‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 53 sur 258 · III. -a · texte numérisé non relu

III. -a

encore et qui serviroienl beaucoup à le rendre plus habile qu'il n*est dans son métier.

En mesme temps que vous travaillerez à avoir les lumières et les connoissances nécessaires pour faire un règlement sur tout ce qui concerne la navigation et le combat, en mesme temps il faut travailler à avoir les mémoires de tout ce qui doit estre fait dans les ports et arsenaux par les officiers de marine. Pour cela, il faut voir avec soin ce qui a esté fait jusqu'à présent sur cet article, et donner ordre aux intendans et commissaires généraux qu'après avoir bien examiné ce qui a esté fait, ils fassent des mémoires sur tout ce qui reste à faire sur cette matière, c'est-àdire sur tous les points que les capitaines et officiers de marine doivent observer dans le service qu'ils doivent rendre dans le port ou arsenal , et lors du radoub, armement et équipement des vaisseaux qu'ils doivent commander.

Le point le plus difficile de tout ce qui concerne la conduite d'un capitaine dans la navigation de son vaisseau et dans le combat consiste en la manœuvre qu'il fait.

11 est ordonné qu'il n'abandonnera point son pavillon. Il a une infinité de moyens pour retarder la navigation de son vaisseau : il dira que son vaisseau n'a pu suivre. Il doit joindre les vaisseaux de son escadre en cas de combat et agir suivant les signaux de son commandant : il retardera son vaisseau et dira qu'il n'a pu; c'est à présent le cas du chevalier de Béthune et de Bremand^

11 faut examiner si l'on ne peut régler la navigation et la manœuvre d'un vaisseau de telle sorte que les capitaine^ ne puissent alléguer ces mauvaises raisons. Je sçais bien que cela est difficile , mais vous voyez pourtant que cela ne consiste qu'à s'en aviser et à un peu d'ordre et de régularité. Il faut faire seulement un mémoire sur celuy-cy, envoyer aux officiers de guerre ce qui les concerne, avec une lettre de vous; et puis, en cherchant ce qui paroist difficile , on le trouve facile en y travaillant et l'on acquiert une infinité de connoissances fort utiles.

(Arch. de la Mar. Ordreê du roi eoncenumt la marine, 1C75, fol. 186.) ' Voir Marine, pièce n* 389 et noie.

A SEIGNELAY. i47

( Minute auto^phe. )

1 1 juillet 1676,45 heures du matin.

En pensant ce matin aux affaires de marine, je vous avoue « mon fils, que j ay fait réflexion à une chose qui me fait de ia peine. Vous sçavez que Ruyter s'en va dans la Méditerranée : il aura as vaisseaux hollandois et ik espagnols, et 19 galères sous son commandement. Si M. le duc de Vivonne est obligé de demeurer à terre pour y commander Tarmée, ainsy qu'il y a beaucoup d'apparence, l'armée navale du roy, vaisseaux et galères, sera commandée par le sieur du Quesne, et c'est ce qui me met en peine, ne formant dans mon esprit aucune comparaison entre la teste et le cœur de dn Quesne à celles de Ruyter. Il est nécessaire que vous fassiez faire cette observation au Roy, sans rien exagérer; cela fera connoistre à Sa Majesté que vous pensez à ce qui peut estre du bien de son service et de sa gloire, et il faut que cela vous serve aussy à vous exciter à faire ces réflexions en toutes occasions.

Je sçais bien que les 3o vaisseaux du roy sont mieux équipés, mieux anaés et mieux commandés que ceux de Hollande ; que les équipages des faisseaux du roy sont plus forts et composés de meilleurs hommes et plus braves; que les vaisseaux espagnols sont mal armés, mal équipés, en un mot que les 3o vaisseaux, 10 bruslots et â/i galères du roy doivent naturellement battre tout ce qui se peut présenter dans la Méditerranée, mais je TOUS avoue que la teste et le cœur du commandant me donnent de l'inquiétude ^

Le temps est si mauvais et les pluies si continuelles qu'il y a beaucoup à craindre les maladies populaires et la perte universelle de tous les Inens de la terre. C'est ce qui oblige tout le monde à demander des prières publiques et à faire descendre la châsse de sainte Geneviève, et mesme pour la porter en procession; et comme cela ne se fait point sans l'ordre du Roy, je prendray demain, au conseil, l'ordre de la Reyne. Ne manquez pas d'en rendre compte au Roy.

Vous observerez, mon fils, que, par toutes les costes du royaume, l'on se plaint des corsaires ennemis que l'on dit prendre tous les vaisseaux françois. Cela court en quelque sorte sur vostre compte, puisque le Roy veut biea faire la dépense des vaisseaux garde-costes.

* Il était cependant réservé à du Quesne de avril 1676, Tamiral hollandais mourut, à Sy- Inompiier de Ruyter. Battu à Messine, le 99 racuse, le 99 dumènie mois.

Je sçais bien que tous ces avis ne sont pas véritables, et que ces plaintes sont pour la plupart fausses ou mal fondées , mais il faut que vous fassier deux choses : Tune, une lettre circulaire à tous les officiers de l'amirauté pour estre informé de tous les vaisseaux françois pris dans leur juridiction; et l'autre, un travail particulier sur tous les vaisseaux garde-costes, et que vous les disposiez en sorte qu'aucun vaisseau ennemy ne puisse approcher des costes du royaume.

Ces lettres circulaires doivent estre écrites tous les six mois pendant tout le temps que la guerre durera, et ce travail des garde-costes doit estre continuellement sous vos yeux.

(Arcb. delà Mar. Mss. originaax, Colbert et Seigntlay , pièce 66.)

Page 1