A JEAN PAULE
Copie. Bibl.de Genève. Vol. 145.
Sur le conseil que nous a demandé nostre bien-aymé ' A >U'ssire Jehan Paulo. -— Alciat, Jean-Paule, de Savillian en
frère messire Jehan Paulc , nous avons pensé que le meilleur estoit luy donner response par escrit, affin que ceux auxquels le cas apartient en soient mieux certifiez.
S'il y a homme vivant soubz la tyrannie du pape, lequel s'abstenant des idolâtries et pollutions qui y régnent, désire aussi d'oifrir ses enfans purement à Dieu» et les faire baptiser selon la droicte reigle de l'Evangile, c'est ung zèle sainct et louable. Car de faict c'est une grande paoureté, quand un tel llirésor comme sont les enfans est donné de Dieu, si tost qu'on l'a receu, de le souiller aux superstitions que les hommes ont meslé au sainct baptesme. Mais devant toutes choses on doibt observer, puisque ce sacrement est une réception solennelle en l'Eglise de Dieu, ou bien ung tesmongnage de la bourgeoisie céleste en laquelle sont enroullés ceux que Dieu adopte pour ses enfans , n'est licite de l'administrer sinon en compagnie de gens fidèles. Non pas qu'il soit besoing d'avoir un temple publique, mais si fault-il qu'il y ait quelque trouppeau assemblé qui face corps d'Eglise, et que celuy qui baptise soit recongneu comme pasteur. Car si on baptisoit ung enfant en cachettes, sans tesmoings, cela ne répondroit nullement à l'ordre institué par Jésus-Christ, ny à la pratique des apostres. Il est doncques requis que l'enfant soit baptisé en compagnie qui continue à se séparer des pollutions de la papaulté.
Piémont, reçu bourgeois de Genève le 40 novembre 4555. C'était un des principaux membres de l'église italienne établie dans cette ville. 11 eut plus tard des démêlés avec Calvin touchant le dogme de la Trinité.
Quant ceux dont on nous a parlé auront tel moien, et qu'ils seront disposts à s'assembler au nom de Dieu, encores que ce ne soit pas en grand trouppe, mais en petit nombre, nous prions Dieu qu'il les fortifie en ce bon zèle qu'il leur a donné, de se desdier avec leur lignée à Dieu nostre Père, et à nostre rédempteur Jésus- Christ. Et quant nous aurons congneu qu'ainsi est, nous mettrons peine, comme nostre debvoir est, de leur fournir ung homme propre et idoine à faire cest office. Le 11 d'octobre 1554.
Jehan Calvin, au nom de tous ses frères.