AUX FIDELES DES ÎLES
Copie. Registres de la Compagnie de Genève, Vol. A.
Très chers frères, nous avons à louer Dieu de ce que en la captivité où vous estes, il vous donne ceste vertu
* « Aux fidèles dispersés en aucunes isles de France. — La presqu'île d'Arvert, sur les côtes de la Saintonge, peuplée de pêcheurs et de pirates, reçut les premières semences de l'Evangile de quelques
que vous demandez à le servir purement, craignans plus d'estre privez de sa grâce que de vous exposer au danger qui va peut-être advenir par la malice des adversaires, car le frère présent porteur 1 nous a déclairé que vous l'avez requis de retourner vers vous quand il pourroit, et que vous désirez par tous moyens, estre solicités à bien et confirmés en la foy de l'Evangile; et de faict il en est aujourd'hui plus grand besoing que jamais. Il reste que ce bon zèle soit ferme en vous, afin que poursuiviez constamment de vous advancer au chemin du salut. Quand à l'homme, vous le cognoissez, et, de nostre part , selon qu'il s'est monstre icy homme craignant Dieu, et a conversé avec nous sainctement et sans reproche , et aussy qu'il a tousjours suivi bonne doctrine et saine, nous ne doutons pas qu'il ne se porte fidèlement par delà , et ne mette peine à vous édifier. Quant
réfugiés chassés par la persécution des villes voisines. Ces semences « furent depuis fécondées par quelques moines preschans à demy la vérité, quant à la doctrine, et reprenant les vices; de sorte qu'en peu de temps on vit (en ce pais) un estrange changement. » Bèze : Hist. eccl., t. I, p. 4 04. De la pointe d'Arvert, la Réforme se répandit dans les îlots voisins, et y lit de nombreux disciples, malgré les rigueurs du parlement de Bordeaux. Un grand missionnaire, Philibert Hamelin, régularisa ce mouvement. Originaire de Tours, il prêcha d'abord avec succès la Réforme à Saintes. Arrêté dans cette ville , il échappa miraculeusement à la mort, et chercha un asile à Genève, où il exerça le métier d'imprimeur. Mais l'ardeur de son zèle lui fit reprendre bientôt le périlleux apostolat qu'il devait clore par le martyre. Il revit la Saintonge, visita ses frères dispersés dans les îles, organisa leurs églises, et, pris une seconde fois, il périt sur un bûcher à Bordeaux, le 4 8 avril 4 557. On peut consulter sur le ministère et la mort de Hamelin le Journal d'un autre glorieux missionnaire de la Réforme, Bernard Palissy.
1 Philibert Hamelin.
au conseil qu'il nous a demandé en vostre nom , voicy l'ordre qu'il nous semble que vous avez à tenir tant pour prier Dieu en commençant, que pour estre enseignez et exhortez tant par luy que par d'autres que Dieu vous donnera , et auxquels il aura faict la grâce de vous pouvoir servir. Sur cela que vous preniez courage de vous séparer des idolâtries, de toutes superstitions qui sont contraires au service de Dieu, et à la confession que luy doibvent tous Chrestiens , car nous sommes appelez à cela. Quand Dieu avec le temps vous aura faict tellement profiter que vous serez comme un corps d'Eglise qui s'entretiendra en l'ordre desjàdit, et qu'il y en aura quelques-uns qui seront résolus de se retirer des pollutions qui régnent là, alors vous pourrez avoir l'usage des sacrements. Mais nous ne sommes nullement d'advisque vous commenciez par ce bout, et mesme que vous soiez hatéz d'avoir la saincte Cène , jusques à ce que vous aiez un ordre establi entre vous. Et de faict il vous vault beaucoup mieulx de vous en abstenir, afin que vous soiez induits par cela à chercher les moiens qui vous en rendent capable. C'est, comme desjà nous avons dict, que vous soiez accoustuméz de vous assembler au nom de Dieu, estans comme ung corps, et que vous soiez séparez des idolâtries qu'il n'est pas licite de mesler avec les choses sainctes. Mesmes il ne seroit pas licite à ung homme de vous administrer les sacremens, sans qu'il vous recognoisse comme ung troupeau de Jésus-Christ, et qu'il ne trouve entre vous une forme d'église. Cependant prenez courage à vous desdier du tout à Dieu lequel nous a si chèrement acquis par son propre Fils, et rendez ung hommage de corps et d'âme, monstrans que
vous tenez sa gloire plus précieuse que tout ce qui est du inonde , et que vous estimez plus le salut éternel qui vous est appresté au ciel que ceste vie caduque.
Surquoy, très chers frères, faisans fin à la présente, nous prierons ce bon Dieu d'accomplir ce qu'il a commencé en vous, de vous augmenter en tous biens spirituels> et vous avoir en sa saincte protection. Ce lc2mp d'octobre 1553.
Charles d'Espeville, Tant en son nom que de ses frères.