‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 30 sur 108 · IO · texte numérisé non relu

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et la seconde , qu'il croyoit que je fusse attaché d'amitié avec le président de Maisons. Sur quoy je luy repartis que, sur la première, je n'avois rien à dire; que, pour la seconde, vous en aviez la preuve en main; et que. quand bien cela seroit, une amitié particulière n'estoil pas capable de m»1 faire manquer à la fidélité que je vous devois, et que je croyois que vous me rendriez bien celte justice. Je vous avoue ingénument que je fus touché de voir que mondit sieur de Mercœur prenoit le party de ces Messieurs contre moy, et ajoutoit foy à tout ce qu'ils luy avoient dit.

Je vous assure qu'il est très-nécessaire que vous terminiez promptement tous ces petits démeslés. . .

Vostre vaisselle d'argent partira d'icy dans la semaine prochaine. J'espère que le tout pourra arriver à Sedan la suivante.

M. de Bordeaux intendant des finances, m'a envoyé prier ce matin, par M. de Landais, qui est à M. de Mercœur, de l'aller trouver sur le midy. J'ay répondu que je ne le pouvois faire sans ordre de vous, parce que je vois bien que toutes ces demy-conférences ne peuvent rien produire pour l'avancement de vos affaires.

(Bibl. Imp. Mm. Balaie, Papicrt de* Arvwtm, vol. 363, fol 7©.]

(Minute autographe . *n partie.)

Paris, 1 5 octobre » 65 1 .

Je reçus hier seulement vostre billet du 10. Vous pouvez croire, pour ce qui regarde le bénéfice que je vous ay demandé, si je l'offriray de vostre part avec joyc à M. Talon, estant résolu de demeurer toujours dans tes termes que je vous ay dits, de ne vous faire jamais aucune demande qui vous puisse estre à charge , en quelque manière que ce soit. Aussy, vous pouvez estre en repos de cette affaire et de toute autre de pareille nature.

M. de Bordeaux , intendant des finances , m'envoya prier, il y a qualre jours, d'aller chez luy, en suite d'une lettre qu'il a reçue de M. Ondedei, par laquelle il luy faisoit connoistre assez nettement et fortement ce qui estoit de vos intentions sur la conduite présente de M. de La Vieuville à mon égard , et le prioit de s'entremettre en celte affaire , et de l'accommoder en

1 De Bordeaux, intendant des finances en 1 fi/uj ; maître des requêtes, président au grand ronseil, en 1 65 1 ; ambassadeur à Londres en 1 65 h ; chancelier de la reine et conseiller du

roi en 1660. Mort le 7 septembre de o'Uv année, à l'Age de trente-neuf ans. D'apK-s !«■ cardinal de RcU, M. de Bordeaux était le confident intime de M. de La Vieuville.

sorte que ledit sieur de La Vieuville souffrist que je le visse. Je fis réponse à celuy qu'il m'envoya que j'avois ordre de vous de ne plus solliciter aucune affaire de finances, et qu'il seroit inutile de le voir. ( Ce qui suit est de la main de Colbert.) Mais, ayant consulté un peu plus meurement sur cette réponse, je Irouvay que j'estois obligé de rechercher toutes les voyes pour me raccommoder avec ledit sieur de La Vieuville , afin de contribuer, autant qu'il seroit en moy, à remettre vos affaires dans le bon train. Ainsy, j'allay trouver ledit sieur de Bordeaux qui me parut mal satisfait de M. de La Vieuville, particulièrement de ce que toute sa confiance estoit entre les mains de Brisacier \ du chevalier de La Vieuville et de Bartet, et de ce qu'il n'avoil rien fait pour vous, dans ce commencement, où il l'avoit vu, avec assez de libéralité , distribuer i5 ou 1,600,000 livres qu'on luy avoit prestées par son entremise (ce sont ses propres termes); qu'il avoit fait voir au père et au fils, le chevalier, la lettre de M. Ondedei ; que le dernier luy avoit dit que son père avoit pris des mesures avec Bartet pour ce qu'il devoit faire pour vous; et que, après une assez longue conférence, ils luy avoient donné tout pouvoir de conférer avec moy. 11 me pria de considérer ensuite qu'ils avoient aversion pour moy, pour des raisons que je connois assez, et m'excita, par les considérations de vostre service, de luy communiquer toutes vos affaires; qu'il prendroit des mémoires et se chargeroit de tout. Ainsy, je vis, par la conclusion de son discours, que toute sa médiation aboutissoit à se mesler aussy de vos affaires et à en vouloir sçavoir Je secret.

Je luy repartis que je suivrois ponctuellement les ordres que vous me donneriez; et, afin de commencer toujours à faire quelque chose et à donner matière à M. de La Vieuville d'exercer sa reconnoissance , je luy envoyay 'opie du mémoire que j'avois fait tenir audit sieur de La Vieuville, il y a plus de quinze jours, sur lequel il me promit de me rendre réponse. Je crois que tous aurez réglé toutes ces choses avec Bartet, au voyage qu'il est allé faire près de vous. Surtout, je vous prie de ne me pas obliger de conférer avec cet homme, pour lequel je n'ay .aucune estime, et qui, fort mal à propos, *'est déclaré contre moy et l'a publié si hautement que vingt personnes différentes me l'ont rapporté. Je souhaite seulement que vous vous trouviez bien de la conduite de cet homme. Beaucoup de personnes , qui le voyent igir et qui entendent tous les jours ses impertinences, ne l'estiment pas, et croyent que, tant que les affaires et la confiance d'un grand ministre

1 Brisacier fut plus lard surintendant dos liiwncre et secrétaire des commandements de k mne Marie-Tliérese. Il fit ensuite cent fo-

lies, fut exilé, et mourut en Russie. (Voir ciaprès la lettre de Collierl du 1 6 juillet 1 660. )

d'un grand royaume, et d'un grand cardinal, seront entre les mains de gens de cette sorte, et pour la naissance et pour l'esprit, il est bien difficile qu'il en réussisse rien de bon. Vous voyez bien que, comme il s'est déclaré contre moy, je fais de raesme contre luy; et ainsy vous considérerez ce discours comme de son ennemy. Je souhaiterois seulement que la passion, et . non la vérité, me fist faire ce discours1.

(Bibl. Imp. Mm. Balute. Papier» de* Armoires, vol. 363, fol. "jh.)

Paris, i5 octobre 1 65 1 .

Voyant que II. Scyron tardoit beaucoup à venir pour achever de lever les soupçons que M. de La Vieuville avoit contre moy, et cherchant de tous costés à parvenir au dessein que vous avez, j'ay cru ne pouvoir me servir d'une personne plus propre pour cela que M. Gabouri2, qui s'est trouvé en cette ville. Je le priay d'assurer mondit sieur de la Vieuville : que je ne suis point capable de manquer de fidélité ni de secret aux choses qui concerneroient vostre service ; que je le suppliois de ne point ajouter foy aux rapports qui luy pourroient estre faits à mon préjudice, et de m'éprouver avant que de me condamner; pour ce qui est de vos affaires, qu'il m'ordonnas! avec qui il désiroit que j'eusse commerce : quand bien ce seroit un de ses

1 Le a 8 octobre, Coltarl écrivait encore à vous estes, la grandeur de la Revue et le poste

Mazarin , au sujet de Bartel : « M. Le Tellier est arrivé ce soir en celte ville pour consulter les médecins sur un érysipèle qu'il a à une jambe, qui est asset dangereux. Il m'a chargé de vous lesmoigner ses ressentimens du souvenir que vousavei de luy, et de vous dire que la Reyne a avoué à une personne de baule condition que Bartet luy avoit parlé beaucoup de fois contre luy. Le marescbal de Villcroy et M. de Chàtoauneuf ont dil aiissy qu'il prétendoil à sa rliarge, ce qui est loul public à la cour; et luymesme s'est déclaré en beaucoupde rencontres que la charge de secrétaire du cabinet n'estoit qu'un passage. S'il continue ses extravagances , je vois beaucoup de dispositions à une soulevation j^nerale contre luy , et en ce cas vos affaires en souffriront.

"Si vous faites un peu de réflexion à la naissance, la suite de la vie, le» qualités de l'esprit , m ouvertement opposé» au secret , el rc que

où vous laves mis, je crois que vous luy feret bientosl justice, el que vous réduirez sa fortune aux termes cl proportions de ce qu'il *aul. Je crois que ceux qui sont à la cour dansas

m impertinences;

pour moy, je ne vous écris que sa prétention à la charge de secrétaire d'Eslal,etje crois qu'elle vaut bien toutes celles que Ton vous peut écrire ; mais elle n'est pas pourtant de si grande conséquence pour vous qu'une infinité d'autres qui sont si publiques qu'elles sont prétexte d'en Iretien pour toutes les compagnies de Paris. Je puis vous assurer à ce sujet que son voyage , de la cour icy,a esté sçu le lendemain qu'il est arrive, et que celuy qu'il est allé faire vers vous in-st pas moins connu.»

* Gabouri , employé dans la maison «1 \ntv d'Autriche, qui lui légua ào,ooo livres jwr son

AVEC M AZARIN.

moindres officiers, je n'y apporterais aucune difficulté. Cela fut fait. Mondil sieur le marquis [de la Vieuviilc] a dit : qu'il avoit sujet de se plaindre de raoy, et que je luy avois envoyé des lettres , par lesquelles je lui parlois de vos intérests, tout ouvertes, par des gens inconnus; pour ce qui estoit de vosinlérests,que je pouvois conférer, ou avec M. de Bordeaux ou avec M. de Motteville , à mon choix.

Je fis réponse au premier point, qu'il falloit qu'il fust fort mal servy, puisque, si la lettre estoit ouverte, elle l'avoit esté par son valet de chambre, depuis la porte de son cabinet jusqu'à sa personne ; pour le choix , c'estoit à luy à m'ordonner la personne avec laquelle il désiroit que je conférasse.

M. Scyron arriva le lendemain, qui me fit part des ordres que vous luy avez donnés pour cela. Le lendemain, le chevalier de La Vieuviilc me vint voir, et me fit grand compliment , auquel je répondis, comme je le devois, avec le plus de protestations que je pus, sur tout ce qui pouvoit satisfaire Monsieur son père. Il me dit la mesme chose des lettres ouvertes ; je luy fis cônnoislre seulement qu'il estoit bien difficile que cela fust; et sur le choix qu'il me donna des deux personnes , je le conjuray de me nommer celle qui Miroit la plus agréable à M. le Surintendant ; et que s'il me réduisoit à cette nécessité de choisir, cela retarderoit encore pour longtemps vos affaires , parce que je ne le pourrois point faire sans vostre ordre. Il me parut fort î<alisfait de nostre conversation et me promit de faire prononcer Monsieur >on père sur ce choix , et de m'en faire sçavoir des nouvelles , ce jour mesme , après raidy. J'envoyay chez luy mon commis après midy ; il le remit au soir. J'y envoyay un laquais avec un billet, afin que l'on ne vist pas deux fois en un jour mon commis, qui est assez connu. Ledit sieur chevalier me fit réponse par un galimatias auquel je n'aypu encore rien comprendre depuis que j<! l'ay. Ce que j'ay pu tirer de sa conversation , est que M. de La Vieuville auroit beaucoup plus agréable que ce fust M. de Motteville que M. de Bordeaux ; mais il appréhenderoit que M. Ondedei, appuyant celuy-cy, ne se Irouvast offensé s'il avoit nommé l'autre, et seroit bien ayse que j'eusse «boisy, afin de s'en pouvoir décharger sur moy. Ledit chevalier demeura d'accord, avec assez de franchise, qu'ils i voient l'un et l'autre la prétention «jue, travaillant à vos affaires, vous les obligeriez, et qu'ainsy il ne falloit point douter qu'ils ne s'employassent avec grande chaleur, pour tout ce qui vous regarderoit. Enfin, pour dernière tentative, je pris résolution de les aller voir demain l'un et l'autre : M. de Motteville, pour luy faire un éclaircissement sur ma justification , et une description naïve de mon esprit et de mon humeur, luy faisant connoistre que je suis incapable de prendre une conduite contraire à la fidélité et au service que je vous dois: et M. de Bordeaux,

loi CORRESPONDANCE

pour luy parler de vos assignations diverties, et des nouvelles [assignations | que Ton peut vous donner. Remarquez, s'il vous plaist, que la communication que je pourray avoir avec ce dernier ne préjudicie point au, secret que vous désirez que l'on observe, mesme avec M. de Mercœur.

M. Le Tellier vous fait réponse à la lettre que je reçus pour luy, la semaine passée. Pour ce qui est du voyage que vous désirez que je fasse, considérez que vos affaires de justice, de finances, et autres de toute sorte, sont de nature à ne pouvoir estre que très-difficilement abandonnées ; cependant, comme je connois que vous le désirez, je me tiendray prest à le faire au premier ordre que je recevray de vous.

Je travaille toujours à mettre en ordre vos affaires de marine, afin que vous en puissiezjustifierles avances. Depuis que je me connois, je n'ayjamais rien vu de si confus et de si embrouillé. J'espère pourtant remettre le tout dans les formes ordinaires, à quoy M. d'Infreville m'ayde puissamment.

Pour vos affaires de justice, elles sont au mesme estât. Lundy prochain, le Parlement ouvre ses audiences ; nous allons recommencer avec grande assiduité. Vous vous étonnez avec raison de tout ce nombre de créanciers supposés, contenus au mémoire que je vous ay envoyé; mais vostre étonneraent sera bien plus grand, lorsque vous verrez par Testât de toutes vos affaires , auquel je travaille présentement , que vos bénéfices sont embarrassés, pour le moins, de cent procès, et qu'il y a plus de quatre ans que l'on n'en a terminé aucun ; ce qui a amené un si grand nombre de saisies que l'on n'a presque touché aucune chose de tout le revenu de vos bénéfices depuis 1669. On peut subsister par cette conduite l'espace de trois ou quatre ans; mais, ce temps passé, le désordre et confusion succèdent de telle sorte qu'il est presque impossible de s'en tirer. Vous le voyez par expérience, puisque, effectivement, des années 16/19 et i65o, vous n'avez presque rien reçu.

Depuis ce commencement de ma lettre, j'ay vu M. de Bordeaux, avec lequel j'ay conféré sur vos affaires; il m'a dépeint les finances assez à fond, et me les a fait connoistre dans un estât déplorable. Il m'a déclaré nettement qu'il n'y avoit d'assignations à donner en iG5a que sur des affaires extraordinaires, et qu'il avoit fait en deux jours deux affaires de 3oo,ooo livres chacune, sur lesquelles il pourroit vous en faire donner q 00,000. Je luy porteray vos billets de l'Espargne pour cela. Nous devons conférer demain sur toutes les assignations diverties, pour trouver les expédions de les faire valoir; et il me doit ensuite faire voir M. le marquis de La Vieuville.

J'ay aussy rendu visite à M. de Motteville que j'ay trouvé, par finesse, ignorant de toutes choses, néanmoins assez surpris du billet de M. de La

Vieuville qui me marque de voir M. de Bordeaux. Je luy ay prié au sens que vous désirez; je luy ay fait toutes protestations, et i'ay prié de s'entremettre pour faire connoistre la sincérité de nostre intention à M. de La Vieuville. Nous nous sommes séparés fort bien, et il m'a promis de me rendre réponse précise aujourd'huy; s'il vient avant que l'ordinaire parte, je vous manderay ce qu'il aura dit.

J'avois préparé 6,000 livres, pour vous faire tenir, comme vous m'aviez mandé; mais l'ordre que vous me donnez d'envoyer le plus d'argent que je pourray, en pistoles , à Péronne , m'embarrasse. Mandez-moy, s'il vous plaist, si je les feray escorter, ou non; et mesme si je les laisseray entre les mains de M. d'Hocquincourt,quoyqu'il ne m'en donne point de récépissé, ce que je sçais bien qu'il ne fera point. J'ay fait mettre vostre vaisselle d'argent en quatre ballots que j'enverray en deux ou quatre fois, par la voye la plus seure, jusqu'à Reims, et j'en donneray avis à M. Fabert pour les faire porter de là jusqu'à Sedan.

M. Tubeuf m'a prié de vous faire ses complimens. Je suis obligé de vous dire que, pour vos affaires de justice, il ne manque pas de faire les sollicitations dont je le prie, et qu'il est partie cause de ce qu'a fait M. de Novion.

M. Broussel, assisté du substitut Joly et d'un procureur nommé Chevier1. a tant fait qu'il a joint MM. de Guise2, de Joyeuse3, le chevalier de Guise, M. de Chevreuse et les nommés Chenard et Arnaud 4, tous vos prétendus créanciers, pour présenter requeste d'opposition à l'arrest que j'ay obtenu depuis dix jours, qui fut signifié avant-hier au soir seulement. Cela me surprit assez, parce que je n'avois qu'un jour pour instruire un avocat pour plaider, faire toutes les sollicitations , trouver des moyens pour faire désister ces quatre princes de cette requeste, qui pourroit donner moyen à Broussel de renverser nostre arrest, et pour avoir les ordres de M. le Procureur Général (qui estoit à la campagne, à dix lieues d'icy) au sieur Bachelier, son premier substitut, pour plaider et conclure en nostre faveur. Je m'a-

1 Jacques Chevier, procureur au parlement, figurait sur la liste des créanciers de Mazarin comme ayant occupé pour lui dans différentes affaires. On lit en marge de cette liste: «L'abbé Fouquct se promet, par le moyen de son frère, de susciter un procès criminel à cet homme pour l'obliger à se départir.»

3 Henri II de Lorraine, duc de Guise, né en 161 4 ; M embrassa d'abord l'état ecclésiastique , et fnt archevêque de Reims en 1699, duc et pair en ifi'i 'i, lieutenant général et grand rhambellan en i655, époque à laquelle il se

retira du service militaire. Mort à Paris , le 9 juin i664.

3 Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, né eu 169a, pair et grand chambellan en lôàfc, colonel général de \n cavalerie. Mort à Paris , le 97 septembre i65û.

4 Jacques Arnaud et Chenard sont tousdeui portés sur la liste des créanciers du Cardinal ; le premier pour gages et soins donnés à des affaires. Kn face du nom du second se trouve cette note : «C'est un filou et un homme de

dressay à l'abbé Fouquet, pour tout ce qui regardoit Monsieur son frère, qui envoya dès la nuit un homme , en sorte que nous avons eu de là ce que nous pouvions souhaiter. Pour MM. de Guise, après avoir bien examiné, je ne trouvay pas de meilleure voye que ceMe de M. de Montrésor1, cl pour faire agir ccluy-cy, que celle de M. de Lionne, ce qui me fit résoudre de luy écrire et envoyer un homme exprès le trouver en toute diligence; mais on me dit chez M. Payen2 qu'on ne sçavoit pas présentement où il estoil; et, pour vous dire la vérité, il estoit en cette ville; et comme il se tient fort caché, son beau-père se chargea de voir M. de Montrésor, ce qui fut fait. Nous n'en avons point encore de réponse. Je vous feray sçavoir, avant que l'ordinaire parte, ce qui en aura réussy. Pour M. de Chevreuse, comme je ne sçavois quelle voye tenir pour obtenir ce que je demandois, je hasarday d'envoyer un mémoire à madame de Chevreuse , contenant ce qui nou> estoit nécessaire ; je n'en reçus qu'une mauvaise réponse. Je crois que ce fut par appréhension d'estre surprise. Je fis ensuite toutes les sollicitation* miprès des juges. Le président Le Coigneux3, qui préside cette semaine, a tout promis. Pusset, le plus habile avocat du parlement, est bien instruit et plaidera pour nous. Avant midy, je sçauray ce qui en aura réussy, et vou* le manderay. Je vous fais tout ce détail , afin que vous voyiez qu'il ne faul pas s'endormir pour mettre vos affaires en estât de réussir; et nous somme> réduits à cette extrémité qu'il faut, non-seulement que nous ayons la justice pour nous, mais encore que nous ostions tous prétextes et toutes couleur> aux juges de nous faire injustice. Broussel a dit, depuis deux jours, à une personne qui nous l'a rapporté, qu'il brusleroit ses livres, ou qu'il renverscroit nostre arrest; et cependant, il est des bons amis de M. de La VieuviUe. 11 seroitbon que vous le fissiez prier de parler audit Broussel, pour tascher de le rendre favorable. Pour nous faire débouter de l'entérinement de nostre requeste civile et confirmation de nostre arrest , il se veut servir de vos prétendus créanciers, dont je vous envoyé la liste avec les voyes dont je me sers pour les obliger à se départir de leur opposition. Comme je ne connois point de plus importante affaire pour vous que celle-là , je vous assure que je ni \ employé de toute l'estcnduede mon esprit; Dieu veuille que j'y puisse réussir!

( Bibl. Imp. Mo*. Balaie, Papier, à» Armotm, roi. 363 , fol. 71.

1 Claude de Bourdeille, comte de Montrésor, ne ver» 1608, s'attacha à Gaston d'Orléans , dont il devint le grand veneur et le favori , prit part i plusieurs complots contre Richelieu et Maiarin. Frondeur déterminé , il se réconcilia avec l.i couren i653 élue retira delà scène politique. Morl en i663. Il a laissé des Mémoires.

1 Pierre Deslandes- Payen, conseiller * h grand'chambre du parlement de Paris, 1h*u père de M. de Lionne.

1 Jacques Le Coigneux de Bachauroonî reçu président à mortier le 90 décembre 1 63». chancelier du duc d'Orléans. Mort à Pans, k 9 a août 1 6f» 1 , à l'âge de «MMnle-troi.» an*.

(Minute autographe.)

Je reçus hier seulement vostre lettre du a A, écrite de Huy1. Viendredy prochain, je feray payer aux deux hommes que vous me marquez 10,000 écus,et je vous en donnera y avis parles deux ordinaires de Sedan et Flandre, saniedy prochain. Le secret que vous désirez y sera gardé. Je garderay aussy l'or qui est en mes mains, et Ton vous rendra compte jusqu'à un sol du profit que le haussement pourra produire.

M. de Beaujeu2 n'a point reçu vostre lettre, certainement, ayant esté délaché de l'armée avec M. de Castelnau ; et, aussylost qu'il l'a rejointe, on l'a détaché une seconde fois pour les troupes que l'on envoyé à la suite du Roy. Je sçais de plus qu'il n'auroit pas manqué de se rendre auprès de vous; et vous ne devez point douter de sa fidélité, m'ayant cent fois prolesté en particulier qu'il n'auroit jamais plus de joye que quand vous l'employeriez en quelque hasardeuse entreprise, qui seroit refusée de tout le monde. C'est seulement pour vous faire connoistre de quel esprit est ce gentilhomme-là.

Vous verrez, par mes précédentes dépesches, des choses qui sont fort éloignées de ce que vous désirez que je fasse à l'égard de M. le marquis de La Vieuville et de M. Bartet, sur quoy, je commenceray à vous répondre sur ce qui regarde M. de La Vieuville, qui dit que je suis attaché à M. Le Tellier3 et que je suis amy du président de Maisons, pour faire connoistre qu'il a raison de ne pouvoir avoir confiance en moy.

Pour le premier, il a raison; j'ay esté à M. Le Tellier, et suis tout à fait dans ses intérests, et ne m'en départira y jamais, parce que je sçais hien qu'il est trop, homme d'honneur pour pouvoir jamais désirer de moy des choses

' Petite ville de Belgique, sur lu Meuse. : Claude-Paul de Beaujeu de Villiers, baron puis comte de Beaujeu, capitaine de cavalerie en t645, maréchal de camp en t64u , lieutenant général en i6ôa. Tué au siège d'Arras le 3i juillet i656.

» Une lettre de Maxarin à Bartet, du 1 5 novembre i65i, montre qu'il avait dès cette époque toute conlîance eu Colbert : «Je réponds que Colbert est â moi , et qu'il noyerait toutes le» personnes qu'il aime, pour mes intérêts, Le Telher. Il fait

d'honneur, et est à mes gages, et prétend faire ses affaires en avançant les mienne*. Je ne sais donc pas comme on peut soupçonner que, pour obliger Le Tellier, il tâchera do prêjudicier à La Vieuville, puisqu'il ne lé peut pas faire sans ruiner mes intérêts. Colbert ne se mêle d'autre chose imaginable que des affaires que vous savez; et si vous aviez la moindre jalousie de lui , vous auriez grand tort, et n'auriez pas reconnu quelle est l'amitié que j'ai pour vous. $ ( Lettres du canlinal Mazartn à fa Reine, etc. édit. Bavenel,p..3f»5.)

tjui aillent contre 1 attachement que j'ay pris avec vous, à quoy luy-mesme m'a porté. Et ainsy, dans les conférences avec M. de La Vieuville , s'il estoit question de faire quelque chose contre les intéresls de M. Le Tellier, il ne seroil pas bien conseillé de me le communiquer; mais, comme il n'est question que de mettre quelque ordre à vos affaires, cela cadrera aux intérests et aux inclinations de M. Le Tellier, qui n'a point d'autres intérests que les vostres et qui conservera toujours la fidélité à laquelle sa reconnoissance l'oblige envers vous.

Quant à M. de Maisons, vous avez ma conviction ou la sienne par écrit1: ainsy, je ne vous y réponds point ; mais quand il seroit vray que j'aurois quelque amitié particulière avec luy, la conduite que M. de La Vieuville tesmoigne appréhender est si contraire à mon humeur et si fort éloignée de ce qu'un homme d'honneur doit faire, que, s'il estoit question de mon salut, je ne trahirois pas un secret de cette nature que mon ennemy mesme m'auroit conûé ; et, après m'estre donné à vous et m'estre chargé du soin de toutes vos affaires, ce seroit une estrange infidélité de vous trahir en la personne d'un de vos amis qui travaillerait utilement à vostre soulagemenl. Pour moy, je crois que la raison du président de Maisons ne sert que de prétexte pour fortifier l'autre, parce que je n'y vois aucune apparence. Ainsy, le tort seroit mon attachement à M. Le Tellier; ce qui ne doit l'em pescher, à mon sens, par les raisons cy-dessus déduites, de travailler à vos affaires.

J'ay conféré avec M. Le Tellier sur ce que vous me dites qu'il faut travailler à le raccommoder avec M. le Surintendant; et il m'a prié de vous écrire que mondit sieur de La Vieuville se plaint de deux choses : la première, qu'après la mort de M. Émery2 il luy donna l'exclusion et seservil de toute sorte de moyens pour estabiir dans cette charge M. de Maisons: et la seconde, que M. Scyron ayant apporté les ordres pour la destitution de M. de Maisons, il en a cmpesché l'exécution. Pour la première, vous en estes juge très-instruit; et ainsy M. Le Tellier en passera par ce que vous ordonnerez. Pour la seconde, il vous donne sa parole , en homme d'honneur, qu'il n'en a point entendu parler; et ainsy vous jugerez bien qu'en ce qui le concerne, soit pour ce qu'il a dit ou pour ce qu'il a fait , on n'aura pas beaucoup de peine à faire cet accommodement. 11 n'en est pas de mesme de M. de La Vieuville; sa déclaration contre M. Le Tellier, depuis qu'il

4 C'est-à-dire, de quoi prononcer entre de général, puis surintendant en 1647, et fui

Vieuville et Colbert. remplacé, au mois de juillet 16/18, par suite

* Michel Particelli. soigneur d'Émery, s'était de troubles qu'avaient excités ses plans fman

attaché à la fortune de Maiarin. Intendant des ciers. Rappelé aux affaires au mois de no-

tinances eu t6'i3, il devint bientôt contrôleur vemhre l64g, il mourut le a5 mai

AVEC MAZAR1N. 157

est surintendant , a este* au vu et sçu de toul le monde. M. Bartet l'a dit à plus de vingt personnes :

Il a pris la peine de mal parler de luyà la Reyne mesme, qui l'a avoué. Il s'est ouvert à M. de Villeroy et à M. le Chancelier de sa prétention sur sa charge et l'a rendue publique dans la cour. Il a dit à trois personnes différentes, gens d'honneur, qui toutes trois me l'ont rapporté, que M. de La Vieuville quitterait plutost sa charge que de conférer avec moy, à cause de rattachement que j'avois avec M. Le Tellier. Il a dit à une autre qu'il estoit très-ayse de s'attacher d'amitié avec tous ceux qui estoient dans vos intérests; qu'il n'y avoit que moy seul avec qui il ne pou voit pas le faire, à cause de mon attachement à M. Le Tellier, après qu'il avoit fait chasser M. de Tilladet de Brisach l. Comme il estoit obligé de cacher à beaucoup de personnes sa prétention sur ladite charge , et qu'il estoit lors question de donner l'exclusion à mondit sieur Le Tellier, il s'estoit pour cela lié avec les amis de Nouveau, et, depuis le départ du fioy, il y a eu des conseils tenus dans Paris, en plusieurs lieux, sur les lettres écrites par ledit Bartet, de la cour, concernant les moyens de réussir dans ce dessein. Outre cela, M. de La Vieuville l'a dit en divers rencontres. Enfin, vous pouvez estre persuadé qu'ils ont tant fait et tant parlé qu'ils l'ont rendu tout public. Vous voyez bien par là que vous auriez bien plus de peine à obliger M. de La Vieuville à bien vivre avec M. Le Tellier, que non pas celuy-cy avec l'autre, parce qu'il faut qu'il se dédise de tout ce qu'il a dit ou fait dire contrairement à ce qu'il faudroit qu'il fist, s'ils estoient bien ensemble; et M. Le Tellier n'ayant tesmoigné à personne qu'il fust mal satisfait de M. de La Vieuville, ni qu'il ne fust pas de ses amis, n'a point à se démentir de toutes ses actions passées a son égard, non /dus que de ce qu'il a pu dire. Vous examinerez, s'il vous plaist, cette lettre. Au surplus il m'a prié de vous assurer que, pour sa part, vous estiez le maistre absolu, et que tout ce que vous ordonneriez serait fait.

Quant à ce que vous m'ordonnez de faire mon possible pour lier amitié avec M. Bartet, je vous diray que je ne crois pas qu'il se plaigne de moy; au moins ne luy en ay-je donné aucun sujet, soit par mes actions, soit par mes discours. Je ne le connoissois point du tout et l'estimois parce que jentendois dire que vous aviez estime pour luy : il vint à mon logis, comme je vous en ay rendu compte ; j'ay esté chez luy, en suite d'une lettre que je reçus de vous, où je luy tesmoignay que je ferois toutes choses pour mé-

1 Gabriel de Cassagnet, marquis de Tilla- sach. Il était beau-frère de Le Tellier. Mort en •M, capitaine au régiment des gardes, avait été 1 660. Ce passage est fort obscur et difficile nommé, en 1 65o . gouverneur de Vieux-Bri- â exphquer d'une manière satisfaisante.

158 CORRESPOND A NCK

riter son amitié. Depuis, je n'en ay uuy parler que par une infinité de discours assez impolis qu'il a faits contre raoy ; nonobstant cela, puisque vous jugez qu'il est nécessaire, pour vos intérests, que je vive bien avec luy, vous pouvez ordonner tout ce qu'il vous plaira; j'y obéiray ponctuellement, pourvu que vous ne m'obligiez pas à rien faire de bas à son égard , et que vous considériez que , s'il y a quelqu'un de maltraité , c'est moy, parles discours qu'il a faits à toutes sortes de personnes. Je vous puis assurer néanmoins que, quelque aigre que soit mon esprit et attaché à sa manière d'agir, qui peut-estre n'est pas si souple qu'il scroit nécessaire , je ne manqueray point à faire tout ce qu'un homme d'honneur doit faire, pour bien vivre avec ledit sieur Bartet; et que, pourvu qu'il ayt la mesme disposition de son costé, vous aurez toute satisfaction. Comme je ne cherche point à me faire de fortune et que je nay d'autre passion ni d'autre ambition que celle de mettre vos affaires en bon estât, je ne feray jamais difficulté de luy laisser tout ce qu'il y aura à négocier avec la Rcyne, et tiendray toute une correspondance avec luy pour cela. Et à l'égard de M. de Motteville, duquel vous me parlez, reposez-vous sur moy que nous vivrons bien ensemble aussytost que je pourray le voir.

Pour le voyage que vous désirez que je fasse près de vous, aussytost que vous serez arrivé à Dinant 1 et que vous m'indiquerez la voye que l'on pourra tenir, je tascheray de disposer vos affaires en sorte que vous ne recevrei point de préjudice de mon absence. Et pour ce qui est du voyage à la cour, elle est présentement trop éloignée pour le pouvoir faire2. J'ay écrit exactement à M. de Mercœurde tout ce qui regarde vos intérests. Je nay pu encore retirer les deux douzaines d'assiettes vermeilles dorées, en payant les 7,000 livres de Le Norraant, parce que ceux qui ontlesdites assiettes entre leurs mains ne sont point en cette ville. J'espère que , d'icy au premier ordinaire, je les pourray retirer.

Pour ce qui estde la froideur du Premier Président, je n'en connoisrien non plus que vous; et comme je ne suis guère instruit du secret, je ne puis vous en découvrir les véritables causes. Ce que j'en puis dire, est qu'il n'est pas le maistre des délibérations ni des sentimens de tout le parlement: que les Frondeurs y ont plus de part que luy, et que, estant tous mal ensemble, ils recherchent soigneusement tous les moyens de se nuire les uns aux autres. C'est pourquoy ils sont plus sur leurs gardes et prennent plus de précautions que jamais contre le Mazarinisme, dans la pensée qu'ils ont que toutes leurs actions sur ce sujet sont observées par leurs ennemis réciproques, pour en tirer avantage dans les occasions.

(Bibl. Imp. Mm. M»», Papier» des Armoire» , vol. 363 . fol. 77.) 1 Belgique. * La cour était alors a

(Minute autographe.)

Paris, 8 novembre i6bi.

Je reçus hier matin vostre lettre du 3o du passé, à laquelle je feray réponse exacte par l'ordinaire de lundy prochain. Je vous diray seulement par celuy-cy que M. Hervart me vint voir avant-hier et me tesmoîgna qu'il avoit grand déplaisir que je n'eusse point reçu réponse de vous sur les tapisseries, et que M. de Laigues l'avoit pressé de telle sorte qu'il n'avoit pu s'empescher de signer la protestation qu'il luy avoit faite de la vente d'icelles, sur la parole qu'il luy avoit donnée que si, dans six jours, il pouvoit mettre ordre à cette affaire, il consentirait à les rendre. Ce discours me surprit au point que vous pouvez penser; et comme je luy fis connoistre combien cette affaire vous toucherait, il se mit, de son costé, à me raconter le déplaisir que cela luy donnoit, et les nouvelles obligations qu'il vous avoit, lesquelles il me déduisit fort amplement. Je luy repartis qu'il estoit d'autant plus obligé à faire tous ses efforts pour empescher une affaire qui vous serait si préjudiciable; et, passant outre, je luy dis que vous seriez toujours reçu â revendiquer vostre bien partout où vous le trouveriez, en payant l'engagement et les intérests, et luy demanday s'il y avoit quelque contrat signé de vous. il me dit qu'il ne le croyoit pas, et ajouta qu'il ne sçavoit pas s'il y en avoit aucun; mais qu'il sçavoit bien que la vente en avoit esté faite avec faculté verbale de rachat, au bout de deux années; et que, estant expirées, le beau-frère de Laigues, ou plutost luy-mesme, prétendoit qu'elles leur appartenoient ; et qu'il sçavoit que, sur ce fondement, ils feraient des ventes simulées qui les feraient monter à5 ou 600,000 livres, pour les six tentures, afin d'empescher que vous n'y puissiez jamais rentrer; et qu'il croyoit que madame de Chevreuse en aurait deux. Je luy proposay d'en parler à M. de La Vicuville. Il me dit que cela serait inutile , mais qu'il en écrirait à la Reyne, afin qu'il plust à Sa Majesté d'en envoyer Tordre à mondit sieur de La Vieuville. Je luy représentay que ce serait une chose fort inutile , puisqu'il ne s'estoit réservé que six jours. Nous en demeurasmes là. Je n'ay pu trouver d'autre expédient, dans un si pressant rencontre, que d'en écrire à la Reyne et de luy envoyer le mémoire dont copie est cy-jointe*, et de prier M. Jobard de voir M. le chevalier de La

1 \oirla pièce

Vieuville, de luy faire connoistre le mal aussy pressant qu'il est, et luy dire que Monsieur son père en parlast audit sieur Hervart, en luy faisant connoistre les avantages qu'il peut tirer de la continuation de vos bonnes grâces et de vostre protection, comme, au contraire; l'induire à se charger de cette affaire en luy donnant quelque argent comptant, et le reste en assignations. Je vous manderay la réponse qui aura esté faite , et verray aujourd'huy ledit sieur Hervart, pour luy faire la proposition que vous m'ordonnez, par vostre dernière.

Sur ce que vous m'avez ordonné de rechercher toute sorte de moyens pour faire connoistre à M. de La Vieuville mon dernier attachement à vostre personne , et que je suis incapable de manquer à la fidélité que je vous dois , j'ay pensé assez longtemps si je devois employer quelqu'un à me rendre cet office auprès de luy; mais, comme j'ay appréhendé' que ce ne fust entamer, en quelque sorte, le secret qu'il désire, j'ay estimé plus à propos de luy écrire, comme vous verrez par la copie cy-jointe1. Celuy qui porta la lettre à un de ses valets de chambre s'estant présenté le lendemain , pour voir s'il y avoit quelque réponse , ce mesme valet luy dit que M. de La Vieuville l'avoit querellé la veille et qu'il luy avoit défendu de se charger jamais d'aucune chose qui vinst de cette part. De plus, M. Bartct dit la veille qu'il partit, sur ce que M. Jobard luy parla de quelques petites affaires que vous luy ordonniez de me communiquer, que cela n'estoit point du tout nécessaire, et qu'elles se feroient bien sans cela ; et ne voulut que cela fust mis dans la copie du mémoire qui luy fut donné pour faire voir au chevalier de La Vieuville.

Je n'ay point sçu l'arrivée de M. Bartet d'auprès de vous que par M. Jobard, qui ne me l'a dit que quatre jours après qu'il a esté party pour la cour. Ainsy je suis au mesme estât que j'estois, il y a quinze jours, pour vos affaires de finances. Je chercheray toute sorte de voyes pour faire revenir mondit sieur de La Vieuville. Je crois que la meilleure serait que vous écrivissiez amplement sur cette matière au chevalier, luy disant que vous

1 Voici, d'après une minute autographe de Colbert.la IcUre qu'il avait écrite à M. de La Vieuville : «Monseigneur, l'on m'ordonne de rechercher toutes sortes de moyens pour vous donner des assurances du dernier attachement que j'ay à la personne que vous sçavez ; que je suis incapable de manquer à la fidélité que je luy dois et de trahir un secret qui me seroit confié pour le bien de son service. J'aurais facilement employé à cet office plusieurs personnes que vous auriez peut-estre agréées; mais

comme ce seroit hasarder ce mesme secret , j'ay cru me devoir plutost servir de ce mol pour vous donner ces mesraes assurances. Outre que le secret en sera plus grand, vous aur?i plu* de facilité pour en faire telles réflexions qu'il vous plaira , et pour le négliger ou y répondn- . ainsy que vous aviserez pour le mieux. Qnoy qui arrive , je ne me départira y jamais de la véritable direction en laquelle j'ay esté nourry pour vostre service, et ne seray pas moins qu^ mes pères.*

luy écrirez encore par moy, et qu'il me facilite les moyens de luy pouvoir rendre voslre lettre en secret. Voilà tout ce que je puis faire.

Vous aurez sçu que Marchin1 a pris Moissac et pille5 généralement tout ce qui est dans la ville appartenant à l'abbaye. Je crains qu'elle ne vous «oit inutile pour cette année , parce que l'on dit icy qu'il y a pris force grains et force vins.

J'ay fait vostre compliment à M. Ménardeau, qui, je vous assure, tesmoigne très-utilement l'affection et le zèle qu'il a pour vous. J'espère que vous en recevrez des avantages très-considérables , et tels que je n'ose m'en déclarer, crainte qu'ils ne soyent incroyables, vu Testât auquel j'ay trouvé vos affaires. Il faut que vous sçachiez aussy que vous avez grande obligation à M. le Procureur Général, et que, sans luy, nous ne pourrions rien faire. Xous avons aussy besoin tous les jours du Premier Président , qui , pourvu que nous ne luy donnions que des viandes proportionnées à son estomac, pour ainsy dire, nous servira aussy; c'est pourquoy il faut le mesnager. Je prétends vous rendre compte exact de tout ce que ces Messieurs feront pour ce qui regarde vos affaires, et non de ce qui sera des intrigues du cabinet ; desquelles il n'est pas à propos que je me mesle beaucoup , pour m'appliquer tout entier à ce qui sera de vostre bien.

J'ay fait sçavoir à M. Bluet qu'il pouvoit offrir sans aucun scrupule le bénéfice à M. Talon; mais j'appréhende que, si vous ne le luy donnez promptement, il n'arrive trop tard, parce que le Pape2 y pourra pourvoir.

Outre le récépissé de ao,ooo livres du pain de Piémont, vous devez encore avoir beaucoup de récépissés, pour les fortifications de Dunkerque, que je vous donnay au voyage de Bourgogne. Prenez la peine de me les envoyer avec tous les autres papiers de cette nature. Je feray ce que vous m'ordonnez pour mettre vos papiers à couvert; mais comme j'en ay toujours besoin, •*t que vos affaires ne se peuvent mettre en bon estât que par un travail continuer", je vous prie de me mander précisément quand vous estimerez le plus nécessaire de les mettre en seureté; cela demeurera très-secret.

Vous estes obligé de faire tout ce que vous pourrez pour M. Ménardeau; mais donnez-moy avis de ce que vous ferez, afin que je m'en serve pour le bien de vos affaires.

(Bibl. Imp. MM. Baluze, Papiers de* Armai™, vol. 363, fol. 83.)

1 Jean-Gaspard-Ferdinand , comte de Mar- Créé capitaine général des années de Catalogne,

cfain, maréchal de camp en 1 664 , lieutenant il conduisit ses troupes au prince de Condé, et

général en 16*17; commandant en chef de la passa an service de l'Espagne, où il mourut en

< atalogne en 16A9. Il fut arrêté Tannée sui- 1678.

»ante pour ses liaisons avec le prince tic Condé , « Innocent IX , né à Rome en 1 576 ; pape

et resta enfermé à Perpignan jusqu'en »66t. de 16M à i655.

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