RÉPONSE OC CARDINAL, EN NARGE
' J'ay fait voir au sieur Vincent ce que vous m'écrivez de M. Servien, et mesme de là je luy ay écrit de ma main, de la bonne manière, pour luy tesrooigner le gré que je tay sçais de ce qu'il a fait.
k II ne faut pas toucher aux deux pièces de panne à deux faces. Je feray ce que vous me mandez à l'égard des logemens.
' Mon neveu pourrait venir avec M. de Clérambaut ou avec quelque autre personne dont la compagnie luy servist de seureté. 11 faut qu'il ayt son lit; et je trouve bon qu'outre les 100 écus. vous luy fassiez faire une ungrellitte pour l'hyver, qui soit jolie.
(Bibl. Imp. M 88. Baluze, Papier» de» Armoire», vol i l 6 , fui. »4â.)
( Lettre originale. )
Pari», a5 octobre 1 653.
Sur le sujet de l'employ que Vostre Éminence veut bien donner près de M. de Guise à mon cousin de Terron , je prendray la liberté de luy dire que j'ay deux personnes qui me sont très-chères : mon frère et ce cousin ; tous deux nourris pour ainsy dire avec moy, tous deux très-capables également de servir Vostre Éminence en toute sorte d'emplois; <Tjme fidélité et d'une dévotion , pour tout ce qui touche Vostre Éminence ^toute épreuve ; mais il me sera un petit peu fascheux que mon frère^^tant en Provence tout porté, travaillant desjà à beaucoup de chWrfoncernant cette entreprise, mon cousin luy aille passer sur le ventre pour faire ce voyage \ Dans les bontés que Vostre Éminence a pour moy, j'ose luy représenter ces petites choses, pour suivre néanmoins aveuglément les ordres qu'elle donnera.
Madame de Navailles 1 m'a dit que Vostre Éminence luy donnoit son logement du Palais-Royal, ce qui m'a assez surpris, vu la résolution que Vostre Éminence avoit prise de faire déloger tous ceux qui en avoient usurpé quelque partie. Si Vostre Eminence luy a fait ce discours par compliment, sans intention de l'effectuer, en ce cas, de mon chef, j'y apportera y tant d'empeschement qu'elle en aura toute satisfaction. Si effectivement elle veut le luy donner, elle me le fera sçavoir, s'il luy plaist b ; en ce cas aussy, il ne
' Suxanne de Baudéan , dame d'honneur de le duc de Navaille.. Morte à Paris, le i5 fêla reine Anne d'Autriche, épousa, en i65i, mer 1700. (Voir lettre 6.)
laul pas faire déloger qui que ce soit, ayant une si belle excuse et une si forte raison de ne pas le aire.
HKPOJISB OC CARDINAL , «Il MAHGI.
* Il y a justice à cela ; mais , comme l'affaire est de grand prix , il faut prendre bien ses mesures pour y envoyer le plus capable.
h 11 est vray que. j'ay dit à madame de Navailles que , à mon retour, je tascherois d'élargir le logement qu'elle a au Palais-Cardinal.
(Bibi. Imp. Ms». Balaie, Papier* de* Armoire*, vol. ji6, fol. Son. >
(Lettre originale.)
Paris, a8 octobre i653.
Il est très-important de remédier aux défenses faites par If. de Roannez1, de son autorité privée , de passer des bleds de Poitou en Aunis,pour avoir lieu de donner ses passeports et d'en tirer un profit considérable, ce qui ne doit point estre souffert , ni pour le service du roy, ni pour l'avantage particulier de Vostre Éminence, attendu que ces défenses troublent entièrement le commerce de ses gouvcrnemens2, et qu elles rendent nuls les passeports du roy que l'on distribue à La Rochelle. H faut, pour empescher cette entreprise , une lettre du roy audit sieur de Roannez, pour luy en défendre la continuation et luy ordonner de laisser la liberté du commerrc aux sujets de Sa Majesté. C'est M. Le Tellier qui doit faire cette lettre.
(Bibl. Imp. Mm. Baluie. Papier» de* Armoire*, vol. ,i6, fol. X.if, )
(Lettre originale.)
Paris, 3o octobre i653.
M. Le Camus3, surintendant desbastimens, est venu me donner avis que le sieur Leclerc, commissaire des vivres en Catalogne, pourvu delà charge de capitaine de la volière des Tuileries , est près de mourir, et me prie d'en écrire à Vostre Eminence pour la supplier de l'en gratifier, offrant
1 Gouffier, duc de Roanne*, në on tôaô. s Etienne Le Camus, maître des complus.
Il succéda en 1669 à son père, comme gou- surintendant des bâtiments, et ensuite conlrô-
verneurdu Poitou et pair de France. Mort à leur général. Mort le 99 juin tfi73. Parent fa
Saint-Just, près Mérv-sur-Seine, en 1696. Collieri, par alliance.
» Bruitage nt La Rochelle.
d'en donner ao,ooo livres, qu'elle vaut environ, en billets de l'Espargne provenant des gages de sa charge. Comme je n'estime pas que cette proposition puisse réussir, si Vostre Eminence avoit la bonté de m'en gratifier, elle m'obligeroit infiniment; et mesme, si elle désiroit que j'en donnasse quelque chose, ses volontés seroient exécutées 1 . . .
bépomsk du cardinal, es marge.
J a vois demandé cette charge pour d'Artagnan, qui m'en avoit prié, me dépeschant un courrier exprès; maïs je n'avois pas sçu qu'elle valust plus de 6,000 livres. Si je pouvols faire quelque chose pour vous, je le ferais; mais vous voyez l'engagement dans lequel
je suis.
(Bibl. Imp. Mss. Baluze, Papier* de* Armoirti , vol. ai 6, fol. 3og.)
I Lettre original p.)
Paris, 8 novembre i653.
Les deux galères armées à Toulon ont fait une prise d'un vaisseau hollandois allant à Gènes et Livourne, sans police do chargement, ayant mouillé et pris des passagers et des lettres à Alicante. J'en ay remis toutes les procédures à M. d'Aligre , et j'en solliciteray le jugement. J'envoye à Vostre Éminence l'inventaire des marchandises qui a esté fait par estimation. Je supplie Vostre Éminence de mêle renvoyer, n'en ayant point d'autre. Comme il y a dans cette prise 8 9 milliers de plomb, dont Vostre Éminence a besoin, et qu'il est fort cher à présent en Provence, je sorois d'avis que l'on envoyas! ordre du roy pour le prendre, sauf à le payer ou à le remplacer, au cas que l'on donne mainlevée du vaisseau.
Si la prise est jugée bonne, Vostre Éminence me fera sçavoir, s'il luy plaist, quelle part elle désire en faire à M. de Village2, que l'on dit avoir fort bien servy en l'occasion de l'armement des deux galères. îî f?udra aussy chercher les moyens d'empescher que les officiers des galères ne se rendent maistres de cette prise , dans la prétention qu'ils ont qu'elle leur sera donnée pour leur subsistance.
1 Le 5 novembre suivant, Coibert écrivit de je luy en ay faite qu'autant que toutes les connouveau à Mazarin sur le même sujet: « Le sidérations qu'elle peut avoir, tant pour le ser-
Leclerc, capitaine de la volière des Tut- vice du roy que pour des affaires particulières, leries, de la charge duquel j'eus l'honneur s'y pourront accommoder.»
( d'écrire à Vostre Éminence, il y a quelques * Le chevalier Nicolas de Village était lieute-
jours, est mort à Perpignan. Je considère eeUe nant de galère en 1 638 , commandant en 1 646. charge pour le logement qu'elle me donnerait Ku xv* siècle, un Jean de Village épousa une le Louvre. Néanmoins, je supplie Vostre nièce de Jacques Cœur, el s'établit à Marseille, de ne considérer la demande que où il prospéra.
Ift.
Mon frère me mande qu'il ne croit pas que Ton puisse faire estât qu* les villes d'Arles et de Marseille donnent du bled, et qu'il est si cher qu'il n'oseroit en acheter. Il m'ouvre sur cela un expédient que je trouve fort bon, qui est que MM. Hervart en ont une grande quantité sur les marais d'Arles qu'ils ont fait dessécher, et qu'en traitant avec eux on en pourroil avoir à prix raisonnable. Si Vostre Eminence en veut demander jusqu'à 3,ooo charges à MM. Hervart, leur promettant que Messieurs les surintendans leur donneront assignation pour son payement, je ne doute point qu'ils ne le fassent.
(Bibl. Irop. M»s. Balute, Papier» rf« Ar»toirf, vol. ai6, fol. 3U.I
(Lettre originale.)
Paris, i S novembre 1 653.
J'envoye à Vostre Éminence l'extrait de la dernière lettre que j'ay reçue de mon frère, sur laquelle elle aura, s'il luy plaist, la bonté de luy faire sçavoir ses volontés. Elle verra aussy, par le mémoire cy-joint, son sentiment sur le nolis des vaisseaux marchands et armement des vaisseaux du roy, ensemble le prix des victuailles pour la subsistance des troupes à embarquer, la différence des poids et mesures de Provence avec ceux de Paris, et ce qu'il faut de bled pour faire des biscuits.
Je suis très-ayse que Vostre Eminence prenne résolution de payer quelques dettes, mais je la supplie de considérer s'il ne seroit pas plus important d'en payer quelqu'une d'Italie plutost que celle de M. Tubeuf. Il est vray que le change, qui diminuera avec le rabais des espèces, nous rendra celles-là plus faciles.
Je puis assurer Vostre Eminence, sur la vérité que je luy dois, que je n'av eu autre intention lorsque je luy ay parlé de M. l'évesque d'Orange 1 que de satisfaire mon frère , qui me demande avec instance de luy pouvoir communiquer ce qui concerne les achats que Vostre Éminence luy a ordonnés. Et pour le reste , comme je cherche et travaille incessamment à me perfectionner et à me corriger de mes défauts pour d'autant mieux servir Vostre Éminence , je recberche en mesme temps la mesme chose pour une personne qui m'est si proche et engagée dans le mesme service. Et, outre la connoissance que j'en prends par ses lettres , j'aurois esté très-ayse qu'un»-
1 Hyacinthe Scrroni, nommé évéque d'O- ville le 7 janvier 1687, âgé de soixante et dii range en 1667, de Mendc en 1661, et enfin ans. crchevéque d'AIbi en 1676. Mort dons cette
AVEC MAZAR1N. 213
personne comme mondit sieur l'évesque d'Orange m'eust fait la grâce» par la considération de Vostre Éminence, de me donner encore quelques bons avis pour cela. Si j ay eu autre intention que cela, avec toute sincérité, je veux estre à jamais privé des bonnes grâces de Vostre Éminence, qui me sont chères au point que ses bontés m'y obligent; et je luy avoue ingénument que les marques qu'elle m'en donne sont excessives et que je ne trouve point que mes services y correspondent; je la puis assurer au moins que non -seulement j'en conservera y toute ma vie la reconnoissance que je dois, mais mesme que je la feray passer dans ma famille, pour estre à jamais attachée au service de la maison de Vostre Eminence, autant quelle en sera capable.
Pour la charge que j'avois pris la liberté de demander à Vostre Eminence, je seray très-ayse qu'elle en gratifie M. d'Artagnan, ses bontés me faisant assez connoistre qu'elle se souviendra de moy dans les occasions qui me seront avantageuses.
(Bibl. Imp. Mss. Baluie, PajÀert de* Armmrn, vol. »i6, fol. 3u.)
(Lettre originale.)
Paris, 19 novembre i653.
Je me suis appliqué depuis huit jours à l'inventaire de tous les meubles de Vostre Eminence, ayant toujours estimé que c'estoit une des plus importantes parties de sa maison. Pourvu que Vostre Eminence agrée l'ordre que j'y ay estably, j'espère qu'elle en aura toute satisfaction. J'ay fait faire trois livres, l'un pour Vostre Eminence, l'autre pour moy, et l'autre qui demeurera au garde-meuble, sur lequel le garde-meuble se chargera généralement de toutes choses. Et pour le service de Vostre Eminence, les valets de chambre se chargeront envers ledit garde-meuble de tout ce qui louche le service de sa personne; le valet de chambre de Mesdemoiselles1, de tout ce qu'elles ont appartenant à Vostre Eminence; le sommelier, le crédencier, les garde-linge et vaisselle, et officiers de cuisine, de tout ce qui regarde leurs offices; un ayde du garde-meuble, de tout ce qui regarde les meubles des gentilshommes, des gardes, et de toute la famille, pour avoir soin de leur conservation. Cet ordre est assez facile à expliquer; il est question de le maintenir; et c'est de quoy je dois répondre à Vostre Éminence, pourvu que, l'approuvant, elle veuille y contribuer, en faisant que
' Les nièce» de Moxariii.
j'aye connoissance de tout ce qui entrera et sortira dudit garde-meuble et ses dépendances.
Madame Le Tellier 1 m'a parlé des étoffes , linges et passeraens à acheter pour Mesdemoiselles. Avant de commencer, j'enverray à Vostre Eminence le mémoire de tout ce qui a esté fait pour madame de Mercœur, afin qu'elle fasse sçavoir, s'il lui plaist, quelle somme elle désire mettre à ces achats.
(Bibl. Imp. Mm. Baluze, Papier» de» Armoire*, vol. ai6, toi Sil.)
| Lettre originale. )
Paris, 9t novembre 1 653.
Le sieur de Terron, mon cousin, partira aussytost qu'il aura reçu se* dépesches. Vostre Éminence peut estre assurée qu'elle trouvera beaucoup de fidélité et d'honneur en tous ceux qui me touchent, et de plus une passion aveugle pour Vostre Eminence.
Il est inutile de répéter tant de fois à Vostre Éminence qu'il faudroit que je fusse le plus meschant de tous les hommes si je ne souhaitois d'avoir mille vies et mille fois plus d'industrie que je n'en ay pour les employer au service de Vostre Eminence, après toutes les bontés qu'elle a pour moy en toute sorte d'occasions, qui surpassent infiniment toutes celles que per^ sonne de sa condition ayt jamais eues pour un domestique. Aussy puis-je assurer Vostre Éminence que ma passion et mon zèle surpassent lou> ceui que jamais domestique ayt eus pour son maistre et pour son bienfaiteur'.
tiPOSSEDC CARDINAL, Bft MARGE.
* Je suis très-satisfait de ce que vous me tesmoignez 1 estre au point que vous nie marquez.
(Bibl. Imp. Msb. Baluze, Papier» des Armoire», vol. *i6, W. 3»6.l
(Lettre originale.)
Paris, a 5 novembre i653.
J'ay donné à madame Le Tellier tous les mémoires de ce qui a esté fait pour le mariage de madame de Mercœur. Elle m'a promis de me les ren-
1 Étiubelh Turpin, mariée, le n février i6an, à Michel !>• Tellier. Morte le a 8 noemtf*" 1C.98, âgée de quatre-» iogi dix ans.
vojer apostillés pour les faire voir à Vostre Éminence. Comme le linge est le principal et qu'il monte à 27,000 livres pour Son Altesse, il est important de prendre résolution prompte de ce qu'il y aura à faire l. Les seuls partis que Ton peut prendre sont, ou d'écrire à Gênes ou à Venise, ou d'acheler icy ; et sur ce dernier, d'acheter dès à présent ou retarder jusqu'au mois de janvier. Envoyant à Gènes et à Venise, sans doute nous aurons meilleur marché; mais le choix ne réussira pas, estant nécessaire qu'une personne sçache les modes; et de plus, il n'y a jamais à Gènes de ces sortes de marchandises en quantité, parce que l'on n'en porte point sur le lieu, et que, à mesure que les ouvriers travaillent, ils envoyent leurs ouvrages ans marchands de Paris, et de plus, qu'ils sont arrhés par eux; voilà les inconvéniens. Si on achète à Paris, sans doute il faut acheterpromptement parce que l'on gagnera sur les espèces, et que ces marchandises sont à meilleur marché à présent qu'elles ne seront au mois de janvier, à cause de la quantité de mariages qui se feront. C'est à Vostre Éminence à prendre sa résolution et à nous la faire sçavoir, particulièrement sur ce qu'elle veut employer et sur ce qu'elle veut retrancher de ce qui a esté fait pour madame deMercœur
(Bibl. Imp. Mss. Baluze, Papiers des Armoirei, vol. ai6. fol. 33o. |
(Lettre autographe.)
Paris , 3 mars 1 656.
J'examinay hier tous les papiers, mémoires et procès-verbaux concernant le recouvrement des livres de la bibliothèque de Vostre Éminence ; et après avoir tout vu et considéré, et mesmc pris lavis du sieur de La Poterie *, j'ay cru devoir informer Vostre Éminence de tous ces petits raisonnemens avant que de commencer cette recherche.
Vostre Éminence sçait que nous avions 1 9,000 et tant de livres de fonds, dont nous avons desjà consommé 6,000 à ramasser les livres que nous avons trouvés chez les libraires. Si nous continuons cette recherche, sans doute lesdites 19,000 livres seront bientost consommées, et nous aurons beaucoup de livres imparfaits et peu de bons. Les raisons sont :
1 H s'agissait sans doute des achats à faire pour le mariage d'Anne Marie Martinozzi, «it-ce du Cardinal , avec le prince de Conti , mariage qui eut lieu le ai février i65/i.
* «Pour 10,000 livres, le sieur La Poterie, qui avait servi sousNaudé, le remplaça comme bibliothécaire, n {Hittoire.de la Bibliothèque Mautrim, par M. Franklin.)
Que les libraires ayant acheté presque tous les livres par paquets, ils en ont tiré et vendu ce qu'ils avoient de meilleur, et rapporteront lesdits paquets ou tronqués ou dont les livres seront changés, et demanderont leur payement sans qu'on puisse découvrir leur fourbe.
Tout ce qui sera bon et qu'ils ne pourront cacher par ce moyen ne sera point rapporté, et il est du tout impossible de les convaincre.
Les personnes de condition qui ont acheté à la vente rendront sans difficulté leurs livres, mais elles les ont achetés assez chèrement.
Les autres personnes de condition qui ont acheté des libraires, ayant acheté leurs livres à peu près leur juste valeur, demanderont le remboursement de ce qu'elles ont payé, et non pas de ce que lesdits libraires les auront achetés à l'inventaire ; et il sera impossible d'avoir aucun recour» contre lesdits libraires, à cause de l'obscurité avec laquelle les commissaires ont malicieusement fait la vente et falsifié le procès-verbal. Ainsy, outre la peine et la difficulté grande de réussir en ce dessein , il se trouvera trèsassurément que nous donnerons beaucoup d'argent et que nous aurons grand' quantité de livres de peu de valeur, quantité d'imparfaits et peu de bons.
Sur toutes ces raisons, mon avis seroit :
De faire une recherche exacte des livres rares et que Ton n'a pu recouvrer d'ailleurs, et de les retirer, en quelques mains qu'ils se puissent trouver;
D'envoyer un exempt ou autre personne, de la part du roy, cher les sieurs Pithou, Pctau et Portail *, commissaires du parlement, qui ont volé quantité de livres, faire recherche exacte dans leur bibliothèque et autre* lieux de leur maison de tous les livres qui ont esté dans la bibliothèque de Vostre Éminencc (à laquelle recherche il seroit nécessaire que le sieur de La Poterie fust présent) et enlever tout ce qui sera reconnu avoir esté dans la bibliothèque de Vostre Éminencc.
11 fautaussy retirer tous les Rabbins2 qui sont entre les mains de M. Dtt-
1 Le Tableau du parlement de Paris ( Corresp. adtn. du règne de Loutt XIV, t. II) conlient sur ces trois conseillers de la Grand'Chambre les détails suivants:
« Pierre Pithou. Bel esprit, savant, s'expriment facilement, fantasque et inconstant, réputé pour homme de lettres , mais rien au delà.
«Alexandre Petau. A l'esprit vif, de grande conception , aime la justice, s'applique fort aux livres, dont il fait un amas curieux.
« Portail. Gai , railleur, homme de bons mots . est aimé de ta jeunesse , cherche les divertissements, fait dépense.»
Enfin, voici ce qu'on lit dans la Muse histo-
rique de Loret, au sujet de la vente des livre* de Mazarin par Pierre Pithou et Portail :
Monsieur Pithou , monsieur Portail, Qui tous deux vendoient en détail Les livres de Son Émineûce, Par une royale ordonnance.
Ont cessé leur commission Touchant cette venditiou.
Ces deux bon» messieurs «ont à pUiodr*-. Et je leur prévoy sur les bras Un très-déplaisant embarras.
■ Livres hébraïques.
rochers, et abandonner tout le reste. Par ce moyen, nous conserverons une bonne partie de nostre fonds de 1 9,000 livres, et en nous faisant donner par le roy un supplément juste et convenable pour le dédommagement de la vente de ladite bibliothèque, nous pourrons, par personnes tierces, faire acheter à bas prix la bibliothèque de feu M. de Rennes1, et en mesme temps, poursuivant en justice nos prétentions sur celle du feu sieur Naudé, nous pourrons assurément l'acheter aussy, et ainsy, tout d'un temps , remettre une bibliothèque sur pied, de q5 ou 3o,ooo volumes, sans beaucoup de peine.
Vostre Eminence me fera sçavoir, s'il luy plaist, la résolution qu'elle prendra , afin que je travaille à l'exécuter.
Je vis hier au garde-meuble de Vostre Eminence le dessin que Bernardin fait faire pour se servir de la pièce de tapisserie en broderie -de feu M. le cardinal de Richelieu , pour en composer un lit assortissant à la tapisserie de broderie de l'histoire de François lw. Sur quoy je me hasarde de dire mon avis à Vostre Éminence, qui est que cette tapisserie estant d'un dessin et broderie fort grossiers, la beauté de la tapisserie augmentera beaucoup celte grossièreté; et je ne puis pas me persuader que Vostre Éminence ayt satisfaction d'un lit (qui doit estre la principale pièce d'un ameublement) fait de cette sorte.
Mon avis seroit de faire faire un lit neuf, approchant de la beauté de la tapisserie autant qu'il se pourroit.
Et pour la pièce de tapisserie de M. le cardinal de Richelieu, elle pourra servir à faire les frises à deux ou trois colonnes d'une tapisserie d'alcôve dont il faudra faire le fond de quelque étoffe riche et ajouter la broderie qui pourra manquer. Vostre Eminence donnera, s'il luy plaist, ses ordres qui seront exécutés.
M. Servien m'a envoyé quérir pour résoudre tous les ordres à envoyer en Provence pour prendre les û,ooo charges de bleds qui sont sur la prise faite depuis peu.
Je ne crois pas que Vostre Eminence ayt le temps de travailler à ses comptes , M. Le Tellier et M. Chapelain estant à Saint-Germain. C'est pourquoy je travailleray icy aux affaires de Vostre Eminence et particulièrement au logement de Mesdames.
(Arcb. de» Aff. Mr. France, vol. i5n, pièce 11.)
• Pierre V, Cornullier, évèque de Rennes de La Molhe-Houdan«>urt,qui occupa le siège de 1 6 1 9 à 1 63g. Il eut pour successeur Henri de Rennes de 1 64 1 â 1 66s.
(Lettre originale.)
Paris, i" juillet 1 654.
M. de Mercœur arriva hier la nuit, et madame de Mercœur est accouchée cette nuit à deux heures du matin d'un fds. Tous deux sont, grâce à Dieu, en aussy bonne santé qu'ils peuvent estre.
Son Altesse m'a dit qu elle rendroit compte à Vostre Éminence de Testât de l'armement des vaisseaux et galères en Provence et que, si l'on n'y envoyoit de l'argent en diligence, assurément tout cesserait. Mais luy ayant fait coonoistre que j'on y avoit envoyé 100,000 livres pour la subsistance des troupes d'une part, que j'avois envoyé des lettres de change ou de crédit à mon frère pour plus de 100,000 livres, que les 100,000 livres de la Franche-Comté seroient payées à Lyon et envoyées dans cette semaine, et que par l'ordinaire prochain il partirait encore a 00,000 livres pour les gaJères, elle m'a tesmoigné que toutes ces sommes avanceraient beaucoup cet armement, mais qu'il falloit pourvoir diligemment au supplément des fonds pour l'armement des vaisseaux (qui montoit suivant Testât de M. d'Orange à plus de 5oo,ooo livres) pour lequel on n'avoit encore fourny que 3oo,ooo livres. Quand les 1 00,000 livres de la Franche-Comté auront esté payées et envoyées,, Vostre Éminence m'ordonnera ce qu'il y aura à faire pour ce supplément de fonds; elle sçait bien que je ne suis pas en estai d'y pourvoir.
(Bibl. lmp. Mss. Baluie, Papier* de* Armoire* , vol. 176, fol. 67. 1
( Lettre originale. )
Paris, & juillet i65A.
M. du Plessis-Bellière est party ce matin ; je luy ay fait voir ce que Vostre Eminence m'ordonne de luy dire. Il m'a promis de se rendre à Toulon en toute diligence.
Pour M. de Guise, je Tay vu pareillement. C'est un prince qui a présentement une forte passion dans l'esprit de vendre tout ce qu'il peut, et avant que cette passion soit assouvie, diflicilement pourra-t-il partir. 11 m'a protesté qu'il luy falloit encore huit jours. Je crois que si Vostre Éminence luy écrivoit fortement qu'il n'allast point à la cour pour prendre congé du
Roy, et qu'elle luy envoyast tous ses ordres, il s'en iroit d'icy, ce qui espargneroit pour le moins douze jours de temps».
J'ay acheté deux tentures de tapisserie de luy: l'une de 36 aunes de tour, Histoire d'Aciéon , gothique moderne; et l'autrè de a 5 aunes , Histoire sainte, 5,t oo livres b.
Si Vostre Eminence m'envoye les provisions de chancelier de la Reyne , j'accommoderay l'affaire à 60,000 écus; j'ay vu M. de Bordeaux pour cela'.
BÉPORSK DE CilDIKAL, Eîl MARGE.
Sedan , i i juillet.
' J'écriray à M. de Guise comme vous le mandez; assurément il perdra tout avec im si grand retardement.
k Je suis bien ayse que vous ayez acheté ces tapisseries ; je voudrais bien sçavoir s'il a» a vendu aucune des quatre belles.
• Je vous envoyé les expéditions de la surintendance des finances de Monsieur, et je verray ce que je pourray faire pour celles de chancelier de la Reyne.
( Bibî. Imp. Mm. Balaie, Papier» de» Armoire», vol. 176. fol. 7S.)
(Lettre originale.)
Pari», 7 juillet i65fc
M. de Mercœur part aujourd'huy. Si Vostre Éminence ne luy parle et ne le presse pour luy faire faire les choses nécessaires pour se remettre aux bonnes grâces de M. de Vendôme1, je doute que cette réunion se puisse jamais faire. Le plus grand mal vient du principe, qui est que M. de Mercn?ur est tout à fait persuadé que non-seulement il luy est indifférent pour le bien et avantage de sa maison d'estre mal avec Monsieur son père, mais mesme qu'il luy est avantageux. Dans la connoissance que j'ay prise des affaires de cette maison, je suis persuadé qu'il est de la dernière importance pour M. de Mercœur de cultiver les bonnes grâces de Monsieur son père et de sauver au moins les grandes ruptures, sçachant bien qu'ils ne peuvent jamais estre dans une étroite confiance; M. de Mercœur doit mesme, par esprit et par conduite, vaincre autant qu'il se pourra les mauvaises dispositions de Monsieur son père, qui en effet ne fera jamais les 'hoses qu'il doit, comme père, envers Monsieur son fils. J'ay cru estre obligé de faire ce discours à Vostre Éminence*.
Je n'ose plus rien dire à Vostre Éminence de ses affaires. Aux mois de
■ G*arde Vendôme, son père. (Voir lettre k.)
juillet, septembre et octobre t 65 1, elles n'estoient pas si mauvaises quelles sont ; et je n'ay rien à recevoir de plus de six mois d'icy, et beaucoup, et incessamment, à dépenser. L ordinaire de sa maison mesme a esté diverty, et je ne puis venir à bout de le faire réassigner ; voicy le troisième mois qu'il est deu. Je me taste moy-mesme souvent pour connoistre si cela vient de ma faute; mais je ne trouve rien à me reprocher, autant que mon industrie se peut estendreb.
Le grand bastiment de Vincennes s'avance ; les fondations seront bienlost au rez-de-chaussée, et l'on fera toute diligence pour le rendre logeable au caresme prochain, pourvu que l'argent ne manque point. Celuy du logement de Vostre Eminence va plus vite, et j'espère que dans la fin d'octobre il sera achevé.
La mesnagerie est establie ; nous avons trois veaux qui sont nourris par six vaches, avec force œufs frais. Le premier seroit excellent à présent. Je fais apporter toute industrie pour les conserver jusqu'à ce que le Ro\ vienne à Compiègne, afin que l'on en puisse envoyer trois en trois semaines consécutives. J'ay écrit à M. de Broglio pour avoir encore des vaches de Flandre, et M. de Bourges1 m'en fait venir d'Auvergne. Nous avons six douzaines de poulets d'Inde, autant de poules et poulets qui sont fort bien nourris et qui seront excellens, cent moutons ou brebis pour avoir des agneaux de bonne heure. La petite truie d'Inde a fait six cochons dont trois sont morts , et les autres trois auront peine à en échapper parce qu'elle n'a point de lait. J'eslablis à présent deux volières de gros pigeons. J'auray soin que le faisandier vienne s'y establir au mois d'aoust. Les collines circonvoisines sont fort bien gardées, et il y a force gibier dans le parc. Je fais aussy travailler dans le petit parc a rendre toutes les allées fort belles et fort propres. Il y aura toute sorte de légumages \
La chambre et le cabinet du Roy s'avancent; mais, quelque diligence que l'on fasse, la chambre ne pourra estre peinte et dorée à la fin d'octobred. L'appartement de Vostre Eminence s'avance pareillement.