AU SIEUR NACQUART1, A ARRAS
(Minute autographe.)
Paris, a 5 janvier 1661.
Sur toutes les sortes de propositions qui vous sont faites2, il faut toujours prendre ce qui est le plus avantageux à Son Eminence; pour cela, il faut que ceux qui ont esté sur les lieux voyent et examinent tous les partis qui se peuvent prendre, et m'en fassent ensuite rapport ou m'en envoient des mémoires pour examiner et résoudre ce qui me semblera plus avantageux; mais quand on ne propose qu'un seul party, il est inutile de demander avis et ordre de l'exécuter. . .
11 faut presser la recette et travailler au renouvellement des fermes. Je veux croire que, dans l'abbaye de Saint-Waast3, les fermes sont passées jusqu'à présent des pères aux enfans et qu'elles ont fait partie de* la succession des familles; mais je ne puis me persuader que tous ceux qui avoient du bien dans le comté d'Artois ayent passé par cette loy, et encore moins que ce soit une nécessité indispensable d'y passer. Je crois qu'il faut commencer à faire bail de deux ou trois fermes, et, quand on y devroil perdre, il faut faire toutes diligences pour changer cette mauvaise maxime; et en cas que, dans le commencement, il arrive quelque désordre, il faudra pousser les coupables avec vigueur. Il faut commencer à ne publier qu'une seule ferme pour voir s'il ne se présentera aucun enchérisseur. Si cela arrive, il faudra tascher d'en trouver sans publication; puis vous pourrez attendre les offres des fermiers; mais, de quelque façon que ce soit, il faut déraciner cette mauvaise habitude.
Auparavant que de faire les baux, il faut examiner en quoy consistent les fermes, combien de denrées et d'argent elles doivent produire, et faire sur ce pied une évaluation pour juger si les fermes sont portées à peu près à leur juste valeur. Après avoir examiné de cette sorte quelques fermes, je consens volontiers que non-seulement vous en donniez la première au sieur Soyer, qui en offre 600 livres, mais mesme que vous luv fassiez quelque grâce...
Ce n'est pas assez de voir toutes les difficultés qui peuvent survenir en toute nature d'affaires, si l'on ne trouve desexpédiens et des moyens, sinon
1 Homme d'affaires au service de Mazarin. 1 11 s'agit de baux à faire pour le compte du
(lolbert répond en marge de ses lettres. Nac- Cardinal.
quart fut dans la suite employé par lui en di- 1 Une des plus riches et de* plue célèbres
occasions. abbayes do l'Artois.
m GOHRESPOÎSDANCE
pour les résoudre, au moins pour les diminuer. 11 n'y a pas d'affaire, quelque désespérée qu'elle soit, sur laquelle on ne trouve quelque expédient pour en sortir; et cependant, sur toutes les difficultés que vous rencontrez, vous ne m'en proposez aucun. Ce seroit une chose bien estrange que tant de rentes seigneuriales et de redevances de gaules 1 se trouvassent perdues sans ressource. Si vous cherchez bien dans les papiers des fermiers, vous trouverez des registres mensuels* de recettes qui vous renseigneront; et, dans le terrier de l'abbaye de Saint -Waast, vous trouverez des papiers censiers et terriers qui vous donneront des lumières suffisante* pour ne pas perdre tant de biens. Mais aussytost que Son Eminence auni les bulles ou un arrest du Grand Conseil , on remédiera facilement à toutes les entreprises de ces fermiers. .
Vous trouverez c y -joint le mémoire des poursuites que les habilans de Benuquesne5 font contre Son Éminence. Il faut que vous les envoyiez quérir pour leur donner quelque chose, et aussytost ils auront un logement de gens de guerre, pour leur apprendre à avoir l'insolence d'intenler un procès contre Son Éminence, sans mesme faire auparavant leur demande avec la civilité et le respect qu'ils luy doivent.
( Bibl. Imp. Mss. Mélange* de Cotbert, vol. iO«,fol.