit avoir pour tin que de se mettre en estât de pouvoir servir bien et agréablement dans une occasion comme celle-là et faire connoistre à Sa Majesté que vous vous rendez capable de la servir. Faites donc réflexion sur tout cecy.

Enfin vous envoyez un courrier en Bourgogne et en Provence pour porter des ordres de très-grande conséquence; vous me dépeschez un courrier, et vous ne m'en envoyez point copie. Vous avez ordre d'expédier des ordres à MM. d'Almeras et Château -Renault; vous n'expédiez point ces ordres, et cependant vous m'envoyez ce courrier, en sorte que je ne puis pénétrer pourquoy il est venu , puisque vraysemblablement il devoit m'apporter copie des ordres que vous avez expédiés pour les voir, et mesme pour les redresser si vous avez fait quelque faute, ou pour m'apporter les ordres pour M. d'Almeras et M. Château-Renault.

' En marge : «Les deux escadres de galères ' Voir Marine y pièce n** 3&i, pages 697 et

doivent arriver à Marseille le 1" octobre pour /ig8. désarmer.''

Je vous déclare, mon fils, que si vous ne changez cette conduite et que vous ne vous appliquiez davantage pour vous former le sens et le jugement et pour vous corriger de ces fautes, qui sont trop grossières, vous ne durerez guère. C'est à vous à y prendre garde.

Je ferajr mieux que vous, et je vous enverray, par le premier ordinaire, copie des ordres que j'expëdieray en Espagne.

Voicy encore cinq heures entières que j'employe aujourd'huy à vostre instraction , sur des matières qui devroient vous faire la dernière honte.

Dans le paquet que j'ay reçu par ce courrier, j'ay trouvé la minute de l'édit concernant l'enrôlement des matelots avec l'imprimé des autres édits royaux au parlement de Provence. J'avois grande raison de demander cet édit pour le contrôler sur une minute parce que , me souvenant assez que jeTavois dressé avec grand soin, je sçavois bien qu'il y avoit peu de choses à changer. Je vous prie de bien considérer qu'il y a quatre mois entiers qne ce travail devoit estre fait, et que par conséquent il y a quatre mois que vous y travaillez; et cependant, si vous aviez eu tous vos papiers rangés ainsy que je vous l'ay dit tant de fois, il n'y avoit qu'à faire faire une copie de l'édit régnant en Provence sur une feuille de papier plié en deux, le lire, y faire les changemens que vous auriez estimé nécessaire d'y faire, qui sont fort légers, le faire mettre au net pour les quatre parlemens, le faire imprimer, l'envoyer aux commissaires que vous aviez choisis pour l'exécuter, en y ajoutant une petite instruction de ce que vous auriez estimé à propos de leur faire sçavoir qui n'eust pas esté compris dans Fédit^; et, comme il est fort ample et fort clairement expliqué, il y auroit en très-peu de choses à mettre dans ces instructions. Je vous puis assurer que, dans ces ordres, il n'y avoit pas pour un demy-jour de travail, et vous en conviendrez vous-mesme si vous voulez bien examiner ce que je îoosdis; maisH faut de l'ordre dans vos papiers, prendre plaisir à maintenir cet ordre et bien voir et examiner les papiers d'une matière sur laquelle vous avez à travailler.

H en est de mesme des mémoires que vous avez faits pour les désarmemens. Il est très-utile que vous les ayez faits et que vous les fassiez tous les ans; mais vous conviendrez facilement que si vous voulez prendre soin et estre fort exact à tenir vos listes en bon estât, marquer dessus bien précisément le jour que la solde et les vivres doivent commencer, ce qui est envoyé à compte, il ne vous restera qu'à voir le temps des désarmemens et à donner l'ordre au trésorier pour remettre dans les ports les fonds né-

' En marge : «J'envoye cel édit corrigé; Il faut promplemenl travailler à Texpéflifion de f«ï enTwray dans peu des copies imprimées. tout ce qui est dit. v

Page 1