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Une affaire véritablement importante, l'acquisition du duché de Nevers occupa beaucoup Colbert, vers la fin de i65g. Le Cardinal n'aimait pas les belles terres; il préférait l'argent. Plus grand seigneur en cela, Colbert était d'un avis contraire. II lui fit acheter
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ce duché du duc de Mantoue, qui lui devait près de i,3oo,ooo livres, et qui lui avait déjà vendu celui de Mayenne. « Je suis à présent dans la visite du duché de Nivcrnois, dont i'estendue et la beauté sont encore plus considérables que je ne me festois imaginé, écrit-il au Cardinal, le 16 octobre 1659; je trouve les peuples et les officiers beaucoup plus rudes et plus difficiles à traiter que dans le duché de Mayenne. J espère néanmoins qu'avec du temps je viendray à bout de mettre cette grande terre en Testât quelle doit estre pour donner satisfaction à Vostre Eminence. * Sept jours après, Colbert raconte avec un contentement visible son entrée à Nevers. <r II est bien difficile d'expliquer à Vostre Éminence les transports de joie qui sont dans l'esprit des ecclésiastiques, gentilshommes, officiers et peuples de cette province. . . Les démonstrations que tous les Ordres en ont données sont très-grandes. Aussytost que je suis entré dans le duché, quantité de gentilshommes sont venus au-devant de moy et m ont accompagné jusqu'à cette ville. Tous les officiers de justice et les députés des vingt villes qui sont dans I'estendue du duché sont venus de temps en temps me haranguer. Les officiers et députés de la capitale [Nevers] sont venus huit lieues au-devant de moy pour m'assurer tous de leur joye et de leur fidélité au service de Vostre Eminence. M. l'évesque de Ncvers m'envoya complimenter à trois lieues de la ville et prier d'aller descendre à l'église. La cavalerie de la ville et toute l'infanterie se mirent en bataille à une demy- lieue hors d'icelle. A la porte, les échevins me présentèrent les clefs et me firent le serment de fidélité, accompagnés de tout le peuple. Jallay descendre à l'église cathédrale, où M. l'évesque me ût recevoir à la porte par son chapitre, avec la croix et l'eau bénite. Ensuite, le Te Deum fut chanté et les prières faites pour Vostre Eminence, comme duc de Nivernois, en grande solennité. Le mesme jour, je reçus les harangues de tout le clergé, de toutes les compagnies de justice et de toutes les maisons religieuses, qui sont icy en trop grand nombre. Toute la nuit se passa en feux de joye, en bals et en réjouissances publiques. . . Je seray icy jusqu'à la Tous-
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saint, et, nonobstant mon absence, je ne laisse pas de donner tous les ordres nécessaires pour pousser l'affaire de la noblesse. . . *
Dans la lettre suivante, du 2 6 octobre, Colbert, courtisan habile, reproche de nouveau au Cardinal de n'avoir, contrairement à tous les hommes, aucun goût pour ses affaires domestiques et de réserver toutes ses affections pour celles de l'Etat. Bientôt, le procès des gentilshommes, qui traînait en longueur, et pour lequel un coup de vigueur était indispensable, le ramena à Paris. Mais l'année d'après, il revient dans le Nivernais èt, dès son arrivée, il mande à Mazarin que l'acquisition de ce duché lui parait d'autant plus avantageuse qu'il en connaît mieux les ressources. Quant à l'attachement des habitants pour leur nouveau seigneur, il a pris, depuis une année, des proportions inattendues, <t Je dois encore dire à Vostre Éminence, écrit Colbert le \ U octobre 1660, que, si les cœurs et les affections des peuples peuvent plaire aux grands hommes, jamais peuples n'ont eu une plus grande vénération pour leur seigneur et pour leur maistre que ceux-cy. Pendant la maladie de Vostre Éminence, le Saint-Sacrement a toujours esté exposé dans toutes les églises, qui ne désemplissoient point de peuple; et si les indispositions de Vostre Eminence pouvoient estre soulagées par la vie des hommes, je suis assuré que l'on en trouveroit icy un grand nombre qui la sacrifieroient volontiers pour cela, ti A la vérité, trois gentilshommes du duché, les sieurs de Follins, avaient, d'après une lettre de Colbert du ai octobre, battu outrageusement un garde-chasse de Son Eminence, avec sa casaque sur les épaules, et cette action lui avait paru si insolente qu'il était résolu à faire informer contre les trois frères et à les chasser de la province; mais cette protestation isolée ne faisait sans doute, dans son opinion, que mieux ressortir l'enthousiasme général.
Les lettres de Colbert à Mazarin montrent suffisamment son aptitude pour les affaires, l'activité et la souplesse de son esprit. Il entretenait aussi, en 1659, une correspondance, heureusement conservée, avec Charles Colbert, son frère, alors intendant d'Alsace, et qui fut plus tard ambassadeur en Angleterre et secré-
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taire d'Etat des Affaires étrangères, sous le nom de Colbert de Croissy. Plein de tendresse pour son cadet, Colbert s'attache à le former et lui prodigue les plus affectueux conseils. <r Je voudrois, iui écrit-il le 8 août 1659, que vous fissiez une estude régulière des ordonnances royales, estant nécessaire de les sçavoir, particulièrement dans la profession que vous avez embrassée, en laquelle je ne doute point que vous n'ayez l'ambition de paroistre. Je vous avoue que je brusle d'envie de voir nostre famille s'élever par les voyes d'honneur et de vertu , et que tout le monde demeure d'accord que la fortune que nous avons nous est due. Nous sommes quatre frères : les trois autres sont en assez bon chemin de parvenir, ainsy que je vous souhaite, et je fais encore plus de fondement sur vous. Regardez de ne pas tromper mon espérance, i» Une autre fois, à l'occasion de quelques difficultés que Charles Colbert s'était attirées par trop de roideur et de précipitation, son frère lui écrivait : «rJe vous diray, par avis, que toutes les Compagnies se doivent conduire par adresse et par industrie, et non par autorité. Il faut compatir aux défauts des hommes et s'en servir mesme, en y acquiesçant quelquefois pour en tirer party.n Le a 8 février 1659, Colbert avait conseillé à son frère d'intercepter et de Caire ouvrir quelques lettres des Jésuites d'Alsace, pour connaître leurs sentiments sur l'administration française dans le pays. Vingt jours plus tard, il a regret de lui avoir indiqué cet expédient : tr Je ne crois pas que vous deviez permettre davantage que l'on ouvre les lettres; ce sont de petites curiosités qui embarrassent fort et qui ne sont pas de grande conséquence. La mauvaise conduite de toutes les personnes dont vous avez découvert quelque malice retournera contre eux; et assurément, ils vous la feront connoistre en assez de rencontres, sans avoir recours à cet artifice. Pour moy, mon avis est qu'il faut se parer d'estre trompé, mais qu'il ne faut jamais tromper personne.?) Une autre fois enfin, Colbert prévient son frère qu'il n'y a aucun homme qui n'ait de grands défauts, et au moins neuf vices contre une vertu. 11 faut donc, quand il s'agit de confier à quelqu'un le commandement sur d'autres hommes, ex-
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cuser ses vices, les pallier, et trouver moyen de l'employer dans des actions où il puisse appliquer la vertu qui le distingue, sans y mêler ses vices. «rVous devez, ajoute Colbert, avoir cette maxime dans l'esprit, qui est grande et admirable, et dontnostre maistre fait voir en toutes occasions de grandes preuves, d La recommandation qui vient immédiatement après fait disparate avec cette sage maxime : erfl me semble avoir ouy parler du vin d'Alsace, comme estant fort bon. Si cela est, il faudroit ne pas manquer d'en envoyer tous les ans à Son Éminence du meilleur, et chercher tous les moyens imaginables de le faire faire le meilleur qu'il se pourra, parce qu'elle aime fort les vins d'Allemagne.* Ces attentions minutieuses, empressées, ne firent pas seules la fortune de Colbert; on peut dire pourtant qu'elles y contribuèrent beaucoup. Quelque temps après, Charles Colbert est chargé de missions diplomatiques pour l'Allemagne, pour Rome1, et Colbert lui donne paternellement les plus utiles avis. Un moyen efficace pour réussir dans sa mission de Rome était, suivant lui, de s'entendre avec le cardinal Antoine Barberini, qui, en l'absence d'un ambassadeur, représentait alors la France près du Saint-Siège. Par malheur, Charles Colbert n'avait pas compris le caractère de ce cardinal et s'était ainsi privé de son concours, s II est bon que vous scachiez, lui mande son frère, que ledit cardinal a une furieuse envie de venir en France, et qu'il se repaist de la vision que si Son Éminence venoit à mourir, il pourroit prendre sa place. Vous voyez bien que c'est là sa passion prédominante, et par conséquent vous pouvez le flatter sur cela avec adresse et luy faire parvenir de mesme que je suis assez bien auprès du Roy et de la Reyne mère pour pouvoir donner mon coup dans une occasion comme celle-là. * Mazarin était mort, avons- nous dit en commençant, au mo-
' Nous avons dit, dans noire Histoire de Colbert. p. 99 , d'après le Tableau du ministère de Colbert, attribué a M. de Bruny, directeur de la Compagnie des Indes en 177/1 • nue c*11* miman en Ita-
lie avait été confiée à Jean-Baptiste Colbert. C'est une erreur, comme le prouve la correspondance échangée entn» tesdeux frères à cette époque.
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ment le plus propice pour Ici fortune de Colbert. Ne mourut-il pas à temps aussi, non-seulement pour Louis XIV, mais encore pour la France, qui avait besoin de se retremper dans un nouveau règne, et pour lui-même dont l'influence et le crédit n'auraient pu que faire obstacle et décliner à partir de ce moment? Quand, le 9 mars 1661, il descendit dans la tombe, son œuvre de pacification extérieure et intérieure était complètement et magnifiquement terminée. Cette œuvre, la postérité impartiale et justement dédaigneuse des pamphlets et des libelles dont son auteur fut l'objet, l'a glorifiée à juste titre. Le traité de Munster n'eut pas seulement pour résultat de diminuer l'importance depuis si longtemps exorbitante de la maison d'Autriche, il donna à la France l une de ses plus belles provinces, l'Alsace, moins sa capitale, qui devait suivre bientôt. Douze ans après, la paix des Pyrénées préparait et facilitait l'incorporation au royaume de la Franche-Comté et de places importantes dans la Flandre. On est pleinement édifié aujourd'hui sur les vertus des perturbateurs de la Fronde et sur leur amour du bien public. Ce qu'ils poursuivaient dans Mazarin, ce n'était pas l'Italien, mais le défenseur de l'autorité royale; et l'un d'entre eux, le cardinal de Retz, qui lé croyait, à tort ou à raison, l'amant de la Reine, n'avait d'autre but (il l'a assez dit lui-même), en cherchant à le remplacer, que de s'assurer le pouvoir. C'est pour de tels motifs, c'est pour donner plus d'influence aux princes et aux gouverneurs abrités derrière le parlement qu'ils détestaient, que, pendant quatre ans entiers, la France, en proie à la guerre civile, vit ses campagnes dévastées, l'agriculture ruinée, le commerce anéanti, l'accroissement de la population suspendu. Le mérite suprême de Mazarin, ce qui le distingue éminemment de son terrible prédécesseur, c'est d'avoir ramené le calme dans les esprits et rendu au pouvoir le prestige indispensable sans moyens violents, sans échafaud, un seul jour excepté, à la suite du procès fait aux gentilshommes prévenus •lavoir voulu former des assemblées illicites. Encore, celui qui fut exécuté avait-il été convaincu d'être allé chercher des appuis
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à l'étranger. Ajoutons que Mazarin avait été longtemps un ministre non moins désintéressé qu'habile. Les preuves de ce désintéressement, qui contraste avec la cupidité des dernières années, abondenl dans la correspondance même de Golbert. « Si vous faites réflexion, lui écrivaitr-il le ier décembre i65i, sur tous les engagement dans lesquels vous entraisnent la dissipation de vostre bien et la confusion de vos affaires, j'espère que vous prendrez résolution de vous conduire d'une autre sorte à l'avenir, et que vous connoistrez bien qu'il n'appartient pas à un particulier de prétendre faire subsister un royaume tel que celuy-cy. . . Je vous avoue ingénument que si vous continuiez à dissiper vostre bien, comme vous avez fait par le passé, sans mettre aucune chose à couvert, je vous prierois de me décharger du soin de vos affaires. . . » Une autre fois, en 1 653 , il s'agissait de trouver 5 0,000 écus pour les troupes. Mandé à ce sujet par la Reine mère, Colbert lui dit qu'il avait reçu l'ordre du Cardinal de pourvoir à la dépense en engageant ses pierreries et en donnant jusqu'au dernier sou. <rSa Majesté ma répondu, écrivit Colbert à Mazarin, que vous estiez estrange et que vous n'aviez jamais un sol, à quoy j'ay facilement condescendu.* Enfin, le ier juillet 1657, Colbert lui écrit encore : s Nous commençons à entrer dans un renouvellement de l'année 16/18, dans laquelle Vostre Éminence entreprit de faire subsister l'Estat de ses deniers. . . Sur quoy je puis l'assurer que depuis que j'ay l'honneur de la servir, je n'ay point esté si dépourvu qu'à présent, t El Mazarin de répondre en marge : tr Je n'ay rien à dire sur cela, sinon que vous avez raison , et qu'il faudra changer de conduite à l'avenir, si je puis avoir ce crédit sur moy. r>
Ce crédit, il ne l'eut que trop, et la preuve, aujourd'hui certaine, de l'amoncellement prodigieux de biens qu'il fit en quelques années et par toute sorte de moyens est sa punition dans l'histoire. Cependant Mazarin n'était pas né avare; s'il était insatiable d'argent, c'était pour en jouir et orner ses palais de toutes les merveilles de l'art : statues, tableaux, meubles d'or ou d'argent, livres, bijoux , tapisseries. Etait-ce une raison pour trafiquer des emplois comme il
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fil? La réponse ne saurait être douteuse. A pareille école, Colbert ne pouvait que profiter, et Ton a vu qu'il y mit peu de mesure. En même temps, la situation officielle de ses frères, sans parler des oncles et des cousins, avait singulièrement grandi. L'un d'eux notamment était devenu évêque de Luçon , ce qui , rappelant le nom de Richelieu , n'était pas un mince piédestal pour la famille de Colbert. Quant à lui, il était, au commencement de 1661, baron de Seignelay, secrétaire des commandements de la Reine, intendant général des affaires de Mazarin, conseiller du Roi en tous ses conseils, et, d'après la suseription d'une lettre du 5 janvier de la même année, surintendant de ses finances, qualification qui ne lui appartint jamais officiellement; mais les solliciteurs grossissent volontiers les positions. Plusieurs même, parmi ceux qui s'adressaient à lui, le traitaient déjà de Monseigneur1. Sur ces entrefaites, le cardinal Mazarin tomba malade pour ne plus se relever. 'Colbert, dit l'abbé de Ghoisy, se vantoit que Mazarin mourant avoit dit à Louis XIV : Je vous dois tout, Sire, mais je crois m'acquitter en quelque manière en vous donnant Colbert2.?; Telle est du moins la phrase d'apparat. La vérité exacte doit se trouver dang le testament même du Cardinal, où figure le legs suivant: <v\ Colbert, la maison où il demeure, sans estre obligé de rendre aucun compte, sur peine d'estre déshérités pour ceux qui le demanderont, et prie le Roy de se servir de luy, estant fort fidèle3, -n On sait que, par ce testament, Mazarin laissait tous ses biens a Louis XIV, qui les lui rendit pour en disposer à sa volonté. Il déclarait en outre, et sa correspondance le prouve, que l'argent disponible avait été mis en réserve «tpour les pressantes nécessités du royaume, à cause des guerres. *
Le q3 mars 1660, Colbert avait écrit au Cardinal qu'il déposait h q 0,000 livres à Vincennes et un million de livres dans
1 lettre du 5 janvier 1 66 1 . Bibl. Imp. 3 Arch. des Affaires étrangères, France,
M«s. Mélange* de Colbert, vol. ioa. vol. 171, pièce 3a, Testament du cardinal
Mémoire». Coll. Pelitot , vol. 63, Mazarin.
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ii ii autre lieu. Seul au courant de ces réserves, Colbert s'empressa, dit encore l'abbé de Choisy, de mettre quinze millions à la disposition de Louis XIV, et telle aurait été la cause principale de sa faveur1. Elle devint bientôt si grande, et il en aurait supporté si mal les premiers éblouissements, que son ancien protecteur et bienfaiteur, Le Tellier, fut blessé, dit-on, de ses airs absolus et trancbants. (r Vous voyez sur quel ton le prend le sieur Colbert. aurait-il dit un jour à Loménie de Brienne; il faudra compter avec luy2.* Mais Le Tellier ne se plaignit pas tout d'abord, et à la surface rien ne parut changé. Ils avaient à renverser préalablement un adversaire commun pour la ruine duquel leurs efforts réunis n'étaient pas de trop. Cet adversaire, on l'a deviné, c'était Fouquet, que Le Tellier n'avait jamais aimé et dont Colbert avait depuis longtemps juré la perte. En i656, le père Paulin, jésuite et confesseur du roi, écrivait de son lit de mort au cardinal Mazarin: trLe Roy croist en sagesse et en dissimulation. Vostre Eminence permettra à son fidèle serviteur mourant de luy dire qu'elle ne doit approcher de Sa Majesté que ses créatures assurées, v Sept années s'étaient écoulées, et la dissimulation du Roi n'avait fait que grandir. Il le prouva bientôt, en assistant à cette fête magnifique de Vaux, chez le présomptueux ministre qu'il était déjà résolu à sacrifier, et qui ajouta à ses autres torts celui d'avoir jeté ses vues sur mademoiselle de La Vallière. Colbert, qui, par rancune et par intérêt, secondait à merveille les projets* de Louis XIV, eut alors, s'il faut en croire l'abbé de Choisy, l'adresse de décider Fouquet à vendre sa charge de procureur général au parlement, son seul point d'appui un peu solide. D'après le, même ebroniqueur, la charge aurait été vendue i,5oo,ooo livres dont Fouquet lit porter les deux tiers à l'Epargne pour s'acquérir à jamais les bonnes grâces du Roi. Cela fait, il n'y avait plus qu'à livrer le trop crédule Surintendant à cette Chambre de justice dont ses adversaires, Colbert en tête, caressaient l'idée depuis plusieurs années. Le 5 septembre 1661 fut le jour marqué pour cette exécution,
1 Mémoires, Coll. Petitol . vol. 63, p. 900. — ' Ihiti. p. «jJii.
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qui eut, grâce à madame de Sévigné, à La Fontaine, à Pellisson, un si grand retentissement. La véritable influence de Colbert sur les affaires date de là. Les deux obstacles aux réformes multipliées qu'il projetait et parmi lesquelles figuraient en première ligne la restauration des finances, de l'industrie, du commerce, et la création d'une marine digne de la France, Mazarin et Fouquet, avaient disparu à six mois d'intervalle. Jusqu'à ce moment, Colbert n'avait été qu'un intendant actif, délié, infatigable, entièrement dévoué, vers les derniers temps, aux intérêts de Mazarin, sans oublier les siens. Tout à coup, une ère nouvelle s'ouvrait devant lui. Préparé aux affaires par un noviciat de dix années, ministre intime, dans la vigueur de l'âge, d'un roi jeune et brûlant comme lui du désir de s'illustrer, économe, honnête, détestant sincèrement la corruption, peu enclin, il le disait lui-même, à consacrer son lemps aux dames, uniquement passionné enfin pour le travail, Colbert eut, indépendamment de tant de qualités, ce rare avantage, <|ui est le suprême bonheur des hommes publics, d'arriver au pouvoir au moment le plus propice pour concevoir un ensemble de grandes choses, et d'y rester assez longtemps pour les réaliser.
01 NOMENCLATURE DES PRINCIPAUX PERSONNAGES DE LA COUR ET DE L'ADMINISTRATION EN 1658».