VOYAGE A CALAIS
Idie qtt'eHe devoil estre pot» satisfaire Sa Majesté, et les officiers de marine du Havre qui le virent sont convenus que, pour la manière dont sont placés ses masts, pour ses manGBOVies et pour tout ce qui peut eontribner k rendre un vaisseau agpréable à la vue , il D avoit rien esté oublié.
L'À{uipage estoit dans Testât auquel il a esté ordonné au ehevdier de Lbéry dès le commencemeot de Tannée, c'est-à-dire tous les soldats sous les armes, entre les deux chasteaux.
Les maldots sur les chasteaux d'avant et d'arrière , rangés par doubles files et armés de pertuisaoes et d'espontons; en sorte que, sans qu'il parust de confusion, Téquipage estoit nombreux et paroissoit tout entier sur le pont.
La place de dessus le corps de garde, où le Roy devoit estre, estoit entièrement libre , en sorte qu'il y avoit de quoy placer Sa Majesté et tous ceux qui Tauroient suivy.
Je commençay par visiter l'équipage homme à homme , et je n'en ay trouvé que trente tant matelots que soldats à rebuter; le reste estant aussy bien fait et d'aussy bonne mine qu'on le puisse souhaiter.
Je vins «nsuite sur la dunette, où je vis faire Texercice aux matelots et soldats suivant le mémoire que le Roy a vu. Je i*éformay qudques endroits de ce mémoire ^; mais je pQB assurer Sa Majesté que je fiis surpris du succès qu'ont eu icy les soins du chevalier de Lhâry et que je vis avec grande joye toutes les manœuvres dudit mémoire faites sans eoufosion , avec un silence tel qu'on Tobserve parmy les troupes les mieux disciplinées et dans un ordre qui auroit satisfait Sa Majesté.
Ces commencemens me donnèrent encore plus d'envie que je n'en avois auparavant d'esleodre cet ordre , qui ne regardoit que les manœuvres qui se font à l'ancre , dans les ndes, à quelque chose de jdus utile, en faisant faire le mesme exercice dans toutes les iDanoBuvres qui se font sur le vaisseau dans une navigation ordinaire ;
Eq augmentant Texercice des soldats de toutes les évolutions et de tous les mouvemens qu'ils peuvent faire sur le vaisseau;
En formant un exercice réglé du canon et donnant les ordres nécessaires pour exercer et instruire, pendant le cours de cette campagne, les soldats et matelots de tous ces eiocices.
J'assemblay, pour cet effet, les officiers du vaisseau et je fonnay avec eux les noaveanx exercices dont j'envoye cy-joint des mémoires.
Le premier est pour les évolutions des soldats, à peu près conforme à ce qui s'observe dans Tinfanterie, hors quelques mouvemens particuliers nécessaires au vaisseau et confennes au terrain qu'ils occupent sur le pont et au service qu'ils doivent rendre.
Le second est Texercice du canon. Cet exercice est bon; il est nouveau et n'a jamais esté pratiqué dans la marine ; mon avis seroit de l'envoyer dans tous les ports pour le faire observer dans les écoles establies pour le canon.
Le troisième est pom* lever l'ancre et appareiller;
Le quatrième pour virer vent devant*.
J'ay obeervé, autant qu'il m'a esté possible, de bannir de cet exercice les mots barkares de la marine, mais il y en a de certains qu'on ne sçauroit éviter, et dans lesqueb
^ Le marquis de Seignelay a ajouté en * On trouvera aux Archives de la Marine,
BMilge de aa lettre : «Les corrections sont à dans le même manoacrit {Colberi et Seigne-
c<M(é du mémoire, dont j'envoye cy-joint la 2ajf), ces deux derniers mémoires joints à la
«TMe.» lettre.
il faut nécessairement nommer les manœuvres dont les noms sont peu connus de ceux qui n*ont pas navigué ^
Si j'avois eu plus de temps, j'aurois fait Texercice de la manœuvre du mouillage et celuy de prendre vent arrière; celuy de mettre à la cape, c'est-à-dire naviguer avec la grande voile seule lorsqu'on est chargé d un gros temps; celuy de prendre toutes voOes hors; celuy de prendre les ris, c'est-à-dire de diminuer les voiles des huniers lorsque le vent est si fort qu'il y auroit à craindre de démaster si on les laissoit plus estendues.
Enfin, j'aurois fait le mémoire de toutes les manœuvres des vaisseaux en temps de navigation ordinaire, de tempeste et de combat; mais le chevalier de Lhéry, qui est capable, qui a fort bien réussy à ce qu'il a entrepris, qui est appliqué et qui a vu ma pensée dans le travail que nous avons fait avec les officiers, y travaillera pendant le reste de la campagne, et j'espère qu'il parviendra à la perfection, qu'il est impossible d'avoir atteint depuis le temps qu'il a exercé son équipage.
Je suis obligé de représenter qu'il a si bien réussy dans ce qui r^rde ce vaisseau , qu'ayant fait d'ailleurs de la dépense, croyant avoir l'honneur d'estre vu du Roy, il me paroistroit nécessaire, pour l'encourager et pour donner aux autres de l'émulation, de luy accorder quelque gratification.
Le sieur d'Euryson, premier enseigne, a si bien fait son devoir et luy a si bien aydé dans ce qui regarde le soin de son équipage , que je serois d'avis de le faire lieutenant, estant d'ailleurs des plus anciens enseignes et des plus appliqués.
J'ay cru qu'il esloit du service du roy de faire donner une gratification eux matelots et soldats de ce vaisseau , et j'ay donné l'ordre de doAner 3oo livres aux deux cents matelots , 3oo livres aux cent soldats et soo livres aux principaux officiers mariniers.
Pour parvenir à Testablissement de l'ordre dans la manœuvre des vaisseaux et pour donner au Roy la satisfaction de voir, Tannée prochaine, quatre ou trois de ses vaisseaux faisant l'exercice de toutes les manœuvres, mon avis seroit de tenir cet hyver trois ou quatre vaisseaux armés et de former leurs équipages des meilleurs matelots et soldats des vaisseaux qui désarmeront.
Je proposerois pour cela le chevalier de Lhéry, le chevalier de Tourville, Langeron, le marquis d'Amfreville , Montreuil ', le chevalier de Goëtlogon. Voilà ceux que je crois les plus appliqués et les plus capables de réussir. Les trois premiers sont ceux que je crois devoir estre choisis par préférence s'il n'y a que trois vaisseaux armés.
(Arcb. de la Mar. Mt». orisinauz, Colbert et Srignelay, pièce sans numéro.)
( Minale autographe '. )
Rocheforl, gmay 1680.
J'ay trouvé, k mon arrivée icy, M. le comte d'Estrées party seulement depuis huit jours, ayant esté retenu dans les rades par les grands coups de vent qu'il a fait pendant le mois dernier.
' VoirManVitf,piècen''583,p. aai,nole3. chef d'escadre en 1703. Mort le a& juil-
' Jacques Godot de Montreuil-Gertanviile, let 1707. comte de SebeviUe, enseigne de vaisseau en ^ Au dos de celle pièce Golberl a écrit :
1669, lieutenant en 1673, capitaine en 167.5, p Celte dépesche est très-bonne. En estnWis-
VOYAGE A ROGHEFORT. 377
Le chevalier de Nesmond ^ est de retour des isles de TAmërique, ou il estoit resté rannée dernière sous le commandement du comte de Sourdis, qui est pareillement resté à Brest Le vaisseau le Faucon, que ledit chevdier de Nesmond commandoit, a esté désarmé, son équipage congédié, et le devis de ce qui est à feire pour son radoub fait à l'ordmaire; on y travaillera incessamment.
J'ay commencé icy, aussytost après mon arrivée, par la visite des magasins. J'ay troavé le magasin général en bon estât, et toutes les marchandises bien rangées; mais eomme Vostre Majesté a diminué considérablement, pendant les années dernières, les fimdB qui avoient accoustumé d*estre faits pour les achats, et que les grands armemens (foi avoient esté faits pendant la guerre avoient fort épuisé les magasins, ils ne sont pas aossy bien fournis qu*il seroit à souhaiter.
Vostre Majesté avoit résolu, à la fin de 1678 , de remplacer, en trois années, toutes les marchandises nécessaires pour Tarmement des vaisseaux de ce port, suivant le mémoire qui en iiit envoyé; j'ay examiné les achats qui ont esté faits, et la table Cf "jointe fait conmoistre les fonds nécessaires pour satisfaire à tous ces achats; sm* quoy il plaira à Vostre Majesté d'observer que, bien que les fonds pour les achats de mai*dumdises ayent monté à i5o,ooo livres en 1678, à &oo,ooo livres en 1679, et à soo,ooo livres en 1680, il doit estre déduit , sur ces trois sommes, celle de i3ô,ooo liyrcB, consommée pour les armemens qui ont esté faits en ce port. Ainsy, il faut encore 985,000 livres de fonds pour satisfaire entièrement au mémoire envoyé en 1678, montant à 900,000 livres.
Je joins à cette lettre un nouvel inventaire des magasins que j'ay fait faire en ma pr^ence.
J'ay examiné la manière dont les registres sont tenus par le garde-magasin et par le contrôleur, et je les ay trouvés en assez bon ordre, à la réserve que ces livres n'estoient pas airestés assez souvent par Tintendant , et que , le contrôleur et garde-magasm enregistrant ensemble et de concert la recette et la dépense, le livre de Tun ne pouvoit pas servir de contrôle à laulre et n'estoit proprement qu'une copie.
J*ay eiaminé ce qui s observe en ce port pour Tadjudication des marchandises, et j'ay troavé que ce que Vostre Majesté a ordonné sur ce sujet est, à présent , ponctuellement exécuté.
Je me suis principalement appliqué à connoistre ce qui s'observe dans la réception des bois, masts et autres marchandises livrées dans les magasins pour les constructions et radoubs des vaisseaux de Vostre Majesté, et j'ay trouvé que ces marchandises sont reçues par le garde-magasin, en présence du conb^ieur et d'un commissaire, ce qui suffit pour les marchandises de peu de conséquence , mais non pas pour celles dans lesquelles consistent ta seureté et la diurée des vaisseaux de Vostre Majesté, telles que sont les bois, masts, chanvres et ancres qui doivent estre reçus en présence des officiers de port et des maistres charpentiers , maistres masteurs et autres. Je tiendray la main à ee que cela s'exécute ponctuellement à l'avenir. A r^ard de la qualité de ces principales marchandises : Les chanvres qui se fournissent en ce port se tirent de la province d'Auvergne, et
ont le mesme ordre dans tous les ports, il y Nesmond, lieutenant de vaisseau en 1669 , ca-
a lica d^espérer que noslre marine approchera pitaine en 1 667, chef d^escadre en 1 688 , lieu-
*l«la peffection.n tenant général en 1698. Mort à la Havane, le
* Le chevalier, depuis marquis André de 1 1 juin 1703.
ne sont reçus dans les magasins qu'après avoir fait ouvrir toutes les balles ei avoir rebute ce qui se ti*ouve de mauvaise quriitë.
Ces chanvres font beaucoup plus de déchet que ceux de Riga; mais, quand ils sont évadés et peignés avec grand soin , ils peuvent faire d'aussy bons cordages , et je puis assurer Vostre Majesté que celuy qui se fait dans ce port est le plus beau et le meilleur que j'aye encore vu , et qu'il n'y a rien h ajouter au soin avec lequel les cbaovrea sont
L'usage de goudronner le fil avant que de faire les câbles est estably icy depuis peu; et, par les expériences qui ont esté faites , on a trouvé que cette manière estoit beauooop plus seure et que les câbles duroient plus longtemps, parce que, lorsqu'ils estoient mis à l'estuve, il arrivoit très-souvent ou que le câble se brusloit par la trop grande chaleur, ou que la chaleur ne pénétrait pas jusqu'au cœur pour en chasser l'haniidité qui faîsoit ensuite pourrir le câble en peu de temps ^ ; «nsy on ne se sert à préseul de Testuve que pour les menus cordages*.
A l'égard des bois, tons ceux qui ont esté fournis depuis trois ans sont les meillenvs et les plus sains qu'on ayt encore employés dans les constructioDs, ainsy que m coi assuré les maistres charpentiers qui travaflient icy depuis quinze ans; on en trouve mesme une asses grande quantité de toute sorte d'édiantillons dans les provinces voisines, ainsy que Vostre Majesté pourra voir par le mémoire cy-joint; et il paroiat, par la visite que j'ay fait faire de toutes les forests desqudles on peut Urer des bois propres pour la marine, qu'on en trouvera aysément pendant un grand nombre d'années.
J'ay esté informé que les propriétaires de quelques bois qui sont autour de Blaye, et desquels on peut tirer une grande quantité de courbes, qui sont les pièces les plus difficiles à trouver, conpoient leurs bois pour en faire des busches. J'ay donné ordre au sieur Demuin d'y aller, dans le commencement du mois prochain, pour faire marché avee tous les particuliers qui n'ont pas voulu traiter avec les adjudicataires, par la crainte qu'ils ont eue de n'estre pas payés.
Les voitures de ces bois se sont faites " jusqu'à présent par les paysans voisins des forests dans lesquelles ils estoient coupés, et, quoyqu'ils fussent bien payés, ils n y venoient pas de leur bon gré, et il falloit que les intendans donnassent des ordonnaBces pour les y obliger. Comme je sçais que Vostre Majesté n'approuve pas qu'on se serve de ces e]^dieii8, j'ay fait faire une légère avance aux adjudicataires pour acheter les bcsn& et chevaux nécessaires pour les voitures des bois qu'ils doivent fournir, sans avoir recours aux paysans.
Je n'ay pas trouvé les bois rangés dans l'ordre prescrit par les règlemens, et, qaoyqu'on m'ayt donné pour raison du désordre de ces bois qu'il y avoit peu de temps qu'ils estoient arrivés et qu'on les consommoit à mesure pour les radoubs et les constructioiia, il est certain que l'intendant et les officiers du port n'ont pas eu le soin qu'ils dévoient avoir sur ce point, et, pour leur apprendre comment ces bois dévoient estre rangés à l'avenir, j'en ay fait faire des piles devant moy , distinguées par les difTérens échantS- Ions, et j'ay fait couvrir le dessus pour empescher le mauvais effet de l'ardeur du soleil *.
A r^anl des bordages et des bois droits , je les ay trouvés bien rangés et à couvert sous les halles qui ont esté faites depuis peu.
Il est certain qu'on ne peut pas observer dans ce port la mesme chose que dans les autres pour conserver les bois sous l'eau, parce que les marées amènent dans cette
^ Voir Marine, pièce n" 56 1.
riTMre une si grande quantité de vase qa*eHe couvriroit les bois en peu de jours, et qa'il seroit ensuite très-difficile de les tirer lorsqu'on en auroit besoin pour les cons^ tractions.
Les masts dont on se sert dans ce pori sont tires de trois endroits : du Nord, des Pyrénées et d'Auvergne, et j'ay fiiit faire encore une nouvelle épreuve de chaque sorte de ces masts pour en connoistre la différence et juger si on peut continuer à se servir de ceax qu'on tire du royaume.
Les masts du Nord sont de deux sortes : ceux de Gothembourg et ceux qui vieiment des autres endroits du Nord. Les premiers sont constamment meilleurs que ceux des Pyrénées , et , estant plus remplis d'humeur, ils durent plus longtemps sans se dessécher ; mais ceux des Pyrénées sont aussy bons que les autres masts du Nord et peuvent aussy Qtilenient servir sur les vaisseaux de Vostre Majesté.
A l'égard de ceux d'Auvergne, ils sont d'une très-mauvaise qualité, secs, sans humeur, et ils se pourrissent infailliblement dans le cœur en moins d'une année, en sorte qu'il a esté fort à propos de discontinuer, comme on a fait, la voiture des masts de cette province.
On observe à présent de marquer sur un registre et par des lettres qui s'impriment sur le corps du mast l'année et le lieu d'où il est tiré, en sorte qu'on pourra connoistre encore plus certainement dans la suite la différence de la durée des masts du Nord et de ceux du royaume'.
On a grand soin de tenir sous l'eau tons ceux qui sont dans ce port, et la fosse qui est an bas de la rivière, au lieu appelé SahU-Nazaire, est remplie de i,383 masts trèabeaux et qui se consovent dans ce Keu plusieurs années sans se gaster.
La fonderie de ce port est k présent entre les mains des nommés Landouiflette frères, bont bien rénssy dans les dernières fontes qu'ils ont faites, tant pour la bonté que pour la façon des pièces, ainsy qu'il paroist par les épreuves qui ont esté faites en présence de M. le comte d'Estrées et de tous les officiers généraux, et par celles que j'ay fait faire depuis que je suis icy et dont le procès-verbal n'a pu encore estre achevé.
Les cent pièces de canon dont Vostre Majesté a ordonné la fonte pendant le cours de cette année seront achevées dans la fin du mois de juin.
Les officiers sont persuadés que les canons de trente-six et de vingt-quatre, qui ne doivent avoir que neuf pieds de long suivant le règlement, sont trop coorts, parce que, estant rais ordinairement dans les batteries basses des vaisseaux du premier rang, l'épaisseur du bois empescbe que la bouche du can€m ne puisse assez sortir du vaisseau, en sorte qu'il est arrivé quelquefois que le feu de la poudre est rentré entre deux ponts, ce qui ponrroit causer des accidens très-faseheux'. Mais, comme cet article est in^rtamt, je suis d'avis, avant de le réformer, de consulter le sieur Du Quesne et tous les antres officiers ^
Les canons de fer de Périgord et d'Angoumois qui ont esté éprouvés en ma présence sont assurément plus légers et meilleurs que ceux de Suède , et il est fort avantageux que cette manufacture puisse en fournir toute la quantité nécessaire dans ce port et dans les autres ports de Ponant.
Les mousquets qui ont esté jusqu'à présent fournis des nùmufactures de Nivemois sont bons et bien faits; mais il est très -certain qu'ayant le poids' de onze livres et demie et douze livres, ils sont trop pesans pour estre aysément maniés par les soldats sur le vaisseau , et je crois très-nécessaire de les réduire h neuf ou neuf livres et demie an phis, suivant l'avis de tous les officiers qui ont esté consultés sur ce sujet.
J*ay visite avec soin tous les vaisseaux du port pour pouvoir rendre compta à Vosbv Majesté de Testât auquel ils sont, tant pour les radoubs que pour la manière dont ils sont conservés.
On a suivy dans les radoubs les devis dressés par le conseil de construction, lors de ta visite que je fis par ordre de Vostre Majesté à la fin de Tannée dernière, et j*ay CEiit encore une nouvelle visite depuis que je suis îcy avec les officiers de porl et les maistres charpentiers, qui ont' estimé néce^aire de faire à ces vaisseaux ce qui est contenu dans le mémoire cy-joint.
Comme il est très-certain que le défaut de liaison des principaux membres des vaisseaux a contribué au dernier malheur arrivé à ceux qui ont fait naufrage', j'ay assemblé tous les officiers pour examiner avec eux les moyens de fortifier ces liaisons à TaveDir, et Vostre Majesté verra, par le résultat du conseil de construction cy-joint, plusieurs expédions nouveaux proposés par le chevalier de Tourville et par le diarpentier napolitain qu'il a amené icy, qui paroissent très-utiles et qui ont esté fort approuvés par les charpentiers et officiers de ce port.
Je les ay assemblés de nouveau pour examiner les différentes propositions, faites par M. du Quesne et par les officiers des autres ports , pour establir des règles certaines pour les constructions à Tavenir. Comme cette matière est d'une grande estendue et qu'il faut examiner une infinité d'opinions différentes et difficiles à concilier, je oontinueray à y travailler pendant le reste de mon séjour icy, et je tascheray de tenniner cette matière qu'on examine depuis longtemps. Cependant on va mettre icy un vaisseau du troisième rang sur les chantiers, ainsy que Vostre Majesté l'a ordonné, dans lequd seront observées les proportions du vaisseau VOrgueiïl/âiXy qui est le plus parfait de tous les vaisseaux de ce port, en corrigeant les défauts dont tous les charpentiers et officiers sont convenus, et l'on essayera dans la construction de ce vaisseau de meUre en pratique les règles de géométrie que le charpentier napolitain prétend avoir trouvées , et qui serviroient très-utilement à establir une manière certaine et invariable de bastir les vaisseaux de Vostre Majesté^.
J'ay trouvé icy deux vaisseaux neufs dont l'un, nommé le Courageux, a esté mis à Feau depuis peu, et l'autre, appelé h Grand, est encore sur les chantiers et ne peut esfre finy de deux mois. Ces deux vaisseaux paroissent beaux et bien bastis; et cduy qui est encore sur les chantiers nous a servy à examiner les proportions de chaque pièce, Tune après l'autre, et les différentes propositions pour fortifier les liaisons des vaisseaux.
J'ay trouvé pareillement sur les chantiers la frégate qui doit estre bastie devant Vostre Majesté, lorsqu'elle viendra dans ce port, et dont les pièces seront conservées pour cet effet. J'ay examiné avec les officiers tout ce qu'il faut observer pour bastir cette fir^ate avec diligence, et j'espère qu'on pourra y parvenir en un jour d'une manière différente de celle qui s'est pratiquée à Toulon, puisqu'il ne paroistra aucunes pièces dans l'endroit où elle sera construite, lorsque l'on commencera de la bastir.
J'ay visité le vaisseau h Content qui avoit échoué dans la rivière de Morbihan *, et j'espère que, quoyque ce vaisseau soit fort endommagé par cet accident, on le mettra en estât de servir comme il auroit pu faire auparavant.
La manière dont se tiennent les rAles des journaliers, tant pour les constructions que pour les radoubs, est exacte, et il est difficile qu'on puisse estre trompé en observant avec soin l'ordre estably.
' Voir Marine, pièce n" 546 et pièces suivantes. — * Voir Marine , pièce n' 5/i8 pI note.
Les oavriers entrent le matin par la porte de l'arsenal au son de la cloche et sont marqués sur un rôle par récrivain préposé à chaque atelier, qui les appelle deux fois par jour à des heures différentes, et qui fait un rôle à la fin de quinzaine dans lequel il employé le nom , surnom et profession de chaque ouvrier, le nombre de journées et œ qu'il doit gagner par jour; et ee rôle est examiné par le contrôleur sur ceiuy qui a esté tenu pendant la quinzaine t>ar un de ses commis pour servir de contrôle h celuy de récrivain , et quand ces deux Mies se trouvent conformes, ils sont payés par le commis du trésorier sur le certificat et en présence du contrôleur.
J'ay trouvé la garde establie dans ce port suivant les derniers ordres que Vostre Majesté en a donn^ , h la réserve que les officiers ne demeuroient en garde que la nuit et qu'il arrivoit mesme souvent qu'ils venoient souper k Rochefort après qu'elle avoit esté montée. Tay expliqué au chevalier de Tourville, qui commande dans ce port, les intentions de Vostre Majesté sur l'exactitude avec laquelle cette garde doit estre faite, et il ne manquera pas d'y tenir la main.
J'ay fait la revue et examiné les services de tous les soldats entretenus comme gardiens dans ee port, et sur le nombre de quatre-vingts, j'en ay trouvé vingt-neuf de rebut, qui seront incessamment remplacés.
Je crois que, pour rendre utile la dépense que Vostre Majesté fait pour l'entretien de ses soldats, il faut que les cent cinquante qui servent ordinairement sur les vaisseaux de ee port soyent composés de trente sergens , cinquante caporaux et soixante-dix des meilleurs soldats, afin qu'on puisse facilement tirer de ce nombre toutes les testes des compagnies des vaisseaux qui seront armés.
J'ay fortement expliqué à tous les officiers qui sont dans ce port que Vostre Majesté proportionneroit ses grâces et leur avancement à l'application qu'ils apporteront à tout ce qui peut estre de leur fonction, et Vostre Majesté pourra connoistre par les listes cy-jointes les différentes qualités desdits officiers, dont je me suis informé par le rapport de l'intendant, du chevalier de Tourville et des principaux capitaines qui sont icy. J'auray un grand soin à l'avenir de m'informer continuellement de l'application de chacun d*eux, estant très-important de ne proposer à Vostre Majesté que ceux qui fervent d'exemple aux autres par leur application.
J'ay fait tenir devant moy l'école d'hydrographie , qui sert utilement à empescËer l'oisiveté parmi les officiers et à leur apprendre des choses qu'ils doivent nécessairement sçavoir, et celny qui les enseigne fait assez bien son devoir. Gomme il ne faisoit qu'une mesme leçon pour tous les officiers, et qu'il y en a plusieurs qui naviguent depuis long^ temps et qui sçavent desjà les principes qu'il est nécessaire d'apprendre à ceux qui sont plus jeunes et plus nouveaux, il en fera deux à l'avenir, la première pour les lieutenans et les anciens enseignes, et la deuxième pour les nouveaux enseignes et pour les gardes de la marine, dans lesquelles il traitera des malièi-es proportionnées à leur capacité.
J'ay pareillement assisté à l'exercice du canon, et Vostre Majesté pourra connoistre, par le mémoire cy-joint, l'ordre qui y est observé, à quoy je n'estime pas qu'il y ayt rien à changer.
A r^rd des officiers de port, je les ay examinés avec d'autant plus de soin qu'il y en a dont la conduite m'est suspecte et d'autres que je ne crois pas capables de l'employ qu'ils occupent; j'ay marqué dans la liste cy-jointe ce que j'ay pu connoistre de leurs bonnes et mauvaises qualités , sur quoy je proposeray à Vostre Majesté , lors de mon retour, les changemens que j'estime nécessaires pour son service.
J'ay choisy les écrivains les plus capables pour leur donner des brevets , ainsy que
Vostre Majesté Ta rësolu , et j'ay marqué à costé ceux que j ay estimés devoir estre conservés dans leur employ.
J'ay visité les magasins du munitionnaire, que j'ay trouvés assez bien pourvus àm denrées nécessaires pour la fourniture des vaisseaux de Vostre Majesté; ia grandeur et la magniGcence des magasins conviennent au grand nombre de vaisseaux qui estoient autrefois dans ce port et qui sont passés en Levant pendant ia dernière guerre.
On apporte une fort grande exactitude dans la réception des vivres, pour empescher qu'il n*en soit fourny que de bonne qualité, et l'exemple qui a esté donné par la mort d'un meunier, qui avoit fourny de meschante farine et qui a esté pendu depub dix jours, àRochefort, empeschera que pareil désordre n'arrive à l'avenir.
n est nécessaire d'informer Vostre Majesté, sur le sujet de ce meunier, que le sieur de Demmn ayant esté commis pour luy faire son procès et è ses complices, tant pour ce qui regarde les farines que pour exposition de fausse monnoye, dont il est accusé, a trouvé, dans la suite du procès, des preuves presque certaines contre un gentilhomme voisin de ce lieu , appdé Debors , qui fabrique actudlement chez luy de la fausse monooye, ainsy qu'il paroist par le testament de mort de ce meunier, que j'envoye; il demande si c'est l'intention de Vostre Majesté qu'il poursuive cette affaire K
Vostre Majesté sera informée, par le méôioire cy-joint, de Testât des fonds remis dans ce port pendant les quatre premiers mois de cette année, et je crois que, pour satisfaire aux ordres qui ont esté donnés, il faudra un supplément de 100,000 livres, à quoy j'espère qu'on pourra satisfaire sans demander de nouveaux fonds à Vostre Majesté.
Le commis du trésorier qui est icy fait bien son devoir, et ses affaires sont en bon ordre.
Par la vbite que j'ay faite de tous les bastimens de terre qui sont dans ce port, j'ay cimnu qu'il y a suffisamment de magasins pour toutes les marchandises et munitions nécessaires k tous les vaisseaux de Vostre Majesté, et les principaux bastimens qui restent à faire à l'avenir consistent principalement en la continuation des quais, sur le bord de la rivière, qui sont d'autant plus nécessaires qu'il est presque impossible de marcher l'hyver dans ce port, ce qui rend le service plus difficile et plus lent; et cela arrive mesme quand les pluies ont un peu détrempé la terre , qui est fort bourbeuse en ce pays.
Il faut aussy faire quelques hangars pour la conservation des bois, des fiistailles et des affusls de canon.
Achever les casernes commencées , tant pour le logement des principaux officiers que pour celuy des officiers mariniers entretenus en ce port.
Faire un hospital, suivant ce que Vostre Majesté a desjà ordonné plusieurs fois, ce qui se pourra faire sans grande dépense , en se servant pour cela d'un fort gros pavillon basty depuis deux ans pour servir de magasin et de logement aux officiers du munitionnaire, qui ont d'ailleurs tout ce qui est nécessaire pour placer les denrées dont ils ont besoin ; mais j'estime à propos de faire faire un dessin des accompagnemens nécessaires h cet hospital par un architecte qu'on pourra faire venir de Paris.
Il n'y a présentement qu'une très-petite chapelle, qui sert de paroisse à tous les habitans de Rochefort, qui montent à 9,000 pei*sonnes, suivant le dénooobrement qui en a esté fait. Vostre Majesté ordonnera s'il luy plaist de faire quelque dépense pour une ^ise qui paroist estre nécessaire.
Le grand nombre d'habitens n'attire pas icy un fort grand commerce, la plupart
[ gens de métier, matelots ou paysans, qui sont venus s'y estaUir pour jouir des exemptions que Vostre Majeslé y a aeeordées; mais le commerce de la RocheUe s'augmente considërabiement, et Vostre Majesté verra, par les mémoires cy-j<mits, que j ay Mt tirer des greffes de Tamirauté de ladite ville , que les vaisseaux appartenant aux hiabitans montent, à présent, au nombre de yS , au lieu de /is qu'ils avoient il y a dix ans.
J ay fait rendre compte à tous les commissaires qui ont soin de Tenrôlement des matelots de Testât de leur département, et je trouve que le nombre en a augmenté dq>uis iman considérablement, puisque, au lieu de 7,600, il y en a présentement, suivant lesrAles dont fextrait est cy-joint, 8,3 60.
Geluy qui a soin des cosles de Saintonge est babile et appliqué, et il engage tous les ans un bon nombre de jeunes gens au métier de la mer, ce qui pourra augmenter eooBÎdérabiement dans la suite le nombre de ces matelots, qui sont les meilleurs du royaume.
Les ordonnances et règiemens que Vostre Majesté a faits sur ce sujet sont exaetement ohaenrés en Poitou et en Saintonge. Mais il faut encore travailler à estaUir plus d'obéisnnee en Guyemie, parce que les matelots de cette province , qui ont aceoustumé de naliguer sur 1^ rivières, ne viennent pas volontiers sur les vaisseaux de Vostre Majesté.
n seroit très-important d'establir l'eDrAlonent parmy les Rasques, dans le gouverne^ ment de Rayonne. Vostre Majesté se souvint qu'ils pensèrent tuer tea M. le comte de Goiehe, lorsqu'on voulut faire cet establissement parmy eux. Mais à présent, que les troupes qui y sont les rendroi^t plus sages, peut-estre qu'on pourroit profiter de ce temps; on enrMeroit au moins 5,ooo matelots dans ledit pays^.
ÏÊj fait venir icy les syndics des paroisses qui jouissent de l'abonnement, et j'ay examiné avec eux le nomlx^ de matdots de chacune de leurs paroisses et les diligences qu'ils ont faites pour satisSeure à ce qui leur a esté expliqué, depuis trois ans, des inteatioDs de Vostre Majesté. Il n'y en a presque aucune qui ayt encore augmenté le oomlMe des matdots et qui se soit mise en estât d'en fournir dix pour chaque 100 livres de taîHe. Je leur ay fortement expliqué que ceux qui n'auroient pas satisfait seroient mis à h taiBe à la première imposition , et je crois très-nécessaire de faire un exemple contre qoeiqiies-iiDes des paroisses qui seroient le plus en estât de satisfaire aux ordres qu'elles ont reçus, et de transporter la grâce dont elles jouissent à quelques-unes des paroisses voisiDes qui foumiroient le plus grand nombre de matelots.
J'ay examiné avec M. l'évesque de Saintes ce qui peut contribuer à la conversion des matelots de cette province, et ce qui regarde les aumosniers à estabiir sur les vaisseaux.
Pour le premier point, l'argent que Vostre Majesté a eu la bonté de luy donner a servy très-utilement aux missions qu'il a fait faire; il supplie Vostre Majesté d'ordonner à M. Pdiisson de luy faire remettre les 3, 000 livres que Vostre Majesté luy a accordées sur les économats.
Le nombre de ceux qui se convertissent icy est très-grand et il est arrivé fort souvent de rendre catholiques des familles entières pour une pistole. Il y en a eu dix depuis que je suis icy qui ont abjuré l'hérésie et qui ont attendu pour cela mon arrivée, espérant que cela leur pourroit procurer quelque avantage.
Trois gentilshonunes de bonne maison , et qui ont desjà servy quelques campagnes sur les vaisseaux de Vostre Majesté, se sont convertis dans l'espérance d'estre reçus dans les gardes de la marine; je crois qu'il seroit de la bonté de Vostre Majesté de leur accorder cette grâce \
Ce que j*ay dit aux officiera hugpuenots de la part de Vostre Majesté Ceiit tout le bon effet qu on en peut attendre ; ils sont bien persuades que, s ils ne diangent» Vostre Majesté les congédiera, et j'espère que cette crainte produira plusieurs conversions*.
Je joins à cette lettre la liste de ceux qui se sont convertis à Rochefort depuis TanDée dernière, qui sont au nombre de isa;
La liste des officiera de la religion prétendue réformée qui servent en ce port.
M. de Saintes a choisy pour travailler à leur convereion un nommé Rossel, ministre converty, et fort estimé dans leur religion; mais, comme la plupart se feroient un honneur de ne point venir aux conférences qu'il fera sur les principaux points dans lesquels ils diffèrent des catholiques, j'estime nécessaire de les obliger à assister à ces conférences, en leur disant que Vostre Majesté commencera à oster de la marine ceux qui par leur mauvaise volonté n^ligeront les moyens qu elle vent bien leur donner pour connoistre Terreur dans laquelle ils sont engagés.
Je me suis informé des ministres des églises voisines et j'en ay fait dresser une liste cy-jointe; on espère qu'on pourra convertir ceux marqués d'une croix, et M. de Saintes et le sieur de Demuin travailleront autant qu*il sera possible à convertir les autres.
A r^ard des aumomiera, on observe à présent, autant qu'il est possible, de n'en admettre aucun sur les vaisseaux qui ne soit reconnu de bonnes mœura. Et si Vostre Majesté ne vodoit pas faire la dépense d'un establissement entier icy pour mettre entre les mains des pères de la Mission ou autres le soin de ces aumosniero, on pourrait se servir de l'expédient proposé par le provincial des Jésuites de Guyenne.
Ils ont une petite maison à Marennes, où il y avoit autrefois plusieure Jésuites, fondés sur un certain nombre de tonneaux de sel dont ils jouissoient; la diminution extraordinaire du prix du sel les a obligés d'abandonner presque entièrement cette maison, et il n'y demeure ordinairement que deux ou ti*ois Jésuites au plus.
Ils proposent de se charger de fournir des aumosniera aux vaisseaux si Vostra Majesté veut bien leur donner de quoy entretenir jusqu'à 1 5 ou ao Jésuites dans la maison de Marennes , les logemens estant sufiisans pour les contenir. Ce qui se pourrait faire en unissant une petite prairie proche d'un lieu appelé SattU-Vivien, de 1,800 livres de revenu , ou en leur donnant une pension qui serait employée sur les estats de la marine.