MÉMOIRE A LA REINE
(Minute «»togr.phe.)
8 novembre t65i.
La Reyne aura, s'il luy plaist, la bonté de recommander fortement à M. de La Vieuville le dégagement de six tentures de tapisserie, au nombre desquelles est le Grand Scipion, que Son Éminence engagea pour 900,000 livres, en 1668, qui furent envoyées en Italie, pour la subsistance de l'armée de Modène.
L'engagement a este fait par M. Hervart à M. de Relingues, beau-frère de M. de Laigues. Celuy-cy a présentement lesdites tapisseries en sa possession, et prétend qu'elles sont vendues; en sorte qu'il n'y aura plus de remède, si on ne les retire promptement. On pourrait traiter pour cela aver ledit Hervart, en luy donnant partie argent comptant, partie assignations: il offre de s'obliger envers ledit sieur Relingues et de les délivrer par ce moyen.
La Reyne aura la bonté , s'il luy plaist , de faire dire , de sa part , à madame de Chevreuse qu'elle désire qu'elle fasse en sorte que M. de Chevreuse ne s'oppose point à la nomination d'un syndic par les créanciers de M. le Cardinal , à cause des pensions qui sont dues à mondit sieur de Chevreuse sur les abbayes de Corbie et d'Ourcamp1.
L'abbaye de Saint-Michel-en-l'Herm2 appartient présentement à M. le Cardinal ; elle a le quart de son revenu dans le Poitou , et les trois autres quarts dans l'isle de Ré. Elle a toujours esté affermée 38 à 99,000 livres; et à présent, par bail judiciaire fait au parlement, à 96,5oo livres seulement.
Par arrest du parlement de 1 649 , il a esté ordonné que , par provision, l'abbé donnerait aux moines 900 livres de pension, à chacun, pfer an.
Depuis ce temps, lesdites pensions ont toujours esté payées régulièrement à seize moines ou environ dont ladite abbaye est composée. Ce sont moines de fort mauvaise vie, et contre lesquels il y a des informations faites pour homicides, ports d'armes, concubinage public et autres actions d'un»* vie fort désordonnée.
Depuis l'éloignement de Son Eminence, ils l'ont traitée fort indignement par beaucoup d'actes de signification et de procédures judiciaires; mesme ont intenté procès au Grand Conseil, pour avoir le tiers du revenu de ladite
1 Commune de Saiiit-Clirislopho, arron- » Arrtndissemenl de Fonlenay-Je-Or*
de Soissons ( \«ne ). rantoti de Lnçon ( Vendée ).
AVEC M AZAMI.Y 163
abbaye; qu'un autre tiers fust employé en réparations, et l'autre tiers appartint à l'abbé seulement, qui, par ce moyen, trouverait son revenu réduit à 7 ou 8,000 livres au lieu de aa,ooo que luy a toujours valu cette abbaye. Pour empescher lesdits moines de parvenir à leur fin, il seroit nécessaire de se servir de la présence du Roy, soit en leur suscitant, par le moyen des troupes, quelque mauvais traitement, soit en faisant connoistre à la Reyne leur mauvaise vie et leur désordre, et l'induire à ordonner au lieutenant criminel de Fontenay-le-Comte de leur faire le procès sur les informations faites, ou d'informer de nouveau et de faire que le procureur du roy dudit Fontenay se plaignant de leur mauvaise vie, le juge donne décret de prise de corps, et les faire enlever ensuite; ou bien s'adresser premièrement à l'évesque de Luçon et poursuivre, par quelque manière que ce fust, de leur faire le procès. Ainsy, le meilleur expédient qu'il y a d'cmpescher ces moines de faire mal à Son Lminence est de leur faire du mal à euY-mesmes, par les voyes de la justice; mais surtout leur faire encore plus de peur, et par là les obliger à se désister de toutes le» poursuites qu'ils font.
(Bibl. Imp. Msa. Baluws , Papien im Armoirt$ , «L 363, fol. 8i.)
(Minute .olographe.)
Paris, 10 novembre i65i.
J'ay reçu vostre lettre à M. Hervart et luy ay fait ensuite la proposition que vous m'ordonnez pour retirer deux tentures de tapisserie sur le pied qu'elles pourroient estre vendues. Il me repartit qu'assurément cela ne réussiroit pas, parce que les deux tentures que vous voulez retirer estoient les mesmes pour lesquelles ces Messieurs faisoient jouer toutes ces machines, afin de les pouvoir partager entre eux. Je luy dis que, puisqu'il estoit assuré de leur dessein , c'estoit une chose sans remède ; et que , ayant le papier qu'ils avoient, signé de luy, quelque parole qu'ils luy eussent donnée d'attendre quelque temps , quand bien nous serions en estât de leur donner quelque argent, ils ne manqueroient pas de prétextes pour manquer à leur parole et pour s'approprier lesdites tapisseries , puisqu'ils en avoient tant envie; qu'ainsy, c'estoit à moy à chercher le moyen de les traverser dans ce dessein ; que je ne me pouvois pas empescher de luy dire qu'il avoit eu grand tort de signer cet acte sans m'en donner avis; et que, s'il l'eust fait, je luy aurais fait faire une réponse qui vous eust servy de
là) CORRESPONDANCE
litre pour convaincre ces gens-là de leurs usures et pour revendiquer vos tapisseries d'icy à plus de dix ans, et inesine sans intércsts; et que, pour me mettre en estât de vous faire rendre justice un jour, je le priois de me faire donner une copie de cet acte, de celuy d'engagement, au cas qu'il le pust trouver, et de faire une déclaration authentique de toute l'affaire, comme elle s'estoit passée; et qu'avec ces pièces j'avois des moyens assez seurs pour vous faire rendre justice, lorsque le Parlement auroit quitté le personnage de vos parties et qu'il auroit repris celuy de juge en vos affaires particulières, ce à quoy j'espérois, avec quelque fondement, pouvoir arriver dans peu de temps. Il me répondit qu'il feroit tout ce que je désirerais, mais qu'avant il falloit voir ce qu'opéreroient les lettres que nous avions écrites à la Reync, et qu'il estoit assuré que If. de Laigues ne luy manquerait point de parole, et qu'il avoit esté de nouveau la tirer de luy. Nous nous séparasmes ainsy. Je vous manderay tout ce qui arrivera sur celle affaire.
Je n'ay point «ncore de réponse de M. Jobard sur ce qu'il avoit négocie avec M. le chevalier de La Vieuville. C'est un grand malheur pour celle affaire que je ne puisse voir M. de La Vieuville, parce que , connoissant ledit sieur Hervart comme je le connois, je mesnagerois son esprit entre l'espérance et la crainte, en sorte que je suis bien trompé si je n'accominodois cette affaire.
L'on a écrit à la cour sur la charge de concierge de Fontainebleau , en conformité de vos sentimens; je vous feray sçavoir la réponse. De la manière que j ay toujours entendu parler de cette affaire-là , vous ne devez faire estât que de 100,000 livres; et si vous tenez aux 19,000 pistoles, j'appréhende fort que cette affaire venant à estre sçue du marquis d'Antin,qui en a parlé à toute la terre et qui en a mesme tiré parole de la Reyne, ne fasse faire quelque fascheux éclaircissement à M. de Damville, qui l'oblige à s'en dessaisir. J'ay fait connoistre cette appréhension à M. Ratabon, afin qu'il travaille de son costé, aussy bien que moy, à tenir lacho>e secrète.
Je vous ay mandé que vostre affaire des cuivres avoit esté faite par la personne qui croyoit conclure avec le Conseil une fabrique de monnove de cuivre , laquelle n'ayant point eu lieu , son marché a esté rompu. Par con: séquent, quelque diligence que j'aye pu faire depuis ce temps, je n'ay pu trouver que 33 livres icy et à Rouen; et ainsy, je crois qu'il faut attendre une occasion plus favorable. J'en ay écrit en Hollande; je vous ferav scavoir la réponse que j'en auray.
M. Ménardonu m'a dit qu'il a esté si fort confirmé, et par mes parole-
et par celles de la Reyne, dans la pensée qu'il a eue pour le contrôle, et que Messieurs les surintendans ont eu des ordres si précis de la faire réussir, qu'il a toujours cru pouvoir espérer qu'elle réussirait ; que mesme M. de La Vieuville luy en est venu donner des assurances chez luy ; mais qu'il commence à croire que les longueurs que l'on y a apportées jusqu'à présent finiront, puisque vous luy promettez si obligeamment de vous y employer, delà bonne manière. Certainement, il mérite que vous l'obligiez; mais prenez garde que l'affaire soit mesnagée de sorte que, si elle est en estai de pouvoir réussir, on luy en donne des assurances, et que l'on ne s'en déclare point que dans quelque temps d'icy, et jusqu'à ce que nous voyions re que deviendront vos affaires , parce que , si l'on se déclare , il deviendrait tout à fait inutile à vostrc service.
La réflexion que je fais sur cela est que vous estes réduit à ce point de malheur que l'on ne vous rend justice que par des motifs d'intérest; c'est ce qui me fait presque désespérer de pouvoir réussir dans ce que j'ay entrepris. Voicy une autre chose qui me confirme bien dans cette pensée : je vous envoyé la copie d'une lettre que je reçus hier de M. le Procureur Général1, qui m'a extraordinairement surpris, parce que je ne l'avois jamais entendu parler de cette sorte. Je ne vous puis dire autre chose sinon qu'il
faire sçavoir que je suis horriblement surpris de ce procédé et qu'il n'y a rien qui me puisse offenser si sensiblement que de traiter mon frère du commun , luy qui n'a point fait d'action du commun quand il s'est agy de son service, etdans sa disgrâce. Ce que je n'nyque faire d'exagérer, parce qu'il le sçait encore mieux que moy. Et à vous dire le vray, je ne trouve pas estrange qu'if ne me considère pas parce que la condition en laquelle je suis m'a emjHîscbéde tn'exposer comme mon frère; mais pour luy. quoyque je Paye connu du passé, je n'eusse jamais douté que Son Eminence n'eust fait paroistre une reconnoissance éclatante en la première occasion qui se fust rencontrée. Mais de faire languir les personnes après des espérances vaines et se laisser posséder par un petit fripon* à l'appétit duquel il perdra tous les gens de condition et d'honneur, c'est ce qui n'est pas supportable. Il me semble qu'il y a assez de raison pour faire de bonne grâce une action de cette qualité et qu'il n'y aura personne à la cour qui puisse y trouver i redire. Je remets à vous dire le reste de bouche, mais obligex-moy d'écrire de bonne encre et de presser une ré-
' Voici , d'après l'original même , la copie de «lie curieuse lettre de Fouquet à Colbert. La Idire était chiffrée :
vVaux, le mercredi 8 novembre i65i.
• Mon frère a demandé une abbaye de
quelle on luy fil espérer. Depuis ce temps, on » traisné jusqu'à présent en belles paroles, sui- >anl le style accoutumé, et puis on le remet à une distribution générale , après les k vous avoue que je suis étonn neoce ne change point de méthode , après s'eslre h mal trouvé de ses maximes ordinaires : l'une de ne rien faire pour ceux qu'il croit attachés avec honneur et fidélité à son service, et l'autre <le croire qu'en tenant les personnes en suspens !"';;;t?mps, il h-s (JUUMUfl dans la WOlOi^é <!«' faire toujours quelque action nouvelle pour mkux mériter les grâces qu'on demande de luy. H me semble que, quand les services qu'on luy a rendus jusqu'à présent ne le loucheroient point , ce que je puis et pour et contre son interest icy détroit eslre de quelque considéralion, et c'est ce qui m'oblige de vous écrire relle-cy afin que vous me fassiez la grâce de luy
' De qui .-agit-il ici? E«t-ce de 1 «bbë Ondedei , est-ce de BarLt?
faut que son esprit se soit aigry par quelque rapport; et quand je considère que, dans les remerciement que vous m'avez ordonné de faire sur l'arrest qui a esté donné, vous ne m'avez point parlé de luy, j'appréhende fort qu'il n'y ayt quelque fondement. Je vous plains d'autant plus que la mauvaise conduite que l'on a tenue en vos affaires vous a réduit à ce point de nécessité que vous avez besoin de tous ces gens-là, et que, plus vous en avez besoin , plus ils vous tiennent le pied sur la gorge , pour exiger de vous des choses que vous n'estes pas en estât ni en pouvoir de leur accorder. H est de mes amis , et je suis obligé de vous dire qu'il vous a très-bien servy depuis que j'ay la direction de vos affaires. Je ne puis toutefois m'empescher de blasmer son procédé et de le trouver tout à fait extraordinaire.
Et soyez sur cela persuadé qu'il n'y aura jamais d'intérest ni d'amitié qui me puisse empeschcr de vous rendre ingénument la vérité , comme je la connoistray. Ce mauvais rencontre est d'autant plus important que, d'abord que le Procureur Général ne concourra pas, par ses conclusions favorables, à remettre l'ordre dans vos affaires, il les faut abandonner absolument; c'est à vous à y aviser.
M. Le Tellicr est présentement dans les remèdes ; il m'a ordonné de vous faire ce mémoire en particulier en réponse de ce que vous m'ordonniez de luy communiquer par la vostre du 3o du mois passé.
Pour ce qui est de M. de La Vieuville , je suis à bout de mes inventions; si. l'expédient que je vous ay proposé ne réussit, je crois qu'il n'y faudra plus penser. Et pour M. Bartet, je n'ay jamais eu d'aversion pour luy; et, quov qui se soit passé, j'ay toutes les dispositions que vous pouvez souhaiter pour bien vivre avec luy. Si vous voulez m'envoyer un mot de lettre pour luy, en le luy envoyant je luy écriray et luy donneray part en inesme temps de toutes vos affaires , dont il faut parler à la Reyne.
Je n'ay eu aucune réponse du mémoire que j'ay envoyé , et qui est parvenu ès mains de M. de La Vieuville, pour quelques-uns de vos intéresU». J'en avois préparé un second , qui estoit plus ample ; mais comme je vois que ce premier n'a point réussy, je le garderay. La première affaire dont je traiteray avec M. le Surintendant, ce sera de vous donner des assignations pour vos pensions et appointemens , comme vous me l'ordonnez.
ponse décisive de ouy ou de non , par le premier ordinaire, pour ce qu'après cela je ne m'y attendrais plu». H sçait encore les paroles qu'il m'en a données cent fois, sans effet. Je sçais que la chose dépend de luy, et qu'écrivant icy comme il peut, la chose sera faite au moment , et si elle ne l'est pas, je croiray qu'il a donné
ordre contraire. Je vous prie que je vous a\t cette obligation , et de luy en écrire à cœur ouvert ce que vous en jugez. Et surtout, réponv prompte , pour ce que vous scavex qu'il m faut point faire estât que des affaires achevées. lr suis vostre serviteur. » (Arch.des AIT. étr. Franct. vol. 1 35 , pièce i o5.)
J'ay vérifié les mémoires de vostre vaisselle, et je trouve qu'effectivement il en manque quelques pièces. Je feray venir La Barre demain céans, afin d'estre instruit d'où cela peut provenir. Je n'ay point encore retiré vos deux douzaines d'assiettes dorées , parce que M. Euzenat n estoit point en cette ville; il arriva hier au soir. J'espère les envoyer par le coche de Reims de lundy prochain.
M. Euzenat m'a dit que madame d'Aiguillon 1 luy avoit fait réponse que les papiers que vous luy aviez donnés n'estoient pas encore copiés, et qu'elle les ren droit aussytost qu'ils le seroient ; et il m'a ajouté qu'elle vous avoit parlé d'autres papiers que vous ne luy aviez point rendus, et qu'il croyoit qu'elle ne vous rendroit point les vostres avant que d'avoir les siens.
Lescot2 retient quelques pièces de vostre vaisselle, en nantissement d'environ 3,000 livres qui luy sont dues. Je verray d'où vient cette dette, et vous en rendray raison.
Les batteries de cuisine et celles d'office ont esté vendues et portées en recette dans vos comptes.
Pour les linges, je vous envoie ce qui en reste.
Pour la robe do chambre, Lescot dit que c'est une raillerie et qu'il faut que vos valets de chambre l'ayent laissée perdre en chemin; et que If. de Carvoisin5 a rendu toutes les hardes qui luy avoient esté confiées, avec Ijrand soin.
Il n'a point vu les petits chandeliers et vases de nécessité, et ne sçait ce que c'est.
Voilà, ce me semble, réponse à tous les articles contenus en la lettre que vous écriviez audit sieur Euzenat, à laquelle je croyois qu'il vous eust fait réponse.
M. Jobard m'oblige de donner quo livres par semaine à vos tapissiers italiens ; mandez-moy si c'est votre intention. Il me pria aussy de luy trouver, il y a environ quinze jours, a6,ooo livres pour payer les intérests d'une rente que vous devez par constitution sous le nom de M. le lieutenant
L'on vient de me donner avis que M. de Beaufort, sous le prétexte de >ecourir Dunkerque, faisoit armer l'Anna seul, et que son intention estoit de le faire sortir du Havre; et, comme c'est une chose ridicule que ce se-
1 Marie-Madeleine de Vignerot, née en temps. C'est loi qui lit tous les bijoux pour le
'6o4, veuve d'Antoine du Roore de Combalet. mariage du roi. Il est souvent question de lui
Elle était nièce de Richelieu, qui lui acheta, dans les letlres de Mazarin et de Colbert.
«1 1 638, le duché d'Aiguillon. Morte en 1676. ' 11 y avait, en i65i,au régiment de Pal-
1 Lescot, dont Matarin estimait infiniment luau , un capitaine du nom de Carvoisin, qui
I Ubilelé, était un des meilleurs orfèvres du devint, en 1653, lieutenant du roi i Roye.
cours, de le faire conduire ensuite en quelque autre port, pour en disposer, pour vendre. Je feray connoistre demain à madame d'Aiguillon quelle affecterait la Reyne, si elle le laissoit sortir du Havre. Je diray la mesme chose à M. le Garde des sceaux, et en écris présentement à la cour, pour en faire avertir la Reyne.
L'on me donna aussy avis, la semaine passée, que M. de Vendôme avoit pris la fluste la Cardinale et Tavoit envoyée à Brest, et vouloit faire la mesme chose du vaisseau le Berger, qui estoient tous deux à lndret1. Je» écrivis, il y a huit jours, à la cour, afin que la Reyne ayt la bonté de Im envoyer des ordres contraires à cette bonne intention.
Je ne vous raconte point tous les personnages qu'il faut tenir et les industries qu'il faut avoir pour faire réussir nostre requeste civile; il sullitde dire que c'est une chose qui vous est avantageuse et qui le paroist, quelque déguisement que j'y puisse apporter; que c'est le Parlement qui doit iuger, et que j'ay pour partie Broussel et tous ses supposts, contre lesquels directement la requeste civile est donnée; et avec tout cela, sauf accidens extraordinaires, qui ne sont point de mon fait et que je ne puis prévoir, et pourvu que le Surintendant m'ayde pour accommoder quelques-unes de vos dettes les plus légitimes, je ne désespère pas de vous remettre en possession pleine, libre et entière de vos bénéfices, dans six mois d'icy. Ne prenez pas cela pour argent comptant, parce qu'il y a tant d'accidens qui sont au-dessus de la prudence humaine, et particulièrement d'une qui est fort bornée, comme la mienne, qu'il est impossible de faire aucun fondement sur les apparences. Je fais présentement un écrit général de l'eslal auquel estoient vos affaires lorsque j'en ay pris la direction, afin que, comme je travaille autant pour ma propre satisfaction que pour la vostre, je la rencontre par la comparaison de Testât auquel je les ay trouvées et de Testai auquel je les mettray. Je vous ay dit nettement et véritablement, par quelques-unes de mes précédentes, que je vous ay obligation de me donner de quoy occuper mon esprit en des affaires difficiles, parce que la difficulté augmente le plaisir qu'il prend à les acheminer. Et, à ce propos, si je viens à bout de l'entérinement de la requeste civile, ma joye sera plu> solide et plus grande que s'il m'estoil survenu quelque grande fortune, estant d'un esprit à préférer infiniment les satisfactions domestiques et internes aux étrangères et externes; et comme je me connois cl que je me sens, vous ne devez pas douter que je ne mette en pratique tous les moyenimaginables pour y parvenir.
1 Commun.' d»; la Ba&so-Indru, arrondisacment de Nantes (Loire-Inférieure), (hi »ui qu'il « a à ludrel une fonderie impérial»'.
J'ay nouvelles d'Auvergne : le commis du receveur général est en chemin, qui apporte quelque argent à compte de vos appointcmens. Nous sommes dans l'appréhension que Tabouret ne fasse banqueroute. J ay honte que vos affaires de finances aillent comme elles vont, et serois très-ayse, si la mésintelligence doit encore durer quelque temps, de m'en défaire.
J'ay examiné tous ces jours vos affaires de la marine; j'espère de les réduire en quelque sorte d'ordre. Ce que j'ay pu connoistre jusqu'à présent est que tous ceux qui s'en sont meslés de delà ont esté bien ayses de les tenir dans la confusion, soit pour y profiter (ce qui ne regarde, comme je crois, que les subalternes), soit, à l'égard des principaux, pour se rendre M fort nécessaires que vous ne pussiez jamais vous passer d'eux pour les débrouiller, et rendre par leur confusion leurs services considérables. Et pour ceux qui s'en sont meslés de deçà , ils n'ont jamais entendu aucune forme de finances ni aucun ordre. J'attends M. d'infreville pour mettre le tout dans sa perfection.
(Bibl. Imp. M». Boliue, Papier, de* Armoire. , yoI. 363, fol. 8*.)
(Minute autographe.)
De. . . (î), 16 novembre i65i.
Nous sommes icy en toutes les peines du monde de sçavoir de quelle sorte nostre homme veut venir1. Cela, nous le sçavons affirmativement ; la manière, nous l'ignorons. Nous voyons beaucoup d'apparence que c'est à main armée. Manicarap a conféré avec luy ; La Ferté-Senncterre y doit conférer. Beaujeu a esté mandé et l'est allé trouver, et mesme a eu ordre de parler à plusieurs officiers de l'armée pour les engager. Tout cela ne parle que de guerre et de force ouverte. D'un autre costé, j'y vois tant de périls , et un si grand éloignement de la cour, que j'ay peine à croire qu'il prenne ce party. De plus, nous tenons icy que la Fronde luy conseille d'aller inconnu ; et l'on écrit de plus qu'elle a l'intention de le faire prendre en chemin. L'on fait de grandes brigues dans Paris, et l'on fait diligence pour émouvoir le peuple. Cela est sans fruit; mais cela ira fort vite d'abord que Ton parlera de son retour, et ce sera pour lors que la France sera entièrement partagée entre le party de M. le Prince et le tiers party qui se
1 On voit que Mazarin songeait alors à rentrer en France. Il changea ensuite d'avis, pcuU Htv d'après les conseils de Coibcrt , et né
rejoignit la cour que le a8 janvier i65a, à Poitiers.
forme, et la Reyne demeurera toute seule. En vérité, c'est une chose pitoyable que de voir la France en mains si peu judicieuses et si prévenue!) de leur amour-propre.
L'on dit icy que Bartet déchoit fort de crédit; pour moy, je ne le crois pas ; ma raison est qu'il n'y a que la Reyne et M. le Cardinal qui puissent estre d'avis de son retour, et qu'il n'y a point d'homme d'honneur et d'esprit qui leur puisse donner ce conseil, et le seul Bartet sert de milieu [d'intermédiaire] pour entretenir la Reyne dans ce sentiment. C'est ce qui me fait conclure assurément qu'il est fort bien dans l'esprit de l'un et de l'autre, et que si quelque accident donne quelque dégoust à la Reyne, cela est tost après raccommodé par les lettres de M. le Cardinal. L'absence , de la cour, de M. de Mercœur m'oblige de vous donner encore la peine de parler à la Reyne du mémoire cy-joint, et de solliciter M. le comte de Brienne pour les deux lettres que je luy ay demandées, et qui nous sont absolument nécessaires pour faire travailler les lieutenans d'Amirauté au recouvrement du tiers des prises pour M. le Cardinal. Je vous prie de me mander ce que vous apprendrez, du secret des affaires, de M. Le Tellier.
( Bibl. Imp. Mss. Bahuc , Papiers des Armoires , vol. 363 , fol M.)
(Minute «olographe.)
De. . .(?) , 1 8 novembre 1 65 1 .
M. d'Infreville est venu en cette ville à ma prière et sur la lettre que vous luy avez écrite. C'est une marque de sa bonne volonté et de son affection pour tout ce qui vous regarde. Aussy vous puis-je assurer que depuis qu'il est icy nous avons fort avancé à mettre en bonne forme toutes vos avances de la marine, et qu'il n'y avoit que luy seul qui pust me donner les éelaircissemens nécessaires pour cela. J'espère que vous en aurez satisfaction. Aussy tost que ce travail sera avancé je vous en enverray un estât fort exact qui contiendra toutes les avances effectives que vous avez faites de vos deniers, ce qui est provenu du tiers des prises, et tout ce qui sera fait pour en demander le remboursement. Dans cette affaire, j'ay beaucoup d'intérests à démesler de plusieurs personnes qui n'ont pas esté payées de leurs appointemens, sans lesquelles nous ne pourrions rien faire. Mandez-mov si vous avez agréable que je traite avec eux le plus avantageusement qu'il se pourra pour vous.
Pour ce qui est des charges d'intendant de la maison de Mp d'Anjou,
Dalibert n'a jamais esté intendant de celle de Son Altesse Royale mais bien contrôleur général des finances, qui est la mesme charge qu'a présentement madame de Beauvais, et depuis il acheta de M. de Bordeaux celle de surintendant, dont M. de La Rivière1 fit le traité et qui est la mesme charge comprise dans vos provisions de surintendant de l'éducation , et dont M. le mareschal du Plessis s'est fait aussy donner les provisions et prend présentement la qualité. Et quant à celles d'intendant des maison, finances et domaines de Son Altesse Royale, elles ont toujours esté possédées par MM. Desmurs de Gastille et de Mascrany2. L'une fut donnée au premier parce que M. de Villemareuil3, son père, l'avoit possédée seul pendant fort longtemps, et l'autre fut vendue auditsieur Mascrany 4 0,000 livres, au commencement de la Régence. Je vous explique tout cecy afin que vous voyiez que vous vous méprenez aux noms et aux charges. Pour le reste , je suis de vostre avis que l'on n'en offre pas assez, et ainsy qu'il faut avoir patience; le temps nous amènera des marchands plus échauffés ; et comme il se peut faire que Ion s'adresse à vous pour cela , je remettray toujours les provisions entre les mains de ceux que vous m'ordonnez. Ce seroit un grand malheur pour la vente de ces deux charges d'intendant que madame de Beauvais abandonnast sa charge de contrôleur général des finances pour 10,000 écus, parce qu'elle vaut mieux que les vostres, et que les pareilles dans les finances du Roy et dans la maison de Son Altesse Royale ont toujours esté plus vendues que celles d'intendant. Pour ce que vous me dites qu'il y en a quatre, je ne sçais pas comme vous l'entendez, mais je sçais de science certaine qu'il y a deux charges de contrôleur générai de la maison et une seule de contrôleur général des finances. Si madite dame de Beauvais estoit en résolution de donner cette charge à quelque peu moins que 3o,ooo livres, j'en traiterais pour moy ; et vous m'obligeriez fort sensiblement d'en faire traiter par quelqu'un des vostres de la cour.
(Bibl. lmp. Mm. Baluie, Papxert de, Armoire», vol. 368 , fol. 8g.)
1 Louis Barbier, abbé de La Rivière, confî- Palin, son père avait été chargeur de bois en dent et favori du duc d'Orléans. Il devint mi- Grève.
ï d'Etat en 1 646 , évéque-duc de Langres * Mascrany, secrétaire du duc d'Orléans,
«i i655, pair de France et grand aumônier * François de CasliUe de Villemareuil , d'a-
de la Reine. Mort le 3o janvier 1670, âgé bord maître des requêtes, puis président de soixante et dix-sept ans. Sa naissance était enquêtes. Sa fille épousa , en secondes noces, le
», et, s'il faut en croire Guy-
(Minute autographe.)
De. . . (?) [Vers le so novembre t65i.|
J'ay fait à M. Tubeuf la proposition de prendre ce qui revient du Languedoc et du gouvernement d'Auvergne pour les perles. Sur quoy il ma répondu qu elles n'estoient point entre ses mains et qu elles estoient en celles d'une personne de condition que vous connoissez bien (nT indiquant le président de Novion ) , et qu'il n'y avoit aucune apparence de les retirer de Luy qu'avec de l'argent comptant ; que vous sçauriez bien qu'il n'avoit fait cela que pour vous faire plaisir et pour empescher que vos perles ne fussent vendues. Je l'ay prié de considérer que les 3o,ooo livres dues par le Languedoc estoient indubitables et payables dans peu de temps, et qu'il en avoit les promesses, et que ce qui estoit deu d'Auvergne estoit aussy trèsscur. Il m'a promis de faire tout ce qui se pourrait, et qu'il m'en rendroil réponse dans peu de jours. Pour ce qui est du demy-quartier du gouvernement d'Auvergne de 16/19, M* Tubeuf m'a dit qu'il l'avoit reçu et qu'il l'avoit employé ensuite dans Testât qu'il vous avoit envoyé.
Je feray ce que vous m'ordonnez touchant la fabrique de vos tapisseries.
Je viens de recevoir présentement vostre lettre du 9 de ce mois. J'y feray réponse au premier ordinaire; je vous diray seulement que j'attends avec impatience M. Scyron, puisque vous luy avez ordonné de lever toutes les difficultés de M. de La Vieuville, pour commencer à traiter de vos affaires. Soyez assuré que tout ce qui pourra dépendre de moy, pour me bien mettre avec le père et avec le fils, sera employé.
Je crois vous avoir mandé , par l'une de mes deux lettres, du 37 ou dernier septembre, que j'avois retiré vos pierreries de M. Servien et reçu Ift 70,000 livres de Lyon, lesquelles, par les chicaneries et la mauvaise fo> de M. l'abbé d'Aisnay, au lieu de vous produire un profit de 3, 000 livres comme elles dévoient, ont produit quelque perte, ce que je justifieray par les comptes.
M. Bluet m'a fait sçavoir que M. de La Vieuville désire traiter de toutes vos affaires avec M. de Bordeaux, intendant des finances; cela m'a donné quelque embarras, parce que je sçaîs que mondit sieur de La Vieuville n'est pas satisfait dudil sieur de Bordeaux, et qu'il cherche à donner sa confiâner à d'autres personnes. Vous m'avez mesme écrit le contraire ; et de plus y
\o\s que beaucoup de gens prétendent avoir mtérest de ronnoistre le fond de vos affaires. Néanmoins, crainte que vos affaires ne souffrent, j'estois résolu de voir ledit sieur de Bordeaux et de sçavoir de luy quels fonds M. de La Vieuville vous vouloit donner, et luy donner ensuite les billets de l'Espargne et ordonnances pour les fonds; mais, puisque M. Scyron doit venir dans peu, je l'attendray pour sçavoir la dernière résolution de mondit sieur de La Vieuville.
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( Minute autographe.)
Paris , i " décembre 1 65 1 .
Les soupçons de M. de La Vieuville sont levés, et je suis présentement fort bien avec luy, au moins à ce qu'il me semble. Vous m'avez ordonné de voir M. de M otteville ; je l'ay fait, comme vous l'avez sçu par ma précédente, incontinent après que l'ordinaire fut party. 11 me vint voir et me dit que M. de La Vieuville l'avoit prié de me voir avant le soir, afin que je ne visse point M. de Bordeaux (qui m'avoit donné heure ce soir mesme pour conférer à fond de vos affaires et pour voir ensemble mondit sieur de La Vieuville), parce qu'il ne pouvoit prendre confiance en luy, et qu'il ne vouloit [K)intdu tout qu'il eust aucune connoissance de vos affaires. Ce discours me surprit; et, luy ayant fait voir le billet de M. le chevalier de La Vieuville qui portoit le contraire, il m'avoua en partie ce que j'en avois soupçonné et que vous avez vu par ma précédente; et me dit que M. de La Vieuville me vouloit voir le lendemain pour me confirmer la mesme chose; et que, |>our ce qui estoit de nostre mésintelligence , il estoit assuré que nous sortirions satisfaits l'un do l'autre.
Le lendemain, à huit heures du soir, je fus introduit chez luy par une porte de derrière. Madame de La Vieuville1 en fut la portière. L'entrevue se lit entre M. de La Vieuville, M. de Motteville et moy. Il mé dit d'abord que j'avois eu tort de croire qu'il fist difficulté de conférer avec moy, à quoy j'acquiesçay. 11 me reprocha la lettre ouverte ; je luy fis la mesme réponse que j'avois faite au chevalier. Il déclara qu'il me prioit do n'avoir aucun commerce avec M. de Bordeaux, et qu'il ne pouvoit avoir aucune confiance en luy; que M. de Motteville verroit avec moy tout ce qui se pourroit faire pour vous, et que je m'apercevrois de son dernier attachement et d'une parfaite reconnoissance des obligations qu'il vous avoit. Le reste se passa , mariée le 7 fcWrior 1611. Morte le 7 juin 1 663.
en un discours sur I estât déplorable des finances, complimens et protestations , à quoy je repartis comme je devois. Nous nous séparasmes ainsv.
Le lendemain , je vis M. de Motteville à qui je donnay mémoire de vos tapisseries, de vos estats et appointemens de Tannée dernière, de vostre vaisselle d'argent, de la dette de Perrichon, des i5o,ooo livres que vous luy devez, des i3,ooo livres restant des 5o,ooo, des 4oo,ooo livres dues par Tabouret, et de quelques autres cessions diverties. M. de Motteville m? dit que madame la princesse Palatine 1 avoit parlé fortement à M. de La Vieuville, sur une lettre qu'elle avoit reçue de vous, fort obligeante pour moy,et qu'elle détroit me voir. Ayant pris son heure, il m'y conduisit avanthier fort tard. D'abord, elle me déclara son attachement à vous et une trèsforte passion pour l'avancement de vos affaires. Elle me conjura de la voir souvent pour l'instruire de tout ce qui regardoit vos intérests, et qu'elle me ferait connoistre , par expérience , qu'elle estoit une fort bonne solliciteuse, et qu'elle avoit quelque crédit auprès de M. le Surintendant , quoyqu'il ne fust point nécessaire de l'exciter sur tout ce qu'il pourrait faire à vostre avantage. Elle s'ouvrit des rapports qui avoient esté faits à M. de La Vieuville. qui avoient causé ses défiances; et enfin je connus que cette conférenei avoit esté projetée pour faire l'éclaircissement. Elle me demanda ma parole que je serais un des amis demondit sieur le Surintendant. Je satisfis à tout, et elle me parut fort contente de nostre conférence. Elle me tesmoigna avoir grande affection pour M. de Motteville, et me pria de luy rendre de bons offices auprès de vous pour diligenter son affaire qu'elle jugeoit nécessaire pour la facilité des vostres. Elle me confirma aussy les sentimens de M. de La Vieuville sur le sujet de M. de Bordeaux et dudit sieur de Mot teville.
Le mesme jour il m'avoit rendu réponse sur tous les chefs du mémoire que je luy avois donné. On avoit parlé fortement de vos tapisseries à M. Hervart, qui m'a donné aujourd'huy sa parole de vous en sortir. Il s'est aussy chargé des affaires Tabouret. On demande quelque temps pour votre vaisselle et pour les i5o,ooo livres de Perrichon parce qu'on veut faire une enchère sur leur ferme. On vous promet de bonnes assignations pour vos estats et appointemens ; et ainsy je suis obligé de vous dire que je vois un grand changement en vos affaires , et que toutes ces personnes paraissent très-bien intentionnées pour vous. J'oubliois de vous dire que madame la princesse Palatine s'ouvrit de quelque rapport fait par M. Bartet, et me
1 Anne de Goniague, née en 1616. A la lai vint le nom de princtue Palatùx. Mprte » mort de son père , elle sortit du cloître et épousa Paris en 1 68 'i . On «ail que Bossuet prononra Edouard, (ils du comte palatin Fr*Ml<»ricV,d'où son orai*on funèbre.
dit que la première partie des 5o,ooo livres avoit passé par ses mains, et que la seconde écherrait dans peu et qu elle passerait par les miennes.
Aujourd'huy, j*ay remis un second mémoire entre les mains de M. de Motteville, qui contient vos assignations diverties sur Limoges, celles sur le don gratuit, la dette de madame d'Aiguillon pour avoir mainlevée de la rou|>e de 5oo arpens de bois dans la foresfr de Compiègne, vos meubles et pierreries retenus par Lescot, Ardivilliers , Coumoisy et Errât, tailleurs, pour nantissement de ce qui leur est deu par le roy, la dette de M. le Chancelier, et les diamans pris par les fermiers des cinq grosses fermes. Je suis entré dans tout ce détail pour vous faire connoistre qu'en exécutant l'ordre que vous m'avez donné de voir M. de Motteville je me suis trouvé engagé à m'ouvrir à luy sur vos affaires, ne pouvant pas prévoir que vous changeriez de sentimens, après ce que vous m'aviez écrit dudit sieur de Motteville. Et quand bien mesme je l'aurois sçu, M. de LaVieuville s'ouvrant comme il l'a fait, je n'aurois pas pu faire ce que vous désiriez, mais seulement me tenir serré avec ledit sieur de Motteville, aûn que, si vous persistiez dans vostre • ntiment à l'égard de M. de Bordeaux, l'on pust y revenir. C'est ce que j'ay fait; et je crois que si vous faites connoistre vostre intention à mondit sieur de La Vieuville, il vous donnera satisfaction entière, le voyant tout à fait disposé à vous servir en tout.
Comme le Roy n'est point icy, on ne trouve point à vendre les charges de l'Espolette 1 à la cour, et je cherche aussy de deçà sans rien trouver jusqu'à présent. Pour vos charges d'intendant , je n'ay trouvé encore aucun marchand qui ayt voulu conclure à 1 3,000 écus. Je les fais annoncer partout et ne perds aucun temps à chercher la satisfaction que vous en attendez.
Pour vous faire connoistre de quelle sorte M. de Bordeaux est dans l'esprit de M. de La Vieuville , vous sçavez qu'il y a plus d'un mois qu'il s'est déclare' à M. Hervart qu'il vouloit os ter sa confiance audit sieur de Bordeaux, et luy donner ensemble le règlement et toute la première commission («V), mais qu'il estoit bon de dissimuler, et qu'il s'en allast en Dauphiaé ; qu'il l« feroit revenir aussytost qu'il y seroit arrivé, et qu'il disposerait ce pen-
1 Le ta septembre i65i, Maiarin écrivait * Jobard : ■ Le pauvre l'Espolette est mort. J'ai perdu un bon serviteur. U avoit trois petites ••barges. Je vous prie de les demander à la Reine, afin que j'aie le moyen d'en gratifier de 1** vieui domestiques pour lesquels je n'ai jamais rien fait, et de supplier Sa Majesté d'en •ooloirbien remettre les expéditions, avec le
nom en blanr , au sieur Colbert , qui vous par- • lera aussi de cette affaire, dont je vous ai déjà écrit, lorsque je vis la maladie de rEspolette dangereuse. Il étoit porte-manteau du Roy, valet de chambre et courrier de cabinet. 1» ( Lettre* du cardinal de Mazarin à la Reine, édit. par M. Ravenel, p. «59.)
<Iant les choses afin qu'à son retour il pust faire cet establishment. Et ledit sieur Hervart m'a chargé de vous en remercier de sa part et de vous dire qu'il connoist bien que ce sont des effets de vos recommandations, et qu'il en aura toute sa vie de la reconnoissancc. Il est bon que vous cultiviez la bonne volonté de M. le Surintendant à son égard, mais il est juste aussy que vous en tiriez quelque avantage pour vos tapisseries ; et si vous voulez écrire à mondit sieur le Surintendant que vous estes bien ayse du choix qu'il a fait, et me donner créance sur tout ce qui regarde ledit sieur Hervart, je cultiveray la chose de sorte qu'il sera bien fin s'il évite de nous rendre lesdites tapisseries , ou sur-le-champ ou à peu de temps de là. Vous pouvant assurer qu'il n'y aura jamais aucune considération, ni d'amitié, ni de hayne , qui me puisse détourner du droit chemin de vostre service.
Quoy que j'aye pu faire parvenir à la Reyne , elle n'a pas laissé d'envoyer ordre icy de prendre l'Anna pour le secours de Dunkerque. Cela me surprend, et me fait bien connoistre que je n'ay pas toute la créance qu'il seroit nécessaire pour vostre service. J'appréhende fort qu'il n'en arrive de mesme de toutes les autres affaires dont je luy ay fait parler. C'est à vous à y remédier, si vous le jugez à propos; et comme je ne vous demande d'estre autorisé à ce que tout le monde connoisse que vous avez créance et confiance en moy que pour le bien de vos affaires, et non pour mes intérests particuliers, je crois que vous y devez travailler. Je vous dis cecy non-seulement pour ce qui regarde la Reyne , mais mesme pour ce qui regarde la princesse Palatine, M. de La Vieuville et M. de Motteville, pour y faire telle réflexion qu'il vous plaira ; et quand vous entendrez dire que je me sera\ servy de la créance que vous me donnez pour mes intérests particuliers, perdez la bonne opinion que vous pouvez avoir de moy.
Je n'ay point encore les perles, comme je croyois. Quoyque M. Ménardeau en parle constamment, il tesmoigne cependant qu'il seroit bien ayse d'avoir un petit mot de compliment de vostre part. Je ne crois pas qu'il s'attache à ne les point donner sans cela; mais il n'y faut pas manquer, le plus io&i que vous pourrez, parce que nous avons besoin de cet homme qui, effectivement, paroist très-bien intentionné pour tout ce qui vous regarde. En vérité, si vous faites réflexion sur tous les engagemens dans lesquels • vous enlraisnent la dissipation de vostre bien et la confusion de vos affaires, j'espère que vous prendrez résolution de vous conduire d'une autre sorte à l'avenir, et que vous connoistrez bien qu'il n'appartient pas à un particulier de prétendre de faire subsister un royaume tel que celuy-cy, et que le personnage d'un grand ministre est, en proportionnant la dépense en quelque sorte à la recette, d'employer son autorité à faire qu'un surinten-
dant s'acquitte «le sa charge et pourvoye aux besoins de PEstat. Je vous avoue ingénument que si vous continuiez à dissiper vostre bien, comme vous avez fail par le passé , sans mettre aucune chose à couvert , je vous prierois de me décharger du soin de vos affaires. Il est vray que vous y auriez d'autant plus «le facilité que j'espère, dans six mois d'icy, les débrouiller toutes, sauf accident extraordinaire, dont je ne suis garant.
J'examine présentement les moyens de vous approprier la forest de Persagne , les domaines d'Alsace , et de vous former un revenu considérable sur quelqu'une des forests de France. Je trouve quelque difficulté à ce dernier, d'autan^ qu'il faut une déclaration vérifiée aux compagnies souveraines. Je vous enverray dans peu les mémoires que j'ay commencé desjà d'en dresser.
Je vous conjure que M. l'abbé Fouquet n'apprenne pas que je vous ay envoyé copie de la lettre de son frère ; et dissimulez bien à l'égard de celuycy, parce que nous aurons besoin de luy, et grand besoin. Faites-luy mesme quelques complimens dans mes lettres; et, le plus tost que vous pourrez, renvoyez ledit sieur abbé Fouquet : ce sera le meilleur pour vos affaires du parlement.
Prenez garde que ma créance auprès de la Reyne se fortifie au lieu de diminuer, parce que j'en ay besoin en tout rencontre.
Pour vos tapisseries, ne prenez pas vos mesures et ne donnez pas vos ordres comme si elles estoient entre les mains du sieur Hervart , parce que, indubitablement, elles sont entre les mains de Laigues et ont esté engagées i Relingues. Vous sçavez bien qu'elles ont esté tendues chez madame de Chevreuse; et de plus, M. de Maisons m'a dit autrefois que ladite dame le pressoit de luy donner de l'argent pour acheter les deux plus belles, et que feignes les vouloit partager; et ainsy il n'y a rien de si vray. Ils prétendent qu'elles valent plus de /ioo,ooo livres, et que le seul Grand Scipion est d'un prix inestimable. Je vois que vous me mandez qu'elles ne valent pas plus de 80 ou 100,000 livres. Vous me persuadez bien, mais vous ne les persuadez pas. Si ce que vous dites est vray, laissons-les-leur vendre et partager, puisqu'ils y tiennent, pour 600,000 livres, et prenons pour cette somme d'assignations.
{Bibl. Imp. Mss. Baluie, Papien des Armotrrs, vol. 363, fol. 90 et 91)
7â. — A MAZARIN.
( Minute autographe. |
Pari*, 5 décembre tfifn.
Le déplaisir que j'ay reçu aujourd'huy du vol fait, d'un ballot dans lequel
estaient les deux douzaines d'assiettes en vermeil doré et les deux cadenas que j'avois retirés de M. Euzenat, m'est si sensible et m*occupe tellement l'esprit que j auray peine à vous écrire beaucoup de choses par cet ordinaire. Ce malheur me surprend d'autant plus que je trouve qu'il y a en quetyue sorte de ma faute, ou de ceux en qui je me suis confié. Vous m'avez écrit deux fois consécutives de vous les envoyer avec le restant de vostre vaisselle. Cela m'a fait croire que vous en estiez pressé; et comme je n'ay point exécuté cet ordre ponctuellement , parce que M. Euzenat n'estoit pas en celte ville, aussytost que je les pus retirer je les envoyay à Reims, avec ordre de les envoyer par le premier coche à Sedan , pour joindre aux ballots du reste de vostre vaisselle. Tout ce qui s'est passé jusqu'à présent me faisoit croira qu'il y avoit toute seurcté , puisque tant de ballots estoient passés sans accident, et que les coches de Sedan estoient abonnés avec les ennemis, et qu'il n'y avoit pas de troupes du roy sur son chemin. Toutes ces raisons ne soûl pas suffisantes ; et si , par la recherche que l'on en fait , ils ne se trouvent point , il en sera fait comme vous en ordonnerez. J'espère encore quelque chose v cette recherche, estant bien difficile que les cavaliers qui ont volé cette vaisselle la puissent cacher de sorte que l'on n'en puisse avoir aucune nouvelle.
(Bibi. Imp. Mm. Baluze, Papier* dr* Armoirr*, vol. Ml. M. Il)
( Minute niitngrapno. |
Paris, 11 décembre i65i.
J'ay les perles entre les mains, moyennant les conditions que je vousay écrites. M. Ménardeau ne vouloit pas d'intérests de son argent, et M. Tubeuf n'a pas voulu terminer l'affaire qu'il n'en ayt pris au denier dix-huit . ce qui s'est trouvé monter à A,ia8 livres 17 sols, et le principal 6a,atJo. revenant le tout à 66,348 livres 17 sols. Mandez-moy en diligence par quelle voyc je vous les enverray. Pour vos charges de l'Espolette , je n'ay pu jusqu'à présent trouver de marchand, quoyque je les aye annoncée» partout, et que j'en aye écrit à la cour. Pour celles d'intendant de Monsieur, je n'ay encore trouvé personne qui ayt passé 3o,ooo livres. Il faut se donner un peu de patience. J'ay envoyé un homme exprès en Limousin pour obliger Tabouret de payer; j'en espère quelque chose, de la manitV dont j'ay tourné l'affaire...
Aussytost que j'auray reçu vos ordres pour vos pierreries et le peu d'argent que je pourra) ramasser, je parliray pour aller vous trouver.
(MM. Imp. Mm. nflhue. Papier* H** Arrnmr*, vol. 36S, W. t# i
AVEC M AZARIN.
Pari», i5 décembre i65i.
Il me tarde extraôrdinairement que j'aye eu l'honneur de vous voir, parce que je m'aperçois qu'en travaillant à mettre toutes vos affaires en bon ordre, je pourrois bien travailler inutilement, et que, les principaux desseins réussissant , ils entraisneroient toutes vos affaires dans leur prospérité. Ainsy je m'abstiendray pour un temps d'y travailler. Si je ne me trompe, ce long silence de vostre part me fait craindre d'estre tombé en quelque disgrâce près de vous, à quoy la perte des assiettes et des cadenas n'aura pas peu contribué. Si cela est, faites-le-moy connoistre, je vous en conjure; je l'auray bientost réparée , ayant intention surtout de vous estre agréable et de vous bien servir.
M. Le Tellier est party ce matin pour la cour. 11 m'a chargé de vous assurer de ses très-humbles obéissances, et qu'il connoist assez bien que c'est ouvrage de vos mains pour en avoir toute la reconnoissance qu'il doit.
Madame la marquise de Villars 1 est venue me trouver; et, après m'avoir prié de vous assurer de ses obéissances et de la particulière dévotion qu'elle avoit pour toutes les choses qui vous regardent, elle a ajouté qu'elle vous conjuroit d'assister son mary 2 en deux grâces qu'il vouloit demander à la Reyne : la première, d'estre fait lieutenant général; et la seconde, pour avoir des lettres de duc et pair adressantes au parlement de Paris conformes à son brevet, qu'elle m'a fait voir, qui porte ces mesmes mots de duc et pair, en conséquence duquel M. de Villars3, son beau-père, ne fit expédier que les lettres de duc, adressantes au parlement de Provence. Ainsy, elle Croit que ce qu'elle demande recevroit d'autant moins de difficulté qu'il ne s'agit que de l'exécution d'un brevet qu'elle a. Vous me ferez sçavoir, s'il vous plaist, la réponse que j'auray à luy faire.
(Bibl. Imp. Mss. Baluxe, Papier» if» Armoire», vol. 363, fol. p4.)
1 Marie Gigault de Bellefondé, mariée, en 1 6.r> i , au marquis de Villars. Morte à Paris, * l'Age de quatre-vingt-deux ans, le a5 juin
1 Villars (Pierre, marquis de), lieutenant ^ém^ral en 1 65 7 , gouverneur de Besançon en 1 686. Enveloppé par Louvois dans la disgrâce du maréchal de Bellefonds, son beau-frère, il
quitta la carrière militaire pour la diplomatie, et fut successivement ambassadeur à Vienne , à Madrid et à Turin. Conseiller d'État d'épée en i683. Mort à Paris le ao mars 1698, âgé de soixante et quinze ans.
3 Claude de Villars, mcslrede camp d'infanterie (en 1 6a a), gentilhomme de la chambre du roi. Mort en 1667.
la .
(Minute autographe.)
Paris, a3 décembre i65t.
J'ay reçu par M. de Pennacors le duplicata de vostre lettre du U , et celle du 1 1 de ce mois, avec tous les papiers que vous luy aviez consignés, sur lesquels j'ay achevé Testât général de toutes vos avances, que je vous enverray par le premier ordinaire, après lavoir fait voir à M. de La Vieuville en une conférence que je dois avoir demain avec luy, où je ne manqueray pas de luy proposer tous les moyens et tous les expédiens que Ton peut prendre pour pourvoir à vostre remboursement, qui seront contenus dans le mesme estât. Je l'ay pressé depuis quelque temps, par M. de Motteville, de faire effort pour vous assister en une occasion si pressante et si importante pour vous. J'en ay parlé aussy à madame la princesse Palatine, qui m'a promis de me rendre réponse précise demain.
Je cherche de tous costés l'occasion de vous pouvoir envoyer les perles et diamans avec quelque seureté. M. l'abbé Fouquet ne fait point voyage. Je crois que M. de Pradel doit partir demain , ou M. Jobard ; je joindrav au premier qui partira M. de Terron, mon cousin, qui a esté intendant à Ypres, en qui je me fie comme en moy-mesme; vous pouvez faire estât qu'il arrivera à Rethel jeudy ou vendredy prochain. Je crois que vous approuverez que je ne vous les envoyé pas par un homme seul d'icy à Rethel, cela estant trop dangereux pour des pierres si importantes.
Je vous écriray plus sobrement de vos affaires de justice ; ce que j'en ay fait jusqu'à présent n'a pas esté ni pour vous faire le monstre plus grand, ni pour me faire de feste, mais dans la pensée que j'avois que vous désiriez estrc instruit de tout ce qui se passoit.
M. Le Tellier estant party, je luy ay envoyé un extrait en chiffre de ce que vous me commandez de luy communiquer. Quoy que l'on vous écrive de deçà, il fera son devoir. Vous aurez bien jugé par la réponse que luy fit Son Altesse Royale, sur la demande de la permission de le voir, que son attachement avec elle n'est pas grand. Du costé de M. le Prince, je crois que vous n'en doutez pas. Et ainsy, quand l'expérience de sa vie passée ne vous feroit point connoistre qu'il ne manquera jamais à la gratitude qu'il doit avoir pour vous, ses intérests vous doivent persuader que, ne pouvant subsister que par vous, il ne se départira point de ce qu'il vous doit.
La lettre pour M. Ménardeau n'estoit point dans vostre paquet; ce seroit un grand malheur si elle avoit esté prise avec vostre premier paquet et
que. son nom fust en clair. Je luy feray le compliment que vous m'ordonnez.
Je suis obligé de vous dire, sur ce que vous me mandez, que le discours de M. de Bordeaux, lorsque je fus le voir, fut différent de ce qu'il a écrit à M. Ondedei. H est vray qu'il me dit qu'il n'y avoit plus d'assignations en i65q; mais ensuite il me fit entendre deux choses : la première, qu'il avoit beaucoup d'affaires extraordinaires, suçjesquelles on pourroit vous assigner; et de plus, que l'on avoit dessein de prendre quelques sommes sur Testât présent des finances, et que, dans l'occasion, on y pourrait rencontrer de grandes facilités pour vos affaires.
Vous pouvez estre en repos de toutes vos affaires de marine; je les accomtnoderay à vostre satisfaction.
Pour la charge de madame de Beauvais, vous avez trop de bonté pour moy de vous en mettre en peine ; je vous en entretiendray lorsque j'auray l'honneur de vous voir.
Je verray souvent madame la princesse Palatine, ainsy que vous me l'ordonnez; et, dans les bonnes intentions que je reconnois qu'elle a pour vous , j'espère que ce sera un puissant moyen pour faire prendre de bonnes résolutions sur tout ce qui regardera vos intérests, d'autant plus que je vois une grande chaleur pour vous en M. de La Vieuville et en toute sa famille. Ils me font assez entendre que si je n'ay pas vu jusqu'à présent d'avancement considérable en vos affaires, Testât présent des finances en est cause, mais que, aussytost que le changement qu'ils y veulent apporter sera fait, c'est-à-dire, quand le Conseil sera sorty de Paris et qu'il sera qd peu plus en liberté, ils vous donneront des marques solides de leur dernier attachement. J'entre tout à fait dans leurs sentimens; et, par la connoissance que j'ay des affaires, le Conseil demeurant à Paris, il faut que le royaume périsse par les finances, et, par conséquent, il leur seroit impossible de travailler si utilement qu'il est nécessaire pour vos affaires ; mais comme je vois bien que la résolution est prise de le faire sortir, et qu'en mesme temps vostre restablissement s'approche, je conçois des espérances certaines sur ce qui regarde vos intérests. Je ne manqueray pas de mon costé à y contribuer par les sollicitations, Tordre et la diligence.
M. de Beauforta pris possession du vaisseau l'Anna et de toute son artillerie, et en a mis une partie pour le monter. Ainsy il sera bien difficile de changer les canons de fonte et d'y en mettre de fer, comme vous le désirez. J'y feray toute diligence. Je n'ay pas pu m'empescher d'écrire mon sentiment à la cour sur cette affaire, puisque Ton pouvoit bien prendre un autre aisseau que ccluy-là pour l'aller hasarder seul au secours de Dunkerque.
Je conviens qu'il seroit bon de vendre ce vaisseau au roy. Pour les autres, M. de Vendôme sera très-ayse qu'on les luy propose ; mais comme il faut tirer le fonds de Messieurs des finances, et que vous avez une infinité d'autres fonds à leur demander, mon avis seroit, aussytost que lesdits vaisseaux seront agréés et disposés par les ordres de M. de Vendôme, de chercher à les vendre à des particuliers, à Rouen, Nantes ou Hollande.
Je n'ay pas sçu qua M. de Damville ayt pesté contre vous ; je m'en nquerray.
Je donneray ordre à ce que vous désirez qu'il soit fait pour vostre maison. H y a longtemps qu'il y a des terrines pleines d'eau , dans toutes ta chambres où sont vos livres.
Dans les conjonctures présentes, j'ay cru devoir donner avis à M. Millet, pour la Reyne, qu'il faut envoyer un second ordre à M. le Garde de,» sceaux pour partir d'icy, nonobstant les remontrances qu'il a envoyé faire, afin que tout le Conseil marche ; et qu'il fasse envoyer le mesme ordre au Grand Conseil, afin que l'on puisse avoir une compagnie souveraine dont on puisse se servir contre le Parlement, au cas qu'il s'échappe. Et le troisième avis, qui est plus important et plus concerté que ces deux, est que, comme le Parlement a ordonné par son arrest que le procès seroit fait à M. le Prince en présence du Roy, il y a lieu, par l'ensemble de cet arrest. de les appeler près la personne de Sa Majesté pour travailler audit procès, ce qui les embarrasseroit fort. 11 y a des exemples en pareil cas. Quoy qu'il» fissent , d'obéir ou non , cela produirait de grands avantages au Roy.
M. le duc d'Orléans a envoyé tous les ofliciers de ses troupes à leur coq* pour les faire marcher en diligence ; il prétend vous disputer le passage de la rivière de la Lys1. Ç'a esté une grande imprudence à la cour de lu) donner des quartiers d'hyver tout le long de cette rivière.
(Bibl. Imp. Ms». Baluie, Papier» de» Armoire* f vol. 363, fol. </••'
( Lettre chiffrée , non signée. )
Reims, 3 janvier ifo*
Je vous écris plus amplement que ce matin à Septsaulx2, ou nous avou> passé la rivière de Veslc. M. le Cardinal est ce soir à Épcrnay, où il passe
1 Rivièn» qui prend sa source dans le ftfcV 1 Septsaulx, village sur la Ve.4c, canton '
de-Calais, eiilre en Beljpque . et se jette dans Vercy, arrondissement de Reims (Marne). l'Escaut, a Gand.
la Marne. Je l'ay trouvé* assez mal disposé à vostre égard , et néanmoins fort réservé sur ce sentiment. Et la manière dont il m'a traité les matières tesmoignoit beaucoup plus de venin dans le cœur qu'il n'en paroissoit par les discours. Il a passé légèrement sur une infinité de discours qu'il dit luy avoir esté faits et rapportés par MM. de Lionne et Servien , qui se sont déclarés contre vous, sur lesquels il dit n'avoir jamais fait aucun fondement. Il s'est fort arresté sur quatre points :
Le premier, sur l'amitié que vous avez avec madame d'Aiguillon, qu'il dit sa plus dangereuse et sa plus irréconciliable ennemie : qu'elle luy a fait la guerre avec de plus dangereuses armes que le parlement, vu les preuves qu'il n'y a invention au monde qu'elle n'ayt mise en pratique pour le perdre auprès de la Reyne ; toutes conduites avec tout l'esprit imaginable, sans se démentir jamais depuis le commencement jusqu'à la fin; qu'elle avoil aposté le père Vincent1, le curé de Saint-Sulpice, madame Polaillon2 et le confesseur pour aller à la charge en des temps concertés, et qu'après m' ils avoient fait brèche , elle alloit à l'assaut , d'une adroite mais furieuse manière ; en sorte que c'est une merveille que l'esprit de la Reyne ayl résisté comme il a fait. Que, comme il avoit très-grand intérest de connoistre les ressorts qui faisoient mouvoir l'esprit de cette dame, il luy a détaché souvent des personnes différentes, mesme de ses domestiques, filtrant dans ses sentimens et la faisant parler. Par ce moyen , ils ont reconnu, par beaucoup de discours fort clairs, que, si vous n'estiez pas de pair, au moins fournissiez-vôus quelques matières à ses mauvais desseins. Sur le fondement de cette amitié apparente que vous avez avec madame d'Aiguillon, et de la liaison estroite qu'elle a avec M. de Chavigny, vos ennemis, qui n'ont pas manqué de vous servir au besoin, ont fait croire que celle liaison estoit commune avec vous, et que vous aviez eu de fréquentes conférences avec ledit sieur de Chavigny.
Le second est sur ce qu'il dit que, lorsque M. le Prince estoit le plus emporté contre luy, qu'il en disoit plus de mal et estoit plus éloigné d'accommodement, il vous citoit toujours pour son auteur de tous les discours de mépris et de hayne qu'il faisoit contre luy, et mesme des injures : entre autres, que vous luy avez dit très-souvent qu'il estoit le plus ignorant du royaume et le plus incapable de gouverner; vous taxant
1 Le père Vincent de Paul, supérieur géné- veuve, elle fut nommée gouvernante des en-
ntl ft fondateur des prêtres de la Mission. fants de la duchesse d'Orléans. Fondatrice des
Mort le 97 septembre 1660, âgé de quatre- Fillet delà Providence. Morte le 4 septembre
MDf^-cinq ans. 1657. Tallemant des Réaux l'appelle «une
1 Marie Lumagne, veuve de François Po- illustre dévole. •» laillon, résident de France à Raguse. Devenue
184 COKHESPONDANCE
mesme d'ingratitude envers luy, non -seulement en des discours, niais mesme en la parole qu'il dit que vous luy avez donnée et que vous n'avez pas tenue, sur le fait de son emprisonnement. A quoy Son Éminence a ajouté avec beaucoup de vraysemblance que ce discours ne pouvoil estre affecté.
Le troisième, que Son Altesse Royale a tenu presque le mesme discours à quelques personnes qui luy parloient en sa faveur et qui luy faisoieul connoistre les services qu'il avoit rendus et ceux qu'il estoit capable de rendre: s'écriant qu'ils ne le connoissoient point, et que vous, qui le connoissiez plus que personne , conviendriez de tout ce qu'il disoil.
Le quatrième , et celuy qu'il tesmoigne le toucher plus que tous les autres, est [que vous dites] qu'il avoue luy-mesme n'avoir point eu de pari à vostre restablissemenl au temps qu'il a esté fait; et que MM. de Viileroy et de Senneterre, particulièrement le premier, en prétendent l'honneur entier; et de plus, que l'édit du roy a esté expédié quoyquc la Reyne ne l'eust pas ordonné positivement.
Voilà tous les points sur lesquels il prétend avoir sujet de se plaindre de vous.
D'après quelques discours que je luy repartis, il me dit qu'il avoit dessein de s'informer de deux choses, avec vous, lorsqu'il sera arrivé à la cour, et vous faire éclaircissement sur tout ce qu'il sçait. Il m'a paru satisfait; et en vérité je crois que cela estoit nécessaire pour vous. 11 n'est plus question présentement que de résoudre quel party prendre; et vous, choisissez celuy de courre le risque de sa fortune et de celle de la Reyne; il faut faciliter tout, et mesme donner des expédiens, pour diminuer le mal qui en peut arriver.
Pour conclusion , si vous avez fait connoistre à la Reyne vos sentimens sur son retour, il sera confirmé dans tous les rapports qu'on luy a faiU de vous, et certainement il y a du péril. Mais si, après avoir reconnu l'assiette de l'esprit de la Reyne, vous avez condescendu, tout ce qui a esté dit ne sera rien et vous serez indubitablement le patron.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,oo4, Le Teilicr, Papk " dfital, vol. 10, fui. k]
(LcUrc chiffrer, non signée.)
Kpernay, 'i janvier i ().*»• .
Je vous écris souvent parce que je connois qu'il est absolument néces-
saire que vous sçachiez tout ce qui se passe. Vous sçaurez donc que depuis que je suis party, l'on a écrit de la cour, assurément, que vous aviez fait difficulté sur quelques ordres qui ont esté demandés, parce que Ton vous joinl présentement à M. de Brienne; et l'on a écrit aujourd'huy à Millet qu'il falloit faire expédier quelques ordres dont on a envoyé mémoire, et que si M. de Brienne et vous en faisiez difficulté, il falloit vous faire déclarer. On a écrit de plus à MM. Servien et de Lionne; et l'on croit que l'on retourne de ce costé-là , par le peu de satisfaction que l'on a de vous. De plus, que Lionne doit venir à la rencontre et qu'il trouvera beaucoup de disposition contre vous. Toutes ces choses sont dangereuses; et supposé que vous preniez le party de courre le risque de la Reyne, qui est à mon sens le plus seur pour vous et le plus honorable , il est bon et nécessaire que vous vous appliquiez, par les expédiens que vous trouverez les plus convenables, à changer ces mauvaises dispositions, et qu'il [le Cardinal] en fust instruit dans quelques jours; et, avant qu'il arrivas! à la cour, si vous pouviez prendre quelque commission de la Reyne, pour venir au-devant de luy, deux ou trois journées , cela seroit très-bon, pourvu que vous le puissiez joindre. Je ne doute pas que vous ne raccommodiez le tout fort bien; mais, avant cela, les choses sont disposées de sorte qu'il y aura quelque risque à courir. 11 ne se passera rien que je ne fasse mon devoir et que vous n'en soyez averty. J'avois dessein de m'en retourner à Paris, pour de là prendre le chemin de la cour; mais, comme j'espère que ma présence auprès de luy pourra procurer quelque avantage, je n'en bougeray point.
Tous les avis cy-dessus m'ont esté donnés par M. Rose, qui tesmoigne beaucoup de passion pour vous.
Au reste , nostre homme n'est pas toujours le mesme ; mais il est encore pis qu'il n'estoit: il ne pensoit jamais au lendemain; mais à présent il ne pense pas du malin à midy et raisonne toujours sur de faux fondemens. Ses patrons sont le comte Broglio 1 et l'Ondedei qui s'entreprestent la main : celuy-là pour la guerre, celuy-cy pour le conseil, qui, sçachant le dedans du royaume comme vous* sçavez , fait des raisonnemens sur toutes choses qui excitent ma compassion. Il a si bien travaillé que ce n'est plus qu'un seul esprit qui anime ces deux corps.
(Bibl. Imp. Mm. S. K. 3.oo4 , Le Tellier, Papiers d'État, vol. 10 , fol. 16.)
1 François-Marie Broglio, comte de Revel , fut d'abord page el gentilhomme du prince Maurice de Savoie. En 16/11 , Maawrin lui lit prendre du service en France. Maréchal de
camp en 1666, lieutenant général de l'armée de Flandre en i65a. Tué au siège de Valence, le a juillet i656.
(lettre chiffrée.)
• Arcis-sur-Aube , 7 janvier 1 65a .
M. Millet a ordre de vous faire voir un grand mémoire qui contient la révocation de l'ordre porté par Bartet pour l'expédition d'un arrest du Conseil portant cassation de celuy du Parlement, et la réponse à faire aux députés dudit parlement, et tout ce qui est à faire ensuite. L'on vous demande que vous appuyiez le tout fortement auprès de la Reyne et que vous le fassiez réussir. L'on vous demande de plus que vous assuriez M. le Premier Président de l'envie qu'a Son Eminence de bien vivre avec luy et d'estre de ses amis, et que vous le fassiez tomber dans la réponse à faire, aûn qu'elle ne reçoive point de difficulté et qu'elle puisse estre faite de vive voi\ ; et au cas que vous n'en puissiez venir à bout, ce que l'on ne croit pas, il faudra la leur donner par écrit. Et en l'un et l'autre cas, il faut faire une lettre de cachet qui contienne les mesmes termes , pour les raisons déduites audit mémoire.
Je crois que vous avez reçu deux lettres consécutives que je vous a) écrites depuis que je suis arrivé près de Son Éminence. Il est très-nécessaire que vos actions parlent, et mesme que l'on reçoive bientost quelque courrier de vostre part. Les amis de Lionne prétendent avoir parole positive de son restablissement.
Je vous ay desjà mandé qu'il doit venir à la rencontre avant la rivière de la Lys.
(BibL Imp. Mm. S. F. 3,oo4, Le Tellier, Papier» d'État, vol. 10, foL 11.]
(Lettre chiffrée.)
Pont-«ur-Yorme, ta janvier i65a.
M. de Turenne a demandé à M. le Cardinal que l'on changeait les quartiers d'hyver donnés à son régiment; et M. le Cardinal, qui estime de la dernière importance de contenter ledit sieur mareschal, m'a commandé de vous prier, de sa part, de le faire de la meilleure grâce qu'il se pourra.
M. le Cardinal vous prie de plus de faire réflexion sur l'avis de M. Talon, porté par le mémoire envoyé à M. Millet; et, comme il l'estime for! bon , de l'appuyer auprès de la Reyne et de le faire exécuter le plus tosl qu'il sera possible, estimant que la diligence est importante eu ce rencontre.
qui est la décision de tout ce qui touche sa satisfaction et le restabbsseuienl de l'autorité du roy. Je ne vous sçaurois assez exprimer de quelle sorte, à mon sens, il faut que vous vous employiez à l'exécution de toutes ces choses, posé le fondement, dont je vous ay écrit, que vous vouliez courre sa fortune et celle de la Reyne, dont je ne doute presque pas. Dans le mesme temps que Ton suivra le conseil de M. Talon , il vous prie de luy faire connoistre, de vostre part, comme il fera de la sienne, Testât qu'il fait de ses avis; et qu'ils seront suivis aussy ponctuellement en toutes occasions qu'en celle-cy ; et avec belles paroles.
Je vous envoyé une relation de tout ce qui s'est passé au passage de cette rivière [l'Yonne]: la pluralité des voix l'a emporté pour la rétention de M. Bitaut1. J'ay esté du party contraire, et l'ay fortement appuyé. Mais la raison, et, à mon sens, le bon party n'a pas esté suivy; ainsy, nous le retenons et le menons avec nous, bien et civilement traité, quant au reste. L'on prétend que cela fera un effet considérable dans Paris; et moy, au contraire; mais, puisque la résolution est prise et l'affaire faite, il la faut pousser jusqu'au bout; c'est pourquoy M", le Cardinal désire que, sous divers prétextes, on retienne les députés du parlement qui sont près du Roy. Cela se peut, en envoyant la réponse qui lèur aura esté faite par le moyen de la déclaration en forme et de l'avis de M. Talon, mandant en mesme temps le parlement près du Roy, pour travailler au procès de M. le Prince, suivant leur arrest, et retenant lesdits députés pour commencer l'instruction dudit procès, ou sous quelque autre prétexte plus plausible, et, en ce cas, les faire observer soigneusement. L'on doit d'autant plustost tenir cette conduite que toutes les nouvelles qui viennent de Paris portent que le parlement ne se déclare point pour Son Altesse Royale , parce qu'il veut commencer par l'union de la ville avec luy, à quoy ils travaillent de tout leur pouvoir. M. le Cardinal vous prie instamment d'appuyer ce sentiment et de le faire réussir, à quoy vous trouverez la Reyne très-disposée , qu'il n'est question que de la fortifier.
Pour ce qui vous regarde, je vous assure que, par plusieurs entretiens, j'ay renversé toutes les machines de vos ennemis et que vous estes à présent maistre de vostre bonne et mauvaise fortune à son égard , si vous avez pris la résolution que je crois. J'ay grande impatience de voir quelque courrier de vostre part, et mesme je suis toujours d'avis que, sous quelque prétexte et par ordre de la Reyne, vous veniez au-devant de luy le plus loin que vous pourrez.
1 Conseiller au parlement. Envoyé, avec un de ses coliques, à la rencontre de Maiarin , pour min* les commun w contre lui , il fut fait prisonnier.
M. de Lionne nous joindra dans peu; son raccommodement est fait, et celuy de M. Servien aussy. On m'a desjà raesme jeté quelques discours de la nécessité de vostre accommodement pour le bien de son service avec le dernier, et je crois que l'on n'a pas encore osé se déclarer sur l'autre. Mais, je le vois fort résolu* à demander à tous ses amis une union parfaite entre eux , et à y travailler de tout son pouvoir pour la procurer. Et mon sentiment ira toujours à y condescendre, parce que, effectivement, vous vous nuirez toujours l'un et l'autre, et le service du roy et le sien en souffriront notablement, ce qui réfléchira sur vous. Je ne manque pas de luy faire connoistre les dispositions que vous y avez et la différence qu'il faut faire entre leur conduite et la vostre, sur ce point-là.
La Reyne luy a fait dire, par le dernier courrier de M. de Mercosur, que tous ceux qui sont à la cour ne souhaitent point son retour: plusieurs, parce qu'ils ne sont pas ses amis, et les autres, par l'appréhension qu'ils ont des mauvaises suites. Vous estes du nombre de ces derniers. M. de Mercœur tesmoigne par ses lettres que vous estes bien intentionné.
Si l'ordre pour faire tenir le Grand Conseil auprès du Roy n'a pas esté envoyé, il le faut faire en toute diligence.
J'ajoute ces mots pour vous* dire que Son Altesse Royale se déclarant comme elle fait, ses troupes se peuvent saisir des villes qui leur ont esté données pour quartier d'hyver, ce qui seroit de grande importance; et ainsy, Son Eminence juge nécessaire de leur donner d'autres quartiers et les séparer dans les provinces où elles puissent moins nuire, et d'envoyer en mesme temps, par homme de créance, des ordres aux villes de les tailler en pièces au cas qu'elles fassent difficulté d'en sortir.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,oo4 , Le Tcllier, Papier, d'État, roi. 10, fol. 4».)
(Lettre chiffrée.)
Courtenay, 1 h janvier 1 65a.
Son Eminence vous prie de ne point manquer de changer de quartier les troupes de Son Altesse Royale, en diligence, et de les mettre dans les provinces, en sorte qu'elles ne puissent pas s'assembler facilement.
Son Eminence vous prie aussy, en mesme temps, de donner un quartier proche desdites troupes aux officiers en suspens de vingt compagnies du régiment de la marine, afin que cela leur puisse servir a remettre l<' régiment en bon estât , et à retrouver plus de 5 à 6oo de leurs soldats qu'ils
AVEC LE TELLIKR.
ont perdus lorsqu'ils sont partis de l'armée pour venir en quartier d'hyver. Il est nécessaire que tout ce dont je vous écris soit expédié en diligence, et que I on ay t bientosl de vos nouvelles , par courrier exprès , et par vous:mesme lorsque nous serons plus proche, si cela se peut.
Nous menons toujours avec nous le conseiller Bitaut. L'on m'a destiné pour manger avec luy. Nous arriverons vendredy à la pointe du jour à Gien , où nous avons avis certain que sont présentement MM. de Sourdis et Saumery Pour les troupes, il est assez incertain : quelques-uns disent que les habitans ne les avoient point encore voulu recevoir; d'autres, qu'elles sont logées delà la Lys, et qu'elles ont rompu le pont. Je vous feray sçavoir ce que nous apprendrons demain.
(BîbL Imp. Mu. S. F. 3,ooA , Le Tellier, Papier» d'État, vol. to, fol. q3.)
(Lettre chiffrée.)
Château-Renaud , 1 6 janvier i65s.
J'ay reçu seulement icy les vostres des îj5 et 3o décembre, et j'ay esté fort étonné de voir que Son Éminence, M. de Navailleset M. de Broglio en ayent reçu sur ce que je vous ay écrit de Reims, et que je n'aye appris vos sentimens que par eux. S'ils ont parlé, ils auront trouvé l'esprit du patron disposé à recevoir vos plaintes parce que, deux jours auparavant, à Pontsur- Yonne, sur un grand discours qu'il me fit sur divers sujets, tombant sur vous et ensuite sur MM. de Lionne et Servien, je luy dis que, dans la disposition où je le voyois, je croyois que le meilleur conseil estoit de faire une cour toute nouvelle afin qu'il pust prendre confiance en ceux qu'il establira, et que, si j'avois à vous donner conseil, je préférerais celuy de me retirer à celuy de demeurer dans les défiances et les soupçons qu'il me tesmoigne de vous. L'éclaircissement fut encore bien plus fort, parce qu'ayant remarqué que toutes les plaintes qu'il faisoit de vous se réduisoient à trois principaux points : l'intelligence aver M. de Chavigny; ce que vous avez fait et dit depuis son départ; vostre retour, à quoy il [est] dit n'avoir point contribué, et que le mareschal de Villeroy et Châteauneuf se l'attribuent, je luy dis que vos ennemis ri'avoient travaillé à leur justification qu'en vous accusant, et que puisqu'ils avoient esté capables de
1 Jacques Saumery, comle de La Corn» , né Im batailles. Maréchal de camp en i6ôi, il en 169 a. Grand-roaltre des eaux et forets se relira du service en t656. Mort le 1A mai *> 16AA. Il assista de t6*A à i65o à toutes 1709.
luy persuader ce qui estoit contre toute vérité et mesme contre tout* vrayserablance par les raisons que je luy dis , ils estoieni capables de tout. .
Pour le second, qu'il ne disoit pas encore tout, et qu'il y avoit quantité d'avis que vous luy avoueriez sur le sujet de son retour, dont nous avions si souvent parlé.
Et le troisième, je le traitay de ridicule.
Il me repassa sur tous les points, sans chaleur, avec raisonnement; et je puis dire certainement qu'il demeura convaincu, que toutes nos conférences se passent avec de grandes protestations , et qu'une demy-heure de temps vous remettra au mesme estât que vous estiez.
Il y a une autre pièce dont il fait son chagrin contre vous, qui est fondée sur l'imprudence des vostres, dont il rapporte un discours cite' de vous, rapporté par une infinité de personnes différentes, des lettres mesnif écrites, les discours de madame d'Aiguillon, et une infinité d'autres circonstances, qui sont de fait. Et en dernier lieu, je suis obligé de vous dire, contre mon inclination, que mon cousin, imbu des mauvaises nouvelles de la cour, luy en a fait une description à son arrivée, en présence de cinquante personnes, qui luy a pensé faire perdre l'esprit et qui a fait un effet épouvantable. J'ay esté contraint de rejeter le tout sur sa jeunesse et sur les habitudes des gens de son âge à la cour. Je vous écriray plus au long par luy, qui sera renvoyé promptement.
(Bibl. Imp. Ms«. S. F. 3,oo4, Le Tellier, Papier* d'État, roi. 10, foL *|
( Lettre «olographe. )
Tours, sa février i65s.
Je vous envoyé les nouvelles de M. Ménardeau ; vous verrez par là avec miellé chaleur il agit pour tout ce qui concerne les intérests de Vostre Erninence. J'en ay reçu tous les huit jours de pareilles que je n'ay pas montrées à Vostre Erninence, faute de loisir.
Il scroit important de travailler à son affaire, ce qui se peut par deux moyens : le premier, en disant nettement à M. le Garde des sceaux et à M. le Surintendant que le Roy veut que le contrôle général des finances soit remis entre les mains des intendans des finances jusqu'à ce qu'autrement en ayt esté ordonné par Sa Majesté; le second, que le Roy veut que son Conseil accepte les offres faites par les commis dudit contrôle
pour rembourser la charge du contrôleur général. Voilà les moyens infaillibles.
M. Tubeuf a refusé avec hauteur la mainlevée que je luy ay fait demander et qu'il m'avoit offerte beaucoup de fois pendant l'absence de Vostrc Éminence, et, en mesme temps, il refuse de venir à la cour, suivant les ordres de la Reyne. Puisqu'il se déclare si hautement , luy qui a un principe de timidité inconcevable, et que Vostre Éminence tient si indifférente ia punition et la récompense , je commence à appréhender que mon application et mon zèle ne puissent produire quelque establissement considérable j>our la subsistance de Vostre Eminence, en quelque estât qu'elle se trouve à l'avenir. M. le Surintendant estant près d'elle, je la supplie de luy dire seulement qu'elle s'est déchargée sur moy de tout ce qui regarde sa maison , et que sa subsistance pour toujours dépend de l'expédition des propositions que je luy feray, et qu'elle attend de son affection qu'il les facilitera d'autant plus qu'il est question de luy donner du pain, qu'elle n'a encore pu acquérir depuis tant de temps qu'elle travaille. Si ces Messieurs ne voyenl que Vostre Eminence a confiance en moy et qu'elle considère les choses dont elle m'a chargé, ses affaires n'avanceront pas.
M. de Bordeaux me paroist plus expéditif et plus disposé à servir Vostre Eminence. Mon avis seroit de voir de quelle sorte il agiroit pendant l'absence de M. de Motteville, pour prendre ensuite résolution de le continuer ou non. Si Vostre Eminence trouve bonne cette pensée, il est nécessaire qu'elle luy tesmoigne gré de l'affection qu'il a pour son service et qu'elle luy fasse connoistre que je luy en ay rendu compte, alin qu'il retourne icy bien disposé; et je crois qu'il peut estre très-utile à Vostre Éminence sur tout cela. Je la conjure de croire qu'aucun mouvement ni d'affection ni de hayne ne m'oblige à luy dire toutes ces choses , mais la seule passion que je dois avoir pour son service, que je conserveray toute ma vie avec une fidélité inviolable.
( Arch. des AIT. élr. France, vol. i3o,, pièce 3g. )
(Lettre originale.)
Tour», as février i65a.
Je demande en grâce à Vostre Éminence qu'elle veuille bien employer une heure toutes les semaines à lire mes lettres et à mettre ses résolutions <n marge de chacun article, afin que cela luy donne moins de peine et occupe moins de temps. 11 n'y a que cette petite application, avec le con-
cours de l'autorité de Vostre Eminence dans les circonstances importantes, et particulièrement dans les commencemens , et la créance qu'elle establira pour moy dans l'esprit de tous ceux qui doivent agir pour le bien de ses affaires, qui les puissent tirer du mauvais estât où elles sont présentement , pour en produire quelque establissement considérable digne de sa qualité et de ses emplois. Je dis ces choses à Voslre Eminence avec d'autant plus de liberté que je me sens vide de tout autre intérest et de toute autre affection que celle de la servir toute la vie avec le zèle et la passion que je dois et auxquels elle m'a obligé par ses bienfaits.
A mon arrivée, M. le Surintendant m'a fait un discours de trois heures, tendant à me faire connoistre une nécessité infaillible de la perte de l'Estat, par le moyen des finances, qu'aucune industrie ne pouvoit sauver tant que les affaires qui les concernent seroient traitées de la manière qu'elles sont présentement. 11 en attribue la cause à M. le Garde des sceaux, par ses difficultés et retardemens, et raesme à un dessein formé, soit que son naturel l'entraisne dans cette conduite, soit qu'il y ayt du concert. Voilà son sentiment, auquel j'ajouteray du mien que je crois certainement que le défaut des finances fera périr l'Estat si Vostre Eminence ne s'applique à en connoistre la cause à fond et à la corriger telle qu'elle puisse estre.
Ledit Surintendant m'a paru fort dévoué à Vostre Eminence. 11 y auroit à appréhender que la connoissance qu'il a de la perle de l'Estat, que j'ay reconnue de mesme dans l'esprit de tous ceux que j'ay vus à la cour, ne le portast dans les mesmes sentimens et dans la mesme conduite, qui est qu»vos ennemis demeurent vos ennemis, les indifférens cherchent d'aulivs attachemens, et les amis se mesnagent fort.
Je demande pardon à Vostre Éminence si je me suis laissé glisser dan> ce discours. Je reconnois mon ignorance sur des raisonneraens de si haute volée. Ce sera pour la dernière fois l.
(Areh. des Aff. éXr.Frmrt, vol. 139, fàècc 1 57 |
( lettre autographe )
(.ompiègne, 10 aousl 1 65a.
J'ay fait les complimens que Vostre Eminence m'a ordonné de sa pari
1 Dans une lettre autographe du lendemain, «3 février, prinri paiement relative à M. de Rordeaiu dont il continue a faire l'é-
loge, Colbert dit au Cardinal en terminant • Au nom de Dieu, envotet-moj „„, dérlara lion pour la faire imprimer, et donnei ordrr
à madame de Turenne1, mademoiselle de Bouillon - et M. le Garde des sceau*. Ils remercient Vostre Éminence de l'honneur de son souvenir. Le dernier a écrit a Vostre Éminenee par M. le chevalier d'Aubeterre 5. J'ay aussy rendu toutes les lettres à leur adresse.
J'ay avis que l'abbaye de Nostre-Dame-la-Grande. sise dans Poitiers, qui vaut 1,800 livres de revenu et qui est à la collation de l'évesque, vaque en régale par la mort du nommé Eschinard 4, dernier possesseur, qui est mort la nuit du a A au a 5 de ce mois. Je conjure Vostre Eminence de me gratifier de ce bénéfice pour mon frère à qui elle a desjà fait la grâce de donner la prévosté de Rugny, dépendant de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, qui vaut 800 livres de revenu, par bail fait par feu M. de Saint- Gervais , qui le tenoit , et que l'on n'a pu augmenter au renouvellement qui en a esté fait. Et comme je ne suis pas d'humeur à diminuer les grâces que Vostre Éminence a eu la bonté de me faire, je l'ay publié de valeur de i,5oo livres. J'espère que Vostre Éminence m'accordera cette grâce, puisqu'il n'y a pas d'apparence que ce bénéfice soit fort couru , et qu'elle n'a point de créature plus fidèle et plus passionnée pour tout ce qui regarde ses intérêts.
Si Vostre Éminence me fait cette grâce, il faut que ce soit promptement, parce que si M8* le cardinal Antoine5 pourvoit, après l'obtention de ses bulles, et que ceiuy qu'il aura pourvu prenne possession avant la provision du roy, la sienne subsistera.
(Arr.h. des AfT. élr. Frnnee, vol. pièce po.)
( L^Un» original*. )
Pontoise, 10 octobre i65a.
J'avoue que Vostre Eminence a eu grand' raison de s'étonner de ne re-
cpi'elle soit envoyée à tous les procureurs généraux des parlemens. »
1 Cbarl otte de Caumont , dame de Saveilles , mariée, en tf>53. au vicomte de Turenne. maréchal de France. Morte à Paris, le 1 3 avril 1 fi66 , âgée de quarante-trois ans.
* Chariotte de La Tour de Bouillon, sœur de Turenne, morte, sans alliance, en juillet
5 Léon d'Esparbei de Lussan, dit Je ehevalur d'Aubeterre. Né en 1619, il fut reçu che-
valier de Malte en 1698. Maréchal de camp en i65i, lieutenant généra! en i655. Mort le 97 avril 1707.
* Eschinard (Jean III), abbé de Notre- Dame-la-Grande, à Poitiers, mort en 1609, âgé de soixante et quatorze ans.
* Antonio Barberini, neveu du pape Urbain VIII. Il fut d'abord évèque de Poitiers. Aumônier d'Anne d'Autriche, puis de Louis XIV, en 1 653 ; archevêque de Reims en \ 657. Mort à Home, le 3 août 1671.
19/i CORRESPONDANCE
cevoir point de mes lettres pendant douze jours; mais je la puis assurer que ce temps a este" employé utilement pour ses affaires, auxquelles je puis dire avec vérité que je ne perds aucun temps, -n'ayant plaisir, divertissement . ni autre affaire quelconque, et aimant assez naturellement le travail.
Mantes, 1 1 octobre
Si M. de Chavigny 1 est mort, Vostre Éminence doit penser, à mon sens, à prendre le chasteau de Vincennes pour elle , quand ce ne seroit que pour avoir un lieu à elle, où pouvoir mettre quelque somme considérable, et, en ce cas , y cstablir quelqu'un de sa maison , des plus affîdés , pour y commander; à quoy M. de Saint-Léonard 2 seroit fort propre. Il faut que je dise à Vostre Eminence qu'une des choses principales sur lesquelles elle doit prendre résolution et s'en expliquer avec moy est des villes ou lieux où elle fait estât de mettre en dépost les deniers dont on pourra faire le recouvrement pour elle, afin de pouvoir prendre les mesures pour faire en sorte qu'ils y soyent en toute seureté ; et , pour cet effet, en choisir trois ou quatre. La raison pour laquelle je dis cecy à Vostre Eminence est que je puis avoir confiance en une personne pour 5o ou 60,000 livres, que je n'aurais point pour qoo. Je puis répondre à Vostre Éminence, comme de moy-mesme.de ce qui se mettra en dépost à Paris, Reims et en Provence. Je puis avoir aussy une personne assurée à Rouen ; et toutes ces personnes se chargeront envers moy par récépissé, et auront du bien ou caution pour répondre de ce qui leur sera confié. Pour les autres lieux, elle s'en expliquera, s'il luv plaist , afin que je prenne mes précautions avec autant de seureté, particulièrement pour Lyon. Et si Vostre Éminence veut réfléchir sur le passé, je luy feray mesme voir des exemples du présent, lorsque j'auray l'honneur de la voir, que la confiance qu'elle prend presque en toute sorte de personnes pour seureté de quelque somme, quelquefois pour sauver quelque change, ou quelque voiture, ou autre chose, ne luy est jamais avantageuse, et luy est très-souvent dommageable.
(Areh. de* Aff. étr. Front», vol. i43, pi*c*
1 Léon Boulhillier, comte de Chavigny, né en 1 Saint-Léonard (Loui*-Léger de Sédithac , 1 608. Secrétaire d'État en 1 03a, surintendant sieur de ), gouverneur de File de Ré en 1 656. des finances en 1 635 , il fut ensuite ministre Maréchal de camp et gouverneur du fort d'Odes Affaires étrangères , grand trésorier des or-, léron en 1 66 1 . Mort au mois de juillet d«> b dres, gouverneur de Vincennes. Mort le 1 1 oc- même année, tobn i65a.
(Lettre chiffrée , non signée. )
Mantes, i3 octobre i65s.
Voslre Éminence m'a fait connoistre , par l'ordre quelle m'a donné d'examiner et conclure sur la proposition faite par le marquis de Pallavicini \ qu elle seroit bien ayse de quelques autres propositions qui concerneroient le trafic ; en quoy Vostre Éminence pourroit non-seulement faire un profit considérable, mais mesme contribuer à restablir le trafic et le commerce dans ce royaume par la protection que Vostre Eminence donnerait à une compagnie qui pourroit estre establie pour cet effet, dans laquelle Vostre Eminence prendrait un intérest notable, et à l'exemple de Inquelle tous les sujets du roy feraient de nouveaux efforts , dans l'espérance de la mesme protection, pour establir d'autres compagnies, ce qui produirait dans la suite un bien que Vostre Eminence sçait et connoist , le commerce estant la principale partie qui maintient un Estât dans l'ordre, la splendeur et l'abondance.
Pour cet effet, j'écrivis dès lors à mon frère d'examiner, sans se découvrir, tout ce qui se pourroit faire du costé du Levant; et, après avoir conféré avec tous les trafiquans de Marseille et meurement considéré tout ce qui se pratique en ce pays-là , il m'envoye deux propositions :
La première, de faire compagnie avec deux ou trois personnes des plus honnestes gens de Marseille et une de Lyon pour le trafic de Levant, qui se fait avec des barques longues. Un fonds de 900,000 livres suffirait pour cela , dans lequel on pourroit faire entrer Vostre Éminence pour un tiers ou pour moitié. Le profit est de s 5 ou de 3o pour cent par voyage, qui dure six mois, et deux mois de vente. En faisant assurer, ce profit est réduit à 1 5 pour cent seulement.
La seconde est beaucoup meilleure , plus faisable et plus avantageuse.
Le Bastion de France2 et terres qui en dépendent appartiennent en propre à un pauvre gentilhomme de Provence , nommé Alphonse de Lanches, seigneur de Moissac5, qui a tous les titres et enseignemens pour rendre son 'Irait incontestable. Il a esté dépossédé il y a quelques années, et à présent
» Tobie, marquis de Pallavicini , étail en- » Place d'Afrique située sur la cote de Bar-
uv au service de France, en 1 65a, avec le barie.
prince Thomas de Savoie. Sergent de bataille 3 Moissac, canton de Tavernes, arrondisse-
*>n i646, maréchal de camp en 1 655, il se ment de Brignoles (Var). n-iira du service i année suivante.
le sieur Pecquet, marchand de Lyon, jouit dudit Bastion en vertu d'un simple brevet du roy, qui luy a esté donné par M. le comte de Brienne. auquel on dit qu'il donne 4,ooo livres de pension par an; et comme etifl sont très-mal payées présentement, on pourroit se rendre maistre dudil Bastion :
Soit en faisant proposer la mesme pension à mondit sieur de Brienne. sous le nom de quelque autre marchand que Vostre Éminence pourroit appuyer de sa recommandation, en donnant toutes les expéditions nécessaires, tant pour déposséder ledit Pecquet que pour entrer en jouissance paisible dudit Bastion, ce qui seroit très-facile;
Soit en traitant avec ledit de Moissac de son droit, ou pour prendre à ferme, ou de la propriété , et faisant ensuite mettre ses titres entre les mains d'un maistre des requestes et donner arrest au Conseil d'en haut pour ta dépossession dudit Pecquet;
Soit en demandant au Roy ledit Bastion pour Vostre Kminence, sous son nom ou sous quelque autre, comme elle jugera pour le mieux; à quoy il n'y a point de difficulté , puisque le Roy est en possession de ce droit . Pecquet jouissant en vertu de son brevet.
Ayant la possession du Bastion par l'un de ces trois moyens , on establira une compagnie de deux personnes d'intelligence et de probité, l'une à Marseille , l'autre à Lyon , pour la réception et le débit de toutes les marchandises, avec un fonds de 000,000 livres comptant. Le profit reviendroit au moins à 5o pour-cent par an, comme on le fera voir par le mémoire du prix des marchandises sur les lieux, des frais et de la valeur d'icelles en France, qui sera envoyé à Vostre Eminence au cas qu'elle agrée cette proposition.
Vostre Éminence pourroit entrer, ou sous son nom, ou sous le nom de mon frère, pour un tiers ou pour moitié. Outre la propriété du Bastion, il luy seroit fait une pension assez considérable par la compagnie; et comme ce trafic est fort limité, en quatre ou cinq ans de temps on pourroit estre remboursé de son principal.
(Arcb. des AIT. étr. France, roi. 16S, pièce "]»■)
(Uttre originale.)
Mantes, 16 octobre i65*.
J'envoye à Vostre Éminence Testât général qu'elle m'a demandé. Elle considérera, s'il luy plaist, q'ue je l'ay fait dans le premier dessein qui
AVEC M AZAHIN. 197
Vostre Éminence avoit de le rendre public pour servir de réponse aux reproches qui luy esloient faits de l'enlèvement des trésors. Ainsy, après avoir tiré par un assez grand travail l'éclaircissement entier de tout ce que Vostre Éminence avoit avancé et généralement de lestât de toutes ses affaires , je le réduisis, l'augmentant et le tournant, en la forme que je jugeay la plus favorable pour estre reçu du public, ce cmi le rendra peut-estre, en beaucoup d'articles, peu intelligible à Vostre Eminence, et mesme l'étonnera sur le sujet des dettes de Cantarini et de Boucher. Mais comme je nestois pas instruit de ces deux sortes d'affaires (de la dernière desquelles j'ay desjà sorty Vostre Éminence assez nettement), et que j'avois envie d'augmenter cet estât le plus vraysemblablement qu'il se pourrait , je ne fis point de difficulté d'y employer ces deux parties. Vostre Eminence ne doit donc tirer de cet estât que ce dont elle aura connoissance, et pour le surplus se remettre à l'éclaircissement que je pourray luy en donner.
(Art*, des AIT. étr. France, vol. i43, pièce 89.)
(Lettre originale.)
Paris, 1" novembre i65a.
J'ay reçu le paquet de Vostre Eminence du a 7 passé, et à l'instant j'ay rendu toutes les lettres à leurs adresses et particulièrement celles de MM. le Chancelier, Châteauneuf et le Garde des sceaux. Je puis dire certainement à Vostre Éminence que tout le monde se réjouit de son retour; et il n'y a très-certainement aucun fascheux événement à craindre de son entrée dans Paris. Et sur cela, je ne puis m'empescher de dire à Vostre Éminence, avec le respect que je luy dois, qu'elle ne devrait point prendre la précaution d'aller à Saint-Germain pour venir à Paris avec le Roy. 11 me semble que si le Roy demeurait au Louvre et que Vostre Eminence entrast dans Paris, accompagnée des chevau-légers et gendarmes de la garde, par la porte Saint-Martin , et allast droit au Louvre seule, cette entrée serait bien plus ferme, plus intrépide, et ferait bien mieux connoistre aux estrangers et à toutes les provinces du royaume combien le Roy est maistre de cette ville; et je serais facilement caution qu'elle se peut entreprendre sans aucun péril. Je sçais que Vostre Eminence n'entreprendra pas cette action sur mon cautionnement, mais elle y fera telle réflexion qu'il luy plaira. Surtout, que Vostre Éminence ne se laisse point persuader par sa bonté naturelle au rappel des exilés. Au contraire, qu'elle prenne résolution d'en exiler de
nouveaux aux premières propositions qui seront faites contre l'autorité du roy dans le parlement. Vostre Eminence sçait que je ne m'ingère guère des affaires d'Estat. Je luy demande excuse pour cette fois : mon zèle m'a emporté; je reviens à ses affaires...
Je fais sortir toutes les personnes que M. Tubeuf avoit logées dans le palais de Vostre Eminence, etferay nettoyer partout. Je m'étonne de n'avoir encore reçu aucun ordre touchant ce que Vostre Éminence désire estre fait pour son logement et pour tout ce qui regarde sa maison
J'ay écrit à mon frère sur la proposition qui agrée à Vostre Eminence. afin qu'il en tire toujours plus d'éclaircissement et qu'il m'en fasse part. Je luy ay écrit aussy de faire radouber le vaisseau la Bergère et d'en faire faire l'estimation avec la personne qui ira à Toulon, de la part de M. le marquis de Pallavicini, afin qu'ensuite l'on puisse convenir du prix. Aussytost que- la fluste la Cardinale sera arrivée à Brest, je feray faire la mesme chose. Ainsy, l'on pourra dans peu donner commencement à cette affaire sans se servir du vaisseau le Berger, qui demeurera dans l'armée navale.
(Areh. des AIT étr. France, vol. i43, pièce 1&9. )
(Lettre autographe.)
Paris , 6 janvier 1 653.
M. d'Aligre me pria hier d'assurer Vostre Éminence de son entière dévotion à son service et que, la Reyne leur ayant fait l'honneur de les continuer, M. de Morangis et luy, dans l'exercice de leurs charges et de leur donner l'autorité jusqu'à ce que Vostre Éminence cust déclaré ses inten-
1 Le s janvier i653t Colbert écrivait au Cardinal sur le même smet : « Pour ce qui est du logement de Vostre Eminence, je crois luy avoir mandé que nous avions destiné quelques lieux propres pour partie de son train , mais non pas du noslre. A cet efTet, il s'est trouvé madame la princesse Palatine qui avoit loué
de prendre deui ou trois chambres pour quelques officiers et pour faire la table des gentilshommes. M. Ondedei luy en doit parler pour la céder à Vostre Éminence. En ce cas, elle y pourra loger une partie de sa maison ; sinon , I avis dudit sieur Ondedei et le mien est que , Vostre Éminence ayant grand logement dans le
Louvre pour loger toutes les personnes qui sont nécessaires auprès d'elle, une cuisine et quelques offices, nous louerons , le plus proche qu'il se pourra , une salle pour la table des gentilshommes avec quelque autre lieu pour un office et pour le coucher. Tout le reste de la maison de Vostre Éminence reprendra les mesmes appartenons qu'elle avoit dans son palais; de cette sorte , il n'y aura pas de lieu pour la table des valets de chambre, et nous croyons que Vostre Éminence la peut retrancher comme inutile. Si Vos In: Éminence approuve ce projet, il faudra faire travailler à quelques réparations légères dans son palais. ( Mss. Raluxe, Ailier» de» Ar- *mire»,\o\. s 16, fol. 188.)
bons sur restablissemeut à faire \ ils n'avoient pour bat, l'un et l'autre, que d'obéir en tout à Vostre Eminence et de faire toutes les choses qu'ils luy estre agréables; qu'ils la prioient seulement de faire passer et ses volontés par la voye d'une seule personne à qui ils donneront une entière créance, et qu'il plaise à Vostre Eminence de la leur
La Reyne me lit hier l'honneur de me demander si M. le Surintendant défunt avoit fait de si grandes affaires pour Vostre Éminence et de telle nature que, pouries tenir secrètes, elle fust obligée de laisser les affaires en Testât ^qu'elles estoient, sans donner l'autorité aux directeurs, afin de la conserver à M. de Bordeaux. Je fis réponse à Sa Majesté qu'il ne s'estoit [tassé aucune affaire dont je ne fisse le rapport à Sa Majesté en présence de deux mille personnes. Elle me dit qu'elle le croyoit, mais que M. Ondedei , avec la princesse Palatine , luy avoient voulu persuader le contraire. Je ne ferois pas ce discours à Vostre Eminence s'il ne m'avoit esté fait par la Reyne mesme, de qui Vostre Eminence le peut sçavoir, et je crois cslre obligé en conscience de luy faire rapport d'un [discours] de cette nature. Je la supplie seulement que personne ne voye ma lettre.
Pour ce qui est de l'establissement à faire [d'un surintendant], Vostre Eminence voit et connoist fort bien tous les sujets qui en sont dignes, et je voudrois que personne ne se meslast de luy donner son avis sur une matière si délicate. Ma raison est que je vois peu d'avis qui ne soyent fort intéressés; et je le connois si bien que, crainte que si j'en disois quelque mot à Vostre Éminence, le mien ne fust mis au rang des autres, j'aime mieux m'en taire tout à fait, joint que je crois certainement que Vostre Éminence choisira beaucoup mieux quand elle aura l'esprit libre et débarrassé de tous les avis et de tous les rapports des personnes intéressées à proposer et à chercher. Je ne puis pourtant m'empescher de luy dire en deux mots : qu'elle se
1 II s'agissait du remplacement du surintendant de La Vieuviile, qui venait de mourir. Colbert avait écrit sur ce sujet a Mazarin, le l janvier 1 653 : * La mort du Surintendant va «rester toutes les affaires de finances de Vostre Éminence. Il est important qu'elle luy donne promptement un successeur. Je le souhaite meilleur pour ses affaires que le précédent. Je n eotreprendiay pas de luy dire mon sentiment sur cette affaire , sçachant bien qu'une infinité de personnes luy en écrivent selon leurs tnlérests.» Trois jours après, Colbert écrivait "woreau Cardinal sur le même sujet : « Je crois -ire obligé defcureiapportàV
des propositions que l'on me fait, et que je le puis faire sans me rétracter de l'assurance que je luy ay donnée que je ne me hasarderais en aucune façon de luy rien dire sur le sujet de l'establissement à faire dans les finances. M. de Bordeaux m'a prié d'écrire à Vostre Éminence que si elle prenoit la résolution de composer un conseil de finances, il croyoit avoir assez fait connoistre a vosire r.inineure son entière uevotion à son service pour prendre la liberté de luy demander en grâce une place de directeur; qu'outre celte dévotion dans laquelle luy et son iils continneront toute leur vit?, il offre de faire
CORHESPOINDANCE
donne garde de ceux qui sont d'esprit à sacrifier et à donner beaucoup aux subalternes pour avoir plus de facilité de tromper le principal. C'est, en deux roots, le désordre du temps passé, qui est celuy de tous qui peut apporter le plus de préjudice aux affaires de Vostre Eminence et à l'Estat.
(Areh. des AIT. élr. France, vol. tbo, pièce »5.)
(Minute autographe.)
Paris, 19 janvier 1 653.
J'ay retenu et loué une petite maison assez commode, qui appartient à M. le Premier, pour le logement d'une partie de la famille de Vostre Eminence. Elle a une porte dans la cour et cuisines du Louvre. 11 y a lieu pour mettre deux carrosses, et des écuries pour dix chevaux, sept ou huit chambres, quelques offices, et une petite salle pour faire manger les gentilshommes de Vostre Eminence. Je crois que, par ce moyen, sa famille sera fort commodément logée pour son service; il est nécessaire qu'elle envoyé son mareschal des logis et un autre officier de sa maison pour disposer toutes choses trois ou quatre jours avant son arrivée...
Sur la très-humble prière que je fis faire à Vostre Eminence deux ou trois jours après son départ, elle eut la bonté d'écrire à M*1 le cardinal Antoine et à M. de Périgueux1 pour leur demander leur voix, pour l'assemblée générale du clergé de France en 1 655 , pour M. l'abbé Poncet^. M. de Périgueux a promis positivement. Il* le cardinal Antoine balance
qu'il est assuré d'une avance de i,aoo,ooo livres que Launay , Grave, Girardin et quatre receveurs généraux feront pour luy au ras qu'il demeure dans les affaires avec autorité; et que si Vostre Eminence , au lieu d'un conseil de finances, prend résolution d'estabiir deu* surindu service du roy, qu'il y en ayt un de sa profession; il demande aussy cette grâce à Vostre Eminence, qui luy donnerait, avec plus de pouvoir, aussy plus de moyen de tesmoigner à Vostre Eminence son tele et sa passion. Ce que je puis ajouter à Vostre Émineuce est que cet homme-là a un merveilleux talent pour embarquer l'homme d'affaires, et qu'on luy est obligé de tous les édita qui ont esté vériOés ces jours passés, tant pour les avoir concertés que
qu'il a rangés à son avis. El je crois de pla> qu'il y aurait quelque scureté à sa parole. Je ne discutcniy pas plus avant s'il serait l»on ou mauvais, tant pour les intércsls de Vostre Eminence que pour sa réputation, de luy accorder une grâce de cette condition. Elle jugera néanmoins facilement, par tout ce qui s'est passé jusqu'à présent , que je ue suis porté de faire ce discours à Vostre Eminence d'aucun autre motif que de luy en faire récit pur et simple.* (Arcli. des Aff. étr. France, vol. i5o, pièce i5.)
1 Cyrus de Villers, d'abord grand maitre delà chapelle du roi. Évoque de Périgueux eu i653. M«rt le h octobre 1667.
* Michel Poucet, évéque de Sisteron (1667), puis archevêque de Bourges (1676). Mort dans cette ville, le a 1 février 1 677 , Agé de soixante et
entre luy et le doyen de Poitiers, qui poursuit la mesine chose. Vostre Éminence sçait assez combien il est important au service du roy et à celuy particulièrement de Vostre Eminence d'avoir une personne entièrement à elle dans un poste si considérable. M. l'abbé Poncet est desjà engagé par reconnoissance , ayant reçu des bienfaits de Vostre Éminence l'abbaye d'Oyrvaut, lors de la contestation pour la cure de Saint-Eustache. C'est une personne qui a des parens, dans les compagnies souveraines, qui ont toujours esté dans de bons sentimens; et qui, de luy-mesme, dans son poste de docteur de Sorbonne, a rendu depuis peu un service considérable ; qui est tous les jours en estât d'en rendre sur le sujet de 1 emprisonnement du cardinal de Retz; et de plus, si Vostre Éminence m'en croit, homme d'honneur, et à elle sans réserve; je le confirme, et en suis assuré comme de moy-raesme. Je la supplie donc d'ordonner un mot de remerciement à M. de Périgueux sur la parole qu'il a donnée; d'écrire à l'abbé Ondedei d'en parler une seconde fois à Son Eminence Mgr le cardinal Antoine et de luy tesmoigner que Vostre Eminence le luy demande pour le service du roy et pour sa satisfaction particulière; et qu'elle ayl la bonté de se souvenir, lorsqu'elle sera à la cour, d'en dire un mot à Sadite Eminence. Je puis assurer Vostre Eminence qu'elle n'aura pas de regrets d'avoir appuyé de sa protection un homme de cette étoffe.
(Bibl. Imp. Mm. Bahuc. Papier, de* Armoire, vol. 9i6,foi. i93.)
(Minute autographe.}
Paria, 09 janvier i653.
Vostre Éminence ayant à passer par Laon et Soissons pour retourner à la cour, je me crois obligé de luy dire quelques détails des deux abbayes sises en ces deux villes, afin qu'elle en soit informée.
l/cs religieux de Saint-Martin de Laon ont avoué de grandes prétentions contre Vostre Eminence; et comme je continue d'agir avec eux un peu hautement, pour les obliger à se rendre plus raisonnables, je supplie Vostre Eminence de leur tesmoigner qu'elle n'est pas satisfaite de ce qui s est passé, de ne pas se laisser vaincre aux instances qu'ils luy feront pour le rappel du prieur, et de les renvoyer à moy, au cas qu'ils luy parlent d'affaires.
Les religieux de Blérancourt1 pourroient bien aussy importuner Vostre 1 Arrondiweiiienl de Laon, canton de Coticy-le-Châleau (Aisne).
Eminence sur lu sujet du payement de leurs pensions , d'autant plus que je leur ay fait faire une diminution du quart. Elle aura agréable aussy, en les recevant avec sa bonté ordinaire, de les renvoyer à moy.
J'ay fait donner arrest au Conseil pour la restitution d'une somme de Vô i livres que Messieurs du clergé de Laon ont contraint le trésorier de payer pour quelques frais de ville. Au cas qu'ils en parlent à Vostre Éminence, comme je n'en doute point, je crois qu'elle s'en peut relascher et faire dire de sa part audit fermier qu'il n'en poursuive pas davantage l'eiécution.
Surtout, je supplie Vostre Éminence de faire connoistre, aux occasions, à tous les officiers d'armée, qu'elle ne prend pas plaisir à voir ruiner toutes les terres dépendantes de ses abbayes, comme elles ont esté par le passé Qu'elle fasse connoistre qu'elle leur veut donner à l'avenir une protection ellicace et les tirer du déplorable estât où elles sont réduites. C'est le seul moyen de les remettre en quelque valeur. Je ne dis pas à Vostre Eminence d'observer de ne point donner d'ordre de quartier d'hyver dans les villes sur l'Aisne, ni dans Grandvillers , comme elle les avoit indiquées dans son projet , parce qu'il faudrait abandonner tout si Vostre Eminence ellemcsme les sacrifioit.
Pour Soissons, il y a quatre ou cinq mois que je mesnage un traité avec les religieux pour raison des réparations et aumosnes; et comme tou> ces réformés sont grands chicaneurs, il est bon que Vostre Éminence leur tesinoigne qu'elle n'a pas grande satisfaction de leur conduite.
Voilà, Monseigneur, ce dont j'ay cru devoir vous informer pour ce qui regarde ces deux abbayes.
Pour l'évesché et les trois atbayes de Metz , si Vostre Éminence n'obtient de M. le marescbal de La Ferté-Senneterre qu'il en traite les dépendances plus favorablement qu'il n'a fait par le passé, mesme depuis qu'elles appartiennent à Vostre Éminence, il n'y a pas d'apparence que l'on en puisse jamais tirer aucune chose. Il semble audit sieur mareschal que la qualité de serviteur de Vostre Eminence, qu'il professe depuis longtemps et dont il a donné des marques dignes de la satisfaction de Vostre Eminence, peut subsister en pillant et saccageant toutes ses terres, les chargeant de logemens de gens de guerre, de fortes contributions, et mesme luy déniant ce qui luy est justement et légitimement deu. C'est là une erreur qu'il faut que Vostre Eminence guérisse par elle-mesmc, et sur quoy il est nécessaire qu'elle entretienne le sieur mareschal et le fasse convenir de la proposition que'je luy ay faite sur les 3o,ooo livres que la Lorraine doit à l'évesché de Melz, suivant le mémoire cy-joinl dont le sieur mareschal a
AVEC M AZAHIN.
la copie. En outre, qu'il consente à la neutralité des dix chapelains de l'évesché, au cas qu'on la pust obtenir du gouvernement du Luxembourg et du duc de Lorraine 1 ; sinon , qu'il les décharge de tous logemens de gens de guerre, du quartier d'hyver, et leur fasse donner un soulagement considérable des contributions. La neutralité doit d'autant plus facilement estre consentie par ledit sieur mareschal qu'il l'a consentie, il y a deux ans, pour Comraercy, en faveur de M** le cardinal de Retz. La raison pourquoy je dis que Vostre Éminence doit traiter de cette affaire ellettiesme est que j'en ay parlé trois fois à M. de Senneterre 2 qui m'a toujours dît qu'il ne vouloit point se mesler d'affaires d'intérests entre Vostre Eminence et son fils; et, en ayant parlé et fait parler trois fois à celuy-cy, je n'en ay pu avoir aucune réponse.
11 me semble que Vostre Eminence dcvroit bien penser a décharger ses abbayes de pensions dans une si grande vacance de bénéfices. Si elle ne pense à establir un revenu en bénéfices qui puisse fournir 5 la meilleure partie de la dépense de sa maison, je ne sçais pas qui y pourra penser pour elle.
(Bibl. Imp. Mbs. Baluie, Papier» du Armoire*, vol. *i6, fol. 199-)
94 — A MAZAR1N.
(Minute autographe.)
Pari.,8may i653.
Je ne reçus qu'hier au soir, fort tard, par M. le milord Germain5, la lettre de Vostre Éminence du 6 courant.
Aujourd'huy. je luy donneray des leltres de 10,000 florins pour Hollande au meilleur compte qu'il se pourra. Sur la proposition que j'ay faite à Vostre Eminence pour la suite de cette afTaire, après avoir conféré avec M. le marquis de Pallavicini, j'ay trouvé qu'elle recevoit plus de difficulté «jue je ne croyois, parce que la Bergère est nolisée pour le voyage de Portugal et le retour à Gènes et ainsy ne peut servir à ce dessein. Il ne nous reste que la Cardinale, qui seule n'est pas suffisante; et, de plus, ledit sieur de Pallavicini n'est point d'avis de la hasarder sur la bonne foy des Anglois, particulièrement pour Hollande, tant que la guerre durera.
1 Charles IV, duc de Lorraine, nô en i6o4. Mort le 18 septembre 1675.
' Henri de Senneterre, chevalier dos ordres du roi , gouverneur de Champagne, ambassadeur t*n Angleterre et à Rome , ministre d'État,
père du maréchal de Senneterre. Mort à Paris , le A janvier 1669, Agé de quatre-vingt-neuf ans.
* On le voit , en 1 660 , premier écuyer de Charles II, chargé de féliciter Louis XIV sur
son mariage.
COHKESPONDANCE
Vostre Eininence jugera , el me fera sçavoir ses volontés; cependant nostrc argent sera prest à point nommé.
J'ay vu et examiné la lettre de M. de Saintes 1 ; et puisque Vostre Éminenee m'ordonne de luy en dire mon sentiment, je crois qu'il est bon de se servir du sieur Hubert, jusqu'à ce que Vostre Éminence ayt fait l'establissement qu'il est nécessaire de faire pour ses intérests dans Brouage, que j'estime trop considérables et trop importans pour luy en confier la direction. Ce sera à Vostre Éminence à faire choix d'une personne qui ayt toutes les qualités nécessaires pour en estre servie utilement, qui puisse digérer et faire la distinction de tous les avis qui luy seront donnés tant par ledit sieur Hubert que de toutes les autres parts, et l'employer à ce dont elle le jugera capable. Ce choix doit estre fait promptement; et Vostre Éminence n'y doit point agir par recommandation , mais par connoissance prise par elle-mesme de la fidélité et capacité du sujet sur qui elle jettera les yeux, le défaut de l'une ou de l'autre de ces qualités luy pouvant apporter de grands préjudices. Et au cas que Vostre Eminence se décharge de ce choix sur quelqu'un, ce doit estre apparemment sur moya, puisque, dans l'honneur qu'elle m'a fait de me confier toutes ses affaires, je puis et dois inieuv connoislre les qualités el les talens nécessaires pour bien servir Vostre Eminence; el pour la fidélité, je n'aurois garde 4e luy proposer aucune personne dont je ne répondisse comme de moy-mesme.
Ce que Vostre Eminence souhaite, de voir à son retour sa grande galerie tapissée, et tout ce qu'elle a ordonné, est impossible. Le sieur Bernardiu a peine de trouver des peintres à fresque; et la grande tapisserie ne peut pas estre restablie en douze jours de temps, quoyque l'on y travaille incessamment; aussy ne peut-elle estre tendue que toutes les places des statues ne soyent peintes , ce uui ne se peut faire qu'avec le temps. Je n'avois pa* encore sçu que Vostre Eminence vouloit que l'on raccommodast la chambre près de la salle. 11 faut pour cela mettre une poutre neuve au lieu de celle
1 Louis II, fils de Bassompierrc et do Marie de Balzac d'Enlragues, évêque de Saillies en iM8. Morl à Paris le 1" juillet 1676.
1 Dans une précédente lettre du 1 8 novembre i65a, Colbert avait dit à Mazarin : «Si j'ay tontes h-s qualités nécessaires pour la servir, comme le choix que Vostre Éminence a fait de moy doit le faire croire, la créance et confiance qu'elle doit avoir en moy ne doit estre ni partagée, ni disputée, ni contestée par aucune personne. Je n envie à fiersonue son emploi et ne me pique «pie de me bien acquitter
du mien. Ces grands esprits qui embrassant toutes choses sont rares. Pour moy, je m'avoue des médiocres qui ne s'estiment capables que d'une nature d'affaires , mais qui , dans l'apphcalion tout entière et la passion pour s'en bien acquitter, ne peuvent souffrir de travers»* i|<« louchent à l'honneur, et qui sont fort déliai sur celte matière. Vostre Eininence y apportera le remède qu'elle jugera nécessaire. Pourmo?. je luy donne carte blanche." (Arch. des » élr. Frottée, vol. 166 , pièce 5.)
qui est rompue. Les charpentiers y travailleront demain, et dans huit jours cola sera fait. Je fais aussy demain reporter toutes les statues pour commencer à réparer l'appartement bas. Pour l'appartement du Louvre, on élargit les portes; mais il est impossible d'élargir les cabinets* sans gaster les deux autres pièces; et ce qui rend encore cela plus impossible, c'est que , pour soulager l'appartement du roy, on a esté obligé de faire porter toutes les cloisons aux poutres du dessus , en sorte que pour changer cet ordre il faudroit tout recommencer de nouveâu. Quand Vostre Éminence aura l'onsidéré toutes ces choses, elle demeurera d'accord sur cette impossibilité.
(MU. Imp. Mm. Baluze, Papier» de* Armoires, vol. a 16, fol. ai h.)
(Lettre autographe.)
Pari», aa juin 1 653.
J envoyé à Vostre Éminence une liste des personnes qui ont écrit pour elle, qui demandent quelques gratifications. Comme elles paraissent assez incommodées, le bien qu'elle leur fera sera double, si elle le leur fait promptement.
(A cette lettre était joint le billet suivant, également autographe.)
Son Éminence résoudra, s'il luy plaist, quelles gratifications elle désire faire aux cy-après nommés qui ont écrit pour elle pendant les derniers temps :
A la damoiselle de Nervèze 1 , qui est en grande nécessité et qui presse fort;
Au sieur Colletet2, qui a fait plusieurs pièces de poésie en faveur de Son Éminepce, et auquel elle donnoit cy-devant 600 livres de pension;
Le sieur Boyer3, qui luy a dédié une Bibliothèque universelle, a fait plusieurs pièces imprimées ou à imprimer;
On demande 3oo livres pour les frais d'impression du Ministre rictorieux de l'Envie.
Les Carmes des Billettes disent aussy avoir esté renvoyés à Colbert par Son Eminence, pour quelques gratifications. •
• (Arch. des aflT. étr. France, vol. i5o, pièce ng.)
1 Suzanne de Nenèze, auteur de plusieurs çaise; auteur de tragédies, de pastorales et
mazarinadea indiquées dans la Bibliographie d'un Art poétique. Mort en 1 65g.
des Mazarinades de M. C. Moreau. ? I/abbé Claude Boyer, prédicateur et poêle,
Colletet , né à Paris en i 598 , né a Alby en 1 61 8, reçu à l'Académie françafse
de l'Académie fran- en 1666. Mort en 1698.
(Minute auU*r.pb,>
Pari», ig juillet i653.
Je reçus hier au soir, fort tard, la lettre de Vostre Éminence, du mesme jour. Ce matin, j'ay rendu à Messieurs les surintendans celle qui estoit pour eux ; je leur ay dit en mesme temps ce que Vostre Éminence m ordonm* pour les recommandations qu'elle ne leur pourra faire par écrit, et les ay pressés pour les 5o,ooo écus de La Fère. En mesme temps, la Reyne ma fait ordonner de me rendre à son lever. A quoy ayant obéy, Sa Majesté m'a demandé ce qu'elle avoit à faire pour La Fère. Je luy ay dit que Vostre Eminence avoit donné sa parole à M. le mareschal d'Estrées'de faire paver demain 5o,ooo écus à M. de Manicamp, et qu'il estoit fort nécessaire que Sa Majesté eust la bonté d'envoyer quérir Messieurs les surintendans et leur ordonner d'y pourvoir en ce temps, et luy ay rendu compte en mesme temps de ce que j'avois fait avec eux. Sur quoy Sa Majesté m'ayant dit qu'elle jugeoit difficile de trouver cette somme si promptement, je luy ay reparty que Vostre Éminence y avoit pourvu par l'ordre qu'elle m avoit donné d'engager ses pierreries et de donner jusqu'au dernier sol de ce qu'elle pouvoit avoir pour cela. Sa Majesté m'a répondu que vous estiez estrange, et que vous n'aviez jamais un sol. A quoy j'ay facilement condescendu. Elle a engagé Messieurs les surintendans de luy rendre compte ce soir de ce qu'ils auront fait. Cependant Vostre Éminence peut estre assurée que je fourniray cette partie de quelque façon que ce soit.
La Reyne doit voir demain le palais de Vostre Eminence. Tous les ornemens que Vostre Eminence a ordonnés seront exécutés. Pour les peintures et autres ouvrages de plus grand travail, elle peut estre assurée que l'on n'y perdra point de temps.
J'ay fait visiter aujourd'buy par les sieurs Lemcrcier, Messier et Doublet la charpenterie de la bibliothèque. Nous avons trouvé que les murs poussent en dehors d'un pouce sur six pieds, ce qui pourroit à la longue faire courre risque à ce grand bastiment. Le défaut vient de la charpenterie. Je fais faire un rapport du mal , et du remède que l'on peut y apporter, pour l'envoyer à Vostre Éminence.
1 François-Annihal . duc d'Estrées, éveque de Noyon en 1 5g4 ; il prit la carrière des artne.1 en i ."> i r , mus le nom de marquu de Cépwwct, Gouverneur de rile-de-France et d*
Laon en tôgg; maréchal de camp en i6is . maréchal de France en 1696; duc et pair en i6&8. Mort à Paris, le 5 mai 1670,% de quatre-vingt-dii-huil an*.
AVEC MAZARIN. â07
J'ay reçu par M. Faberl 'joo bouteilles de Spa, que je fcray conserver en la manière que le sieur Poisson m'écrit, jusqu'au retour de Vostre Émi-
nence.
Mon frère m'écrit de Provence que Mesdames sœurs1 de Vostre Éminence se plaignent de la somme que Vostre Éminence leur a donnée, comme estant trop modique.
(Bibl. Imp. Mm. Baltize, Papier, de» Armoire*, vol. si 6, fol. >Si. )
Paris, a6 juillet i653.
Monseigneur, j'envoye à Vostre Eminence une quantité de devises dont file choisira celles qui luy plairont le plus. Les mots de : Murmure quanto <juam frustra, et Inverti virtute viam, sont trouvés les plus beaux: celuy-là pour l'infanterie, celuy-cy pour la cavalerie. Les drapeaux et estendards se font toujours ; et après que Vostre Eminence aura fait son choix , ils seront achevés en trois jours de temps.
Je conjure une seconde fois Vostre Eminence de me permettre de déclarer à Messieurs des finances qu elle ne pourvoira plus au pain de Champagne, et décrire la mesme chose sur la frontière, afin que nous sortions une fois pour toutes de cette sollicitude2.
Vostre Eminence se peut tenir quitte des remerciemens qu'elle avoit dessein de faire à Messieurs les surintendans. Il est vray que les 5oo,ooo livres de remboursement sont assignées sur la généralité de Paris en 1 654. L'on vient à bout avec force de tout ce que l'on demande à longs jours , à la charge que ce que l'on donne se trouvera diverty à point nommé. Pour tout ce que Ton demande comptant, l'on vous donne des traites sur l'élection d'Issoudun, sur le sieur Coquerel, et autres de mesme nature, que l'on oseroit à peine offrir au dernier homme du royaume. H y a icy des lettres de change de M. Fabert; je déclare à Vostre Éminence que je n'ay pas de quoy les acquitter (soit 60,000 livres), et qu'elles seront protestées. Et pour la subsistance de sa maison , il en sera de mesme.
' Le cardinal Maxarin avait deux sœurs : l'aînée époiifta, en i63A, Jérôme Martinozzi; U cadette fut mariée à Michel Mancini.
» Le «3 juillet, Colbert avait déjà écrit à ce sujet à Maxarin : - Le malheureux pain de munition de Champagne nous va accabler par la
dépense des mois de may, juin ,juillet,que Ton doit demander dans pou de jours, sans avoir moyen d'y fournir. Vostre Eminence s'est toujours voulu charger de la sollicitation de cette aiiaire; je vouarois uien qu eue se muiusi rnnrger auRsy du payement.-