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D. — MEMOIRE TOUCHANT LE COMMERCE AVEC L'ANGLETERRE

(Attribué* Colbert.) |.65o.|

Bien que l'abondance dont il a plu à Dieu de douer la plupart des provinces de ce royaume semble le pouvoir mettre eu étal de se pouvoir suflire à luimême, néanmoins la Providence a posé la France en telle situation que sa propre fertilité lui serait inutile et souvent à charge et incommode sans le bénétice du commerce, qui porte d'une province à l'autre et chez les étrangers ce dout les uns et les autres peuveut avoir besoin pour en attirer à soi toute l'utilité.

1 Ce mémoire a été publié, pour la première foi», dans la Re\ue Nouvelle, par M. P. Crimblot d après lequel nous le reproduisions, en noua conformant à l'ortbograplie qu'il a adoptée.

M. Grimhlol annonçait qu'il le donnait d'après la minute originale, RM indiquer où cette minute se trouve déposée. Le mémoire lui graissait remontera l'année i65o.

Présumant que la minute originale de ce curieux mémoire pouvait se trouver aux Archives des Affaires étrangères, nous l'y avons demandée; mais elle y est inconnue, et nous n'avons pu la découvrir non plus dans aucun des grands dépôts littéraires ou administratifs de Paris.

Xprès la Revue Nouvelle, M. GoÙOt B publié le mémoire attribué à Colbert dans le premier volume, page -15 1, de l'Histoire de la République d'Angleterre, à l'année i65o. De son côté, M. Cbéruel estime , dans son Jfofotrv île Vadminiatratton monarchique en France, II, >i, que cette pièce est de l'année 1 653 ou i651.

La lecture du mémoire dont il s'agit soulève deux questions:

i" A quelle date a-l-il été écrit?

i* Colbert en est-il bien l'auteur?

Kn ce qui concerne le premier point, plusieurs phrases sont de nature à le déterminer iM-s-approximativemenl.

la republique d'Angleterre par la France, ie connaissance qui eut lieu au mois de décembre

<-0n voit tous les jours, y est-il dit eu outre . que divers Français et même des chefs des troupes du roi suivent b- maréchal de Tureune et servent l'Archiduc et les ennemis de la France.'»

Or Turenne reconnut la faute qu'il avait laite et quitta le service de l'Espagne dans les premiers mois de l'année iGôi .

Le Mémoire touchant le commerce avec l'Angleterre est donc nécessairement intérieur à celle époque.

Sur le second point, en proposant à Mettrai , le 3o août i65b\ de lui adresser un mémoire concernant les Évocations, Colbert ajoutait : wSi j'estois assez heureux que cette petite recherche pust agréer à Vostre Éminence. je m'estimerois bien recompensé du temps que j'y eniployeroia, et, en d'autres occasions, je m'efforcerois de rendre le mesme service à Vostre Eminence."

Il semble résulter de là que Colbert n'avait pas encore adressé au Cardinal de mémoire sur des sujets d'un intérêt général.

On lit en outre, dans le Mémoire louchant le commerce avec l'Angleterre, sur la question de savoir s'il y avait lieu de reconnaître la république de ce pays: -C'est à !\(mei{rimu-s le$ miniêlrt» à prescrire la forme de celte reconnaissance, etc."' Or Colbert, on a pu le voir,

las

APPENDICE

.Nous avons laissé perdre l'usage et le bien du commerce, soit par la nonchalance avec laquelle nos peuples s'appliquent à cet honnête exercice, soit aussi par l'interruption que les étrangers y causent.

Le remède du premier mal, qui vient de nous-mêmes, des humeurs et inclinations turbulentes contraires à un légitime trafic, est plus difficile à trouver après les troubles qui ont agité la France et qui ont dté aux marchands la liberté et sûreté de transporter leurs denrées. Et la confiance nécessaire au négoce ne pouvant s'établir dans la confusion et la violence des factions dont chacun veut mettre a couvert ses effets, la crainte survenue du péril qui procède des hostilités étrangères a achevé notre ruine, dtant le courage aux marchands d'envoyer ou demander rien aux étrangers pour ne pas exposer à un? visible perle tout ce qu'ils risqueraient.

Tant que nous n'avons eu affaire qu'à l'Espagne, nous nous en somme* garantis assez heureusement; mais depuis que, par un surcroit de malheurs, les Anglais nous ont déclaré une guerre qui n'est pas moins fâcheuse qu'imprévue, cette surprise, dans l'état où nous nous trouvons, sans armée navale pour résister aux leurs très-puissantes, et dans l'abattement des peuples et des villes frontières, le peu de secours que reçoivent les finances du roi depuis la cessation du commerce, et les troubles qui empêchent de faire un fonds suffisant pour armer une flotte telle qu'elle serait nécessaire, [font qu'j il est difficile que le commerce puisse se rétablir tant que ce désordre continuera et qu'on souffrira les représailles que les Anglais donnent, fondées sur diverses prises faites par des vaisseaux français ou vendues dans les ports de France.

Pour obvier aux suites de cet inconvénient, qui nous pourrait enfin causer une guerre fâcheuse, il semble qu'il n'y a que deux moyens qui se réduisent enfin à un, c'est de traiter avec eux : ou par un traité particulier avec les intéressés qui demandent, disent-ils, justice et restitution des choses prises et confisquées sur eux, ce qui se réduit à un long examen ou discussion où il faut apporter beaucoup de considération et faire comparaison des prises faites par les Anglais sur nos marchands avec plus d'injustice; ou il faut venir à un traité général avec le régime présent d'Angleterre qui, ayant renversé la forme de l'état ancien , nous oblige par cette mutation à prendre nos sûretés avec eux par de nouvelles conventions, ou au moins à renouveler et confirmer les anciens traités entre la France et l'Angleterre, avec cette différence néanmoius que, les prétentions des rois d'Angleterre (qui n'ont point été transmises à leur

ne s'adressait jamais qu'au Cardinal, à Son Eminence, qui pour lui était tout, résumait tout. Ces mots Noueigtvun le» minintre» semblent donc trahir une autre origine.

Enfîn, les principes exprimés dans le premier alinéa du mémoire, au sujet des hienfails de la liberté du commerce et des avantages respectifs pour les {Hîiiples d'échanger les objets qu'ils produisent avec le plus de fertilité, son! .

il faut bien le dire, en opposition avec reui que Colbert appliqua et recommanda pendant la plus grande partie de son ministère.

Ces diverses raisons donnent lieu de supposer, jusqu'à preuve décisive, que le Mémoire louchant le commerce avec l'Angleterre pourrait bien n'être pas de lui, et c'est pourquoi nous avons cru devoir nous borner à le publier dans l'Appendice. ■

APPENDICE

peuple, et dont la république ue peut avoir succédé) ayant rendu nos rois moins exacts à demander diverses conditions pour le commerce avec lesdils Anglais, dont les autres nations, et particulièrement les Espagnols, se sont prévalues, nous pouvons à présent tirer divers avantages en ce changement pour Fégalité du commerce sur lequel ils nous traitent très-iniquement, tant par les impositions sur les marchandises que nos marchands en tiraient ou v transportaient, qu'ils appellent d'Esdavache, de Gajade, du Survoyeur et du Coquet, qui étaient des impôts que les rois augmentaient tous les jours; aussi par des licences particulières et privilèges à des compagnies exclusivement à tous autres du transport de diverses marchandises; par le choix qu'en avait le pourvoyeur du roi d'Anglèlerre , qui décriait et mettait à vil prix le résidu de nos denrées où il n'aurait pas mis sa marque, comme aussi par l'inégalité des poids et mesures, si fort condamnée dans l'Ecriture, et par laquelle, néanmoins, ils ne donnent qu'au poids particulier, et ne reçoivent aucune marchandise que dans des balances publiques beaucoup plus fortes.

Pour remettre le commerce, il v a deux choses nécessaires : la sûreté et la liberté.

La sûreté dépend d'une mutuelle correspondance à empêcher les pirate* et courses des particuliers, qui, au lieu de s'appliquer en leur navigation à l'honnête exercice du commerce, rompent avec violence le lien de la société civile par lequel les nations se secourent les unes les autres en leurs nécessités. Cette sûreté ne se peut établir que par des défenses respectives, dans les deux États, de faire des prises sur les marchands des deux nations; et parce que le prétexte du commerce que nos alliés font avec nos ennemis portant leurs effets dans leurs vaisseaux a donné occasion à des vaisseaux français d'attaquer les anglais et que les confiscations ont été fondées sur cette raison par une explication qu'on n donnée à l'ordonnance de François Irr, en l'an 1 543 , sur le fait de l'Amirauté, art. 43; néanmoins il semble qu'il vaut mieux consentir que les Espagnols et autres nos ennemis tirent cette commodité par le moyen de nos alliés, pourvu que les Anglais s'obligent à obtenir le même privilège pour nos marchands quand ils passeront, devant les armées d'Espagne, leurs effets dans des vaisseaux anglais, pour ne pas (pour causer un dommage de peu de conséquence aux Espagnols) donner occasion à la continuation d une piraterie qui ruine le commerce, étant certain que jamais des vaisseaux de guerre ne visitent des marchandises sans laisser des marques de la rapine des soldats qui n'ont pas la modestie de se retenir, trouvant facilité à prendre. L'inconvénient qu'on peut trouver que, sous la couverture de nos alliés, les sujets de nos ennemis fassent quelque profit, se pouvant remarquer tous les jours encore plus grand parla facilité que les propres sujets du roi y prêtent sans qu'on les en puisse empêcher.

Cette déclaration réciproque qui interdirait aux vaisseaux de guerre des deux nations d'arrêter, sous quelque prétexte que ce soit, les vaisseaux marchands et défendrait aussi l'entrée des ports aux forbans et corsaires, pour vendre leurs marchandises, avec injonction d'un sévère châtiment a ceux qui en achè-

APPENDICE

feraient, à quoi les gouverneurs des places et des ports, capitaines et otliciers de la marine seront obligés de tenir la main, fait qu'on ne douta point que la cessation des hostilités ne remette en peu de temps le commerce, et par conséquent l'abondance publique et la richesse des particuliers et notablement les droits du roi , par la réception des marchandises étrangères qui ne viennent point et la sortie des denrées du pays qu'on n'ose exposer à la mer.

Pour ce qui est du passé et prises faites sur des marchands anglais, elle,» sont de deux natures et conditions :

Ou bien elles sont faites sur les commissions du roi d'Angleterre dont nous ne saurions répondre , ni avoir empêché que les sujets du roi , et même coin mandant ses vaisseaux, n'aient pris commission d'un autre prince, cousin du roi, et dont la reine, sa mère, est préseule et si considérée en France que. au milieu de la guerre civile, le parlement de Paris la gratifia d'une pension notable, puisqu'on voit tous les jours que divers Français et même des chefs de» troupes du roi suivent le maréchal de Turenne et servent l'Archiduc et les enuemis de la France. Mais tout ce que pouvait faire le roi avec sou Couseil était de faire défense à tous les ports de recevoir les prises faites par les vais seaux et au nom du roi d'Angleterre, qui n'ont poiut de ports si commode* qu'en France pour retirer leurs prises, au lieu que ledit parlement et république possède tous les ports d'Angleterre qui leur servent de retraites.

Ou bien les prises ont été faites par des vaisseaux du roi avec sa commis siou et bannière de France. H se trouvera que les vaisseaux anglais étaient chargés de robe d'ennemi ou qu'ils n'ont pas voulu amener et obéir aux lois de la mer; au contraire, ont tiré sur les vaisseaux français. Que s'il se trouve quelques abus commis par les capitaines des vaisseaux du roi, on en peut demander la justice, qui ne sera jamais déniée, au lieu de représailles sur de pauvres marchands qui n'ont point participé auxdiles prises, eu quoi l'injustice est évidente.

Et d'autant que les pertes faites par nos marchands, qui ne se plaindraient pas peut-être s'ils avaient été pris de la même sorte que les Anglais, excèdent ou pour le moins égalent les leurs, il y a de l'apparence qu'il faudra venir à consentir que chacun gardera ce qu'il a pris, vu l'impossibilité de la resti tution que les Anglais mêmes ne demanderaient pas après une guerre ouverte, ainsi qu'il a été pratiqué eu tous les traités faits avec leur nation. H nous serait désavantageux d'avoir été leurs amis et alliés, s'ils nous traitaient si rudement et avec des conditions ouéreuses, après avoir observé si religieusement une ponctuelle et exacte neutralité pendant les guerres civiles où le roi d'Angleterre même s'est plaint diverses fois que la France favorisait ouvertement le parlement.

Pour la liberté du commerce, il y a deux choses à désirer : l'une, la decharge des impositions et de celles que les Anglais lèvent sur les marchands français et où les Espagnols mêmes ne sont sujets eu vertu de leurs IraileV .Nous avons raison de demander pour le moins des conditions égales, le com-

APPENDICE. 491

merce de la France ayant été* toujours plus utile à l'Angleterre, et l'entrée de ceux de notre nation n'y étant point si dangereuse que celle de ce peuple méridional, avare et ambitieux; l'autre, qui regarde particulièrement la province de Guyenne, La Rochelle et Nantes, est qu'ils laissent entrer les vins de France en Angleterre , en leur permettant l'entrée de leurs draps directement , suivant les traités faits avec leurs rois pour le commerce, au lieu que nous recevons tous les jours leurs draps par les Hollandais, qui leur portent aussi nos vins transvasés dans d'autres futailles. L'intérêt des fermes du roi est visible en cette permission réciproque, les douanes ne pouvant subsister si toutes les marchandises n'y sont reçues indifféremment avec liberté et n'en sortent de même.

Le point où les Anglais s'attachent le plus, et pour lequel ils veulent relâcher el condescendre à tout ce qu'on leur peut demander, est la reconnaissance de leur république, en quoi les Espagnols nous ont précédés et obtenu, en conséquence, l'adjonction de la flotte anglaise pour attaquer celle des Portugais qui vient du Brésil. On a à craindre une plus étroite union des négociations de l'ambassadeur d'Espagne en Angleterre. C'est à Nosseigneurs les ministres à prescrire la forme de cette reconnaissance, jusqu'où elle doit aller; en quoi U\ France sera excusable devant Dieu et les hommes, si elle est contrainte de venir à la reconnaissance de cette république, pour prévenir les ligues et mauvais desseins des Espagnols, qui font toutes les injustices et se soumettent à toutes les bassesses imaginables pour nous nuire. Il semble que cette affaire, bien que délicate, se peut traiter de telle sorte que cette nation orgueilleuse s'en peut contenter, sans préjudice au roi d'Angleterre, ou favoriser le mauvais exemple de la dégradation de la royauté, après ce que la France a fait eu faveur des Hollandais, qui ne se contentaient pas, comme les Anglais, d'un compliment, et ont fait voir enfin que la foi germanique, ou plutôt balavique, n'était pas plus solide que l'anglaise.

(P. GrimWot, IterM .Ywrw/fc, I" année, V, 4,rxj. — UUlmrt d* In Républiam- H' Anfiktorre , pur M. Gaiiot , 1 . /.5i . )

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