A MADAME
Copie. Àrch. ceci, de Berne. Vol. VI, p. 18(5.
Madame , combien qu'à mon semblant ce soit quasy peine superflue de rien ajouster à ce que vostre frère vous pourra escrire, d'autant que luy seul est assez suffisant pour vous advertir de ce qu'il y a de faire, toutesfois le grand désir qu'il a de vous solliciter à faire vostre profit l'a incité à me requérir que de mon costé je m'y employasse, et j'ay esté bien content de luy aider en une chose si saincte. Il est question de vous exhorter, puisque vous avez esté endormie, quand on a tasché de vous
* Fragment sans adresse et sans date. 4 554?
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retirer de vostre captivité, maintenant vous advisiez de vous résouldre pour ne plus varier. Je sçay bien que ceux qui aiment de se tenir là, font tousjours ceste question s'il n'est pas possible d'y servir à Dieu aussy bien qu'ailleurs. Or de vous déduire ce propos, ce n'est pas matière d'une lettre. Je vous renvoyé aux livres qui en sont escrits. Seulement, je vous prieray, en vostre conscience n'avez- vous pas de remords qui vous picquent? Qui plus est, d'où procèdent les doutes que vous faites, sinon que vous craignez en délogeant de quitter vos aises et commodités. Car si vous aviez conclu à bon escient de servir à Dieu sans nul autre regard, vous ne vous amuseriez plus en tels circuitz. Quand vous auriez ceste vertu de vous exposer plus tost à tous dangers que de fleschir de vostre devoir, vous pourriez dire que la terre est au Seigneur. Car c'est assez que nous lui fassions hommage de corps et d'esprit, quelque part qu'il nous nourrisse. Mais si vous estes convaincue, sans autre tesmoing que vous ne le glorifiez pas comme il appartient, mais tenez la clarté qu'il vous a donnée comme esteinte sous vos pieds, vous devez sentir que vostre estât est plus que misérable. Or combien que pour un temps les vains subterfuges qui trompent beaucoup de gens aycnt aussi gagné sur vous, à ce que j'entens , Dieu vous a réduite à ce point de vous faire sentir vostre mal pour vous y déplaire. Or eu cela il a bien monstre qu'il avoit pitié de vous. Aussy en tout ce qu'il a disposé de Pestât de vostre maison , il semble qu'à vue d'œil il vous ait tendu la main. De vostre costé je croy que vous ne serez pas marrie, si je vous remets en mémoire que vous avez lu y le bien qu'il vous offroit. Car vous scavez quand
il vous eust mis le premier coup eu liberté, qu'eu cherchant nouveau lien il n'avoit pas tenu à vous que vous ne fussiez comme plongée en l'abysme , sans espérance d'en sortir. Et de faict ce qu'après vous avez esté si froide et comme amortie, estoit un signe que son esprit estoit eslongné de vous, combien que mesme encestendroict. . .
AUX SEIGNEURS DE BERNE
Copie. Archives de M. le colonel Henri Tronchin à Lavign>.
Magnificques, puissans et très redoubtés seigneurs , après vous avoir présenté nos humbles recommandations et services, nous vous supplions de nous excuser de ce que nous recourrons à vous pour nous plaindre
* Pendant que Calvin avait à lutter contre le parti des libertins à Genève, il était en butte aux plus vives attaques de la part de quelques-uns des ministres du clergé bernois. Protecteurs de la double révolution qui avait donné l'indépendance et la Réforme à Genève, les seigneurs de Berne voyaient avec un extrême regret la diversité de cérémonies qui séparait les deux églises. Ils s'élevaient surtout contre la doctrine de l'excommunication, que maintenait énergiquement Calvin, et qui leur paraissait une atteinte portée au pouvoir civil. Par ces divers motifs ils fermaient volontiers les yeux sur les licences de quelques-uns de leurs ministres, et se montraient peu disposés à réprimer les attaques dirigées contre Calvin et les ministres de Genève. Mss. divers des Arch. eccl. de Berne. Ruchat, Histoire de la Réformatiou en Suisse, t. VI, p. 119 et suivantes.
des propos par trop outrageux et desbordés qui se tiennent en vostre pays eontre nous, non pas tant pour diffamer nos personnes que pour exposer l'Evangile et toute chrestienté en opprobre et mocquerie. Vous sçavez, Messieurs, que jusques icy, nous ne vous avons jamais fasché ne importuné de nos querelles, non pas que nous n'ayons eu souvent juste occasion de vous advertir des injures qui ont esté semées à tort contre nous, mais nous ay niions beaucoup mieulx nous taire que donner auleung ennuy ne moleste à vos seigneuries. Maintenant que la nécessité nous contraint d'ouvrir la bouche, nous espérons d'avoir accès tant plus humain et facile, et que de vostre grâce, vous serez enclins non-seulement à nous prester l'oreille, mais aussy à remédier au mal duquel nous avons advisé estre bon de vous advertir.
il n'est pas icy question de nos personnes, car si nous avions esté injustement blasmés, la justice nous seroit ouverte par tout vostre pays comme à ung chascung ; mais pource que ceulx desquels nous avons à nous plaindre se dressent notamment contre la doctrine que nous portons, ce qui ne doibt point estre tiré en procez ne playdoyé, voylà pourquoy nous avons pensé d'avoir refuge à vos Excellences. Il n'est jà besoing, magnificques seigneurs , de vous remonstrer quel blasme et ignominie retourne au sainct Evangile , quand les prescheurs du pays de Berne et aultres soubjects appelleront les prescheurs de Genève hérétiques, car vous le voyez assez selon vostre prudence. Quand il y auroit quelque différent touchant la doctrine, voyant comme nous sommes tant espiéz et abboyéz des ennemys de la foy, encores fauldroit-il pour leur clorre la bouche user
de prudence el de modération. Mais puisque Dieu nous a faict ceste grâce, d'ung costé et d'aultre, d'estre uniz de bon accord, ceulx qui crient et tempestent contre nous, non-seulement monstrent qu'ils ne demandent que troubles et scandales, mais aussy qu'ils sont comme bouttefeux pour rompre la saincte union que Dieu a mise entre nous. Vos prescheurs, par la grâce de Dieu, sont ensemble de bon accord. Sçachez d'eulx comme ils en sont avec nous, car s'ils ne vous protestent qu'il y a une droicte fraternité et ung consentement aussy paysible qu'on le sçauroit demander, nous ne requérons point d'estre favorisés par vos Excellences. Mais s'ils vous déclairent, comme nous sommes bien asseuréz qu'ils le feront , qu'il n'y a nulle picque ne contradiction, ce vous doibt estre ung argument certain que ceux qui nous calumnient, ne cherchent ne vostre honneur, ne vostre proffit, ne vostre repos. De nostre part nous pouvons bien protester que nous avons tousjours tasché d'estre conjoints selon la vérité de Dieu avec tous vos ministres, tellement qu'en vous priant qu'il vous plaise prendre nostre cause en main, nous ne vous requérons sinon de maintenir tant l'honneur de Dieu que le vostre. Or le cas auquel nous vous prions de pourvoir est tel. En une congrégation de la classe de Morges, en présence de grand nombre de gens, quelqu'ung a tellement diffamé nostre frère maistre Jehan Calvin que le bruict est commun par le pays qu'il est condamné comme hérétique, comme aussy ce mot fut souvent réitéré. Depuis Zébédée, prescheur de Nyon, aux nopces du fils et de la fille du seigneur de Crans, parlant de la doctrine que nous tenons et sommes prêts de signer
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de nostre sang, dict en plain sermon que c'estoit une hérésie pire que toute papaullé et que ceulx qui la preschent sont d'icelle, et qu'il vauldroit mieulx maintenir la messe. Cependant un nommé Jérosme i, lequel, comme vous sçavez, pour ses erreurs a esté banny de la ville de Genève, ne faict nulle difficulté (d'appeler) nostre dict frère Calvin hérétique et antéchrist. Regardez, magnificqucs seigneurs, si nous pouvons dissimuler telle chose sans estre traîtres à Dieu, lequel nous a commis, comme dict sainct Paul, non-seulement pour enseigner ceulx qui se rendent dociles, mais aussy pour résister à tous contredisans. Parquoy nous espérons bien que, comme princes fidelles et chrestiens, vous nous tiendrez la main en telle chose, et ne permettrez que l'Eglise de Dieu soit dissipée soubs vostre protection, et que l'Evangile soit en vitupère. Mesmes , puisque nous abstenant de faire troubles ny esmotion, nous avons paisiblement recours à vous, ce regard vous induira tant plus à donner si bon remède au mal que Dieu en sera gloriffié, le scandale aboly, l'audace de ceulx qui ne demandent qu'à
1 Banni à perpétuité de Genève (voir la note, p. 363-364), Boisée se retira sur le territoire de Berne, et vécut successivement à Thonon et à Lausanne. Mais la licence de ses opinions et la violence grossière de ses attaques contre les ministres de Genève attirèrent denouveau sur lui la sévérité des magistrats. Expulsé du pays de Berne, comme il l'avait été de Genève, il retourna en France, erra de ville en ville et sollicita vainement le titre de ministre au synode d'Orléans (1562). Repoussé par les églises réformées, il rentra dans l'église catholique et se vengea des rigueurs qu'il avait encourues à Genève, en publiant un pamphlet outrageant contre la mémoire de Calvin. C'est le livre intitulé : Histoire de la vie, mœurs, actes, doctrine et mort de Jean Calvin, par 31e Hcrosme Boisée. Lyon, lo77.
mettre tout en contusion sera réprimée, et serons obligez de plus en plus, estans soulagez par vostre équité et bonne justice , de prier Dieu pour vostre prospérité , comme de faict nous le supplions de vous avoir en sa saincte garde , vous gouverner par son Sainct-Esprit, en toute justice et droicture, faisant servir à sa gloire l'autorité qu'il vous a donnée. De Genesve, ce 4 d'octobre 1554.
Quant il vous plaira, magnificques seigneurs, ordonner d'estre plus à plain acertenéz du faict, nous sommes prests de tout vériffier selon qu'il est icy couché par escript, combien qu'il ne sera jà besoing d'en faire longue inquisition , veu que le bruict en vole partout.
Vos humbles serviteurs, les ministres de la parolle de Dieu en l'Eglise de Genesve,
Jehan Calvin.
Abel Pouppin.
Franc. Bourgoing.
Raymond Chauvet. Michel Cop.
De Sainct-André.
Jean Fabri.