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connaissances, ils ne puissent Irouver place dans les colonnes de Tune des publications scienlifiques, qui s'occupent spécialement de TAsie. Je ne t'énumère pas, chère amie, tous les avantages qui en découleraient : tu les comprends toi-môme. Je dois te dire, d'un aulre côté, que le travail est à peu près fait, et que, si je ne désirais pas donner à ma première œuvre toute la perfection dont je suis capable, un travail de quelques mois y suflîrait. Mais comme je désire ne commencer par rien de médiocre et que, d'ailleurs, je veux tout faire avec conscience, je m'obligerai à toute une nouvelle série de recherches, laquelle pourra bien reculer l'achèvement de mon travail jusqu'au terme de dix-huit ou vingt moi<.
Il est vrai que ma position actuelle est bien précaire; mais elle est suiïisante, ou du moins le deviendra avec les améliorations que le temps y apportera. La véritable dilliculté n'est pas dans le présent, elle serait plutôt dans l'avenir, cl ma première question a été de me demander ù moi-même? Où cela me mènera-t-il?Ceux qui ne veulent jamais marcher qu'à pied ferme trouveraient peut-être plus sur (jue je m'atta-
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'ris(|iic de végéler pcuMlrc longtemps dans quelque coll^ge. Mais je n'aime pas que Ton se délimite d'une manière si précise le rliamp d'une vie entière ; je veux que l'on laisse aux circonstances et aux éventualités cette large part que nulle prévoyance humaine ne saurait atteindre, ni calculer. Laissons marcher les choses, et mettons-nous seulement en état de nous précipiter dans les issues, a mesure qu'elles s'ouvriront. D'ailleurs, chère amie, l'exécution de ce projet ne me forcerait à renoncer à aucun de nos plans primitifs. L'Kcole normale devrait seule être éliminée ; je nen suis qu'a demi fâché ; j'ai pris les renseignements dont je te parlais en ma dernière lettre auprès de mon ancien condisciple, qui - n trouve, et le résultat n'a guère été engageant. Quant au projet de prendre mes grades, je veux absolument le réaliser. Jereirardc le baccalauréat comme passé. Quant à la licence, elle serait bien un peu relardée, mais j'espère encore pouvoir passer mon examen dans le cnuranl de l'année (scolaire) prochaine. C'est une règle que j'ai toujours observée dans la
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direction de mon travail, d'avoir toujours une étude principale et dominante, mais d y allier en même temps quelques travaux secondaires, qui remplissent tous les intervalles que doit toujours soullVir l'élude principale. — Après la licence, il ne reste plus que le doctorat, qui n'est qu'un travail d'amateur, laissé au libre choix de chacun. -:— En supposant même, chère amie, ce que je regarde comme peu probable, que les langues orientales ne forment jamais mon occupation exclusive, lu comprends combien un livre estimé deviendrait pour moi une excellente recommandation dans une carrière quelconque de l'intelligence. Il y a une foule de places où le concours ne se décide entre les candidats que par Texamcn de leurs publications ; telles sont les chaires de Faculté, auxquelles on peut aspirer aussitôt que l'on possède le diplôme de docteur es lettres. Quant aux recherches qui me sont nécessaires, je trouve toutes les facilités nécessaires dans ma position actuelle. M. Julien m'a procuré entrée h la Hibliolhèquc de l'Institut, pour y consulter de précieux manuscrits, et un de mes oncions condisciples de Saint-
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Sulpice. frcrc tic l'un îles bibliolliccaircs de Sainic-Gcncviève m'a fait obtenir la permission don emporter les livres dont j*nurais besoin, en les prônant sous son nom. M. Ënunanuel Laloucbe, dont je l*ai déjà parlé» est pr^^poscà la partie des langues sémitiques à la Bibliotlièque royale, et je ne doute pas qu'il ne me rende aussi beaucoup de services. Je suis assidûment les cours qui me sont devenus nécessaires pour mon nouveau projet, entre autres les cours d'arabe de la Bibliollièque royale et du Collège de France, et j'y ai déjà fait des connaissances utiles cl agréables. Ces cours sont éminemment propres ù cela par le petit nombre des auditeurs. M. Le Hir (c'est le nom du professeur de Sainl-Sulpice) m^avail d'avance recommandé à M. Caussin de Pcrceval professeur d'arabe au Collège de France, son ancien professeur et ami. Enfm, M. Julien a été charmé quand je lui ai parlé de mon projet, et m*a promis toutes [les lu]mières dont j'aurais besoin relativement aux langues tarlares. Je le vois fort souvent à la Bibliothèque royale, où il passe une bonne partie de ses journées. — Tu vois, chère amie, que ma vie
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d'éludcs est sur un excellent pied, el que Tavenir, sans se dessiner encore, ollre pourtant des lueurs rassurantes. Mon Dieul mon Dieul oui, si mon Henriette csl lu pour compléter mon bonheur I Tout ce mouvement intellectuel me place dans une sphère d'activité que j'aime beaucoup ; mais quand je songe à ma pauvre amie: que peut-être je ne reverrai jamais, toute ma joie tombe, el la vie m'apparaît pâle et triste. Je serai bien heureux, quand l'espérance me sera rendue. — J'oubliais de te dire, chère amie, ce nouveau projet, si je l'exécute, servira merveilleusement à colorer bien des choses h notre mère. Elle me croit toujours à Stanislas, et, bien que cette feinte, qui n'est qu'un silence, soit fort innocente, elle me pèse horriblement. Je suis sur que cette nouvelle perspective lui sourira, surtout voyant qu'elle se lie si pacifiquement h mon passé: il sera facile de lui faire entendre alors qu'une position plus libre m'est nécessaire pour mes recherches et mes travaux. Elle se complaisait beaucoup à mes travaux dans ce genre, et je suis sûr qu'elle en sera ravie. — Chère amie, je n'ai plus le courage do t'entretenir d'autre chose. 11 ne me
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l'adressais dans ma dernière Icllrc.Au nom du ciel, si lu es malade, dis-le-moi simplemcnl, franchcmenl, et rien ne saura m'arrôlcr. lienrielle chérie, je t'en supplie, non seulement pour toi, mais pour moi-même. Oh I si ma sœur ne me connaissail jamais I Adieu, honne el chère amie, je n'allends qu'un mol de ta pari |X)ur que ma Irislesse se change en joie et en espérance. Ah ! si je t'aimais moins, je ne souflrirais pas tant. Adieu, chère Henriette.
Ton ami
B. REKAK.