DE LA RELATION DE MON VOYAGE EN ITALIE
Pour suivre la division que j ay faite sur l'instruction qui m'a esté donnée en allant en Italie et venir à la seconde partie de mon voyage , qui doit contenir tout ce qui regarde les forces et la politique des différens Estais par lesquels j'ay passé, je commeneeray par leur division générale, en les distinguant par leurs dignités et marquant les maisons qui les possèdent.
L'Italie est divisée en onze principaux Estats sçavoir : l'Estat du pape, le royaume de Naples, six duchés principaux et trois républiques ^
L'Estat du pape est celuy sur lequel les papes dominent souverainement, qui ne porte litre de royaume, ni de duché, estant simplement appelé l'Estat de l'Église. Il comprend dans son estendue la campagne de Rome, la Sabine, le duché de Bénévent, qui est dans ie royaume de Naples, le patrimoine de Saint-Pierre , le Pérugin , l'Ombrie ou le duché de Spoielte, la Marche d'Ancâne, le duché d'Urbin et la Romagne, avec le duché de Fernre. U y a dans la Romagne la petite république de Saint-Marin.
Naples. — Le royaume de Naples est un royaume considérable possédé par la maison d'Aotridie. II contient douze provinces avec les isles qui en dépendent, outre celles de Side et de Sardaigne.
ToscAiTB. — Le duché de Toscane que possède le Grand-Duc, qui est de la maison de IMids, est un des Estats de l'Europe qui porte le titre de grand-duché avec ceux de Lithuanie et de Moscovie. Il possède la plus grande partie de Toscane, trois républiques antrefois fort puissantes , Florence , Pise et Sienne , une partie de la Romagne qu'on ap-
' En note : t^ || y a encore une petite répabiique enclavée dans les Estats du pape qui ne mérite pe (Testre mise parmy ces trois, n^ayant que Tombre de liberté : elle se nomme Saint-Mann. »
pelle Florentine, au delà de T Apennin, et quelques lieux en Ombrie, une partie de Tisle d*Elbe, et les isles de Gapraja, Giglio, Gorgone et Meioria.
Dans la Toscane, il y a le petit Estât du prince de Massa, celuy du marquis de Malespine, du seigneur de Piombino et cduy du comte de Petig^iano.
Milan. — Le duchë de Milan est encore possédé par la maison d'Autriche avec le Grémonois et la seigneurie de Pontremoli. Plusieurs seigneurs relèvent de cet Estât, comme le marquis de Trivulce, le comte Borromée , le marquis de Marignan, delà maison de Médicis, le marquis de Garavaggio , de la maison des Sforce, qui a possédé autrefois TEstat de Milan , comme aussy le comte Visconti , qui est de mesme maison qoe les premiers ducs de cet Estât.
Mantodb. — Le duc de Mantoue, qui est de la maison de Gonzagne, possède les duchés de Mantoue et de Montferrat; dans ce duché sont, de la mesme maison de Gonzague, le prince de Bozolo, cduy de Guastalla, le comte de Nuvolare et le marquis de Castiglione. Il y a aussy la principauté de Sabionete, qui est possédée par un prince de la maison des Garaffa.
Parme. — La maison Famèse possède le duché de Parme et de Plaisance; dans la Toscane elle tient encore le duché de Gastro.
MoDÀNE. — Le duc de Modène, qui est de la maison d'Est, tient les duchés deModène et de Reggio et la principauté de Garpi. Il a aussy la plus grande partie de la Garfagnana. Dans TEstat du duc de Modène est le duc de La Mirandole et le prince de Gorregio.
Savoie. — Le duché de Savoie , dont est duc un prince de la maison de Saxe , compr^ le Piémont, FAstesan, le Vercellois , les comtés de Nice, de Tende et de Bueuil , les mar^ quisats d'Oneglia et de Marro , et le marquisat de Saluées , qu'il a eu en échange des rois de France pour la province de Bresse.
Venise. — La république de Venise tient le Polesin de Rovigo, le duché de Venise, autrement t7 Dogado, qui contient Venise et toutes les isles qui Tenvironnent, Tlstrie, le Frioul, Trévisan, Vicentm, Véronois, Bressan, Padouan, Bei^masque et Grémasc.
GAnbs. — La seigneurie de la république de Gènes a dans son estendue la Rivière ou rivage du Gouchant et du Levant. Elle commande aussy dans la Lombardie, où elle tient quelques lieux. Dans la Toscane, elle a la cité de Sarzane et quelques autres places, comme aussy la Gorse. La coste de Gènes comprend le comté de Nice, la seigneurie de Monaco et le marquisat de Finale.
LuGQDBs. — La république de Lucques comprend le Lucquois et une partie de la Garfagnana.
De tous ces Estats , il n'y a que eduy du papequi soit purement souverain , et, des républiques, il n'y a que celle de Venise qui soit indépendante : tous les autres Estats rdèvent ou de l'Église ou de l'Empire.
Le roy d'Espagne tient h fief de l'Église les royaumes de Naples et de Sicile; pour le reste de ce qu'il possède en Italie, il relève de l'empereur.
Le duc de Toscane tient le Siennois du roy d'Espagne, mais il prétend que les r^ubliques de Florence et de Pise sont indépendantes , ayant esté a&ranchies par divers empereurs. II tient , conm[ie en vicariat perpétud de l'É^se, Radicofani avec le pays voisin.
Les ducs de Mantoue, de Modène, de La Mirandole et de Sabionete relèvent de l'Empire, et ceux de Parme et Plaisance et Segna, de l'Église.
Les princes de Massa, de Guastalla, de Bozolo et de GoiTegio relèvent de l'Empire, de mesme que les marquis de Gastillon, Masseran, Malespine, Torriglia et Mendola, et les seigneurs de Monaco et de Pionibino.
Les dac8 de Savoie relèvent entièremeDt de l'Empire; le duc prend mesme en ses titres la qualité de prince et vicaire perpétuel de TEmpire.
Poor ce qai regarde les républiques de Gènes et de Lueques , quoyqn elles ayent esté aotreibis afltanchies, elles sont pourtant toujours de la dépendance de l'Empire. Mais elesne payent aucun tribut : elles reoonnoissent seulement l'empereur pour protecteur.
La petite république de SainlrMarin dépend de l'Église.
De tous les Estais d'Italie, il n'y a que le royaume^de Naples qui paye un tribut en argent an pape : il est de 1,000 ducats et d'une haquenée blanche, dont les rois d'Espagne doivent faire tous les ans un tribut au pape. Pour les autres Estats qui dépendent du Saint-Siège, ils ne sont que réversibles h TEglise quand les masies des maisons qui les possèdent manquent, comme il est arrivé du duché de Ferrare lorsque la branche ^gitime de la maison d'Est a manqué.
Et pour les Estats qui dépendent de l'Empire , ils ne r^rdent pas conune une sujétion cette dépendance, parce qu'ils ont droit d'entrer aux diètes et qu'ils sont prêtées par l'Empire. D ne faut que sçavoir ce que fit le marquis de Pianesse, ambassadeur extraordinaire de Savoie vers l'empereur, en l'année i63i, qui estant allé en Allemagne pour faire honamage à l'empereur des Estats du duc de Savoie , il y comprit le marquisat de Saluées; ce qu'il pouvoit bien éviter, ce marquisat ayant esté donné franc sans dépendance par Henri IV pour l'échange qui fut fait en ce temps-là avec la province de Bresse.
Cependant, quand il arrive quelque contestation entre les Estats d'Italie, ils sont jugés par la chambre impériale et par l'empereur, s'ils dépendent de l'Empire, comme aussy par le pape , quand ils dépendent du Saint-Siège.