‹ Lettres intimes - 1842-1845 - Précédées de Ma soeur HenrietteChapitre 21 sur 23 · I I MIS · texte numérisé non relu

I I MIS

IIM M Ul

11' la SOCUU i^iii j ^ imiiW; , CilT, jC 8ui»

moins croyant qu'en y entrant, quoique ayanl été moi-même le sujet d'expériences personnelles. Si tu ajoutes à cet agréable délassemenl nn.^ *«( 'uk < le dimanche soir au cabinet de lecture pour prendre connaissance des journaux de la semaine, tu auras le tabieau complet de ma vie récréative.

Adieu, excellente amie, toi sur qui mon cœur aime à s'appuyer dans ses moments de faiblesse. Oh ! Henriette ! que j'ai besoin de te voir! Conserve-toi, au nom du ciel, pour celui dont la vie ne serait sans toi qu'un aflrcux désert. Oh ! si je te disais tous mes châteaux en Espagne ! Tu verrais la belle place que lu y occupes. Adieu, chère amie, adieu.

E. RENAN

.)«j(i LETTnE> I N i i\lES

MADEMOISELLF. UI.na.N

Parii, 20 (Icccmbrc i845.

Je n*y peux plus tenir, chère llenriclle. J'écris à mademoiselle Calry pour la supplier de me dire la vérité lellc qu'elle esl. Il faut absolument que je sorlc de cet étal d'angoisse, (jui m'est presque aussi pénible que la plus accablante réalité. Henriclle, ma chère Henriette! qu'as-tu donc? Je suppose un retard dans le voyage, quelque séjour fait en Gallicie, etc. Mais enfin, les lettres ne peuvent-elles parvenir de tous les pays? Je m'effraie, quand je songe que peut-être ces affreux cauchemars auxquels j'ai quelquefois laissé aller mon imagination, sont peut-être d'alTreuses réalités. Notre mère est aussi horriblement tourmentée; mademoiselle Ulliac ne sait que penser. Je compte les jours qui me rapporteront la lettre de madame Calry; grand Dieu! s'il faut

OllcndlX; ju tmo-Li ! Likimc ^i je suMurs ou te

IniiiYcr, où m'adrcsscr dircclcmcnl pour savoir quelque chose de loi! Mais j'ignore (oui; (|ui snil mémo si madame Calry pourra me donner aucun rcnscignemcnl? Ohl si quelque heureuse nouvelle met fin h mes inquiiUudes, (|uc je jurerai de bon cœur que c'est pour la dernirre fois, et que ces alTreux éloigncnienls ne viendront plus ainsi nous navrer d'angoisse. France! France! chère amie; c'est une immuable résolution; je croirais jouer la vie de ma sœur bien-aimée« en soulTrant que plus longtemps elle Texpose pour moi. J'aurais celte fois à l'annoncer une nouvelle tout h fait singulière et inallendue, et je le ferais avec bien du plaisir sans l'état cruel où je me trouve, lequel défleurit tout pour moi. Oh ! si en ce moment une heureuse nouvelle venait calmer mon cœur, comme je t'en parlerais avec transport! Voici le simple fait.

Tandis que je professais l'héhrcu h Saint- Sulpice, j'avais rédigé pour mon cours des noies fort étendues, lesquelles forment une grammaire hébraïque h peu près complète, sur un plan que je crois neuf et original ; ainsi du

398 LETTlil - I s I IMES

moins en jugèrent ceux »jui m'entendirent. Mon ancien professeur d'hébreu, lequel est demeuré pour moi un excellent ami, m*a demandé ces notes et les a trouvées si bien faites qu'il m'a fortement engagé à les publier; j'avoue que je n'y aurais pas songé de sitôt ; mais il a combattu mes objections par des propositions si avantageuses, qu'en vérité j'ai dû céder, au moins pour le moment. Et d'abord, il se chargerait de faire accepter comme sien prppre l'ouvrage à son éditeur (car il est auteur lui-môme), bien qu'il demeure en tout ma propriété. De plus, et c'est ici le p<^int capital, se trouvant chargé de la direction des études hébraï(|ucs dans les séminaires qui dépendent de la compagnie de Saint Sulpice, il me promet de le faire adopter comme ouvrayr classique pour l'enseignement de l'hébreu dans toutes ces maisons, et, en edet, il n'existe actuellement aucun ouvrage qui satisfasse pleinement sur ce point aux besoins de l'enseignement. Tu comprends combien cette dcrnicie clause est capitale; j'avoue qu'elle m'a ébloui et que je n'ai plus trouvé de termes |>our refuser. D'ailleurs, chère amie, j'ai sur ce sujet

(aiU il liées »Hu' je enn> |ii>les « I i recueilli tant de malcriuux cl de icviicuh. intéressantes, que je ne doulc pas que je ne réussite parfaitement. Tous ceux qui suivirent mon cours en firent tant de cas, qu*il.s eurent la patience de copier ces notes tout entières malgré leur étendue. Depuis, j'ai encore enrichi mon R»j>erloiro d'une foule de faits nouveaux : enfin, chère amie, j'y jetterai tout mon feu. j y mettrai tout moi-même, et j*ai l*instincl du succès. Tu conçois quelle initiative cela serait pour ma vie entière. Ln livre est le meilleur introducteur dans le monde savant. Sa com|K)sition oblige à consulter une foule de savants, qui ne sont jamais plus flattés que lorsqu'on va ainsi rendre hommage a leur science. On peut encore, par sa dédicace, se faire des amis et des protecteurs élevés. Mon intention serait de dédier le mien à M. Quatremère. J'ai sur le même sujet, ou des sujel.H voisins, une foule de recherches et de travaux qui ne pourraient trouver place dans une grammaire, quoique je la conçoive sur un cadre fort large, et je ne doute pas que, quand je pourrai oflrir des témoignages écrits de mes

Page 1