‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 97 sur 258 · VICE-ROY D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

VICE-ROY D'AMÉRIQUE

De. . . 91 septembre 1669.

Je vous écrivis, il y a quelque temps, sur ce qui avoit esté proposé de Yostre part à mon secrétaire par le sieur de Goulome touchant Testât auquel est à présent Tisle de la Martinique^, laquelle, à ce que Ton prétend, est fort mal gouvernée par le sieur de Vaudroques^, frère du feu siear Du Parquet^, qui en avoit acquis la propriété et auquel le gouvernement en avoit esté confié par le Roy. Ledit sieur de Vaudroques, qui a esté élu tuteur des enfans de son frère, et à qui, à la sollicitation de feu M. de Miromesnil% il a esté expédié une commission pour commander en la mesme isle jusqu'à ce que Sa Majesté eust fait choix d'un gouverneur pour y envoyer, est, à ce que l'on nous a fait entendre, un homme incapable de se conduire luy-mesme et, par conséquent, de régir les peuples de ce pays-là; s'estant associé les plus débauchés et ceux qui se sont abandonnés à toutes sortes de violences, de façon que, non-seulement la discipline militaire n'y est plus observée ni la justice administrée, mais que le conunerce y est entièrement abattu.

Le remède à cela seroit d'envoyer sur les lieux une personne de probité et d'expérience, qui s'appliquast particulièrement à faire fleurir le culte divin et les bonnes mœurs, qui tinst la main au reslablissement de la dis-

' Le comie d*Estrade6 avait éié appelë à ce porie en 1 66« , â la place èa marquis de Fea-

* PierreBeiaiUffiieurd^Esnambuc avait pris, au nom de la France , possession de la Martinique le t S septembre 1 635. -r~ (M. Pieire Margry a puUié réœmmant une intéressante et curieuse étude intitulée : BMn d'Emambue et l$s NormaniiauxAnUQu. G*est te commencement d*uu inpoptant ouvrage que Tauteur prépare diaprés les aouroes méoies, et qui aura pour titre : L«s 9ngmtifi'<mçai»e$ deêpayê d'outre-mer.)

' Adrien Dyel de Vaudroques, d^abord capitaine à Saint-Ghrifltopbe; son frère lui ayant laissé la tutelle de ses enfants, il revint

aux Antilles en i658 avec le titre de lieutenant général des tles et mourut à la Martintque, le s4 octobre 166a.

* Jacques Dyel Du Parquet, neveu de Belain d'Esnambuc, lui succéda comme gouverneur sénéchal pour la compagnie > en 1637. En i653, il prit le titre de général et devint seigneur et propriétaire de la Martinique, lorsque la compagnie formée par Richelieu abandonna son privilège. Mort le 9 janrier i658.

' Dyel de Miromesnil , maître des requêtes , puis conseiller d^étaL Mort le 7 juin 1669. — Sa sœur était la mère de Thomas Hue de Miromesnil, intendant de Ghâions.

cipiine militaire et du commerce, et qui, en procurant le soulagement des insulaires, fist toutes les fonctions d'un sage gouverneur; mais Ton oppose à cette pensée, qui sembleroit la meilleure, que, si on la soivoit maintenant, Ton commettroit l'autorité du roy, et que l'on exposeroit celuy dont Sa Majesté auroit fait choix à une insulte, parce que le sieur de Vaudroques ayant ses créatures en nombre dans l'isle , qui sont intéressées à le maintenir dans le commandement pour se conserver elles mesmes dans la liberté de leur vie licencieuse, il seroit à craindre que Ton n'eust pas pour les ordres du roy, en ces lieux éloignés, toute la déférence que l'on doit avoir,

G'estpourquoy le sieur de Goulome estimoitetassuroit mon secrétaire que c'estoit vostre avis qu'il falloit d'abord, pour ne pas altérer les esprits par un grand changement, donner le commandement à quatre des principaux habitans de la Martinique que vous désigneriez, lesquels, estant accrédités et se pouvant assurer du secours des gens de bien , feroient exécuter les volontés de Sa Majesté, remédieroient aux désordres présens et roettroient les affaires dans une autre forme. Du reste , la situation de cette islc estant fort avantageuse et ladite isle pouvant servir d'entrepost et mesme de place d'armes pour toutes celles qui sont habitées par les François en l'Amérique, à cause de la commodité de ses rades et de sa fertilité, il importe extrêmement de prendre une bonne et prompte résolution sur ce que l'on devra faire, et pour maintenir l'autorité du roy, et pour en empescher le dépeuplement, m'ayant esté confirmé qu'il est sorty plus de mille âmes depuis que le sieur de Vaudroques y a esté reconnu.

Gomme vostre relation et vos sentimens seront d'un grand poids pour les mesures que l'on pourra suivre sur cela, je vous supplie très-humblement, Monsieur, de me mander si la connoissance que vous avez de Testât de cette isle se rapporte à celle que l'on m'en a donnée; si, les choses estant en la mesme disposition qu'on me l'a fait entendre, vous estimez que l'on doive suivre les mesmes mesures pour y remédier; et particulièrement, si vous croyez que l'on puisse exécuter avant la fin de cette année ce que l'on aura résolu, à cause que, la saison estant desjà fort avancée et la mer fort grosse dans les commencemens de l'hyver, il n'y a guère de vaisseaux marchands qui se hasardent au passage, et que d'ailleurs il n'y a point d'apparence d'y envoyer de ceux du roy, par les raisons que je viens de vous expliquer. Enfin, je vous conjure de me faire une ample réponse.

( Arcli. (1« la Mar. Becufil de divertei lettm, fol. tO().)

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