‹ Lettres (volume 2)Chapitre 9 sur 47 · A LOUIS DU TILLET · texte numérisé non relu

A LOUIS DU TILLET

Copié. Bibliothèque impériale de Paris. Mss. français. Fonds Baluzé. 8069-5.

Longtemps a que nostre Seigneur m'avoit tellement faict sentir en moy-mesmes les exhortations et remonstrances qui sont en vostre lettre, que je ne les eusse peu prendre que bien, si je ne voulois contredire à ma conscience. J'entens en ce que vous me exhortez qu'en ce que nostre Seigneur a besoigné envers moy, je prenne matière et occasion de recongnoistre mes faultes. Et ne me suis pas contenté de les réputer en moy-mesmes, mais, comme mon debvoir estoit, je n'ay faict difficulté de les confesser devant ceulx qui eussent esté plus contans de me justifier que de penser qu'il y eust à redire

* Dans une nouvelle lettre à Calvin (7 septembre 1538), Louis du Tillet avait cru devoir signaler les événements récents de Genève, comme un châtiment providentiel, destiné à rappeler son ancien ami de la voie du schisme : « J'estime bien, disait-il, que les choses qui vous sont advenues ont esté traictées et poursuivies par maulvaise affection de personnes qui tendent plus aux fins de ce monde qu'ils n'ont considération de Dieu. Mais, ce que je vous supplie ne prendre que bien, je croy que vous avez plus à considérer de vostre part si nostre Seigneur ne vous veult point advertir par là de penser s'il n'y a rien eu à reprendre en vostre administration, et de vous humilier envers luy, et que, par ce moien, les grans dons et grâces que nostre Seigneur vous a eslargis, soient droictement employés à sa gloire, au salut de ses eslus, et vous soient pour ceste cause toujours de plus en plus augmentées... » Calvin répond à cette objection, et en appelle de « la sentence des sages » au tribunal de Dieu.

en moy. Vray est que au regard de nos adversaires j'ay bien tousjours maintenu mon innocence, telle que je pouvois la testifier devant Dieu. Pareillement je n'ay pas tousjours accordé à ceux qui asseoient jugement téméraire, comme la plus part s'advancent de déterminer de l'espèce de la maladie, n'en congnoissant pas la racine. Mais si je n'ay-je pas laissé de dire ne en public ne en particulier qu'il nous falloit prendre ceste calamité comme en châtiment notable de nostre ignorance, et aultres vices qui en avoient mestier. Quelles sont mes faultes en particulier, combien que j'en aperçoive beaucoup, j'estime bien toutes fois que je ne voy les pi us grosses, ne le plus grand nombre. Pourtant je prie le Seigneur qu'il me les vueille de jour en jour plus évidemment manifester; celles que vous notez, ne me sont point de mise. S'il estoit question de disputer de ma vocation, je crois que vous n'avez pas telles raysons pour l'impugner que le Seigneur ne m'en donne de plus fermes pour me confermer en icelle. Si elle vous est en doubte, ce m'est assez qu'elle me soit certaine, et non-seulement cela, mais que je la puisse approuver à ceulx qui vouldront submettre leurs censures à la vérité. Vous ne me admonestez pas sans cause qu'il est mal de se confier trop à son sens, car je congnois ma portée telle que je ne sçauroys si petit présumer de moy, que ce ne soit trop. Mais je désirerois que vous eussiez ceste opinion que les plainctes que vous avez aultrefois ouyes de moy, ne venoient pas de feintise, lesquelles testifioient qu'il s'en falloit beaucoup que je feusse capable de soustenir la charge que j'avois.

Vous vous arrestez beaucoup à ce point qu'il y a dan-

gier qu'il ne nous fasse mal de rétracter avec quelque honte de légièreté, quand nous avons précipité nostre sentence devant le temps. De ma part comme j'entens bien que à bon droict je doibs craindre que ceste folle ambition me soit un bandeau pour m'ernpescher de voir droictement, aussy d'aultre part j'espère que nostre Seigneur ne me laissera tomber en cest orgueil que pour avoir mon honneur entier, je m'obstine voluntairement contre sa vérité. J'ai discuté de ceste matière avec quelques personnages que vous congnoissez. Je ne puis encores voir aultre chose que ce que j'en ay déclaré. Je ne scé si le tesmoing qui y estoit présent vous en aurait fait quelque rapport à travers champs, comme il a bonne coustume de renverser et brouiller.

Touchant de condamner aultruy, je suis contrainct de vous dire ung mot, qui ne vous plaira; possible pas. Je vouldroys que vous prinssiez une partie de ces exhortations pour vous. Car en appelant tenebras lucem en toute vostre lettre, vous condamnez ceulx qui cheminent plus droictement que tous les vostres en cest endroit. Je n'entreré pas en dispute, pour ce aussi que ce n'est vostre intention, mais je vouldroys bien sçavoir quelle équité c'est qu'une personne face des arretz en un cabinet pour condamner tous ceux qui maintiennent journellement leur doctrine devant tout le monde, et cependant estimer estre présumption à eulx d'oser condamner les ennemys manifestes de Dieu et de sa majesté. Je prens ce que vous dictes en ceste matière comme procédant d'un bon cueur, mais je l'attribue à un autre esperitque celluy de Dieu. Touchant de ma retraicte, je vous confesse quej'ay trouvé estrange le premier mot que vous en dites, chercher

le moyen de rentrer où je serois comme en un enfer. La terre est au Seigneur, direz- vous. Il est vray, mais je vous prye de me permestre suivre la reigle de ma conscience laquelle je sçais estre plus certaine que la vostre. Quant est de reprendre charge, j'eusse bien désiré en estre creu, et si je ne eusse eu à fere que à ceulx que vous pouviez estimer estre trop aspres et inconsidérez à mettre les gens en besoigne, je m'en fusse encore aucunement despesché ; mais quand les plus modérés me menacent que le Seigneur me trouveroit aussi bien que Jonas, et quand ils viennent jusques à ces parolles : Finge tua unïus culpâ perdltam Ecclesiam. Quœ tamen melior pœnitentiœ ratio, quam ut te Domino totum exhibeas? Tu istis dotïbus prœditus, qua conscientia oblatum ministerium répudies, etc... Je n'ai sçeu que fere, sinon de leur proposer mes raisons qui me desmouvoient afin de suivre mon propos avec leur consentement. Après que cela n'a valu, j'ay pensé estre nécessaire en telle perplexité de suivre ce que je pensoys m'estre monstre par les serviteurs de Dieu. Je vous asseure bien que la solicitude du corps ne m'eust pas amené à ce poinct, car j'avoys bien délibéré tascher de gaigner ma vie en estât privé, ce que je pensoys ne m'estre du tout impossible ; mais j'ay jugé que la volunté de Dieu me menoit aultre part. Si j'ay failly, je vous prye me reprendre, mais que cène soit par simple et précise condamnation, à laquelle je ne pourroys donner authorité contre tant de raisons et tesmoignages de personnages qui ne sont pas contemptibles, et ne vous le doibvent estre.

Vous me faictes un offre dont je ne puis vous assez remercier, et ne suis pas tant inhumain que je n'en

sente la gratuité si grande, que mesmes ne l'acceptant point, je ne pourrois jamais satisfère à l'obligation qui luy est deue de moy. Mais je m'abstiendray de charger tant que possible un cbascung, mais principalement vous, lequel en avez eu trop de charge le temps passé. Pour le présent, ma nourriture ne me couste rien. Aux nécessitez qui sont oultre la bouche fournira l'argent des livres, car j'espère bien que vous daignerez m'en donner d'aultres au besoing. Si vous eussiez tellement adressé vos propos à moy, qu'il n'y eust eu note que sur ma personne, je l'eusse facilement enduré. Mais d'aultant que vous ne pardonnez à la vérité de Dieu, ne à ses serviteurs, il m'a esté nécessaire de vous respondre en peu de parolles, afin qu'il ne vous semblast advis que je voulsisse vous accorder. Je croy que vous avez estimé nostre affliction estre suffisante pour me mettre en perplexité extrême, jusques à despriser tout le précédent estât. Il est vray que j'ay esté grandement affligé, mais non pas jusques à dire : Nescio ubi sint viœ Domini; par quoy en vain ces tentations me sont objectées.

L'un de mes compagnons 1 est maintenant devant Dieu pour rendre compte de la cause que luy a esté commune avec nous. Quand nous viendrons là, on congnoistra de quel costé aura esté la témérité ou escartement. C'est là où j'appelle de la sentence de tous les sages, lesquels pensent leur simple parolle avoir assez de poix pour nostre condamnation. Là les anges de Dieu rendront tesmoignage, lesquels sont schismatiques.

1 L'ancien moine Augustin Courault, zélé prédicateur de la Réforme à Paris et à Genève. Banni de cette dernière ville avec Calvin et Farel, il était mort à Orbe (4 octobre 1538).

Après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je prieray notre Seigneur qu'il vous vueille maintenir et conserver en sa saincte protection, vous dirigeant tellement que vous ne décliniez de sa voie. De Strasbourg, ce 20 d'octobre (1538).

Vostre humble serviteur et amy entièrement

Charles d'Espeville.

A MONSIEUR DU TAILLY

Copie. Archives de Genève. ri5i>.

Monsieur du Taillis, pource que je vous avois remis par mes dernières lettres jusques à ce que nous aurions

* M. du Tailly, gentilhomme français, réfugié à Genève, partisan déclaré de la Réforme et de Calvin, dont il pressait activement le retour, ainsi que le témoigne la lettre suivante tirée des Mss. de la Compagnie de Neuchâtel :

Monsieur du Tailly a Farel.

Très cher frère, à la suasion des principaulx bons frères de par deçà, j'ay rescrit à nostre bon frère Calvin qu'il eust au besoin à subvenir à ses frères de Genève, sans avoir esgard à l'injure qui avoit esté faicte à Jésus-Christ en le deschassant, mais qu'il aye à considérer la désolation en quoy ils sont, et le debvoir à quoy il est tenu, par quoy lui ay rescrit qu'il m'en mandast son advis, avant que on envoyast ambassade par devers luy. Pourtant vous supplieray que de vostre part ayez à luy mander et persuader ce qu'il a à faire. Je ne vous en dis plus. — Vostre lettre a esté fort bien prise de ceux de par deçà, et croy qu'elle leur profittera grandement, et se tien-

plus certaines nouvelles de l'assemblée de Haguenau \ pour vous en mander, je n'ay voulu laisser aller ce pourteur sans mes lettres, combien que nous n'en ayons encores la fin. Je vous réciteray donc en brief ce qui en est jusques à ce jour. Vous sçavez que le roy Ferdinand avoit appelle les princes de sa part, quelque temps devant les nostres, afin de consulter avec eux par quel costé il nous fauldroit assaillir, après avoir tenu leur conseil, ils ont advisé d'eslire quattre arbitres à leur poste pour ouir les controverses d'une part et d'aultre, afin de venir à quelque bon appoinctement. Les arbitres estoyent le comte palatin , l'évesque de Trêves , électeurs; le duc de Bavière, et l'évesque de Strasbourg. Il n'y a eu nul de nos princes qui soit comparu pour ce qu'on les avoit appeliez à trop brief terme, comme ils ont fait leur excuse à l'empereur; mais ils ont envoyé avec sauf-conduyt leurs ambassadeurs et conseillers avec gens de lettres, pour faire tout ce qui seroit de mestier. Iceux combien que à bon droit peussent récuser

nent grandement tenus à vous qui avez souvenance d'eux en leur nécessité, et à cela congnoissent qu'estes le vray pasteur, non pas ceux qui les laissent en danger. Au reste, le Seigneur a faict son plaisir du Sr Michel Baltasar. C'est un grand dommage pour la ville, à ce que peut considérer l'homme. Toutefois sa volunté soit faicte et non autre. Que Dieu vous doint persister comme avez commencé. De Genève, ce 3me de octobre 4 540.

Le tout vostre frère et amy, Du Tailly.

1 La diète de Francfort avait stipulé l'ouverture de conférences religieuses, où les controverses des deux cultes en Allemagne devaient être réglées par les principaux théologiens des deux partis. Le but de l'assemblée réunie à Haguenau, était la préparation des matières qui devaient faire le sujet de ce débat solennel.

les arbitres qu'on leur présentait, ou pour le moins une partie, toutes fois les ont bien voulu accepter, afin de donner à congnoistre qu'ils ne vouloient nullement reculler. Mais il en est advenu comme nous avions bien tousjours pensé. Quand il a esté question de commencer à procéder, messieurs les arbitres ne sçachant par quel bout commencer, ont demandé à nos gens qu'ils vouloient dire. A quoy ils ont respondu qu'ils désiroient que, selon la confession présentée à Augsbourg, les Eglises feussent réformées , se offrans de satisfaire à toutes les difficultés qu'on y trouveroit, et expliquer plus amplement ce qui ne seroit assez cler. Sur cela Nausea baille son conseil à Ferdinand de nous concéder le mariage et la communion soubs les deux espèces ; au reste qu'il n'est licite d'entrer en dispute sans le congé de notre sainct Père. Cela est aussi bien approuvé de Faber, de Cochleus et leurs compaignons. Ainsi en la fin response est rendue par Ferdinand et les siens, qu'il ne tient que à nos princes qu'on ne cerche quelque bon moyen de s'accorder, car de sa part il estoit venu délibérer de faire une bonne et amiable conférence, mais qu'ils n'ont daigné comparoistre. Néantmoins que l'empereur est encore consent de tenir une aultre journée en laquelle les matières soient disputées d'une part etd'aultre, mais à telle condition que après toute dispute, la sentence définitive soit réservée à sa majesté et la saincteté du pape. Cepandant qu'il ne seroit loysible à nos gens de se fortifier par nouvelles alliances, ne attirer personne à recevoir leur religion, mesmes que les alliances faictes depuis l'assemblée de Nuremberg * seroient cassées.

1 Les princes de l'Empire, réunis à Nuremberg, en \ 534, avaient

Quant à ceste objection que nos princes ont empesché qu'on ne traictast, elle a esté bien aysée à résouldre, car il suffisoit bien d'avoir envoyé leurs docteurs et conseillers avec pleine puissance. Davantage ils avoient promis de venir, s'ils voyoient qu'on procédast à bon escient. De la conférence ils la reçoivent très volontiers ; mais toutes les conditions ils les rejettent comme intolérables, voire mesme ridicules. Car e'est tout le contraire de ce que l'empereur avoit promis à Francfort.

L'intention de nos adversaires estoit d'augmenter leur ligue et diminuer la nostre; mais on espère que Dieu tournera ceste chance. Quoy qu'il en soit, les nostres cherchent de multiplier le règne de Christ tant qu'il leur est possible, et n'ont point délibéré de fleschir aucunement. Nous ne sçavons maintenant ce qu'il plaira au Seigneur de nous envoyer. Une partie de nos adversaires ne demande que la guerre. L'empereur est tant enveloppé qu'il ne l'ose plus entreprendre. Le pape de sa part ne se feindroit pas à se y employer, car il a faict offrir par son ambassadeur trois cents mil ducats pour commencer. Si tous ceux qui n'ont encores reçeu nostre religion se vouloient accorder à nous assaillir, l'empereur ne feroit pas difficulté de prester son nom, et ne fust-ce que pour briser les forces de l'Allemagne, afin de la dompter plus aisément. Mais il y a un grand empeschement, c'est que tous les électeurs d'un commun accord sont à cela, d'appaiser toutes dissentions amiable-

dressé la liste des abus de la cour de Rome, proclamé la nécessité d'une Réforme, et fait appel à un concile général, en interdisant de publier, avant la convocation de cette assemblée, aucune opinion contraire aux dogmes de l'Eglise.

ment, sans venir aux armes. Le duc de Saxe et le marquis de Brandebourg sont nostres. Ainsi ils ne peuvent faire aultre chose que poursuyvre leur cause. L'archevesque de Colongne n'est pas des pires, car il entend jusques-là que l'Eglise a mestier d'estre réformée, et voit bien que nous sommes supérieurs en vérité. Le comte palatin désire aussi quelque réformation, laquelle il ne peut espérer que par moyens pacifiques. Mayence et Trêves ayment la paix et liberté du pays desquelles ils pensent que c'est fait, si l'empereur nous avoit subjuguez. Ces causes les meuvent à résister, qu'on ne procède contre nous que en conférence paisible, telle que nous la demandons. Le roy de France ne présente ayde sinon pour y procéder en fasçon chrestienne. Son ambassadeur est Baysius lequel n'entend rien en nostre cause. Néantmoins il nous reçoit assez humainement, quand nous Talions voir, et a délibéré de cy venir, avant que retourner à la maison.

Tous les gens sçavans qui sont venus de nostre part sont bien unis ensemble. Pour ce qu'on a veu que les adversaires ne se faisoient que jouer, on a trouvé bon de faire quelque consultation à part comment on pourroit dresser quelque discipline en l'Eglise. Mais pour ce que cela ne se pouvoit conclurre, sans en communiquer avec les absens, comme avec Luther, Philippe 2 et aultres, et tant moins exécuter sans le consentement des princes, on est seulement venu jusque-là que un chascun a promis en son endroict de s'employer vers les princes et villes, qu'on tienne un conseil de nostre

1 Philippe Mélanchthon.

part pour regarder à cela. Ce sera la chose de plus grande importance que nous ayons pour le jourd'huy. Mélanchton n'y est pas venu à cause de quelque maladie subite, et aussi qu'on présumoit bien qu'il n'estoit jà besoing de se haster avec danger. Je n'y ay esté de ma part que par manière d'esbats, ni mesme Capito. De Strasbourg, ce 28 juillet 1540.

Vostre frère et bon amy

Jehan Calvin.

AUX SEIGNEURS DE GENÈVE

Original. Signature autographe. Archives de Genève. 1250.

Magnificques, nobles et honnorables seigneurs, combien que oultre les lettres qu'il vous a pieu de m'envoyer, vous eussiez donné charge au porteur de me déclairer plus amplement de bouche vostre bon voulloir,

* Au dos : Aux magnificques et honorables seigneurs Messieurs les sindiques et conseil de Genève.

Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis le bannissement de Calvin, et déjà le parti victorieux, livré à lui-même, s'était épuisé dans ses propres excès. Des quatre syndics qui avaient prononcé l'expulsion des ministres, deux étaient exilés à Berne ; les deux autres avaient péri de mort violente. L'anarchie produisit son fruit ordinaire, le regret de l'autorité. Instruit par une dure expérience, le peuple de Genève redemanda Calvin, et les nouveaux syndics, organes du sentiment populaire, songèrent à le rappeler.

et qu'il ne me ait pas trouvé au lieu où il me pensoit trouver pour accomplir son messaige, toutesfois par icelles j'ay suffisamment entendu la somme de vostre intention. Pour responce, je vous puis testifier devant Dieu que j'ay en telle recommandation vostre Eglise que je ne vouldroye jamais défaillir à la nécessité d'icelle, en tout ce que je me pourroye employer. Or maintenant je ne doubte pas qu'elle ne soit fort désolée, et en dangier d'estre encore dissipée d'advantaige, sinon qu'elle soit subvenue. Et à ceste cause je suis en merveilleuse perplexité, désirant de satisfaire à vostre demande, et m'efforcer de toute la grâce que Dieu m'a donnée de la réduyre en meilleur estât ; et d'aultre part je ne puis pas légièrement quicter la charge en laquelle le Seigneur m'a icy appelle, sans qu'il m'en délivre par bon et légitime moyen. Car j'ay ainsy toujours creu et enseigné, et ne me puis encores de présent aultrement persuader, que quand nostre Seigneur constitue ung homme pasteur en une Eglise pour l'enseigner en sa parolle, qu'il se doibt penser estre comme attaché au gouvernement d'icelle, pour ne s'en poinct facilement retirer, sans avoir certitude en son cœur et tesmoignage devant les fidèles, que le Seigneur l'en a deschargé. Oultre plus il a esté ordonné par messieurs du conseil de ceste ville que j'irois avecques aulcuns de mes frères à l'assemblée de Wormes, non-seulement pour servir à une Eglise, mais à toutes, au nombre desquelles la vostre est comprise. Je ne m'estime pas estre de tel sçavoir ne prudence ne exercice que je puisse estre là fort utile ; mais puisqu'il est question d'une affaire de si grande conséquence, et qu'il a esté ordonné non-seule-

ment par le conseil de ceste ville, mais aussy par aultres que je viengne là pour me présenter à tout ce où il plairoit à Dieu de m'employer, je suis contrainct de suyvre, et ne puis, en saine conscience, négliger ceste vocation.

Me voyant doncques en tel trouble et incertitude, j'ay communicqué vos lettres aux principaulx pasteurs de ceste Eglise, lesquels ont tousjours aimé singulièrement vostre bien et édification, et désireroient de tout leur cœur de vous ayder selon leur pouvoir tant en cest endroict comme partout. Nous avons advisé ensemble, que puisqu'il me fault faire ce voyage, s'il vous plaisoit en attendant appeller nostre frère maistre Pierre Viret, vostre Eglise ne seroit poinct destituée, car il ne seroit poinct nouveau entre vous, et auroit telle affection envers vostre Eglise comme Celuy qui l'a édifiée dés le commencement. Ce temps pendant nostre Seigneur nous fera ouverture d'une part et d'aultre, comme nous espérons, selon que vostre nécessité requerra bon, et que vous congnoistrez estre expédient. Je vous promets de ne rien refuser de ce qu'il me sera licite, mais de m'employer à vous faire service, tant qu'il me sera permis de Dieu et de ceulx lesquels il me commande d'escouter.

A tant magnificques, nobles ethonnorables seigneurs, après m'estre humblement recommandé à vos bonnes grâces, je supplie le Seigneur Dieu de vous conserver toujours en sa saincte protection, multipliant de jour en jour ses biens et dons en vous, et faisant que servans à la gloire de son nom, vous puissiez tousjours prospérer. De Strasbourg, ce 23 d'octobre 1540.

Vostre humble serviteur.

AUX SEIGNEURS DE GENÈVE

Original autographe. Archives de Genève. 1250.

Magnificques, puissants et honorables Seigneurs, j'ay receu les lettres qu'il vous a pieu de m'escrire, ensemble entendu le rapport de vos ambassadeurs conforme à icelles. Quand il n'y auroit que l'humanité et gratieuseté dont vous usez envers moi en toutes sortes, je ne me pourroys aultrement acquiter de mon debvoir

* Suivant le désir exprimé par les ministres de l'église de Strasbourg, Calvin s'était rendu à la diète de Worms pour assister aux conférences qui devaient avoir lieu entre les théologiens des deux cultes. Ce fut dans cette ville qu'il reçut les députés du Conseil de Genève, porteurs de la lettre suivante :

Au DOCTEUR CAULVIN, MINISTRE ÉVANGELIQUE.

Monsieur nostre bon frère et singulier amy, très affectueusement à vous nous recommandons, pource que sûmes entièrement informés que vostre désir n'est aultre synon l'accroyssement et avancement de la gloyre et honneur de Dieu et de sa saincte parolle.De la part de nostre petit, grand et général Conseil, (lesquels de cecy faire nous font grandement admonester), vous prions très affectueusement vous volloyr transporter par devers nous, et en vostre pristine place et ministère retourner, et espérons en l'ayde de Dieu que ce sera ung grand bien et fruict à l'augmentation de la Saincte Evangile, voyeant que nostre peuple grandement vous désire, et ferons avecques vous de sorte que aurez occasion vous contenter. Ce 22 octobre 4540.

Vos bons amys, Les sindicques et Conseyl de Genève.

Avec le Sceau: Post tenebras spero lucem.

que en m'efforseant en tant qu'il est en moy de satisfaire à vostre demande. D'advantaige elle est tant raisonnable qu'elle me doibt bien induire de faire ce qu'elle contient. Toutesfois il y a encores une raison laquelle me contrainct plus à regarder les moyens de pouvoir obtempérer à vostre vouloir. C'est le singulier amour que je porte à vostre Eglise, ayant tousjours en mémoire qu'elle m'a esté une fois recommandée de Dieu et commise en charge, et que par cela j'ay esté obligé à jamais de procurer son bien et salut.

Toutesfois je pense avoir excuse si juste et suffisante de ce que je n'exécute point si tost mon désir et le vostre, assavoir de vous déclairer par effect l'affection de mon cœur, que vous ne serez pas mal contents de la response que j'ay faict à vos ambassadeurs. Je vous prie doncq, comme je vous ay naguères escrit, de vouloir toujours considérer que je suis icy pour servir selon la petite faculté que Dieu m'a donnée à toutes les Eglises chrestiennes, au nombre desquelles la vostre est comprise, et pourtant que je ne puis pas délaisser une telle vocation, mais suis contrainct d'attendre l'issue qu'il plaira au Seigneur de nous donner. Car combien que je ne soys rien, il me doibt suffire que je suis constitué en ce lieu par la volunté du Seigneur, affin de m'employer à tout ce où il me vouldra applicquer; et combien que nous ne voyons pas les choses disposées à procéder fort avant, si nous fault-il mettre toute diligence et nous tenir sur nos guardes, d'aultant que nos ennemys ne demandent qu'à nous surprendre au desproveu, et qui plus est, comme ils sont plains de cautèles, nous ne sçavons pas ce qu'ils machinent. Par quoy il nous fault préparer i. 3

d'attendre une aultre journée nouvelle, s'ils obtiennent par leurs practiques qu'il ne se dépesche rien icy. Cela faict que pour le présent je ne puis pas venir pour vous servir en la prédication de l'Evangile, et au ministère de vostre Eglise. Pareillement en telle incertitude je n'oserois vous déterminer aulcun temps certain, à cause, comme j'ay desjà dict, que ceste assemblée nous en produira possible une seconde à laquelle je pourroys estre envoyé, et ne sçauroys refuser1. Tant s'en fault que je doubte que ceste response ne vous soit agréable, que, si la cbose estoit en vostre main, j'attendrois un mesme conseil de vous.

Au surplus incontinent que Dieu m'aura donné le loysir et opportunité, c'est à dire que je seray délibvré de charge extraordinaire, je vous asseure que en toutes sortes qu'il me sera possible de m'employer pour subvenir à vostre Eglise, j'en feray mon debvoir, aultant comme si j'avois desjà accepté la charge en laquelle vous m'appelez, voire aultant que si j'estoys desjà entre vous faisant office de pasteur. Ceste solicitude que j'ay que vostre Eglise soit bien entretenue et gouvernée, ne souffrira poinct que je ne tente tous les moyens

1 Les conférences de Worms où parurent, comme principaux acteurs, Mélanchthon et Eck, furent en effet interrompues à la demande de l'empereur, et reprises avec plus d'éclat, l'année suivante, à la diète de Ratisbonne. Calvin s'y rendit, et son merveilleux savoir lui valut, de la part de Mélanchthon lui-même, le surnom de théologien. Il retraça le tableau de cette assemblée dans plusieurs de ses lettres latines, et surtout dans l'écrit suivant: Les actes de la Journée impériale tenus en la cité de Regesbourg, aulfrement dicte Ratispone, Van mil cinq cens quarante et un, sur les différens qui sont aujourdhuy en la Re lig ion. Genèw, 1 541 .

qu'il me sera possible, pour assister à la nécessité d'icelle.

Bien est vray que je ne puis pas quicter la vocation en laquelle je suis à Strasbourg, sans le conseil et consentement de ceulx auxquels nostre Seigneur a donné authorité en cest endroit. Car pour ne point confondre Tordre de l'Eglise, comme nous (ne) debvons pas entreprendre le gouvernement d'une Esglise bien réglée sans qu'on nous le présente, aussy nous ne debvons pas laisser les Eglises qui nous sont commises à nostre phantasie, mais attendre que ceulx qui ont la puissance nous en délivrent par bon et légitime moyen. Ainsi comme n'estant pas libre, je désire toujours de me gouverner par le conseil de mes frères qui sont au ministère de la parole avec moy, mais cela n'empeschera pas que je ne soye prest à vous faire tout service dont le Seigneur nous vouldra faire la grâce. Car leur affection n'est pas aultre que de me induire, plus tôt que me retirer, de secourir vostre Eglise, en tant qu'ils congnoistront estre expédient pour le salut d'icelle. Parquoy je vous supplie affectueusement de vouloir avoir ceste fiance que mon couraige est du tout à cela, de monstrer que j'ay aultant en recommandation d'assister en tant qu'il me sera licite à vostre Eglise , et faire qu'elle soit proveue selon la conséquence qu'elle porte, comme de chose du inonde. Au surplus je vous remercie très humblement de la bonne affection qu'il a pieu de vostre grâce déchirer envers moy, comme je l'ay entendue par vos lettres et encore plus amplement par le rapport de vos ambassadeurs.

Atant magnifiques, puissants et honorables seigneurs,

après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplye le Seigneur de vouloir vous augmenter de jour en jour ses grâces qu'il a commencées en vous, et vous conserver tellement par son Sainct Esperit, que vous puissiez servir en vostre dignité à la gloire de son nom, et ainsy que vostre gouvernement et Testât de vostre ville par sa bénédiction journellement prospère. Sur toutes choses , je vous prie au nom du Seigneur Jésus, de maintenir vostre bonne paix et concorde, tant qu'il vous sera possible, et entre vous et avec ceulx qui vous sont conjoincts en nostre Seigneur. De Wormes ce 12 de novembre 1540.

Vostre humble serviteur en nostre Seigneur,

Jehan Calvin.

AUX SEIGNEURS DE GENEVE

Original. Signature autographe, iiibl. de Genève. Portef. I.

Nobles, honorables et puissans seigneurs, suyvant la responce iaicte à vos ambassadeurs par messieurs de ceste ville, incontinent après nostre retour de Wormes, j'ay procuré qu'on regardastde subvenir à vostre Eglise, comme je doibs avoir en recommandation qu'elle soit deuement pourveue. Et s'il eust esté trouvé bon que je y l'eusse ailé, je me feusse mis en mon debvoir, car

combien que la charge de gouverner une telle Eglise me fust fort difficile, toutesfois pour ce que je suis à Dieu et non pas à moy-mesme, je suis tousjours prest de m'emploier là où bon luy semblera de m'appeler. Et aussy puisqu'il vous a pieu d'avoir tant de fiance en moy, je me sens tenu de satisfaire en tant que en moy seroit à vostre désir, oultre l'obligation perpétuelle que j'ay envers vostre Eglise à laquelle nostre Seigneur m'a une fois donné. Toutesfois il est intervenu un empeschement qui ne m'a permis de poursuyvre plus oultre, c'est que on m'a dellégué pour aller à la journée de Regesbourg 1 laquelle vocation je ne puis éviter, veu que en icelle je sers à vostre Eglise, comme à celle de ceste ville, en tant que c'est une cause commune. Cependant j'ay esté fort joyeulx d'entendre que nostre frère maistre Pierre Viret avait prins la charge de vous instruire en la parole de Dieu % car il est de telle fidélité et prudence que en l'ayant vous n'estes pas despourveus. Parquoy, Messieurs, il vous plaira m'avoir pour excusé de ce que je ne viens à vous puisque nostre Seigneur me tire ailleurs, et toutes fois en tel lieu que c'est sans me retirer de vous, veu que de cœur et d'affection je suis toujours conjoinct avec vous, et espère de jamais ne en estre séparé davantage. Je vous prie de aviser tous les moyens de bien constituer vostre Eglise afin qu'elle soit régie selon l'ordre de nostre Seigneur. Nous espérons par deçà, à ce que nous avons entendu, que les controversies que vous avez avec messieurs de Berne

1 Ratisbonnf\ — Voir la note 4 , p. 34.

2 L'église de Lausanne venait d'accorder pour six mois le ministre Pierre Viret à l'église de Genève.

seront en brief appaisées, dont nous rendons grâce à Dieu, congnoissant qu'il n'y a rien en ce monde qui vous soit plus proffitable que d'entretenir la bonne amytié que Dieu a ordonné entre vous.

Nobles, puissans et honnorables seigneurs, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je prie nostre bon Dieu de vous entretenir premièrement en l'obéyssance de sa saincte parole, et vous confirmer de plus en plus en son esprit pour vous diriger en vraye prudence et justice pour bien gouverner vostre ville, vous faisant prospérer en tout bien. De Strasbourg ce dix-neufviesme de febvrier mil cinq cens quarante et ung.

Vostre humble serviteur et entier amy,

Jehan Calvin.

AUX SEIGNEURS DE GENEVE

Original. Signature autographe. Archives de Genève. 1250.

Magnificques et honnorables seigneurs, quant je seray arrivé par delà je vous exposerai les raisons pourquoy j'ay esté retardé et espère de vous en satisfaire facilement. La présente sera seulement pour vous signifier que ayant entendu à Soleure qu'il y avoit quelque trouble en ceste Eglise *, j'ay esté contrainct selon Dieu de me destourner de mon chemin pour veoir sy je y

1 L'église de Neuehâtel. Voir la lettre suivante.

pourrais aulcuncmcnt remédier de ma part. Après m'estre acquicté de mon debvoir, j'ay délibère au playsir de Dieu de partir demain de grand matin pour aller à Berne, pour présenter à messieurs de la ville les lettres qu'on leur envoyé de Strasbourg et Basle. Quand j'auray faict cela je poursuyvray mon chemin sans m'arrester nulle part, car le désir que j'ay de me représenter à vous de ma promesse ne me laissera point targer en lieu qui soit. J'ay retenu le hérault qu'il vous a pieu m'envoyer pour me tenir compaignie, estimant que ce ne seroyt point contre vostre intention ; mais laisse ceste excuse et toutes aultres jusques à mon arrivée.

A tant magnifîcques et honorables seigneurs, après m'estre humblement recommandé à vostre bonne grâce, je supplie nostre Seigneur vous conduire tousjours par son Esprit à conduire bien et sainctement vostre ville, entretenant Testât d'icelle et vos seigneuries en bonne prospérité. De Neufchastel, ce 7 septembre au soir (1541.)

Vostre humble serviteur,

Jehan Calvin.

AUX SEIGNEURS DE NEUCHATEL * Orig. autographe. Bibl. de Genève. Vol. 145.

Magnifîcques et honorables seigneurs, ayant entendu que vostre Eglise n'est pas encore délivrée des troubles

* Au dos : De la main de Viret : « Lettres envoyées à ceulx de

et fascheries qui y sont naguère advenu, nous avons pensé que c'estoit de nostre debvoir envover quelquesuns de nostre compaignie pour se offrir à vous, si l'occasion s'offroit que nous vous peussions servir en cest endroict, en tant que nostre vocation et office porte, à esteindre ce scandale que le diable a suscité entre vous. Pourtant nous avons advisé de vous envoyer nostre bon frère et fidèle ministre de Jésus-Gbrist, et ancien pasteur de vostre Eglise, pour vous donner à entendre le désir que nous avons de vous faire service en nostre Seigneur, et la solicitude que nous portons pour le salut de vostre Eglise, vous suppliant, magnificques seigneurs, que vostre bon plaisir soit l'escouter, en ce qu'il vous dira au nom de nostre assemblée, pour satisfaire à nostre conscience, selon le debvoir de nostre ministère qui nous oblige et contrainct de nous entremectre en ceste cause, veu qu'elle est ecclésiastique et ainsi nous attouche, en tant que nous sommes membres d'un mesme corps. A tant magnificques et honorables seigneurs, après nous estre humblement recommandé à vos bonnes grâces, nous supplions le Seigneur Jésus,

Neufchastel quant on vouloit chasser Farel leur ministre, portées par Viret, envoyé de la part clés ministres de Genève avec les instructions suy vantes pour leur monstrer en leur conseil. »

Inflexible dans l'exercice des devoirs de son ministère, Farel avait publiquement censuré, dans un de ses discours, une dame de qualité dont la conduite était un sujet de scandale pour l'église de Neuchâtel. Irrités de cette censure, les parents de cette dame émurent une partie de la bourgeoisie contre le courageux ministre, et en obtinrent une sentence de révocation qui ne fut annulée que par l'intervention des seigneurs de Berne, et des principales églises suisses. Ruchat : Histoire de la Réformation en Suisse, t, V, p. 164 et suivantes.

seul bon pasteur et gouverneur de son Eglise, de vous bien conseiller en ceste cause, comme elle est de grosse importance, et après avoir bien appaisé les troubles que le diable tascbe de semer en vostre Eglise pour ruiner l'œuvre et édification du Père céleste, nous le prions aussi qu'il vous vueille tousjours maintenir en bonne prospérité. De Genesve, ce XXIX de septembre 1541.

Vos humbles serviteurs en nostre Seigneur.

Jehan Calvin.

Aymé Champereau.

Jacques Bernard.

La somme des choses que nous désirons que nostre frère maistre Pierre Viret remonstre à la seigneurie de Neufchastel en nostre nom, le pryant de suivre ce qui sera icy contre, comme instruction.

Premièrement il aura à faire nostre excuse de ce que nous nous entremeslons de cest affaire, leur déclairant que cela est du debvoir de nostre office, car la communion des saincts emporte cela principallement que les Eglises voisines ayent solicitude mutuelle de se confermer Tune l'aultre. Et quant il survient quelque nécessité à l'une, que l'aultre luy subvienne. Or que oultre cela, nous avons encore en singulière recommandation leur Eglise, et qu'elle nous attouche de plus près pour plusieurs causes lesquelles il pourra réciter.

Après leur remonstrera quel ordre nous pensons debvoir estre tenu en l'Eglise à déposer un ministre, assavoir qu'on y procède, comme l'Escriture commande, par forme de jugement, voire spirituel, et non point

par sédition ne tumulte. Et quant il se faict aultrement, que c'est déshonorer Dieu et troubler la police de sa saincte cité.

Que si on oste un homme de son lieu sans cause et raison juste, et qu'on le contraingne d'abandonner l'Esglise laquelle il a fidèlement servie, et par ainsi qu'on le retire injustement de la vocation en laquelle il a esté constitué de Dieu, que l'homme n'est pas seulement oultragé par ce moyen, mais Dieu aussi, veu que sa vocation légitime est violée et faicte vaine.

Item quelle opinion nous avons de Farel, et en quelle estime il est envers tous fidèles, c'est que nous le jugeons avoir bien et loyaulment tousjours versé en l'œuvre de nostre Seigneur, et pourtant qu'on ne le peult priver du ministère, jusques à ce qu'il apparoistra du contraire, sinon contre droict et raison.

Les advertir des inconvénients qui en pourront advenir tant en la ville, comme dehors. Singulièrement les scandales qui s'en ensuivront. Que ce sera pour diffamer l'Evangile de nostre Seigneur entre les meschans; offenser tous les bons, troubler les infirmes, et que comme leur Esglise a esté bien renommée, qu'elle sera d'aultant plus descriée.

Que dedans leur ville les cendres s'en pourront enflamber d'advantaige, jusque à mutineries et basteries. Et mesme que entre les ministres il s'en pourroit engendrer quelque schisme. Alléguer si bon luy semble quelques exemples anciens, sans attoucher le temps présent.

Finalement les admonester que c'est que l'ire de Dieu a coustume d'apporter, quant nous la provocons, ainsi qu'on feroit, en commectant un tel désordre.

Puis en son nom, il pourra adjouster ce que bon luy semblera, après avoir exposé ces choses de par nous.

Jehan Calvin.

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