Lettres, instructions et mémoires de Colbert
Parmi les ministres dont le nom répand le pins vif éclat dans les annales de l'ancienne monarchie, figure an premier rang Jean-Baptiste Colberl, qui eut à la fois dans ses attributions les finances, la marine, l'industrie et le commerce, les lettres et les arts, les travaux publics, les fortifications, et qui prit de plus une part considérable au travail préparatoire et à la rédaction des grandes ordonnances sur la procédure civile, le commerce, les eaux et forêts, auxquelles le règne de Louis XIV doit sa plus pure gloire.
Depuis quelques années, l'administration de Colbert a été F objet d'études sérieuses; mais, jusqu'à présenl , sa
correspondance personnelle, ses mémoires sur les grandes questions que chaque jour voyait éclore, ses belles instructions à ses agents et à son fils, qui lui succéda, non sans honneur, à la marine, n'ont pas été réunis en corps d'ouvrage. Disséminées dans diverses publications, ces pièces, dont quelques-unes, d'une certaine étendue, ont une véritable valeur historique, ne peuvent être que difficilement étudiées dans leur ensemble; d'ailleurs, la plus grande partie de la correspondance de Colbert est encore inédite et dispersée, soit dans les nombreux dépôts littéraires de Paris, soit dans les archives des ministères de la marine, de la guerre, des travaux publics et des affaires étrangères.
M. Pierre Clément, membre de l'Institut, dont les ouvrages sur Colbert et sur le Gouvernement de Louis \I\ ont été couronnés par l'Académie française et par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, m'a semblé être particulièrement en mesure de réunir et de publier la correspondance choisie, les mémoires et les instructions de Colbert, depuis i65o, où il fut attaché au cardinal Mazarin, jusqu'en iG83, époque de sa mort.
line pareille publication, Sire, faite sous les auspices de Votre Majesté, ne serait pas seulement un juste hommage rendu à l'Administration française dans la personne d'un de ses plus illustres représentants; elle aurait aussi, au double point de vue historique et administratif, une utilité incontestable. Elle ne pourrait enfin, sous tous les rapports, qu'honorer le Gouvernement qui l'aurait ordonnée.
Frappé de ces considérations, et connaissant la haute» importance que l'Empereur attache à ce que toutes les
gloires de la France reçoivent le tribut ([admiration qui leur est dû, j'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté de vouloir bien décider que la publication des lettres, mémoires et instructions de Colbert aura lieu par les soins de M. Pierre Clément, aux frais de l'État.
Sire, la ville qui fut le berceau du grand ministre de Louis XFV poursuit le projet de lui ériger une staftie dans ses murs. Ne serait-ce pas une heureuse idée que de reconstruire en même temps et d'élever à la mémoire de Colbert h» véritable monument do sa gloire?
4e suis avec le plus profond respect,
Sire, De Votre Majesté,
Lo très-humble et très-o baissant serviteur et fidèle sujet .
Le Ministre Secrétaire d'Étal au département des finances,