III. — LE TELLIER A COLBERT
(Minute autographe. )
Poitiers, 1 1 janvier i65a.
Je reçus hier matin, par les mains de Mercier, vostre mémoire du 7 du courant; et comme, par celuy que je me donne l'honneur d'écrire présentement à Son Éminence, je luy rends compte, comme elle m'ordonuoit, par le courrier, je me dispense d'en faire la répétition dans celuy-cy. J'ay pensé luy devoir adresser directement ma réponse, pour empescher qu'elle ne croye, comme elle a fait autrefois, que, pour me mesnager, je luy faisois expédier par vous;
Wi APPENDICE.
outre que je suis incertain si vous continuez à ia suivre. Je u'ay point reçu les deux lettres que vous marquez, ni celles écrites depuis que vous avez joint Son Eminence. J'envoye mon neveu luy faire mes complimens. Je ne m'intéresse pas du tout au restablissement de M. de Lionne, qui m'est tout à fait indifférent; il n'y auroit point de compétence entre nous. Mais je sçais que la Reyne a renouvelé ses instructions à Bar tel , de dire à Son Éminence qu'elle ne dise pas que Ton parle en cour de ce restablissement. Aussy dit-on qu'on le destine pour l'ambassade de Venise; et, en vérité, ceux qui sçavent la supposition de lettre qu'il a faite ne prendront point de créance aux finances quand il sera dans l'employ.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. LeTellier, Varier, d'État. roL to, M. 33. 1
Poitiere, m janvier i65i.
Eu fermant mon autre mémoire, j'ay reçu les vostres deux du 9 du courant, l'un écrit de Septsaulx, l'autre de Keims, et ce, par la voye de conseillers de Paris. Et pour y répondre en peu de mots, je vous diray :
Que je ne suis point étonné des reproches de Son Eminence contre moy. parce que je sçais qu'elle a toujours esté susceptible de recevoir les mauvaises impressions qu'on luy a voulu donner, mesme contre ses plus aflidés. H est vray aussy qu'elle les perd avec la mesme facilité, pour peu qu'on luy fasse voir qu'il y en a eu de supposées.
Or, comme vous n'aurez manqué aucune occasion de luy faire voir ia sincérité de mes actions et de luy répondre ce que j'aurois pu faire moy-mesme, s'il s'estoit adressé à moy, je veux croire que vous l'aurez entièrement détrompé.
Vous sçavez si j'ay sollicité mon retour, et si, au contraire, je n'y ay parésisté; que je ne suis party que pour obéir à l'ordre qui m'en estoit venu, et conformément au conseil de mes amis, sans considérer le mauvais estât de ma santé qui me faisoit désirer de ne point quitter ma maison que le printemps ne fust venu.
M. Scyron1 aura pu rapporter à Son Eminence ce qu'il me dit la dernière fois qu'il me vit à Paris : que la Reyne luy avoit dit qu'on n'altendoit que la vérification ou le refus de la déclaration pour me rappeler3; ce qui ne m'a pas permis de douter que mon retour ne fust accordé avec Son Eminence, à qui j'en faisois mes complimens.
Vous sçavez si je suis party de Paris bien disposé à faire mon devoir à l'égard de la Reyne, de Son Éminence et de tous autres hommes, aimant mieux perdre ma fortune que de faire quoy que ce soit que l'on me puisse reprocher, ni qui me fisl perdre le peu de réputation que j'ay acquise parmy les gens de bien.
1 Jean Scyron , cipilaine on 16/11, maréchal de ramp en 16'ip,, roniniandanl de La Pfnif>.-)3, lieutenant freVral on t65.*». — » Voir te premier alinéa de* la lettre 79.
APPENDICE. A93
entre lesquels je ne compte ni Lionne, ni Nouveau, ni les froudeurs, ni les putains1 qui ne cessent de profiter sur ma charge.
Je n'ay point parlé à la Reyne concernant le retour de Son Eminence, parce qu'ayant appris, par la mesme lettre de vous, qu'il estoit absolument résolu, j'eusse mieux aimé mourir que de faire aucun obstacle à son dessein; mais il eust bien pu arriver, s'il ra'eust fait l'honneur de me le communiquer, que je luy eusse mandé à luy-mcsme, sans pouvoir m'en découvrir ù autre, les inconvéniens que j'y prévoyois par le seul motif de ces hommes et celuy de la Reyne...
Vous pouvez donc faire entendre de ma part à Son Eminence que je n'ay point aspiré à mon retour; que j'ay cru qu'il seroit fait avec sa participation, et luy en estre obligé; qu'en répondant à mon inclination naturelle et à mou devoir, je suivray très-volontiers la bonne et la mauvaise fortune de la Reyne et la sienne, ne me formalisant jamais de ce qu'il voudra me cacher, pourvu qu'en choses qu'il jugera à propos de me confier il ne luy entre point dans l'esprit de me soumettre (?); car, d'estre obligé d'employer à me justifier le temps que je dois à m'acquitter de mon devoir dans ma charge, je vous confesse que je ne m'y puis résoudre; et s'il en doit estre autrement , je vous prie de luy dire que je ne luy suis point propre, et qu'il peut prendre sa résolution làdessus. A quoy je vous laisse la liberté d'ajouter ou diminuer ce que vous jugerez à propos.
Mandez-moy si vous viendrez jusqu'icy, et essayez de procurer à mon neveu la liberté de revenir bientost.
(Bibl. Imp. M.*. S. F. Le TeHier, Papier* d Éuti, vol. 10, M. 44.)