VI.— RELATION D'UN COMBAT
DoBoé par Tannée navale da Roy, commandée par le sieur comte de Tonrvilie, vice-amiral de Fnooe> contre les flottes d'Angleterre et de Hollande, à huit lieues du cap de Bevezier^, sur la eosle d'^Anglelerre, le lo juillet 1690.
La victoire que rarmée navale du Roy a remportée sur les flottes d'Angleterre et de Hollande vient de décider de la supériorité que les Ânglois ont si longtemps prétendue sur la mer, et principalement dans la Manche. Pour maintenir cet empire de la mer, ils estoient soutenus par la Hollande, dont la puissance a toujours esté formidable à l'Angleterre mesme , et qui a presque toujours remporté l'avantage dans tous les combats que ces deux nations ont donnés Tune contre Tautre. Cependant, l'armée navale du Roy les a cherchés jusque sur les costes d'Angleterre et par delà l'isle de Wight; ils ont fuy sept jours entiers, et il a fallu l'avantage du lieu où on est allé les attaquer et du vent, qui leur a toujours esté favorable, pour les résoudre à combattre. C'est dans ce combat, qui a duré sept heures, qu'ils ont esté défaits avec la perte de quinze de leurs vaisseaux capitaux et de trois de leurs bruslots, et ils ne doivent qu'à une fuite honteuse et au vent, qui a toujours esté contraire à l'armée du Roy, le salut du reste de leur flotte.
L/armée navale du Roy, commandée par le comte de Tourville, vice-amiral de France, sortit de la rade de Brest le s 3 juin, composée de 76 vaisseaux de guerre, so bruslots, 6 frégates et so bastimens de charge, avec ordre d'entrer dans la Manche et de chercher les ennemis dans tous les ports d'Angleterre, et mesme jusque dans la Tamise.
Les vents ne iuy permirent pas d'approcher des costes d'Angleterre avant le 39, qu'elle eut connoissance des Sorlingues. Le 3o, les vents estant venus à Fouest, elle entra dans la Manche et se trouva vis-à-vis le cap de Lézard, où ayant appris par un bastimenl anglois qui s'en alloit en Portugal et qui avoit esté pris par le vaisseau k Marquis, que l'on attendoit l'armée navale des ennemis à Plymouth, le comte de Tourville détacha les vaisseaux k Marquis, le C<mtem, le Modéré et le Cheval-marin, ^ouv aller reconnoistre ce port, et leur donna ofdre de le venir rejoindre sur la route que l'armée faisoit vers le cap Goustard^. Ces vaisseaux , n'ayant rien trouvé , rejoignirent le mesme jour l'armée , qui conliooa sa route et arriva le i"^' juillet vis-à-vis de Torbay^, où, ayant appris que leseanemis estoient mouillés dans la rade de Sainte-Hélène de l'isle de Wight,
' Celle relation , qui se trouve mêlée â la Beve$ter, sur la côte méridionale du comte de
armpoadaiDce de Seignelay, est sans doule Sussex, entre Hastings et Brighton. ^/uf oa (ont au moins faite d'après ses ins- ' Ou Start Point; sur ia côte sud-est du
Indioas sur les rapports de Tourville et des comté de Devonshire. A>ê d'escadre, * Ou baie de Tor, située sur la côte du De-
j i-nelé par les Anglais Beaehy Ihaà, ou vonshire, entre Plymouth et Porlsmouth.
xLviii INTRODUCTION (ANNEXES).
le comte de Tourvilie se disposa dès lors à les attaquer, et ce peodant il détacha quatre des meilleurs voiliers de Tannée pour les aller reconnoistre. Sur les quatre heures après midy, ces vaisseaux firent signal qu ils voyoient les ennemis, et l'armée continuant à faire force de voiles arriva , le s juillet , à une lieue et demie de Tisle de Wight. Deux de ces vaisseaux rapportèrent que les ennemis estoient mouillés à la rade de Sainte-Hélène, sur une mesme ligne, au nombre de 53 gros vaisseaux; mais le vent, que Tarmée avoit eu jusqu^alors favorable, estant devenu contraire, elle fut obligée de mouiller. Le lendemain, à quatre heures du matin, elle mit à la voile avec le commencement du flot pour s'avancer avec la marée du costé des ennemis autant que le vent contraire le pourroit permettre; mais, de leur costé, ils a voient mis à la voile pour s'éloigner de l'armée de Sa Majesté. Us furent joints le Ix par huit vaisseaux de guerre hoilandois, quelques bruslots et quelques bastimens de charge. Le 5, le vent estant favorable à l'armée du Roy, le comte de Tourvilie donna ses ordres pour attaquer les ennemis; mais ayant changé peu après, ledit sieur de Tourvilie retint le vent et fut en cet estât en présence des ennemis jusqu'à la nuit. Le 6, au commencement du flot, l'armée du Roy mi't à la voile, le vent estant toujours favorable aux ennemis, qui faisoient tout ce qui dépendoit d'eux pour conserver l'avantage et gagner le Pas-de-Calais. Pour leur ester cett« retraite, qui auroit empesché le combat, le comte de Tourvilie prit le party de courir une bordée jusque sur les costes de France, espérant y trouver le vent plus favorable et pouvoir, en revirant, se mettre entre Cajais et les ennemis.
U arriva le 8 vis-à-vis de Fécamp, à huit lieues au large, d'où il revira de bord et mit le cap au nord vers la coste d'Angleterre, le vent estant toujours à l'est-nord-esl. Le 9 au soir, il reconnut les ennemis à quatre lieues au vent, et le 1 o , il les vit , à la pointe du jour, venir sur l'armée du Roy avec le vent et la marée. 11 fit le signal pour mettre à la voile en ordre de bataille et donna l'avant-garde à l'escadre du comte de Château-Renault, qui se trouva plus près des ennemis d'une lieue que le reste de l'armée. Tous les vaisseaux se mirent alors en estât d'attendre les ennemis n'ayant que les huniers et my-masts. Sur les dix heures, estant à la portée du canon, ils commencèrent le combat. Les Hoilandois, commandés par l'amiral de Evertsen, avoient l'avant - garde et estoient par le travers de l'escadre du comte de Château-Renault et d'une division de l'escadre du corps de bataille.
Le vice-amiral rouge d'Angleterre, avec sept vaisseaux, combattit avec la division du corps de bataille où cstoit le comte de Tourvilie, et l'amiral Herbert, avec le reste des vaisseaux de l'escadre rouge et toute l'escadre bleue, occupa la dernière division de l'escadre du corps de bataille de l'armée du Roy et toute l'escadre de l'arrière-garde commandée par le comte d'Estrées.
Les Hoilandois combattirent avec beaucoup de courage et de fermeté, mais ils ne furent pas bien secondés par les Anglois, dont la plupart, et surtout l'amiral Herbert, évitèrent avec grand soin d<» se mettre coste à coste des grands
LE MARQUIS DE SEIGNELAY. mix
vaûseaux. Ainsy ou peut dire qu à l'exception du vice-amiral rouge anglois et des huit ou dix vaisseaux de Tescadre bleue, les Anglois se distinguèrent des vaisseaux de Hollande par le peu de valeur qu'ils montrèrent dans le combat. Il dora de cette sorte depuis dix heures du matin jusqu'à trois heures et demie dtt soir, que les Hollandois voyant Tavant-garde de l'armée du Roy en estât de les mettre entre deux feux, furent forcés de se laisser tomber par le travers du coips de bataille , qui , n'ayant plus à combattre les Anglois qui s'estoient retirés de bonne heure, maltraita tellement les vaisseaux hollandois qu'ils furent mis hors d^estat de naviguer et de combattre, et obligés de se faire retirer de Il ligne par leurs chaloupes, à la faveur du calme qui les sauva et les empeschsL de tomher au milieu des vaisseaux du Roy, ainsy qu'ils auroient fait si le vent avoit encore duré une demy-heure.
L'amiral Herbert ayant vu retirer son amiral rouge prit aussy le party de s'éloigner, tandis que le vico-amiral bleu combattoit toujours avec beaucoup de valeur rarriëre-garde de l'armée du Roy; mais, ayant eu à la fin deux vaisseaux démastés de tous masts, il fut obligé de se retirer comme les autres.
Le vaisseau hollandois de 68 pièces de canon nommé le Frisland se rendit aa SoMoerom, commandé par le marquis de Nesmond. Le comte de Tourville y mit le feu après en avoir tiré l'équipage, qui ne se trouva plus que de t90 hommes, le surplus de 35o, dont il estoit composé, ayant esté tué. Les ennemis perdirent aussy ce jour-là deux bruslots, coulèrent un de leurs vaisseaux à fond , et en firent brusler un autre.
La nuit estant venue, le comte de Tourville donna toute son application à garder les ennemis afin de profiter du premier moment de vent favorable pour t4Mnber sur eux et achever la défaite entière de leur flotte, ou les obliger au moins d^abandonner le grand nombre de vaisseaux démastés avec lesquels il leur estoit impossible de conserver l'avantage du vent.
Lelendemaini i,les ennemis bruslèrent encore trois de leurs vaisseaux, dont Ton estoit un contre-amiral de 80 pièces et les deux autres de 70 , et en coulèient deux à fond.
Le 19, l'armée continua de poursuivre les ennemis, et le comte de Tourville ayant aperçu sept navires démastés qui s'estoient détachés de leur armée et qui faisoient route pour gagner Portsmouth , détacha le marquis de Villette avec dix vaisseaux qui les coupèrent et les forcèrent de s'échouer entre le cap de Bevezier et celuy de Selsey*.
Le lendemain j 3 , les vaisseaux détacha s'estant approchés pour canonner les vaisseaux échoués , les ennemis mirent le feu à deux de ces vaisseaux. Le 1 /( , ils en broslèrent deux autres, et le lendemain deux autres. Le septième, qui est on vice-amiral de Hollande, s'est échoué de pleine mer dans une petite ri- TÎèrc proche de Bevezier, d'où il n'y a pas d'apparence qu'il se puisse relever. Varmée navale du Roy n'a souffert d'autre perte dans ce combat que des manœuvres coupées et des coups de canon dans le corpvS des vaisseaux, à la ' 4 Vouest du cap Bevezier, non loin de Ghichester, dans le Sussex.
... O* Il