RELATION DU VOYAGE DE SEIGNELAY
(Minulc autograpLc.)
Novembre 1676.
Pour rendre compte au Roy de ce que j'ay fait pendant ce voyage , je suivray ai'ticle par article le mémoire de ce que j avois à faire, que jay lu à Sa Majesté avant mon départ*.
Ayant appris, à mon passage à Chalon, que les dernières voitures de bois de Ronrgogne qui avoient esté faites, montant à cent vingt mille pieds cubes, avoient épuisé presque toute la quantité de bois qui estoit sur les ports de Fretterans , Perrigny et la Perrière, et que le reste de ce qui n'avoit pas esté voiture estoit sur le port de Chalon; que les fourneaux de Drambon n'estoient point eu feu, et qu'il y a voit ti*ès-peu de canons fondus, n'en ayant point esté ordonné depuis que les épreuves qui ont esté faites de CCS canons ont fait connoistre qu'ils n'estoient pas aussy bons qu'il auroit esté à souhaiter, je crus que ma présence n estoit pas si nécessaire en ce lieu qu'à Mai^eille et Toulon , où je devois me rendre , et que , dans le peu de temps que j'avois à employer
* Parti de Paris le 6 octobre 1676, le inar- * Voir la pièce précédente. — Voir anssi
quis (le Si'i^jnelay roviiil lo 7 du mois siiivanl. pièce n" 56 et pièces siii\anle«<.
à ce voyage, je n'aurois pas ea celuy d*aUer jusqae dans le foDd de la Bourgogne, pour- I qaoy il m'aoroit fallu sept ou huit jours à cause du peu de commoditëâ qui se trouvent dans un chemin de traverse. Cependant, pour ne rien omettre de ce que je m'estois propose de faire, et pour tirer la mesme utilité pour le service du roy sur cette matière qaesifavois esté moy-mesme en Bourgogne, je donnay ordre au conounissaire Saint- Georges, qui y sert, de me venir trouver à Toulon avec tous les papiers concernant lesdits bois, et je visitay à Chalon ceux qui sont sur ce port. Je les fis examiner par le maistre charpentier et dresser un procès-verbal de Testât auquel ils sont, de ceux qui peavent estre incessamment voitures , de ceux qu'il faut réquarrir et refendre avant de les I mettre en voiture, et de ceux qui, estant entièrement gastés, ne peuvent servir pour la i eoDstraction des vaisseaux et doivent estre vendus sur les lieux ^ I J*ay depuis examiné avec ledit commissaire Saint-Georges et le sieur Dalliez tout ce I gui regarde les forests de Perrigny et d' Authumes , suivant le mémoire que j'avois fait , i e'est-è-dire que j'ay examiné le premier achat qui a esté fait desdits bois sur pied; je I me sois informé des gens du pays et des marchands qui font commerce de bois pour ' coDDoistre si ce marché estoit avantageux au roy, et j ay trouvé que pour les arbres I de Périgny, qui ont esté vendus h livres, ils n'avoient point esté vendus trop cher; mais le marché fait, en 1666 , h 5 livres le pied, des arbres choisis de la forest (TAuthumes, estoit trop avantageux aux propriétaires ; et, dans la suite, lorsque le roy aura besoin, pour la marine , de bois des forests qui sont le long de la Saône, on pourra les avoir à & livres, 3 livres 1 o sols et 3 livres lé pied. L*ordre qui s'observe pour la façon et 1 equarrissage desdits bois est qu'il y a un maistre charpentier qui examine les arbres pour juger à quel usage ils sont plus propres, et combien on en pourra tirer de pièces; il donne ensuite les échantillons à celuy qui a pris le marché de la façon desdits bois , qui est obligé de rendre, de choque arbre, la quantité de pièces et des échantillons portés par le devis du maistre charpentier.
Les marchés faits pour l'équarrissage et la façon desdits bois et pour leur voiture depuis la forest jusque sur le bord de la Saône, sont à différens prix, suivant la distance des bem. J'ay trouvé ces marchés bons pour le roy ; mais comme ils n'ont pas esté faits au rabais, et que les chemins sont à présent plus faciles, il faut ordonner à M. Duguay et au commissaire Saint-Georges de faire la mesme chose pour lesdits marchés qui se fait pour les marchandises de la marine, c'est-à-dire d'en faire faire des affiches, de recevoir les rabais par trois remises consécutives et de trois en trois jours, et d'adjuger lesdites voitures à ceux qui proposeroient de les faire à meilleur marché.
Lorsque les bois sont façonnés et voitures sur le bord de la rivière , le commissaire les i^emet es mains de ceux qui sont chargés de la voiture par eau, en dresse une facture qn'il fait signer aux patrons, et dont il envoyé copie dans le port où ces bois doivent estre déchargés, sur laquelle on fait compter ledit patron.
Ces voitures estoient autrrfois i 7 sols par pied cubejusqu'è Toulon ; dies sont à présent à 5 sols par le dernier marché qui a esté fait avec le sieur Dalliez, et comme j'ay dierché, pendiant mon voyage, k diminuer encore le prix de ces voitures, j'ay trouvé des gens qui s'oRrent de les prendre à 3 sols , par le moyen d'une machine pour lu facilité de la voiture sur le Rhône, dont ils demandent le privilège en s'offrant à donner caution. J'ay vu et examiné cette machine et je crois qu'elle pourra i*éussir; ce seroit une diminution considérable.
* En marge : «J'ay envoyt^ ce mémoire à je luy ay dépèsché de Marseille; il faudra le mon père en dernier lieu par le courrier que joindre, à Paris, A celte relalion.*'
J*ay fait dresser des mëmoires exacts^ de Testât aaqud sont à présent iesdites foresls dePerrigny etd'Anihumes*, da nombre d*arbres qui restent sur pied, da nombre et de la qualité des pièces de bois qui sont encore dans Iesdites forests , et des usages auxqaeb lesdits arbres et iesdites pièces seront propres. 11 y a trop d'officiers employa en Bourgogne pour lesdits bois, et il suffit d'un commissaire, d'un écrivain qui fasse la fonction de contrôleur, et d'un maistre charpentier.
Outre les bois achetés par le roy en Bourgogne , il y a une petite forest en Dauphioé, nommée la forest d'Artas, qui fut achetée en 1669; les bois tirés de cette forest oot servy pour la construction des galères, et on en a tiré une quantité assez considérable; mais les maistres charpentiers trouvent que ces bois ne sont pas d'une bonne qualité, qu'ils se fendent aysément et ne se conservent pas longtemps ; les galères mesmes qui ont esté construites de ces bois ne se sont pas trouvées si bonnes que les autres.
Cette forest a esté achetée 1/1,000 livres; il reste encore un grand nombre d'aihres sur pied suivant Testât que j'en ay fait dresser; mais les meilleurs ont esté exploités et voitures ; pour achever l'exploitation de cette forest , il faut tenir un atelier exprès eu Daih phiné ; ses bois se trouvent de mauvaise qualité , et j'ay cru qu'il n'y avoit rien de mieux h faire que de vendre ce qui reste de cette forest aux conditions les plus avantageuses pour le roy; on en trouve desjà 1 i,5oo livres, et on pourra en avoir jusqu'à iâ,ooo livres, au cas que Sa Majesté en approuve la vente, qui sera d'autant plus avantageuse que les bois de Bourgogne sont beaucoup meilleurs et qu'il y en a le long de la Saône toute la quantité qu'on peut souhaiter pour la construction des vaisseaux et des galères, la seule forest d'Épagny pouvant fournir, pendant plus de trente ans, tout ce qui est nécessaire pour la marine.
Je fis faire , à mon passage à Lyon , les épreuves de trente pièces de canon de fonte qui y avoient esté fondues par le maistre fondeur Émery; il y en avoit seixe de vingtquatre livres de balle et quatorze de douze Uvres; ces canons estoient bien proportionnés, mais les omemens grossiers et en grand nombre rendent les canons moins beaux. Cy-joint est le procè&-verbal de cette épreuve dont le succès n'a pas esté heureux, y en ayant eu douze de vingt-quatre livres de balle éventrés et cinq de douze hvres; en sorte qu'il n'y en a eu que treize de service.
Comme on ne fond pas à présent assez de canons pour la marine pour employer deux ateliers , et que le maistre fondeur de Toulon est sans comparaison plus habile que celny de Lyon , j'ay fait cesser cette fonderie et donné ordre tant pour la voiture des canons de service que pour celle des canons éventrés et des matières non employées qui estoient dans les magasins de Lyon ; en sorte que , avec le fonds que le roy ordonnera Tannée prochaine et Iesdites matières , on pourra aysément fondre soixante pièces de gros canon k Toulon.
Le premier soin que je pris en arrivant à Marseille fut de me faire rendre compte de ce qui avoit esté fait, en exécution des ordres du roy, qui avoient esté envoyés pour la préparation de ce qui devoit estre porté à Messine, pour les galères qui y doivent demeurer pendant Thyver' prochain. Je visitay avec soin les magasins des munitionnaires et les agrès et marchandises qui dévoient estre portés pour le radoub et entretien desdites galères. Je fis dresser des estats desdits vivres et marchandises, qui sont cy-joints, et qui ont esté ponctuellement et diligemment exécutés. J'ay lien d'espar,
* En marge: «Pay envoyé ce» mémoires à * Authumes, arrondissement de lionhans.
mon père.» département de Saône-et-Loire.
par le soin avec Icqud ont este examinés les vivres, qu*on n'en recevra point de plainte; qae les diiourmes seront mieux nourries qu'elles ne l'ont jamais esté, et que Tordre qui a esté estably pour la visite desdits vivres estant bien mieux, on pourra répondre, à Tavenir, que tout ce qui sera envoyé sera de bonne qualité.
J'ay parié fortement aux munitionnaires sur tous les point contenus dans la lettre de H. d'Oppède au sujet desdits vivres; ils se sont excusés sur les grands armemens de l'année dernière et de celle-cy, qui, ayant esté imprévus, ne leur ont pas donné le temps de choisir avec assez de soin les denrées qu'ils ont envoyées. Gela n'arrivera pins à l'avenir, et l'exactitude avec laquelle j'ay estably les visites fera que, quand mesme ils ne seroient pas aussy bien intentionnés que j'ay trouvé qu'ils sont, ils ne poornmt rien embarquer qui ne soit de bonne qualité.
Comrae j'ay rendu compte pendant mon voyage des diligences qui ont esté faites ponr l'embarquement de toutes lesdites marchandises et vivres , il suffit de dire qu'un eoovoy de trrate-cinq bastimens de charge, escorté par quatre vaisseaux de guerre, a esté préparé en quinze jours, et qu'il est party des isles d'Hyères le a 8 octobre par un vent qui fait espérer qu'il sera dans dix ou douze jours à Messine.
Les inventaires généraux et les factures particulières du chargement de chaque vaisseaa ont esté envoyés à Messine à M. d'Oppède ; tous les maistres ont signé lesdites factures e( se sont obligés de rendre la mesme quantité , en sorte qu'on peut s'assurer qa'3 n y aura aucune diminution.
Tay examiné avec soin ce qui regarde les nolis et la dépense qui a esté faite jusqu'à présent; je me suis informé de ce que les marchands paymt ordinairement pour les nolis des bastimens qui servent au transport de leurs marchandises, et j'ay trouvé qu'ordinairement les marchands payent h tant par mois , suivant les différentes sortes de marchandises, et, par le calcul que j'en ay fait, j'ay trouvé que cela alloit à i/i et 1 5 sols par quintal de biscuit, par millerolle de vin et autres marchandises de grand encombrement, à 7 ou 8 sols par quintal de chairs salées, de légumes et de farines, en sorte que cela revient à peu près h la mesme chose que ce qui est à présent payé par le roy, en comptant deux mois pour le voyage et le retour de Messine. Je croîs mesme qu'il vaut bien mieux payer à tant par quintal que de payer par mois, parce qu'il arrive toujours, quelques ordres qu'on ayt pu donner jusqu'à présent, que ces bastimens de charge sont longtemps retenus à Messine , et que ces retardemens cousteroient beaucoup; cependant j'ay fait une diminution assez considérable sur le prix desdits nolis, dont le mémoire est cy-joint.
J'ay visité avec soin tous les bastimens de l'arsenal des galères à Marseille, et, comme il n'y avoit aucun plan assez exact dudit arsenal, j'en ay fait lever un par l'architecte que j'avois mené avec moy. Comme cet arsenal s'est fait par pièces, à mesure qu'on a pu avoir de la place, il est fort irr^ilièrement basty, et je n'ay mesme pas trouvé que les bastimens eussent toute la solidité qu'il auroit esté à souhaiter; cependant rien ne se dément jusqu'à présent, et quoyqu'il soyt fort serré, il y a assez de commodités.
J'ay observé dans la visite que j'en ay faite que tous les lieux Aissent utilement employés, et qu*ii n'y en eust aucun d'inutile; il y avoit quelque chose à changer dans sa disposition, principalement pour les magasins particdiers des galères et pour les logemens des officiers ; j'y ay donné ordre , suivant ce que j'expliqueray sur ce plan.
J'ay ensuite examiné et fait un mémoire de ce qui est à faire l'année prochaine, pour marner entièrement ledit arsenal. Le sieur Brodart et le sieur du Cayron avoient dressé un devis des ouvrages à faire , pour achever quelques magasins et la façade de
l'arsenal , qu'ils faisoient monter à 55,ooo livres; mais ils chargeoient cetle façade d ornemens inutiles et peu conformes au reste du bastiment, ce que j'ay fait corriger, et à présent tout ce qui reste à faire ne reviendra qu'à 37,000 livres, sera plus beau, plus commode et plus convenable au reste des bastimens.
J'ay examine avec soin les prix qui ont esté donnes jusqu'à présent aux entrepreneurs, pour les bastimens de Tarsenal , et j*ay trouvé qu'ils ont esté payés trop cher, par le calcul exact que j'ay fait de ce à quoy revient la pierre sur les lieux d'où on la tire, combien on paye pour la voiture, combien pour le moellon, à quoy revient la chaux, le sable, les autres choses qui entrent dans les bastimens ; sur quoy, après avoir reçu les rabais de plusieurs compagnies de maçons de la ville de Marseille, j'ay conclu marché avec ceux qui ont esté trouvés les plus solvables , de qui mesme j'ay pris caution ; le tarif de ces rabais, qui sont considérables, est cy-joint.
Outre ce qui est à faire h présent pour Tachèvement de l'arsenal , il seroit à souhaiter qu'on pust bastir, dans la suite des temps , les lieux nécessaires pour y donner les commodités qui y manquent, et principalement poiu* les magasins des munitionnaires, pour lesquels on se sert h présent d'un endroit éloigné, qui n'est point sous la vue des officiers de l'arsenal et dont le louage couste assez cher. J'ay visité pour cet effet une place qui seroit fort commode; mais il faudroit pour cela acheter un couvent de capucins et une maison qui appartient h M. de La Brossardière; on m'enverra incessamment le plan de cette place.
n seroit bien nécessaire aussy d'une corderie, le principal défaut de l'arsenal estant que la corderie est au deuxième étage , en sorte que la difficulté est grande d'y conimetti'e des cordages, parce que les chariots qui sont nécessaires ébranlent par leur pesanteur les bastimens et qu'il est à craindre qu'il n'en arrive accident.
Après avoir examiné tous les bastimens de l'arsenal , je visilay tous les magasins pour connoistre l'ordre qui s'y observe et ce qu'il y a à changer; j'en ay rendu compte par mes lettres et mémoires.
J'ay trouvé que le garde- magasin fait bien son devoir et que ses livres sont bien tenus et en bon estât; par le récolement que j'ay fait des marchandises contenues dans l'inventaire des magasins , j'ay ti*ouvé qu'ils estoient peu garnis des choses nécessaires et qu'il a esté observé , jusqu'à présent , de faire seulement provision de tout ce qu'il faut pour l'armement des galères , en sorte que , lorsqu'elles sont en mer, il ne reste rien dans les magasins. Comme il pourroit arriver tel accident dans lequel il seroit nécessaire de quantité d'agrès et marchandises, il est du service du roy de faire, petit à petit, un fonds pour l'achat d'une quantité considérable de marchandises , outre ce qui est nécessaire pour l'armement de vingt-cinq galères *.
Le magasin général estant fort étroit , j'ay fait prendre deux magasins particuliers voisins , afîn que les marchandises pussent estre mieax rangées.
J'ay l'endu compte par mes lettres du changement que j'ay apporté pour ce qui regarde les magasins particuliers qui n'estoient point sous la charge du garde-magasin général, et dont les écrivains de chaque galère a voient soin. Comme cela estoit sujet à beaucoup d'abus et que , lorsque les galères estoient en mer, ce qui restoit dans les magasins n'esloit sous la garde de personne , j'ay changé cet usage, et les livres du gardemagasin général seront chargés h l'avenir de ce qui regarde les magasins particuliers.
Il a esté observé jusqu'à présent de donner le cordage à chaque galère sans estre
* Ciolborl n l'cril en iHargc au crayon : «Lo loinps de jjucrre n'est pas propre pour ces provision s.«
goudronné, et de donner aux comités du {goudron pour passer les cordages, ce qui se jaisoit è la poupe de chaque galère. De cet usage provenoient deux mauvais effets : le premier, que le cordage, estant commis et goudronné sans estre passé à l'estuve, consen'oit toute son humidité, et se gastoit ou se rompoit beaucoup plus tost; ]e second, qoe, le goudron estant donné en baril aux comités, ils faisoient ce qu'ils pouvoient pour Fespargner et le vendre , ne se souciant pas que le cordage fust assez pénétré de goudron. J'ay cru très-important de changer cet usage; et comme il n y a point d'estuve , que cest un establissement assez considérable à faire, j'ay ordonné qu'à lavcnir les cordages fassent goudronnés en fil de caret ; et pour cet effet, outre un maistre cordier du Havi*e qui est à Marseille, et qui sçait goudronner de cette manièi'e, il faudra y envoyer encore deux ou trois ouvriers pour instruire les Provençaux et bien establir cette manière de goudronner pour l'avenir.
Je me suis fait ime application principale de bien connoislre les qualités et les foncions de chacim des officiors qui [servent dans Tarsenal des galères , et j'ay dressé un mémoire cy-joint, suivant ce qui a esté lu h Sa Majesté.
Il est certain que les commissaires et contrôleurs ne font point bien leur métier; il n'y a qu'un seul des trois commissaires qui se soit présenté pour servir, et le contrôleur Leroy passe pour un homme d'une fidélité fort suspecte , et n'est point assidu dans son employ, qu'il veut faire passer à son gendre, qui n'en a aucune connoissance; l'autre contrôleur est d'une incapacité fort grande, et il est certain que ce sont des ofliciere très-nécessaires et dont les fonctions sont très-importantes. Ainsy il est du service du roy de les rembourser et d'en mettre en la place qui puissent utilement servir et dont la fidélité ne soit pas suspecte.
La dernière charge de commissaire général qui a esté vendue a esté payée 10,000 livres; ils ont 675 livres de gages.
Les conlrôleui*s sont depuis longtemps dans leur charge ; ils prétendent avoir financé 55.000 livres ;j'auray incessanmient la preuve parleurs quittances de finances qui me doivent estre remises a Paris.
Les contrôleurs ont 860 livres de gages.
J'ay examiné avec les charpenliera et l'intendant Testât auquel sont h présent les galères du roy; et il y a cy-joint une liste desdites galères, de celles qu'il faudra remplacer l'année prochaine , et du temps que chacune des autres peut durer.
L'absence des galères et des ofliciers qui les commandent ne m'a pas permis de faire le mesme examen des ofliciers de guerre que j'ay fait des ofliciers de l'arsenal, n'y ayant personne qui fust assez bien informé de leurs bonnes ou mauvaises qualités. Je m'en suis seulement informé par la réputation générale ; mais ce n'est pas assez pour en rendre un bon compte au Roy; la liste desdits ofliciers est cy-jointe.
Je me suis particulièrement appliqué pendant ce voyage h ce qui regarde la cons- ^ction des galères et à en connoistrc à fond tout le détail. Pour cet effet, j'ay visité les galères qui sont encore sur les chantiers; j'ay examiné, l'une après l'autre, toutes les pièces qui les composent; j'en ay fait faire des modèles contenus dans le livre cy-joint; je me suis informé des noms et de l'usage de chaque pièce, et j'ay h présent la mesme connoissance de la construction d'une galère, que j'ay prise de ce qui regarde celle des vaisseaux.
J'ay examiné aussy k combien monte la dépense d'une galère , et par Testât exact c)'-joint, une galère, en fournissant toutes choses neuves, revient à -26,000 livres; mais comme on se sert oixlinaireraent des clous et d'une partie des vieilles galères hors de
service, les galères du roy ne reviennent ordinairement toutes basties qu*à la somme de 91 ou s 3,000 livres an plus; on doit m'envoyer encore des mémoires pardcdiers de la dépense pour la construction de chaque galère, par lesquels je connoistray s'il y a quelque chose à diminuer à l'avenir sur cette somme.
J'ay visité particulièrement la galère Réak et j'en ay rapporté une figure ou dessin; par les mémoires cy-joints Sa Majesté pourra connoistre ce qui est à faire pour adiever cette galère, et j'en ay envoyé un autre de ce qui est nécessaire pour les omemeDs, sur lequel il sera nécessaire de recevoir les ordres de Sa Majesté.
J'ay visité toutes les galères qui sont dans le port et les nouvelles chiourmes qui ont esté envoyées depuis peu; j'en ay fait faire la revue cy-jointe, suivant laquelle il y a à présent Syo hommes en estât de servir.
Avant de faire mettre en liberté les &9 forçats auxquels Sa Majesté l'a voit accordée, je les ay fait visiter en ma présence pour connoistre s'ils estoient véritablement invalides et j'ay examiné sur le rôle si tous avoient fait leur temps, suivant ce qui a esté écrit par l'intendant. J'ay trouvé que le rôle qu'il en avoit envoyé est fort exact et qu'il n'y a rien à changer.
Il reste encore quelques forçats invalides à Marseille, qui ont fait leur temps, qui ne font que manger inutilement le pain du roy; on m'en enverra incessamment une liste, qui n'a pu estre mise en estât avant mon départ
J'ay fait exercer tous les jours les nouvelles chiourmes pendant que j'ay esté à Marseifle; il y a trois officiers qui en ont soin et qui s'acquittent bien de leur devoir.
Je me suis appliqué à chercher tous les moyens possibles pour augmenter le nombre des galères du roy, et si les mesures que j'ay prises ne manquent point par quelque accident imprévu , et que la mortalité ne se mette point sur les galères comme elle y fut l'année passée , je crois pouvoir assurer Sa Majesté qu'on mettra une vingt^sixième galère en mer au mois de mars ou d'avril prochain \ Poiur y parvenir, j'ay écrit à mon frère à Malte de redoubler ses soins pour chercher des esclaves, et j'ay lieu d'espérer que, la ' peste estant entièrement finie, les corsaires qui n'ont point eu pratique à Malte pendant qu'elle a duré, en amèneront un bon nombre à présent. Il est cependant arrivé un accident fascheux de 33 Turcs qui avoient esté enîbarqués en dernier lieu è Malte et qui ont esté pris par les corsaires de Tripoli siu* le vaisseau d'un marchand de la Giotat, nommé David.
J'ay envoyé à Tanger pour acheter des Turcs qu'on assure que les Anglois veulent vendre.
J'ay écrit à Gènes et h Livourne, aux consuls, d'acheter ceux qu'ils y trouveront.
J'ay écrit en Gandie au nommé Bonnet, consul de la nation françoise audit lieu, qoi en a foumy autrefois pour les galères.
J'ay fait marché, par le moyen du sieur de Bonrepos, avec des marchands de MarseiSe, qui m'ont promis cent Turcs entre cy et le mois de février; et pour cda ils se servent de deux expédiens : le premier est qu'ils ont chargé deux vaisseaux de marchandises et agrès, avec lesquels ils vont dans les croisières des vaisseaux corsaires qui naviguent dans l'Archipel, et leur fournissent des agrès, et prennent des Turcs en payement; l'autre est par le moyen des correspondaus qu'ils ont à la coste de Barbarie, où ils assurent que les Turcs naturels vendent souvent les Maures du pays qu'ils prennait dans les guerres qu'ils ont entre eux. Us prétendent aussy en tirer des ports d'Espagne et
* Voir Marine, pièce n" khs, note.
de Sicile, où presque tous les marchands et autres se servent d'esclaves turcs dans leurs maisons; et pour cela ils se servent de marchands italiens, leurs correspondans, qui achèteront lesdits esclaves pour eux et les enverront en France.
On poorroit tirer aussy beaucoup d'esclaves qui se vendent à Constantinople; mais ce sont des Russiens, Grecs schismatiques, et le Roy n'a pas voulu jusqu'à présent. Il y a pourtant une observation à faire sur ce sujet, qui est que ces Russiens sont veodos à des Turcs et que, s'ils ne servent pas sur les galères du Roy, ils servent sur celles du Grand Seigneur ou sur les barbaresques de Tripoli, en sorte qu'ib sont dans uoe condition encore pire que celle d'estre achètes pour servir sur les galères en France, le service de celles des Turcs estant beaucoup plus rude.
Tay pensé encore à un expédient qui produiroit un grand nombre d'esclaves, qui serait de faire venir des nègres du Cap- Vert, qui sont beaucoup plus vigoureux que ceux de Guinée, et qui pourroient s'accoustumer à la galère; au moins on en pourroit mettre une vingtaine à la suite dans chacune des galères de Sa Majesté.
Par les mémoires que j'ay envoyés , Sa Majesté aura connu les rabais considérables que j'ay trouvés sur les marchandises qui se fournissent à Marseille. D y a cy-joint un tarif desdits rabais qui diminuera de beaucoup les dépenses qui se faisoient pour les achats de marchandises.
J'ay arresté et examiné les estats de dépenses de 1 678 et de la présente année 1676; le détail en est contenu dans les apostilles que j'ay mises auxdits estats cy-joints, par lesqads j'ay retranché ou diminué les dépenses qui n'estoient pas absolument nécessaires.
J'ay pareillement fait, de concert avec l'intendant, et après avoir examiné les dépenses absolument nécessaires pour les galères, le projet de 1 677, que Sa Majesté résoudra en mesme temps que le projet d'estat des dépenses de la marine pour la mesme année.
J'ay examiné avec soin tout ce qui regarde l'ordre qui s'observe dans Thospital des forçats, et, par un mémoire cy-joint, je r^ds compte au Roy de ce qui regarde cet
J'ay fait travailler Imtendant à un projet de règlement général des galères ; il en a desjà qoatre cahiers de faits ; mais il faut attendre que tout ce travail , qui est long, soit en bon (Htat et bien corrigé, avant d'en rendre compte è Sa Majesté.
Aussytoat que j'eus achevé mes affaires à Marseille, je passay à Toulon pour exécuter pareillement en ce lieu tout ce qui estoil porté par le mémoire que j'ay lu au Roy avant
Je ooouBençay è vérifier si les ordres du roy donnés pour la diligence du départ du eonvoy avoient esté exécutés, et j observay à cet égard les mesmes choses pour la visite des vivres et marchandises qui y dévoient estre embarqués, pour en dresser des inventaires en acte et pour estre présent à leur embarquement , ainsy qu'il est dit cydessQs au sujet de^ galères. Les officiers n'estoient point encore accoustumés à une aussy grande diligence que cdle qui a esté faite pour mettre ce eonvoy en mer, et j'espère qœ cet exemple sera d'un bon effet à l'avenir pour les armemens que Sa Majesté ordonnera.
Il y a cy-joint deux inventaires , l'un des marchandises , et l'autre des vivres qui ont esté envoyés à Messine pour les quinze vaisseaux qui y doivent passer l'hyver; je puis Assnrer que tout ce qui a esté embarqué est de bonne qualité.