‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 49 sur 108 · RfAZARIN · texte numérisé non relu

RfAZARIN

(Lettre autographe.)

Clamecy, 17 octobre tOtic

Voîcy la quatrième chastellenie que je visite; mais il sera impossible de visiter celles du Morvan , qui sont au nombre de quinze , parce que ce payslà est couvert de bois et d'étangs, montueux et fort difficile, et que la saison est trop avancée. Il faudra, Tannée prochaine, y revenir dès la fin du mois d'aoust. Partout, je trouve ce que je n'ay que trop souvent dit à Vostre Eminence, c'est-à-dire une désolation et une ruine universelle jointe à un abisme d'affaires difficiles et d'une grande discussion. Je n'oserois entrer davantage dans le détail de cette matière, crainte d'ennuyer Y ostre Eminence. Il est néanmoins nécessaire de luy dire encore qu'il est indispensable de continuer la vente par décret de ce duché, par un million de bonnes raisons qui regardent la seureté, le restablissement de tous les anciens et beaux droits et le retranchement d'une partie des abus qui s'y sont glissés. Le retardement d'une année entière, causé par l'application qu'il a fallu donner à l'exécution des ordres de Vostre Eminence pour le mariage du Roy, redouble les difficultés qui n'estoient desjà que trop grandes, parce que ceux qui sont en possession des plus beaux droits et des plus considérables pour le revenu, se sont fortifiés pendant ce temps-là, et ont pris la hardiesse de se défendre, laquelle ils n'avoient par dans le commencement.

( Arc h. des AIT. élr. Franc», vol. 170, pièce ml

27*2. — A MAZAR1N.

(Lettre autographe. )

Nevore, ai octobre 1660.

Je lasche, par tous moyens, de restablir icy ce que l'abandonncnu'iil d'une année entière avoil retardé. L'année passée, le nom et l'autorité •

AVEC MAZAKIIV te»

Vostre Éminence avoient fait prendre résolution à tous ceux qui avoienl usurpé dans ce duché d'abandonner leurs usurpations , ou au inoins de ne les pas trop défendre lorsque je viendrais à leur en demander raison ; mais lorsqu'ils ont senty que la première application demeurait suspendue pour un temps si considérable que celuy dune année, la volonté de garder leurs usurpations leur est revenue plus forte que jamais. J'espère néanmoins qu'avec un peu plus de temps on viendra à bout de tout ce qui concerne le reslablissemenl de cette grande terre.

A mon arrivée icy, j'ay trouvé que la ville de Corvol-l'Orgueilleux1, qui appartient à Vostre Éminence, avoit eu trois logeraens depuis huit ou dix jours, sçavoir deux compagnies de dragons, la compagnie de chevau-légers du comte de FoLx2, et une autre, dont on n'a pu sçavoir le nom. Vostre Éminence s'imaginera facilement quel mauvais effet cela cause dans le duché.

J'ay trouvé de plus que, quatre jours avant mon arrivée, trois frères, gentilshommes du duché, appelés les sieurs de Follins, avoienl battu outrageusement un garde des chasses de Vostre Eminence avec sa casaque sur les épaules. J'av trouvé cette action si insolente que j'ay résolu de la pousser, de faire informer contre eux et de les chasser de la province. J'av cru en devoir prévenir Vostre Eminence afin, si on luy en parle, qu'elle puisse faire connoistre qu'elle est informée de cette action, et mesme, s'il estoit nécessaire, afin d'avoir quelque compagnie de cavalerie pour faire exécuter les décrets et pour donner plus de terreur à ceux qui seraient tentés d'entreprendre de pareilles insolences, tandis que, par toute sorte do bons traitemens , tous les autres sont conviés à donner des marques de leur zèle pour le service de Vostre Eminence.

J'ay trouvé icy M. l'évesque de Nevers3 réduit à un fort petit revenu pour cette année, la gresle et la gelée luy en ayant emporté plus de la moitié. Je propose à Vostre Éminence, comme une œuvre de sa bonté ordinaire, de luy faire donner une année de gages de conseiller, de t,5oo livres, sans en estre excitée de personne, et encore moins de luy-mesmc.

Je croîs encore devoir proposer à Vostre Éminence d'employer sur lestai de ses aumosnes ordinaires quatre ou cinq couvens de cette ville, qui sont les Carmes, Récollets, Capucins, Minimes et Jésuites. Ces derniers, entre autres, ont besoin de quelque assistance particulière parce que leur collège,

1 Canton de Varzy, arrondissement de Cla- Paris le ta décembre 1 665, Arc" de vingt-sept

inecy (Nièvre). ans.

1 Jcari-Baptiste-Gaston de Foix, duc et pair 3 Eiislarhe de Chéri. (Voir lettre aay.)

de France, duc de Nandou en i663. Mort A

656 CORRESI'ONDANCK

n'estant pas suffisamment fondé, est en péril de tomber s'il n'est soutenu par la bonté de Vostre Kminenee.

Pendant mon séjour dans ce duché, je ne feray autre chose que donner les fermes de toutes les chastellenies;

Visiler et faire continuer le bastiment des trois forges et fourneaux (|ue je fais bastir pour l'usage des bois, qui pourront travailler l'année prochaine:

Faire un estât exact de tout ce à quoy pourra monter le revenu, dont j'espère que Vostre Éminence sera satisfaite:

Continuer l'examen do tous les droits de chacune chastellenie, et de tous les titres qui peuvent faire revenir ceux qui ont esté usurpés;

Faire commencer le renouvellement des terriers 1 pour les continuer pendant l'hyver; ensemble des limites des justices;

Examiner tout ce qui a esté fait pour la réformation générale de toutes nos forests, et la faire continuer: les visiter soigneusement pour voir si elles ont esté bien conservées cette année, et c'est ce que j'ay desjà fait en partie ;

Vérifier l'inventaire qui a esté fait celte année de tous les titres du trésor, et le réduire en ordre pour qu'il puisse servir facilement sur toutes les difficultés qui surviendront;

Disposer les aveux et dénombremens des gentilshommes vassaux du duché pour en faire la convocation générale l'esté prochain:

Et surtout examiner toutes les oppositions qui ont esté faites à nostre adjudication par décret, pour travailler pendant tout cet hyver à les faire lever au parlement et à conclure, s'il se peut, celte affaire, qui est une seconde seurefé de cette acquisition, beaucoup plus forte que celle du contrat.

Pour eslablir toujours cette seureté, qui est assurément la principale vue que je dois avoir, je feray faire des procès-verbaux de visite des marchés, réceptions d'ouvrages et quittances de toutes les réparations, basliinensde forges et autres améliorations que je feray faire, qui monteront à plus de 600,000 livres quoyque la dépense n'en approche pas. en sorte que nous pourrons demeurer d'accord que le revenu sera augmenté moyennant une grande dépense.

J'espère que lotit ce qui est à faire dans ce pays sera fort avancé dans dix à douze jours d'icy. Je supplie Vostre Éminence de me permettre ensuite d'aller passer trois jours à ma terre |de Seignelay] pour me rendre auprès d'elle à la Saint-lUnrlin.

1 Cadvisln? nVs ilntil* , lUm»"*. nu v<;»»s, P'iil»> f"iin»»r»*s, *»i|;n»*orijiles on non.

Je dois encore dire à Voslre Éminence que, pour faire valoir nos forges, il est absolument nécessaire, ou que nous acquérions le droit de la marque du fer1 qui appartient à M. de Fabert* et à M. de Créqui 3. ou que nous l'affermions. . .

{ Arch. des AIT. étr. France, vol. 170, pièce 1 |S.)

( Lettre autographe.)

Ncvers, 99 octobre itiôo.

J'ay affermé en particulier toutes les chastellenics de ce duché, qui ont raisonnablement augmenté." J'en feray voir le détail à Vostre Eminence à mon retour. C'est une matière en laquelle, dans ces commencemens, on trouvera toujours piutost du trop que du trop peu. Comme c'estoit là le principal sujet de mon voyage et que la saison est trop avancée pour pouvoir achever de visiter toutes les chastellenies, je me prépare à m'en retourner dans trois ou quatre jours.

Il m'arrive dans ce duché la mesme chose qui arrive aux esprits les mieux (un mot illisible) qui commencent à s'appliquer à quelqu'une des belles sciences. Ils croyent sçavoir quelque chose dès les premiers principes; mais tant plus ils pénètrent les matières, et tant plus ils trouvent qu'ils sont éloignés de la perfection de la science qu'ils recherchent, et tant plus ils trouvent que l'abisme est trop profond pour y parvenir. Dans mon premier voyage, je croyois estre fort sçavant des matières du duché, tl je croyois voir de loin le bout du travail qui estoit à faire pour son restablissement. J'en suis à présent plus éloigné que jamais et je désespère presque de pouvoir parvenir au point que je m'estois proposé. Et quoyque je connaisse fort bien l'avantage que je reçois de ne me pas éloigner de Vostre Éminence, je ne laisse pas de luy dire que si elle aime ce duché, il faut travailler, dès cet hyver, au restablissement de la pairie et qu'elle me bannisse d'auprès d'elle les mois d'aoust et septembre de l'année prochaine. J auray l'honneur d'entretenir Vostre Eminence du détail de toutes ces choses à mon retour...

( Arch. «Ici» AIT. étr. France, vol. 170, pièce 1 16.) ' Marque appliquée sur les fer* pour cou»- ■ Créqui (Charles île), prince de Poix . gou-

llter que le* droits dont ils élajenl passible vermmr de Paris, aiidwssadeur à Rome en été acquittés. l60*. Mort à Pari* le iS février 1 «87 , aJ5é

* Alirnliain de Faberl. ( Voir lettre 53.) de «ouanle-lrois an».

Ii58 CORK KSPON I) A IN C K

(Lettre aotoRrephe.)

Donxy, i" novembre io<io.

Je suis party de Ncvers pour visiter encore trois ou quatre chastellenies qui sont dans l'estendue de cette pairie, ce qui me retardera encore doux ou trois jours. De là je prendray la liberté de passer à ma terre pour deux ou trois jours; je me rendray ensuite proche de Vostre Éminencc pour luy dire en détail tout ce qui s'est passé dans mon voyage et tout ce qu'il est possible de faire pour le restablissement de cette grande terre.

Jay reçu icy le billet de Vostre Éminence, du ti 9 passé, qui ma dorme toute la joie dont je suis capable puisqu'il m'assure du meilleur estât de la santé de Vostre Eminence, qui m'est aussy chère que je le dois.

Par ce mesme billet, Vostre Eminence me donne tant de marques de ?>a bonté, qui sont si fort au-dessus de ce que je puis faire pour son service, que je la supplierois volontiers de retrancher une partie de ces bontés, crainte que mon esprit ne se laissast flatter de quelque proportion entre ses opérations et les récompenses que Vostre Eminence luy donne de toutes façons. Mais il est vrav qu'il s'appliqiie si bien à en connoistre la différence, que le déplaisir qu'il ressent de ne pouvoir rien faire qui en approche lu\ oste bien souvent la liberté d'agir. Mais quand il reçoit quelque marque que Vostre Éminencc est satisfaite nonobstant ses défauts, sa force redouble et devient bien plus capable d'exécuter ce qui est nécessaire pour son service.

Vostre Éminence excusera, s'il luy plaist, cette petite digression qui contient une peinture ingénue de la qualité de mon esprit, laquelle, quoyque ce soit une faiblesse, ne laisse pas d'avoir un principe de zèle, de vénération , de respect et d'une reconnoissance infinie qui me donne toujours de l'inquiétude si Vostre Éminence est satisfaite de moy, avec un déplaisir plus sensible que je ne le puis exprimer quand je puis pénétrer quelque chose qui peut donner à Vostre Éminence quelque petit déplaifir sur le sujet de ma conduite; en quoy j'avoue que mon esprit est trop ingénieux. C'est trop de cette matière.

Quoyque Vostre Eminence soit bien informée de tout ce qui se passe à l'assemblée du clergé, j'ay cru néanmoins qu'il estoit assez important de luy envoyer une lettre que mon frère l'abbé m'a écrite sur cette matière1.

1 Voici un extrait de celle lellre, datée de *ll fanl que je vous a\oue que lout d fjW

Pari», afi «Htolire ilifu» : j'ny vu, loul «• que jay lu vi loutre qoejaj

Le procureur du roy de la ville de Paris estant mort, l'avocat du de Vostre Éminence, qui travaille depuis huit ans pour elle, sans avoir jamais voulu prendre ni gages ni appointemens , mesme pour les expéditions auxquelles il travaille journellement; me prie de luy obtenir de Vostre Éminence et l'agrément et la préférence. Je la puis assurer qu'elle ne peut accorder cette grâce à un plus honnestc homme, plus homme de bien , ni mieux persuadé de son devoir que celuy-là.

(Areh. des AIT. étr. Franrr, vol. 170, pièce 117.)

(Lettre autographe. )

Paris, a h décembre 1660.

Par l'ordinaire qui arriva hier seulement j'ay reçu vostre lettre du 29 du passé, avec la copie de celle de Son Éminence. Elle vous fait ample réponse, sa santé estant, grâce à Dieu, en beaucoup meilleur estât qu'elle n'a esté depuis six mois, et nous espérons, avec toute apparence, qu'elle ira toujours de mieux en mieux jusqu'à son parfait reslablissement.

Pour répondre h vostre lettre particulière, par laquelle je vois un assez mauvais commencement pour vostre négociation , je dois vous dire que vous avez assez facilement connu que la cour de Rome est d'une autre nature que toutes celles que vous avez vues jusqu'à présent; mais vous n'y avez pas fait assez de réflexion , ni appliqué sur vous-mesme cette connoissance. Par toutes les cours d'Allemagne et d'Italie mesme, vous avez esté reçu, non comme simple envoyé, mais quasy comme ambassadeur, et c'est

«iy dire de Son Éminence me donne tant de » Charles Colbert était arrivé au

î , el tant de retenue en sa pré- cernent de décembre à Rome , où Maxarin l avait

sence, que cela ne sert peut-estre pas à aug- envoyé, i ■ pour décider le Pape a. restituer aux

menter cette bonne opinion que vous voulei ducs de Parme et de Modène le duché de Castro

que je croye qu'elle a de moy, peut-estre pour et d'autres terres dont la-Chambre Apostolique

m'exriler à bien faire. Mais quand ma timidité s'était emparée à leur préjudice ; a9 pour le dé -

naturelle, qui doit paroistre en cette occasion terminer à porter secours aux Vénitiens contre

plus qu'en toute autre, m'empescheroit de les Turcs qui les «'i .«siégeaient dans Candie. Le

bien parler, je suis assuré que mes intentions pape Alexandre VII n'aimait pas Maxarin; la

le service du roy sont si droites, et mon mission de Chartes Colbert s'en ressentit , et il i^le pour le bien public si fort, que, quand quitta Rome le U avril 1661 sans avoir

j'auray occasion de le faire paroistre, il est im- obtenu, possible que si Son Éminence a quelque bonne II n'y avait pas d'ambassadeur français à

de moy, elle ne me la conserve, et que Rome depuis le mois de décembre t653; les la chaleur de mon action ne me rende ce que affaires se traitaient par l'intermédiaire du

ma lenteur à parler m'auroil pu osier. Par- cardinal d'Est (voir page 66 1) et du cardinal Honnex-moy ce petit trait de présomption . . \ntoine.

ce qui, vous ayant un peu enflé, vous a donne sujet d'cslre un peu mal satisfait que le prince de Parme1 ne vous eust point donné la aria, ri vous donne ruesnie une mauvaise disposition d'esprit pour Home, où, assurément, vous ne recevrez que les honneurs qui sont deus aux envoyés, cette cour estant extraordinairement régulière en toutes choses, mais particulièrement en celles de cette matière.

Et après vous avoir fait tout ce préambule je dois vous dire que vou* devez bien examiner et bien sçavoir toutes les civilités que Ton doit à un envoyé, dont vous ne devez point vous départir, parce que ce seroit blesser la dignité du roy en vostre personne; mais je ne crois pas que vous ayez jamais aucune peine à cela, vu que je crois qu'on vous en rendra toujours davantage que l'on n'en a jamais rendu à aucun envoyé; eo sorte qu< vous ne devez point vous formaliser quand on ne vous traitera que de celte sorte. Et quand on avancera au delà, il faut que vous attribuiez les honneurs (pic vous recevrez à la qualité que vous avez d'estre serviteur domestique de Son Eminence. Quand vous vous mettrez l'esprit sur ce pied, vous vous espargnerez bien des déplaisirs que vous recevrez autrement.

Croyez-moy, quand on a écrit de Parme que ce prince vous avoit trouvé plus sçavanl en ses propres affaires que ses ministres mesuies et <|u'il vous avoit traité quasy comme un ambassadeur, ce dernier point ne fait rien du tout pour vous, et le premier fait beaucoup. Appliquons-nous fortement à ce premier et abandonnons le second. Quand vous vous mettrez dans l'esprit des prétentions d'honneurs extraordinaires qui ne sont point deus aux envoyés, vous serez toujours dans le chagrin, parce que vous ne trouverez pas tout le inonde disposé à vous les rendre; mais quand vous connoistrez parfaitement ce que l'on vous doit, que vous ne demanderez rien au delà, vous serez toujours satisfait et dans le plaisir d'en recevoir davantage, que vous attribuerez ou à vostre mérite ou à la considération que l'on a pour.la personne de nostre commun maistre.

Sur ce mesme sujet, les civilités extraordinaires que vous reçustes à Vienne du marquis de Las Fuentes vous font trouver estrange la gravite ou fierté de l'ambassadeur de Rome et vous donnent le déplaisir de voir qu'il ne vous ayt pas visité. S'il doit la visite aux envoyés, vous avez sujet de vous plaindre; mais s'il ne la doit point . vous ne devez pas la prétendre: et sur ce pied, vous trouverez que vous serez toujours plus satisfait de la moitié que vous ne Testes.

1 Riiinirc Kanièw II. dur (!<• Panne. m; nn iMn. Mort !»• S tl<-< ciiiImv i(h>'i.

Quant au principal de vostre affaire, qui regarde M. le cardinal Antoine je «Minois son esprit, et assurément le service du roy souffre du peu de considération que l'on a pour luy; mais c'est une des difficultés de vostre négociation qu'il faut tascher de surmonter. Ayant fait connoistre sur ce sujet à Son Éminence la défiance qu'il avoit prise de vous et toute sa conduite à vostre égard, et mesme le refus que l'ambassadeur d'Espagne avoit fait de joindre ses instances aux vostres, ensemble le contenu de la lettre du Roy au Pape, que vous avez portée, qui ne parle point dudit seigneur cardinal Antoine, Son Éminence m'a dit que le sujet de vostre envoy devoit estre absolument relatif et dépendant des instances cy-devant faites par ledit seigneur cardinal Antoine; que l'ordre, l'intention et le service du roy vouloient que, à vostre arrivée à Rome, ledit seigneur cardinal et l'ambassadeur d'Espagne se joignissent une seconde fois et demandassent audience au Pape pour luv faire de nouvelles et plus fortes instances; que, dans cette audience, ils vous introduisissent pour baiser les pieds de Sa Sainteté , et pour luy rendre la lettre du Roy sur le mesme sujet en leur présence; et ensuite vous pourriez voir le Pape en particulier, s'il esloit estimé à propos; et que la lettre du Roy devoit non-seulement estre relative aux instances faites desjà par ledit cardinal mais mesme protester que de nouvelles seroient faites par luy et que vous l'accompagneriez.

Cocy est bien éloigné de vostre compte; et néanmoins vous voyez bien que c'est la droite raison et la conduite que l'on doit tenir pour faire réussir une affaire de cette considération, estant certain que si l'ambassadeur d'Espagne se joignoit à vous pour faire de nouvelles instances, sans le concours dudit cardinal Antoine, cela ne feroit qu'affoiblir les premières et décréditer entièrement ledit cardinal, et pourrait nuire considérablement au service du roy tant que Sa Majesté voudra se servir de luy. Ce qui est donc à faire est de vous redresser et de vous remettre l'esprit sur ce pied , ce qui vous sera encore, comme je crois, plus clairement expliqué par la lettre de Son Éminence. Il faut que vous regagniez par toute sorte de moyens la confiance dudit cardinal Antoine , à quoy je crois que vous n'aurez pas beaucoup de difficulté, vu que c'est un esprit assez facile; et pourvu qup vous luv rendiez de grandes déférences, je crois que vous en viendrez à bout, surtout si vous pouviez contribuer à les mettre bien ensemble le cardinal d'Est 2 et luy, mais cela est un peu difficile. En un mot , il faut se mettre toujours dans l'esprit que, pour faire réussir les choses

■ Antoine BarlxMHni.( Voir lettre 86.) à Rome, é*êque de Montpellier en i655.

1 Renault d'Est, né en i6j8, cardinal Mort éSAqne de Palestrine, le 3o septembre rn i6'n , protecteur de» affaires» de France 1678.

m CORRESPONDANCE

qui sont du service du roy, il faut toujours unir la force de ses serviteurs, autant qu'il est possible; et plutost[aulieu] qu'il vous en couste quelque chose pour cela (quand mesme vous auriez abandonné tout ce qui concerne vostre honneur et vostre satisfaction dans cet employ, soit pour tenir ces esprits unis, soit pour les faire agir avec plus de force par quelque moyen que ce soit), si vostre négociation réussit, premièrement, vous seriez parvenu à la fin que vous devez vous estre proposée, et mesme, toute l'Europe sçauroit que la satisfaction des princes [les ducs de Parme et de Modène] auroit suivv vostre envoy, et par conséquent vous en recevriez la principale gloire.

Surtout, prenez garde de bien profiter de la cour où vous estes, doot les esprits sont délicats, et sur toutes choses , grands fourbes.

Pour ce qui est des discours que l'on fait à Rome et que l'on attribue au Nonce1 d'icy, ce sont des bruits que l'on fait courir exprès, dont il n'y a pas la moindre apparence de deçà. Les pensées et résolutions de Son Eminence sont icy aussy secrètes qu'elles doivent, et les désignations que l'on fait qui regardent les Italiens qui sont proche de Son Eminence ne proviennent que d'envie et de jalousie. Le Nonce est persuadé de la vérité que Son Eminence veut la satisfaction de ces princes tout de bon et que le Ko\ ne cessera point ses instances qu'ils ne l'ayent reçue; aussy Sa Majesté H Son Eminence espèrent que Sa Sainteté la leur donnera.

Après avoir fait ma lettre, j'ay vu M. de Lionne, qui n'est pas du sentiment que vous veniez. Par ce quVlle contient, il scroit d'avis que l'on accordas! au cardinal Antoine la permission de venir en France , laquelle il demande depuis longtemps, et que l'on vous laissast à Rome pour agir sans luy; estant certain que tout ce qui passera au Pape par son canal sera empoisonné. Ledit sieur de Lionne m'a dit qu'il parleroit aujourd'hui à Son Eminence en ce sens; je ne sçais pas ce qui en réussira. Si les lettres de Son Éminence s'accordent à son avis, vous vous y conformerez; si au contraire elles s'accordent au mien , vous vous y conformerez de mesme. Il est bon que vous sçachiez que ledit cardinal Antoine a une furieuse envie de venir en France et qu'il se repaist de la vision que si Son Éminence v'enoit à mourir, il pourroit prendre sa place. Vous voyez bien que c'est là sa passion prédominante, et par conséquent vous pouvez le flatter sur cela avec adresse et luy faire parvenir de mesme que je suis assez bien auprès du Roy et de la Reyne mère pour pouvoir donner mon coup dans une occasion comme celle-là.

(Bibi. Imp. M nu. Baluxc. Papier* de» Armoire*, roi. 178. M. «3i.

1 Celio Piccolomini , archevêque de Césarec , à 1 663. Mort le 9 6 mai 1 68 1 , âgé de soiwnU rardinal en l6M, nonce en France de i65o et doiue anH.

AVEC LE SIEUK NACQU ART.

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