‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 53 sur 108 · ORIGINE DE COLBERT · texte numérisé non relu

ORIGINE DE COLBERT

Les contemporains de Colbert lui ont durement reproché ln médiocrité de sa naissance1 et la prétention qu'il aurait eue de descendre d'une illustre famille d'Ecosse.

Quel fondement avaient ces accusations et ces prétentions? Nous allons essayer de répandre quelque jour sur cette question , qui n'a d'ailleurs, au point de vue historique, qu'une importance bien secondaire.

Nous donnerons d'abord l'extrait de naissance de Colbert, copié textuellement dans les registres de la paroisse Saint-Hilaire, conservés au bureau de l'état civil de Reims :

"An 1619, 99 aoust. — Ce mesme jour, Jehan, fils de Nicolas Colbert et de Marie Pussot {pour Pussort ) ; parin (**c), Maurice-Charles Colbert, conseiller au siège présidial de Rheims; marine (tic), Marie Bachelier, veufve de feu messire Jehan Colbert 2.»

Rien , il est vrai , dans cette pièce, ne constate qu'en 1619 le père de Colbert, son parrain ou sa marraine, exerçassent le commerce.

Cependant tous les écrivains du temps l'ont cru. Un pamphlétaire protestant, l'auteur des Soupirs de la France esclave qui aspire après sa liberté, dit : "On n'admet au gouvernement que des gens propres à faire des esclaves, des hommes d une naissance au-dessous de la médiocre; tel est un monsieur Louvois , petit-fils d'un bourgeois de Paris, en son temps occupant une charge de judicature au Chastelet; tel est un monsieur Colbert,//* d'un marchand de Reims.»

D'un autre côté, on possède des instructions manuscrites de Colbert au mar-

1 Nous pourrions citer à ce sujet cent épigrammes du temps, généralement fort brutales. Nous nous bornerons à reproduire la suivante, sous toutes réserves, bien entendu, en ce qui concerne les opérations de la flotle :

Si chacun faisoit .«on métier, Le* vaches seraient mieux gardées ; Colbert serait un gros drapier, Si chacun faisoit .«on métier.

Colbert serait un gros drapier

Si chacun faisoît son métier,

Les vache» seraient mieux gardées.

* Itemensiana, par M. Louis Paris, p. 358.

Au sujet de l'omission du nom de Baptiste que portail aussi Colbert, M. Louis Paris fait observer que ,1e mot Bap liste n'était pas alors un nom propre, mais une qualification. «Antérieurement au xrit* siècle, dit M. Paris , on s'appelait Jean tout court, et ceux qui voulaient indiquer lequel des deux Jean de la légende ils prenaient pour patron, écriraient ainsi leur nom : «Jean févangéliste, Jean le baplisleur.^ Peu à peu on supprima l'article, et l'on écrivit : "Jean-Baplisle.n

APPENDICE

quis de Seignclay, son fils, dans lesquelles se trouve le passage suivant: *rMon fils doit bien penser et faire souvent réflexion sur ce que sa naissance l'aurait Tait estre,si Dieu n'avoit pas bé*ny mon travail, et si ce travail navoit pas esté extrême'. »

S autorisant de ce passage et de l'opinion unanime des contemporains. M. Eugène Sue avait dit, dans un des premiers volumes de son Histoire de la marine française , que Colbert appartenait à une famille de marchands*. Sur la réclamation d'un des membres de la famille de Colbert, M. Sue inséra, dans le dernier volume de son Histoire, la note ci-après, que nous transcrivons intégralement :

h La famille de Colbert possède les pièces suivantes :

•ri0 L'acte de naissance de Colbert, du 39 août 1619;

fr3° Les preuves de noblesse, pour Tordre de Malte, de Gabriel Colbert de Saint-Pouange, du t8 septembre 16*17;

r3° Les preuves pour le môme ordre du propre fils de M. Colbert, du t-'août 1667.

«La première de ces pièces énonce que Jehan Colbert (Jean-Baptiste) est fils de Nicolas et de Marie Pussort. Le parrain est messire Charles Colbert, conseiller au présidial de Vermandois; la marraine, Marie Bachelier, veuve de feu messire Jehan Colbert.

fil ny a rien dans cet acte qui puisse porter à croire que le père du grand Colbert ni aucune des personnes qui y sont nommées fussent des marchands.

«La marraine, aïeule du baptisé, avait été mariée, par contrat du 3 janvier i585, à Jehan Colbert, seigneur du Terron, nommé contrôleur général des gabelles de Bourgogne et de Picardie, le 7 juin i5o5, pour avoir contribue" à la soumission de Reims à Henri IV. Marie Bachelier lui avait porté en dot la terre de Saint-Mars, en Champagne, qui passa à son second fils, Charles Colbert, parrain du grand Colbert, et qui plus tard fut président et lieutenant général au bailliage de Vermandois, en i663. Quant à Marie Pussort, mariée

• Bibl. lmp. Mss. (Albert H Seignelay, vol. IV, cote 16, pièce 17.

» Cette opinion, nous devons le dire tout d'abord , est singulièrement corroborée par le résultat du dépouillement que fit, au siècle dernier, P. J. Grosley, de Troyes, d'une liasse de papiers de commerce embrassant un intervalle de quarante-cinq ans, de i5go à 1 635. D'après ces papiers, plusieurs branches de la famille Colbert exploitaient alors le commerce à Reims, à Troyes, à Paris, à Lyon. Ainsi, Jean Colbert, établi A Rein», qui avait épousé Marie Bachelier, la marraine de J. R. Colbert, étant mort jeune, sa veuve avait continué la

société formée par son mari avec Oudart Colbert. En i633, Jean Bachelier avait fondé une maison à Lyon avec Jean et Nicolas Colbert (ce dernier, père de J. B. Colbert). En 1 634 , la mère de Jean et de Nicolas Colbert, ayant renouvelé sa société avec Oudart , y fit entrer ses deux fils, auparavant associés avec Ivan Bachelier. Les fonds de cette société étaient de 100,000 livres. Au surplus, un Simon Bachelier était déjà, en 1C06, receveur général des finances d'Orléans. ( Œuvre* inédite* de P. J. GroêUy, I, «58 et suiv. — Voir aussi notre Histoire de Colbert, p. 456 et suiv.)

APPENDICE. 461

le aû septembre i6i4, à Nicolas Golbert, seigneur de Vendières1, elle était -ii- m- de Henri Pussort, seigneur de Gernay, qui fut depuis doyen des conseillers d'État. Colberl n'avait que sept ans lorsque son père fut nommé capitaine . de la ville et de la tour de Fismes. Appelé à Paris par son beau-frère, Henri Pussort, en i63o, Colbert Nicolas fut maître d'hôtel du roi en i65o, et conseiller d'Etat en 1 65a.

(rLa seconde pièce (1667) justifie qu'antérieurement au crédit du grand Colbert, sa famille était non -seulement réputée noble, mais même qu'elle jouissait de la notoriété d'une noblesse ancienne, puisque la preuve, pour l'ordre de Malte, de Gabriel Colbert de Saint-Pouange, remonte à Gérard Colbert, écuyer, seigneur de Crèvecœur, né en 1 5oo, auteur de la branche de Villacerf et frère puîné d'Hector Colbert.

«Cet Hector Colbert, écuyer, seigneur de Magneux, marié en i53a avec Jeanne Cauchon, dite de Condé, fille de Jacques Cauchon, écuyer, seigneur de Condé et de Vendières (cette dernière seigneurie possédée par Jean-Baptiste Colbert, du chef de cette dame, sa trisaïeule), est celui par lequel commence la preuve faite à Malte en 1667, par Antoine-Martin Colbert, troisième fils du grand Colbert; et c'est cette preuve qui forme la troisième pièce.»

La note qu'on vient de lire ne fait pas mention de la prétention à une noblesse encore plus ancienne que la famille de Colbert avait eue vers 1680, prétention dans laquelle, on en va voir la preuve, elle persista longtemps.

Le cabinet généalogique, ou des titres, de la Bibliothèque Impériale, possède un carton considérable de pièces relatives aux origines de la famille Colbert. Parmi ces pièces, nous en avons remarqué une très-curieuse, au point de vue qui nous occupe. Elle est d'une écriture pouvant remonter à la fin du xvn* siècle, mais qui nous est inconnue. Cette pièce est ainsi conçue :

«Voir, dans les archives de la maison d'Edimbourg, les assemblées de parlement qui se sont tenues depuis l'an i3oo jusqu'en l'année i/ioo, et marquer tous les endroits où il est parlé de la famille de Colbert ou Cothbcrt.

»r Remarquer s'il se trouve quelqu'un de cette famille qui ayt passé d'Écosse en France; marquer leur nom et surnom;

rr S'ils ont resté longtemps en France; si l'on a quelque connoissance qu'ils s'y soyent establis;

er S'ils s'y sont mariés; s'ils ont eu lignée et postérité;

«En quelle ville de France ils se sont establis;

-Kn quel temps ils ont passé d'Ecosse en France, et sous quel règne;

v S'il est passé quelqu'un de cette famille à la suite de la reyne Marie Stuart ;

' Va.idièrw, canton de ChatiHon, arrondissement de Reim» (Marne).

APPENDICE

ffSçavoireo quelle qualité ils estoient à la suite de cette revue, comme officier de 8a maison ou dans les troupes ;

"Sçavoir quelle différence il y a entre les noms et les armes des Colbert d'Écosse et les noms et les armes des Colbert de France;

«S'éclaircir particulièrement sur ce qu'il se trouve une fasce de gueules dans l'écusson des armes des Colbert d'Écosse;

-rSçavoir pour quel sujet et dans quel temps ce changement s'est fait

D'après M. Louis Paris, c'est à Ménage que serait venue l'idée de rattacher la famille des Colbert de France à celle des Colbert d'Écosse. La mission mentionnée dans la pièce qu'on vient de lire n'a pu, au surplus, être donnée que par Colbert, probablement à la sollicitation de ses enfants et de ses neveux. M. Louis Paris ajoute qu'un bill du parlement britannique du 29 juillet 1681, confirmé en 1687 par lettres patentes du roi Jacques II, cite quatre barons de Castelhill ( Colbert de Castelhill ) , comme aïeux communs des Colbert d'Écosse et de ceux de France, dont les armes étaient les mêmes2 (d'or, à une couleuvre d'azur, posée en pal).

La mission en Ecosse avait donc porté ses fruits3. Quelque temps après, on

1 Bibl. Irap. Mu. Cabinet généalogique, Carton Colbert, fol. 693.

» Rememmna, p. 356.

5 Le carton du Cabinet de* titra contient plusieurs généalogies conçues dans le sens indiqué. Nous nous bornerons à reproduire la suivante :

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