XV. — LE PRINCE DE CONDÉ AU PAPE ALEXANDRE VII
(lettre autographe)
Bruxelles, 49 novembre 1659.
Très-Saint Père,
Ayant plu à Dieu de donner la paix aux deux couronnes, et à ma longue patience la fin de mes disgrâces , par un heureux retour dans les bonnes grâces du Roy, je viens rendre compte à Vostrc Sainteté de ce changement de nia fortune. Je ue puis pas douter, après les diverses marques que j'ay de son affection paternelle , que Vostre Sainteté n'y prenne beaucoup de part. Je la supplie de donner audience sur ce sujet au sieur de Saller, qui dira plus particulièrement à Vostre Sainteté les bontés dont le Roy use en mon endroit, en me rendant l'honneur de ses bonnes grâces, et la sensible joye que j'en ay, pleine d'une reconnoissance infinie. Je sens^iussy, comme j'y suis obligé, les bontés de Sa Majesté Catholique'2, qui n'a rien trouvé de dillicile pour mes intérests; et reconnoissant la main de Dieu dans la perfection d'un ouvrage qui paroissoilsi dillicile aux yeux des hommes, je rends à sa divine bonté les grâces que je luy puis rendre et luy en demande de nouvelles pour l'augmentation du zèle dont je fais profession pour la religion et les prospérités de son Église. Ces sentimens joints à la profonde vénération que j'ay pour Vostre Sainteté me font espérer qu'elle me continuera en France l'affection personnelle dont il luy plaist m'honorer, que je reçois avec tout le respect et la reconnoissance possible et un désir extrême de tesmoigner à Vostre Sainteté par mes services la passion avec laquelle je suis,
Très-Saint Père,
De Vostre Sainteté, Très-humble, très-obéissant et très-dévot fils et serviteur,