‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 34 sur 108 · RKPONSB DU CARDINAL, E* MARGE · texte numérisé non relu

RKPONSB DU CARDINAL, E* MARGE

* Vous parlez fort bien sur le fait de M. de Mercœur, et je tascheray de le porter sur les choses qu'il doit a Monsieur son père.

b Je crois ce que vous me dites, et je vois fort bien que je gaste plus en un jour que vous ne sçauriez accommoder et mesnager en deux ans; mais il est impossible de me refaire, et comme tout cela vient d'un principe si glorieux comme est de servir le Roy je réputerois a malheur si je ne continuois h avoir ce zèle.

1 Anne de Lcvi» de Vcntadour tl , trésorier lui sacré archevêque de Bourses en i Mo. Morl delaSainte-ChaiHlode Paris, ronseillerd'Élat . le 1 7 mars 1 669, âgé de rinquanle wpt an*

J'ay pris granii plaisir à lire tout ce que vous me mande* de Vincennes , et je vois bien que je dois ce contentement à vos soins.

J Je vous prie de solliciter plus cela mille fois que ce qui me regarde , et je m'assure que Messieurs les stirintendans ne laisseront pas manquer d'argent; et encore qu'ils en usent autrement , il faut y employer ce qui est destiné pour moy, estant très-pressé que le Roy soit sorvy devant tous.

(Bibl. Imp. Mm. Baluze, Papier» de» Armoire» , vol. 176, fol. 78. )

(Uttre originale.)

Paris, 18 juillet t65A.

M. de Guise me promet de partir lundy ou mardy prochain. Je le presse incessamment et luy fais voir tout ce que Vostre Éminence m'écrit sur son

sujet.

Je fais prendre soigneusement garde s'il vend ses quatre belles tentures de tapisserie, afin d'en avoir quelques-unes, si je les puis avoir à prix raisonnable; mais tant qu'il prétendra 10,000 écus des Bestiaux, je ne crois pas que l'on doive y penser.

On travaille autant qu'il se peut à la chambre du Roy. Messieurs les Mirintendans n'ont encore rien donné pour cela, et je fournis incessamment re qu'il faut, des deniers de Vostre Éminence, afin que l'ouvrage ne retarde point. Elle ne doit pas s'attendre de voir ni la chambre ni le cabinet peints et dorés avant l'hyver. Tous les ornemens de menuiserie seront seulement posés et peints de blanc. Pour dire la vérité à Vostre Eminence, ce ne seront jamais que des trous, que cette chambre et cabinet, indignes de la majesté du Roy et de la grandeur et beauté du dessin du Louvre ; et je m'étonne que l'on n'ayt pas pris résolution de faire autre chose que ce que l'on fait.

J'ay dit à M. Servien ce que Vostre Eminence m'a ordonné touchant la • harge de chancelier des ordres. 11 m'a donné charge de faire ses trèshumbles actions de grâces à Vostre Eminence et de l'assurer de sa parfaite dépendance et soumission à ses volontés.

L'on m'a donné avis de la maladie de l'abbé de Saint-Martin de Nevers, qui est fort âgé. Son abbaye vaut 3, 000 livres de rentes. Dans le dessein que Vostre Éminence a de prendre ce duché, celte abbaye seroit fort à mn bienséance. Je supplie Vostre Éminence d'avoir la bonté de l'accorder à mon frère1 au cas qu'elle vienne à vaquer'.

' Déjà Colbert, par une lettre du 99 no- la bienveillance du Cardinal: «Vostre Emivetiibrp i653, avait recommandé son frère à nence a un bénéfice à conférer, dépendant de

HRPOSSE m CARDIN AL, BK MARCR.

Au camp de Stenay, a'i juillet.

* Celle abbaye a esté demandée à la Reyne par M. Seguin son premier médecin, à qui Sa Majesté en avoit promis une de celles de l'évesque de Nantes, lorsque vint la nouvelle de sa mort. Je feray ce que je pourray en faveur de vostre frère , et vous devez estre assuré de la cbose, à moins que Sa Majesté veuille absolument que ledit Seguin en soit gratifié. Et, en tout cas, vous devez estre assuré que vous ne tarderez pas longtemps de voir vostre frère estably.

(BiM. Imp. Mm. Bahue, Papier» des itmtkm,VtL 176, fol. 91.)

(Lettre originale.)

Paris, ao juillet i65V

Je donne parole à Vostre Eminence que les 100,000 écus arriveront à Toulon en mesme temps que M. de Guise, dont la maison ne doit partir qu'après-demain ; et luy, promet de partir pour la cour jeudy ou vendredy. Je le visitay hier de la part de Vostre Eminence; et, outre les instances qu'elle m'ordonne de faire pour son départ, je luy dis de plus que je venois de voir entre les mains de M. le Procureur Général une lettre de M. l'ambassadeur d'Angleterre 2, qui porte que la flotte angloise va passer le détroit, qu'ils ont fait doubler leurs vaisseaux et pris des munitions pour demeurer longtemps en mer, et que les prières publiques commencent en Angleterre pour la prospérité de leur voyage. Cela luy fit connoistre de quelle importance estoit son départ; mais il me dit qu'il luy esloit impossible de partir avant ledit jour de jeudy ou vendredy-.

Vostre Éminence doit sçavoir que M. de La Ferrière 3 est party d'icy prétendant commander les vaisseaux et galères, comme plus ancien lieutenant général que le chevalier Paul; et comme cela peut faire de l'embarras

l'abbaye de Saint-Victor do Marseille, nommé d'ayder vostre frère.» (Baluze, Papier» de» Ai-

le prieuré de Saint-Araand , dans l'église de moire* , vol. a 16, fol. 334.)

Saint-Astramond. Je ne doute point que Vostre 1 Seguin, premier médecin de la reine.

Éminence n'eust assez do bonté pour moy était alors le doyen des médecins de Paris. Mort

pour l'accorder à mon frère qui a desjà le 1" février 1 658, à l'âge de

5oo écus de revenu de ses bienfaits. Mais je «pâtre ans.

crois qu'il est plus à propos que je m'en serve 1 Asburnbam , ministre plénipotentiaire

pour diminuer quelqu'une des pensions impo- d'Angleterre en France, de 1 6^16 à 1667.

sée» sur les bénéfices de Vostre Eminence, ' Gaspard de Comminges de La Ferrière.

avant que d'en parler.* Le Cardinal avait ré- Chevalier de Malte en i63t, commandant le

pondu en marge : «Je suis touché du soin que Saint-Thomas en 1647, puis lieutenant général

vous prenez pour me décharger des pensions des galères. En 1 6.*m , il avait apaisé que je paye, et, en revanche, je suis heureux

WEC MAZARIIV

et retarder le service, je suis bien ayse de l'en avertir afin quelle y remédie par sa prudence.

RÉPONSE DC CARDINAL , Ef» MARGE.

* Je suis très-ayse de tout ce qui est contenu en cet article. Sa Majesté* ayant trouvé bon de dispenser M. le duc de Guise du voyage qu'il vouloit faire auprès de Sa Majesté*, vous le pourrez presser de partir en diligence pour la Provence; je luy dépescheray, à mon retour à Sedan , le sieur de Tallades avec l'instruction. L'abbé Ondedei vous enverra une ordonnance de 1,000 écus pour le sieur Ulpiani qui doit accompagner M. de Guise. J'écris à Messieurs les surintendans pour les payer sans aucun délay ; mais en cas qu'il y ayt la moindre difficulté, je vous prie de les donner audit sieur lipiani, qui vous ira trouver pour cet effet, et mesrae de l'assurer de mon affection.

(NU trop. Mss. Bnliue , Papier» de» Armoire» ,vo1. 176, fol. <»*.)

( F* tire originale. )

Paris, 9 4 juillet 16.V1.

La maison de M. de Guise est partie avant-hier; mais pour luy, si Vostre Kminence ne luy envoyé un courrier exprès et ne luy écrit fortement, je ne sçais quand il en prendra la résolution.

Comme je travaille à présent à faire naturaliser toute la famille de Vostre Krninence, j'ay besoin de deux procurations cy-jointes pour M*' son père1. Je supplie Vostre Éminence de donner charge à quelqu'un d'envoyer quérir un notaire pour les passer et me les renvoyer diligemment.

Demain matin , je dois terminer une grande affaire pour Vostre Éminence , qui est le partage de tous les effets de Cantarini. Je l'ay réduit au point d'y con sentir, ce que j'estimois assez difficile. Quand cela sera fait , je seray déchargé d'une affaire que j'estimois des plus importantes pour Vostre Éminence.

Je travaille aussy à accommoder l'affaire de Balthasar, pour pouvoir retirer les billets de l'Espargne pour toutes les avances de l'armée de Modène, «•l j'espère en venir à bout cet esté. Quand cela sera terminé, je sera> déchargé de toutes les vieilles affaires de Vostre Éminence. Dieu veuille que les nouvelles soyent un peu meilleures*!

Les bastimens de Vincennes vont toujours, mais non pas avec la diligence que je souhaiterois bien. Je les presse autant que je puis; j'aurav soin de faire establir le faisandier au mois prochain.

Les veaux sont toujours nourris avec grand soin; mais je crains fort que

1 Pierre Maiarini, né à Palorroe, mort à Rome le iA novembre 1 65A , à l'âge de soixante et dis-huit an*.

l'âge ne les fasse maigrir. Comme je doute de l'industrie des François pour les bien nourrir, j'ay écrit à Rome qu'on m'envoyast un mémoire de la manière que l'on élève les vedeU-monganes1 dont on parle tant, afin de le faire observer pour les nostres\ Les poules, poulets et poulettes d'Inde sont en fort bon estât; j'espère que Vostre Éminence en aura satisfaction, comme aussy des pigeons de volière. J'ay demandé à M. du Plessis un ordre du roy aux officiers des eaux et fontaines du roy pour visiter, dans tous les villages circonvoisins, toutes les eaux et [voir] ce que l'on en pourra faire venir dans le parc et dans le chasteau. Je fais cueillir les fruits et en fais faire, pour la Reyne, des confitures que je fais mettre dans de grandes tasses de porcelaine , ce qui sera fort propre.

M. le marquis de Mortemart2 m'a prié d'écrire à Vostre Eminence en faveur de M. le président Tambonneau3; et en effet c'est un homme qui. estant premier président de son semestre, par la mort du président Larcher4, peut beaucoup servir; et mesme j'en ay besoin dans les naturalisations de la famille de Vostre Eminence dont je poursuis à présent la vérification. Cela ne va qu'à m'écrire quelque chose pour luy dire, qui luy fasse connoistre que l'on sçait ses services, et que Vostre Éminence est toujours dans la volonté de le gratifier e.

11 me semble, sur ce mesme sujet, que Vostre Éminence devrait encore m'ordonner de dire quelque chose de sa part à M. le Chancelier et de luy faire part de ce qui se passe au lieu où est le Roy. Il y a icy tant de mauvais François, qui font courir une infinité de faux bruits, qu'un principal ministre comme vous est fort à plaindre quand il n'a pas de quoy leur repartir. Je parle de ces choses à Vostre Éminence pour deux raisons : la première, parce que je suis persuadé qu'il y va du service du roy, et la seconde parce que je suis obligé de demander très-souvent quelque chose à M. le Chancelier pour le bien des affaires de Vostre Eminence; à quoy je dois rendre tesmoignage qu'il se porte avec toute la chaleur que je peux désirer de luyd.

n ÉPOUSE OC CARDINAL, EU MARGE.

Sedan , 57 juillet.

* Bon. 11 faut tascher d'estre plus sage à l'avenir; mais je ne vous en réponds pas,

1 VedeU-monga net ( viUlU - m onga nw ) , v ea m

1 Gabriel de Rochechouart, marquis de.

Mortemart , premier gentilhomme de la chambre du roi en i63o, duc et pair en i663, gouverneur de Paris et de l'Ile-de-France en

1669. Mort le a6 décembre 1675, âgé de

5 Jean Tambonneau , président à la chambre des comptes.

1 Miche) Larcher, président à la chambre des comptes depuis le 1 3 juin 1 696.

AVEC MAZAWN.

car je suis persuadé que c'est vertu de ne l'estrc pas, quand il est question d'avancer, par ce moyen, le service du roy '.

h II faudrait faire porter un veau à la foire , s'il se peut.

e Je vous prie d aller voir M. le président Tambonneau de ma part, pour l'assurer qu'à mon retour je feray tout ce qui sera possible pour le servir en ses intérests et luy donner des marques de l'amitié et de l'estime que j'ay pour luy, qui est incontestablement un des plus zélés et passionnés serviteurs que le Roy ayt, sans que, dans les temps les plus corrompus, on ayt vu ébranler sa fidélité.

4 Je vous seray obligé si vous voyez souvent M. le Chancelier pour l'assurer de mon amitié et service; et luy donnerez les nouvelles d'icy. Nous sommes maistres de tous les dehors; et à présent c'est une affaire qui semble ne pouvoir plus manquer. Je vous diray confidentiellement que Leurs Majestés pourront partir d'icy, pour prendre leur route vers La Fère, quand les mineurs seront attachés aux bastions, ce qui pourrait

(Bibl. Iinp. Mm. Baluze, Papier» de* Armoiru, roi. 176, fol. to8.)

( Lettre originale. )

Paris, 28 juillet 1 654.

J'ay fait ce matin le partage de tous les effets de Cantarini. 11 en revient à Vostre Éminence pour 1,310,770 livres de billets de l'Espargne ou ordonnances, outre 5o8,333 livres qu'elle a encore dans les assignations données pour le principal et intérests de l'affaire de Mantoue. Outre ces deux parties, j'en ay encore retenu pour 6 5 0,0 00 livres de ceux qui sont échus en la part du sieur Cenami2, pour nantissement de ce qu'il doit à Vostre Éminence. J'estime que c'est une très-grande et très-importante affaire que j'ay faite pour Vostre Éminence, et encore beaucoup plus pour sa maison qui eust esté fort embarrassée de discuter des livres de banquier et tous leurs comptes. Présentement, Vostre Éminence peut se dire entièrement débarrassée de toutes ces sortes d'affaires*.

M. de Guise me prie d'écrire à Vostre Éminence que le gentilhomme de l'ambassadeur de Portugal3 est arrivé, et qu'il a découvert qu'il a bien

1 Le 1 1 juin i65û, Mazarin avait écrit de Reims, à Golbert, sur le même sujet : t II faut absolument rerneUre de l'argent à vostre frère ,

qu'il faut gagner des momens, pour mettre à la voile les vaisseaux et galères destinés à l'armement. C'est pourquoy je vous conjure de luy en envoyer en diligence, et engager pltilosl ce que j'ay que d'y manquer, souhaitant mille fois plus avancer le service du roy d'un jour

que de le reculer d'un instant , pour ne sacrifier pas tout ce que j'ay, d'autant plus que c'est de Sa Majesté que je l'ay reçu. Vous pouvez donc employer pour cela la somme de Girardin, si les autres moyens vous manquent; et, si cela ne suffit , engagez tout ce que j'ay." ( Arch. des AIT. étr. Franc* , vol. 1 5 1 , pièce 1 1 .)

* Banquier de Mazarin.

J Le prince de Crivelli, ambassadeur de Portugal en France de i65o à 1666.

ordre de conclure la Ligue aux deux millions d'or, mais de ne la conclure qu'avec le mariage ; et que peut-estre Vostre Eminence sera bien ayse dVn estre avertie , avant que ledit ambassadeur s'en explique h.

■ÉPOUSE Dl' CARDINAL, RU MARGE.

PérOllDe, l5 ROOll.

• Je suis très-ayse que vous ayez si bien achevé cette affaire; et, sans vous flatter, je crois que tout autre que vous n'en serait jamais venu à bout.

b Je remercie M. de Guise de l'avis, et j'en profiteray. Au surplus, je vous dirayquf j'espère que le Roy sera maistre de Stenay dans deux ou trois jours. J'écris là-dessus à Messieurs les surintendans. Sa Majesté partira à l'instant pour haster, si c'est possible, le secours d'Arras , et pourra bien estre lundy ou mardy prochain à La Fère, où j'espère vous rencontrer.

(Bibl. Imp. Mas. Baluie, Papiers des Armoire,, vol. t76,foL lit.)

. (Lrf'tlrc autographe.)

Paris, i A aoust i654-

Monseigneur, l'année passée Vostre Eminence eut la bonté de donner la compagnie au régiment de Navarre d'un de mes cousins1, qui fut tué au combat donné par M. le mareschal de Grancey en Piémont, à son frère2, son lieutenant et présent au mesme combat. A présent, ce second vient encore d'estre tué dans le mesme pays , ce qui me donne sujet de supplier très-humblement Vostre Eminence d'avoir quelque compassion du père3, qui est mon oncle , lequel , après avoir acheté cette compagnie dont il doit encore la plus grande partie du prix, a reçu le déplaisir mortel de la voir servir en du mois de temps de sépulture à ses deux enfans. La très-humble grâce que je demande à Vostre Éminence pour luy est qu'il puisse retirer récompense de cette compagnie , ou au moins que celuy à qui Vostre Éminence la voudroit donner se charge de payer ce qu'il en doit de reste à ceiuy de qui il l'a achetée. Je sçais bien, Monseigneur, que cette grâce est très-grande: mais je sçais bien aussy que Vostre Éminence veut bien que j'attende de> grâces extraordinaires de sa bonté4.

(Arcb. des Aff. étr. France , vol. «5*. pièce n )

' Jean Colbert, capitaine au régiment de Navarre.

1 Remy Colbert, capitaine au même régiment. Les deux frères furent tués à une année d'intervalle.

■ Jean Colbert, sieur de Tenon, lieutenant de la ville de Reims (1661 à i6*3). 11 épousa

Marie de Bignirourt et eut pour fil», outre la deux désignes ci -dessus, Charles Colbert de Terron, marquis de Bourbonne. Ce dernier est indiqué quelquefois avec le prénom de Ja»» dans les pièces du Cabinet des Titres. (Ritt. Imp. Carton Colbert.)

* Quelques jours après, Colbert écrivait a

(Lettre autographe.)

Paris, sa aoust t656.

M. Hervart écrit à Vostre Eminence sur le sujet du changement des départemens à cause de la nouvelle création des quatre intendans. Je la puis assurer quelle doit le considérer particulièrement, puisqu'il contribue au bien de ses affaires autant qu'il est en son pouvoir.

II. le Chancelier m'ayant dernièrement fait voir les expéditions dressées contre M. le cardinal de Retz, me fit ensuite un discours que j'estime important que Vostre Éminence sçache.

Sur ce que je luy demanday à quoy aboutiroient ces expéditions , et quelle voye le Roy avoit pour pourvoir à l'administration du spirituel, il me dit que l'arrest du Conseil qui ordonne que le chapitre nommerait des grands vicaires ayant esté signifié, si le chapitre n'obéissoit, le droit estoit dévolu au primat, qui est l'archevesque de Lvon1, lequel nommant, comme il n'en doutoit point, s'il y avoit opposition, il faudroit demander des juges au Pape inpartibus, et que ce pendant les grands vicaires nommés par ledit archevesque exerceroient par la raison que Eccksia non potesl esse vidwi ; et que, comme en ce rencontre l'on ne se pouvoit point servir du Parlement, l'on se serviroit du Grand Conseil, qui est le juge des bénéfices consistoriaux; et que pour cela et pour le jugement de la validité ou invalidité de la démission dont cette compagnie sera juge , il est en quelque sorte besoin de la bien traiter, ce qui se peut faire , Vostre Éminence écrivant aux surintendans de faire payer les appointemens de conseiller aux présidens et doyens de cette compagnie.

Tous les chanoines sont partis à la réserve de Joly2, qui est le plus séditieux de tous, que l'on dit estre demeuré sur la parole de M. le Procureur Général. Ce changement aux ordres du roy en un sujet si marqué ne peut rien valoir, et l'on doit envoyer un second ordre pour le faire venir.

(Bibl. Imp. Ms«. Mo», Pajnertde* Armoire*, vol. 176. fol. 1Û0.)

: «Je fais mes très-humbles remercie- impossible.» ( Bah

rneas à Vostre Eminence de la fp-âco qu'elle a vol. 176, fol. 1 m.)

faite à mon oncle de Terron, de luy laisser la dis- 1 Camille de Neuville de Villeroy, abbé

position de la lieulenancede celuy à qui le Roy d'Aisnay. (Voir lettre So.)

a donné la compagnie de son fils.r» Le Cardinal 1 Claude Joly, chanoine et chantre de l'é-

t:*J'aurois voulu faire da>antaRe, mais glise de Paris, officiai de l'archevêque. Mort le M. Le Tellier pourra vous dire qu'il m'a esté 1 6 janvier 1 700, i

(Lettre autographe.)

Paris, 97 aoust 1 656.

Les grandes actions1 comme celle que l'armée du roy vient d'exécuter par les soins et la vigilance de Vostre Eminence donnent des senlimens de joye incomparables aux véritables serviteurs du roy et de Vostre Eminence, réchauffent les tièdes et étonnent extraordinaircment les meschans. Mais le principe du mal demeurant toujours en leur esprit, il n'y a que l'occasion qui leur manque, laquelle Vostre Éminence voit bien par mille expériences qu'ils ne laisseront jamais échapper. Au nom de Dieu, qu'elle demeure ferme dans la résolution qu'elle a prise de chastier, et qu'elle ne se laisse pas aller aux raisons de beaucoup de personnes qui, les unes plus, les autres moins, et toutes assez ouvertement, ne voudroient pas que l'autorité du roy demeurast libre et sans estre contre-balancée par des autorités illégitimes, comme celle du parlement et autres. Je supplie Vostre Eminence de pardonner ce petit discours à mon zèle *.

L'on me donne avis de Brouage que les vaisseaux le Jupiter et la Vierge sont en estât de périr dans cet hyver si on ne les relève, et qu'il en coustera q5,ooo écus pour le faire. L'on me fait aussy connoistre que la mauvaise manière d'agir des officiers de la marine ruinera les gouvernemens de Vostre Eminence de matelots pour plus de trois ans.

Je suis très-ayse de voir les bons senlimens que vous avez.

(Bibl. Imp. Mss. Baitizc , Papieri det Artnoirtt. vol. 176, fol. i5a.)

(UttraoriRinale.)

Paris, 8 avril 1 655.

J'attendois que Vostre Eminence eust eu la bonté de me faire prester le serment de ma charge2, pour faire connoistre au public la qualité de ses bienfaits; mais la honte de voir qu'on les connoisse par d'autres voyes que

1 Le s5 août, Turenne avait fait lever le cette journée. La retraite du prince de fondé

siège d'Arras. « Cet exploit, dit le président Hé- fut admirée. »

nault, rassura la France et le Cardinal, dont la * Il s'agit de la charge d'intendant dans la

fortune dépendait presque de l'événement de maison du Cardinal.

par la mienne, qui les ay reçus, me fait passer par-dessus cette considération. Je supplie donc très -humblement Vostre Éminence de voir les sentimens de mon frère et les miens sur ce sujet et d'agréer que j'envoye copie de ma lettre 1 dans tout le royaume, et mesme que je la fasse passer ès mains de tous les ambassadeurs du roy, afin qu'autant qu'il sera en mon pouvoir sa bonté et sa munificence soyent connues.

Le sieur de Terron, mon cousin, a acheté un vaisseau de aoo tonneaux pour servir de bruslot, et est prest à conclure le marché pour un autre. Celuy-là a esté acheté 8,3 oo livres.

(Arch. des AIT. étr. France, vol. i54 , pièce 38.)

(Lettre originale.)

Pari», 9 avril i655.

Bien que j'aye reconnu en mille occasions par l'honneur que j'ay d'approcher à toute heure Vostre Éminence qu'elle ne cherche point d'autre récompense de ses vertueuses actions que ses actions vertueuses mesmes, et que sa magnanimité oublie aussy facilement ses bienfaits qu'elle a de disposition à pardonner les injures, je la supplie de trouver bon que je ne paroisse pas insensible à tant de faveurs qu'elle a répandues sur moy et sur ma famille, et qu'au moins, en les publiant, je leur donne la sorte de payement que je suis capable de leur donner. Si elle a de la peine à souffrir que je la fasse souvenir des obligations infinies que je luy ay, qu'elle ne m'envie pas la joye de les apprendre à tout le monde, et qu'elle me permette de luy acquérir pour serviteurs tous ceux qui sont touchés de la beauté de la vertu, en leur faisant voir de quelle manière elle traite les .siens et quel avantage il y a de luy eslre fidèle.

Je ne veux pas, Monseigneur, entrer dans le vaste champ de tous les bienfaits et de toutes les grâces qui sont sorties des mains de Vostre Eminence; je me renfermeray dans les choses qui me regardent et ne lasseray

1 Cette lettre , qu'on lira à la suite de la présente, fut imprimée, et, comme le dit Colbert, distribuée en France et à l'étranger. L'original, signé de Colbert, se trouve aux Archives des Affaires étrangères ( France , «oL i5à, pièce 6o). il y a, à la suite, pièce k i , une lettre dans laquelle le frère de Colbert exprime aussi au Cardinal toute sa rerononis-

sance. Le Cardinal ne répondit pas immédiatement a la lettre de Colberl du 8 avril. ( Voir lettre tao, dernier alinéa.)

* La lettre du 9 avril a été imprimée ( in-ft\ 8 pages) avec ce litre : Lettre du tiewr Colberl, intendant de la maison de Montmipieur le Cardinal , à ton Emmenée.

ni sa modestie ni sa patience, n'employant que peu de paroles pour ce grand nombre de bienfaits dont il luy a plu de me combler. Quelles paroles aussy bien pourroient exprimer ses libéralités, puisque toute Testendue de ma gratitude mesme ne sçauroit les égaler?

Je diray seulement qu'après quelques épreuves de mon zèle, dans les campagnes de 16/19 et *, où Vostre Éminence me commanda de la suivre en Normandie, en Bourgogne, en Picardie, en Guyenne et en Champagne , m'ayant dès lors confié le soin de toutes les dépenses qu'elle faisoit faire dans ce voyage pour le service du roy, après avoir donné des marques publiques d'en estre satisfaite par une chanoinie de Saint-Quentin, qu'elle fit obtenir à mon frère3, nonobstant les instances que quelques personnes considérables en avoient faites. Dans ce grand orage qui s'éleva en t65i , et qui obligea Vostre Eminence à céder pour un temps à sa furie, elle ne fut pas bors du royaume qu'elle jeta les yeux sur moy pour me commettre la direction de toutes ses atTaires. Et j'avoue qu'encore que je mette à un très-haut prix toutes les bontés qu'elle m'a tesmoignées, il n'y en a pourtant aucune que je fasse entrer en comparaison avec celle-cy: soit que je la considère du costé du jugement avantageux qu'elle faisoit de moy; soit que je la considère du costé de l'employ qui est en soy trèshonorable, et que l'exemple de feu M** le cardinal de Richelieu fait voir digne de l'ambition des personnes de la condition la plus haute dans l'église, dans l'espée ou dans la robe, lesquelles ne l'eussent pas moins recherchée pour voir Vostre Éminence éloignée, sçachant assez qu'elle ne l'estoit pas du cœur de Leurs Majestés, et qu'en s'attachant à ses intéresU leurs services n'en auroient pas esté moins reconnus; soit enfin que je la considère du costé de l'utile , puisqu'elle me servoit comme d'assurance de tous les biens que j'en pouvois prétendre en bien servant et que j'ay reçus depuis, au delà de mes prétentions et de mes espérances. Vostre Eminence voulut encore ajouter à la grâce d'un si grand bienfait celle de donner des marques d'une confiance tout entière, et mesme d'une très-grande fermeté à maintenir le choix qu'elle avoit fait, lorsque ceux qui avoient esté élevés, à sa recommandation, aux premières charges de l'Estat s'estant déclarés par diverses pratiques de ne vouloir avoir aucune sorte de conférence avec moy, dans la vue de se rendre maistres de ses atTaires, elle leur écrivit en des termes si pressans et si positifs qu'ils furent contraints d'en perdre

1 On peul voir, par la correspondance de pas beaucoup alors. On s'explique difficilement

(joll>crt du 7 février au a6 décembre i65o «pie Coll»erl parle publiquement de l'année i6iu

(lettres i à 3o), qu'il était alors au service de comme l'ayant passée au service de Maiarin. Le Tellier et que , très-souvent , il ne ménageait * Nicolas Colbert , plus lard évéque de Luron.

j;uèreMazariii, qui, de son côté, ne le jutait (Noir lettre 58.)

AVEC MAZARIIN.

la pensée et de s'accommoder à ses intentions1. Ces termes mesraes estoient accompagnés de tant de marques de sa bonté pour moy, qu'une princesse qui a voit eu part en ces démeslés ne fit pas difficulté de dire qu'elle se tiendrait bien récompensée si, après avoir servy Vostre Éminence dix ans le plus utilement, elle recevoit quatre lignes de sa main de la manière dont Vostre Éminence avoit écrit quatre pages sur mon sujet. Une faveur en toute façon si importante fut suivie de plusieurs autres presque en mesme temps. Vostre Éminence me donna un bénéfice de 1,000 livres de rente pour ce mesme frère à qui elle avoit procuré une chanoinie à Saint- Quentin. A un autre 2, qui venoit d'estre blessé sur la brèche de Chatel en Lorraine, elle fit accorder une lieutenance au régiment de Navarre; et, pour un troisième 9, elle obtint de la Reyne la direction des droits du tiers des prises faites par les vaisseaux du roy sur les ennemis de cette couronne. Mais comme si Vostre Éminence eust résolu de ne point laisser passer d'année sans la signaler par de nouveaux bienfaits, la suivante ne fut pas commencée que je me vis honoré de la charge d'intendant de la maison de M8* le duc d'Anjou, et que je vis ce mesme frère gratifié d'un autre bénéfice de 800 livres de rente. Vostre Éminence couronna tant de bienfaits par un dernier, d'un prix inestimable : je veux parler des tesmoignages avantageux qu'elle voulut bien rendre de moy en divers rencontres au Roy et à la Reyne, comme si elle eust voulu justifier ses grâces par mon mérite, quoyqu elles n'eussent autre principe ni autre fondement que sa bonté et sa munificence.

Vostre Éminence me les continua encore l'année 1 653 par la permission que j'eus de tirer Ao,ooo livres de récompense de la charge d'intendant de la maison de W le duc d'Anjou , et par le dessein qu'elle forma de me faire avoir celle de secrétaire des commandemens de la reyne à venir. Dans le cours de la mesme année , elle fit donner une compagnie au régiment de Navarre à celuy de mes frères à qui elle avoit fait donner une lieutenance; elle fit agréer mon autre frère pour la direction des préparatifs et pour l'intendance de l'armée de terre destinée à l'entreprise de Naples, et nomma un de mes cousins germains4 à l'intendance de Catalogne, qui depuis fut convertie en celle de toutes les affaires de ses gouvernemens de La Rochelle et de Brouage.

1 Allusion aux difficultés qu'avait faites le surintendant de La Vieuville d'entrer en relations avec Colbert. ( Voir leUres 58 , 59, etc.)

1 Edouard-François Colbert, comte de Mau-

lévrier. (Voir lettre a 7.) — 3 Charles Colbert, marquis de Croissy. (Voir ci -après la lettre du 10 janvier t65o.)

» Colbert de Terron. (Voir lettre 97.)

Enfin , au commencement de l'année 1 654, elie exécuta le dessein quelle avoit conçu pour la charge de secrétaire des commandemens de la reyne à venir, de laquelle elle me fit revestir, refusant ses offices pour la inesme charge à une personne à qui, sans cette excessive bonté qu'elle a pour moy, une infinité de raisons la dévoient faire accorder. Dans la mesme année, elle mit le comble à ses faveurs par une abbaye de 6 ,ooo livres de rente qu'elle impétra de Sa Majesté pour mon frère. Je dois encore à l'efficace de ses bons tesmoignages la pensée que la Reyne a eue d'acheter pour moy une charge assez considérable de la maison du roy, avec ces paroles si avantageuses : qu'elle ne l'achetoit pas pour me faire plaisir, mais pour le service du Roy son fils. Et je ne puis taire que Vostre Éminence mesme , avec quelque résistance de ma part au torrent de ses libéralités, a pensé cette année encore à les accroistre par un autre bénéfice de 8,ooo livres de rente.

Voilà, Monseigneur, en abrégé, ce qui se peut exprimer et connoistre des bienfaits dont je suis comblé par la bonté immense de Vostre Eminence , estant infiniment au-dessus de mes forces d'exprimer la manière avec laquelle vous en avez sçu rehausser la valeur. Car, comme il n'y a que Vostre Eminence qui puisse concevoir et produire toutes ces grâces dont vous les accompagnez, qui surpassent infiniment les bienfaits mesmes et que vous imprimez si puissamment dans les cœurs, il n'y a qu'elle seule qui les puisse dignement exprimer. Je ne luy en dis autre chose, sinon qu'elles surpassent autant mon mérite que mes souhaits, que leur grandeur et leur nombre m'ostent le moyen et le loisir de les gouster comme il faudroit, et que plus sa bonté veut mesme relever le peu que je vaux, pour leur donner quelque apparence de justice, et plus j'en rapporte les motifs à cette mesme bonté, sans que je prétende pouvoir jamais en demeurer quitte envers elle, quelques services que je puisse luy rendre, quand je luy en rendrois des siècles entiers.

Toutes ces grâces, Monseigneur, et une infinité d'autres que Vostre Eminence a répandues sur toutes sortes de sujets, à proportion de leur mérite et mesme beaucoup au delà , devraient bien étouffer la malice de ceux qui ont osé publier quelquefois que les grâces et les bienfaits ne sortoient qu'avec peine de ses mains. Et quelques-uns de ceux mesmes qui en ont esté comblés ont esté de ce nombre, comme si, dans le mesme temps qu'ils recevoient ses bienfaits, ils cherchoient des couleurs pour les diminuer, afin de se décharger du blasme de l'ingratitude qu'ils méditoient. C'est une matière dont personne ne peut mieux parler que moy : la meilleure partie de ces grâces ont passé devant mes yeux, et je n'en ay

AVEC MAZAR1N.

jamais vu aucune, pour peu de mérite qu 'ayt eu la personne qui les a reçues, dont le prix n'ayt esté redoublé par la manière obligeante de les faire. Il est vray que souvent les grâces ont esté fort mesnagées, parce qu'elles estoient faites pour de très-puissantes considérations d'Estat, et non pour celle des personnes qui les recevoient, qui souvent en estoient très-indignes. Je dois ce tesmoignage à la vérité; et c'est principalement pour cela que je supplie Vostre Éminencc de souffrir que je fasse connoistre à chacun ce que j'en ay éprouvé en moy-mcsme , afin que , si quelques particuliers luy dérobent la gloire des bonnes actions qui leur ont esté profitables, le public luy rende justice et ne dénie pas à ces bonnes actions la louange qui leur est due.

J'avoue, Monseigneur, que Vostre Eminence trouveroit facilement une infinité d'autres sujets plus dignes que moy de sa munificence; et toutefois, si un cœur bien persuadé de ses obligations et bruslant du désir d'y bien répondre pouvoit tenir lieu de mérite, je croirais que le mien a toute la disposition dont il est capable et que Vostre Eminencc peut justement désirer pour les grandes cboses qu'elle a faites pour moy, et du moins je ne luy laisseray pas le déplaisir de les avoir semées en une terre ingrate. Ce n'est pas, Monseigneur, que pour m'estre entièrement dévoué au serrice de Vostre Éminence et de sa maison et en avoir montré l'exemple à mes frères et à mes proches, ni pour élever mes enfans dans la profession de n'y pas moins vivre et mourir que dans la religion où Dieu les a fait naistre, avec le mesme zèle et la mesme confiance que moy; ce n'est pas, dis-je, que je prétende satisfaire à ce que je dois à ses bontés; mes soins et mes travaux, quelque grands et utiles qu'ils puissent estre, demeureront toujours au-dessous de ce qu'elle a droit d'attendre de moy en toute l'estendue de ses intérests et de ses commandemens. Mes paroles mesmes, quelque puissantes qu'elles fussent, ne luy sçauroient faire qu'imparfaitement connoistre ma gratitude; et, luy en voulant expliquer la grandeur, je me trouve réduit à me servir des termes trop ordinaires et trop foibles d'une protestation très-véritable d'estre éternellement avec toute sorte de respect et de dévotion, Monseigneur, de Vostre Eminence, le très-humble, très-obéissant, très-obligé et très-fidèle serviteur,

COLBERT

(Arch. de» Aff. élr. France, vol. ib\ . pièce ho. Il existe tin exemplaire imprimé de la même pièec à la Bibl. Imp. Foods de l'Oratoire , vol. 1 16 , fol. 37. — Histoire de la Marine , par

Eugène Sue. — Histoire de Colbert, par P. Clément, page 86.)

(Lettre originale.)

Paris, 16 avril i655.

Je me sens obligé de dire à Vostre Éminence que non-seulement le rapport du Premier Président a esté très-mal fait aux doyens des chambres, ayant affoibly tout ce qui luy avoit esté dit pour l'autorité du roy, et relevé extraordinairement tout ce qui regardoit le parlement, s'estant expliqué qu'il espéroit mesrae qu'on leur donneroit quelqu'un des édits à examiner, en sorte qu'il n'y a pas un des conseillers qui ne dise en toutes compagnies que le Roy leur doit faire amende honorable, dimanche prochain, en présence» des grands du royaume; mais mesme tous les présidens rapportent très-faussement et très-désavantageusement pour Vostre Eminence la conférence d'entre elle et eux. Tous les bien intentionnés ont horreur de la malice de ces gens-là et se plaignent avec raison et justice que Vostre Eminence ne veut pas forcer sa bonté naturelle pour imprimer des marques de crainte dans leurs esprits, ce qui est la seule voye de les retenir dans le devoir. On croit que le remède présent seroit de faire venir dimanche les doyens des chambres, outre les présidens, de leur parler sobrement de la satisfaction que le Roy a du parlement et de leur oster toute espérance de s'assembler, par des termes forts et énergiques. . .

{De Iti main de Colbert.) Si Vostre Éminence n'avoit point lu entièrement la lettre que je me suis donné l'honneur de luy écrire, je luy demanderais en grâce qu'elle voulust bien en prendre la peine au premier quart d'heure de son loisir.

(Arch. de» M. étr. France, vol. i M , pie» **• »

(Lettre originale.)

De...(?),9juin i65â.

Je supplie Vostre Eminence de me permettre de luy dire qu'il est trcV nécessaire qu'elle examine les moyens qu'elle peut pratiquer pour eslre mieux servie qu'elle n'est, luy avouant ingénument qu'une partie de mon mal vient du chagrin que j'ay tous les jours de voir que mon insuffisance, en beaucoup de choses où je n'ay aucune expérience, est cause qu'elle est mal servie; et de plus, je luy avoue que quoyque j'employe tout mon temps et que, grâces à Dieu, je n'aye rien à me reprocher sur le sujet d'aucune

débauche, divertissement, promenades ou autres affaires, je ne laisse pas de voir beaucoup d'affaires qui ne sont pas conduites à leur perfection avecla diligence qui seroit nécessaire, faute de temps. Je supplie Vostre Éminence de penser sérieusement à cela et de le croire d'autant plus véritable que je le luy dis et que je l'en presse , quoyque cela soit contre moy.

(Àrch. des A(T. étr. France, vol. 54 , pièce 68. )

( Billet autographe. )

Pan-. 19 juillet i655.

J'ay vu toutes les personnes que Vostre Éminence m'a ordonné de voir de .sa part.

M. le Premier Président m'a lesmoigné estre fort obligé à Vostre Émiuence, tant de l'honneur de son souvenir que de l'ordre qu'il a plu à Vostre Éminence de donner pour l'expédition de l'ordonnance de 00,000 livres, il m'a dit qu'il luy en avoit rendu de très-humbles actions de grâces par lettres.

M. le Chancelier et M. le Garde des sceaux m'ont aussy prié d'assurer Vostre Éminence de leurs très-humbles obéissances.

Messieurs les Surintendans sont tous deux à la campagne, l'un à Vaux, l'autre à Meudon.

Madame de Chevreuse m'a tesmoigné estre fort obligée à Vostre Éminence de l'honneur de son souvenir.

J'ay mis entre les mains du courrier Marquin deux douzaines d'imprimés de chacune sorte pour Rome, une douzaine en deux paquets pour Gènes, une demy-douzaine pour Turin , et une demy-douzaine que j'ay adressés à diverses personnes de Lyon

M. de Lodève 2 estant à la cour, je n'ay pu le voir pour luy dire ce que Vostre Eminence m'a ordonné.

J'envoyc à Vostre Eminence un paquet du sieur Lescot, qui est le douzième qu'elle doit avoir reçu.

Je la supplie de voir les échantillons d'étoffes qui sont demeurés à La Fère et de m'envoyer ceux qui luy agréeront le plus pour luy faire faire des habits d'automne.

' S'agit-il encore de la lettre imprimée du de Lodève en 16/19, puis de Montpellier, en 9 ami i655 ? I«55. Mort le «A juin i657.

1 François 11 . Boaquel , né en 1 Goa. Étcque

Je suis bien ayse d avertir Vostre Éminencc que je n'ay point écrit à MM. de Lionne, Servien, et à Giannetin Giustiniani sur lenvoy des imprimés.

J'envoye à Vostre Éminence le mémoire du don que madame de Mercœur demande au Roy. Je la puis assurer que Son Altesse a besoin que Vostre Éminence le luy fasse accorder, et mesme que de temps en temps elle luy fasse quelque grâce, pour éviter une très-grande confusion daib laquelle sa maison pourrait tomber.

11 vaque une clergerie dans la Sainte-Chapelle de Vincennes par la mort de M. Joachim Morel. Si Vostre Eminence en vouloit gratifier le frère d'uu de mes commis qui sert Vostre Éminence depuis cinq ans, je luy en scrois fort obligé.

( Areh. des àff. étr. France, vol. .54 , p. lit

(Lettre originale.)

Pari», s3 novembre i655.

Je n'ay jamais écrit ni parlé à Vostre Éminence, depuis qu'elle m'a fait l'honneur de me confier le soin de son domestique, d'aucune affaire que j'estime plus importante, plus nécessaire et de plus grande gloire solide pour Vostre Éminence que celle dont j'ay dessein de l'entretenir par ces lignes et dont j'ay desjà eu l'honneur de luy parler. C'est, Monseigneur, de la résolution qui est à prendre pour ce qui regarde l'ordre de Cluny, le restablissement duquel a esté entrepris avec grand soin et grand travail par feu M8* le cardinal de Richelieu , et mesme exécuté , mais sur des fondemens si foibles (n'estant point appuyé de l'autorité du Saint-Siège) qu'incontinent après sa mort, estant abandonné de sa protection puissante, il a reçu de si rudes secousses qu'en peu de temps il s'est réduit de soymesme en un pire estât que celuy auquel il estoit quand feu Mr le Cardinal fust convié d'y mettre sa main puissante. Car enfin , Monseigneur, il est nécessaire que Vostre Eminence fasse quelque réflexion à Testai présent de cet ordre si illustre et autrefois de si grande considération par sa sainteté de vie dans toute la chrestienté, et qu'elle considère, s'il luy plaist, qu'à présent il est composé de deux sortes de religieux : t° anciens, q° de l'Observance ou réformés.

Dans toutes les maisons que les anciens occupent, tout ce que la chicane, la mauvaise vie, la dilapidation du bien des maisons et le défaul

AVEC MAZAKIN.

d'obéissance el de supériorité peuvent produire, paroist, au grand scandale de toutes les villes où ces maisons sont assises et de tous les pays circonvoisins.

Pour l'Observance, il n'en reste à présent que quatorze maisons, dont tous les religieux ne croyent pas estre obligés en conscience à l'observation de leurs vœux, parce que l'establissement de leur observance n'a point esté confirmé par le pape. Vostre Éminence peut juger de là quel désordre se peut glisser dans l'esprit et dans la vie d'un moine qui manque de ce fondement. Aussy voyons-nous qu'à la réserve de quelques communautés qui observent encore à présent, les mesmes désordres qui sont parmy les anciens sont encore parmy ceux de l'Observance; de plus, qu'ils quittent impunément et sortent de leurs monastères sans aucun scrupule; et que le temporel des principales maisons est en tel estât, par leur mauvais mesnage , que cette seule raison les obligeroit de quitter, ce qu'ils sont près de faire tous les jours dans Saint-Martin-des-Champs, qui est la seconde de tout l'ordre. Ainsy, Monseigneur, tout convie Vostre Eminence à y mettre la main; et la gloire et le mérite envers Dieu, qui luy en reviendront, m'obligent de la conjurer de s'y porter efficacement.

Pour cela, Monseigneur, il est nécessaire de composer une assemblée de personnes de grande réputation en suffisance et en sainteté de vie, qui puissent soutenir tout ce que la subtilité et la malice de plus de douze ou <juinze cens moines déréglés pourra inventer pour les détourner d'un si bon et si grand dessein. Pour cet effet, M. Cornet1, grand maistre de Navarre, ayant assemblé le conseil ecclésiastique de Vostre Éminence extraordinairement , les religieux n'y ayant point esté appelés, il a esté avisé que ce conseil pourrait estre composé de cinq docteurs (deux nouveaux avec les trois qui en sont à présent), et six pères d'ordre, s. avoir : le père Annat 2 accompagné du père Bagot3, le prieur des Chartreux, l'abbé général de Sainte-Geneviève, l'abbé Deprières, de l'ordre de Citeaux, et un Feuillant, le plus habile qui sera dans cet ordre. Mais, Monseigneur, ce qu'il y a de plus considérable en cette assemblée, c'est que, quoyque je jure à Vostre rjninence, par la fidélité que je luy dois, que je ne me suis jamais ouvert à qui que ce soit de la proposition que je luy ay faite de mettre M. l'éves-

1 Nicolas Cornet, né à Amiens en 159s, fut reçu docteur en théologie de la faculté de Paris, maison et société de Navarre, en t6a6. Conseil du cardinal de Richelieu , puis prési- <lent du conseil de conscience de Maiarin. Mort le 18 avril i663.

■ Le père François Annat, provincial des

jésuites, confesseur du roi en i65A. Mort le 1 h juin 1 670 , âgé de quatre-vingts ans.

3 Le père Jean Bagot , de la compagnie de Jésus, né en i58o, professeur de philosophie, auteur d'un livre intitulé Défense du droit ipiscopal. Mort le as août 166&.

que de Chartres1 à la teste de cette compagnie, néanmoins, l'avis en fui ouvert par ledit sieur Cornet, qui fut suivy avec applaudissement d'un chacun; et quoyque je soutinsse que Vostre Éminence avôit trop de créance en la suffisance et probité de la compagnie pour luy donner un président autre que celuy qui avoit accoustumé de présider en son conseil ordinaire, ils ne laissèrent pas d'insister à le demander, et particulièremenl ledit sieur Cornet (qui en seroit le président, estant le plus ancien docteur de la faculté) disant qu'il estoit nécessaire, non-seulement pour le grand sçavoir et la sainteté de vie dudit sieur de Chartres, mais pour oster toute jalousie sur le sujet de la présidence et mesme pour régler les rangs et mettre par son autorité et sa réputation le bon ordre dans cette compagnie. Sur quoy il fut proposé d'en écrire à Vostre Eminence pour l'en supplier instamment au nom de tous, ce que j'estimay à propos d'éviter pour ne pas engager cette affaire et laisser la liberté entière à Vostre Eminence: et quoyque je les aye préparés à recevoir les raisons de Vostre Eminence pour ne les point faire présider par un évesque, et mesme que Vostre Eminence puisse estre assurée que qui que ce soit ne sçaura jamais ce qui s'est passé dans cette assemblée qui estoit composée de cinq personnes dont j'ay éprouvé le secret en beaucoup d'occasions, je ne laisse pas de me joindre à eux pour la supplier, avec toutes les instances dont je suis capable, de passer par-dessus quelques considérations humaines pour accorder une chose qui doit servir à l'avancement d'un si grand bien ; et au cas que Vostre Eminence y consente, pour avancer cette affaire, je la supplie d'en écrire un mot de lettre de sa main audit sieur de Chartres en créance sur M. Cornet, M. Dabes2 et moys.

nÉPONSK DU CAIOIHAL, IK MARGE.

' J'approuve tout ce que vous me proposez . et je loue extrêmement le zèle des per sonnes qui vous ont parlé de ia matière. Vous recevrez la lettre pour M. de Chartres , qu<' vous pourrez cacheter si elle est conçue dans les termes qu'il faut \

( Bibl. Imp. Mss. Baluzt-, Papier» de* Armoire», vol. 176, fol. »o* >

1 Jacques Lescot , nommé évéque de Chartres en t643. Mort le as août 1 656, âgé de soixante-trois ans.

» Gabriel Dabes, docteur el professeur royal de Sorbonnc. Mort le 8 novembre 1 656, a l'âge de soixante et quinze ans.

1 La réforme de Tordre de Cluny n'ayant pas eu lieu immédiatement , Colbert rappela celte affaire au Cardinal par une lettre du 90 juin 1 656. « Je dois dire à Vostre Éminence

qu'il est très-important pour sa gloire de jnrt> dre une dernière résolution touchant Tordre lie Cluny, sur le rapport qu'en doit faire à Yodr?

tique, le révérend père Anna t. Les religieux do l'abbaye de Cluny et de tous les autres monastères de la prétendue Observance se sont jet* * dans une rébellion tout ouverte contre les ordres de Vostre Éminence et de son conseil. et commettent des désordres qui font hormir ,

12/i. — A MAZARIN.

(Lrttre.atogr.phe.)

De...(T), 19 février 1 656.

J'envoye à Vostre Éminence une ode qu une personne qui est connue du père Annal m'a mise entre les mains.

Je ne sçais pas quel rapport on a fait aujourd'huy à Vostre Éminence de ce qui s'est passé au parlement1; mais je suis bien informé que cette députation, quoyque bonne en apparence, en esprit ne vaut rien, parce qu'elle tire l'affaire en longueur, et que les Chambres sont en résolution de s'assembler à quelque prix que ce soit, et que les malintentionnés et les mal persuadés, qui font le plus grand nombre, n'ont donné les mains à cet avis que pour prendre force pendant le temps de cette députation et pour engager, s'ils peuvent, les marchands à se lier avec le parlement. C'est à quoy la cabale travaille; et mesme c'est à quoy elle commence de réussir.

Vostre Éminence sçait que les marchands ont esté demander ce matin réponse à leur requeste à M. le Chancelier. Desjà la salle du palais se remplit les matins de beaucoup plus grand nombre de peuple que de coustume. L'on a dit dans les Chambres que des officiers d'infanterie mal contens estoient venus offrir leurs services au parlement, et desjà l'on fait courre des Centuries de Nostradamus qui menacent Paris de sédition sur le sujet des monnoyes. Pour moy, Monseigneur, je ne puis pas m'empcscher

> provinces dans lesquelles ces roc tères sont situés.?) (Arch. des Aff. étr. France, >ol. 1 65 , à sa date.)

1 On lit à ce sujet dans Bruzen de La Martinière : «Ce fut un bonheur pour la France que 1 sagesse du vicomte deTurenne eûtdéconcerté les projets que la déroute de Valenciennes avoit de former à ses ennemis. Le avoit déjà commencé à s'en prévaloir; il donna un arrêt qui attaqua directement le Conseil du roi : il prétendoit, ou plutôt il ordonnoit que les maîtres des requêtes seraient à l'avenir tenus des arrêta du Conseil, et qu'ils

qo'iJ les

maîtres des quelqu'un de le

pour aller faire leur plainte au Roi, qui étoil pour lors à La Fère. Gaumain* porta la parole: son discours fut trouvé beau parce qu'il fut ex-

le parlement, et le Il dit que la France ne seroit jamais tranquille que les princes ne fussent sans pouvoir, les réformés sans places, et les parlemens sans droit de faire : il rappela le souvenir des te compagnie , et fit entendre que son but secret étoit d'anéantir l'autorité royale. Toute la courapplaudit à ces invectives, la Reine surtout, qui ne pouvoit oublier les dangers auxquels elle s'étoit vue exposée. ■ (//«toirt de LmùXlV, t. II, 35 1.)

, doyen des

d'État. Mort le 8

2à0 CORRESPONDANCE

de dire à Vostre Eminence que tous les momens sont précieux à l'Estat et qu'il n'y en a plus à perdre. Mon avis seroit qu'on envoyast quérir les présidens, doyens, sous-doyens et un autre conseiller de chacune chambre des enquestes lundy matin pour leur ordonner de travailler dès le lendemain aux procès. S'ils manquent mardy matin, le mesme jour, après le midy, il faudroit chasser deux conseillers de chacune chambre et les envoyer à Thionville, Philipsbourg et autres lieux assez éloignés; le mercredy encore autant, s'ils continuoient dans leur opiniastreté; et le jeudy encore autant. Et s'ils ne changeoient point leur mauvaise conduite, le vendredy il faudroit supprimer et chasser tout hors Paris. Si Vostre Éminence prend quelque résolution plus forte et plus rigoureuse , elle sera encore meilleure ; mais surtout qu'elle en prenne quelqu'une et qu'elle l'exécute sans retardement, n'y ayant assurément plus de temps à perdre en cette affaire.

Je luy demande très-humblement pardon si je prends la liberté de luy dire mes sentimens en une affaire si importante.

( Arch. de* Aff. étr. France, wL 160 , à sa date. )

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