AU RQI DE FRANCE
Minute originale corrigée par Calvin. Bibl. de Genève. Vol. 145.
Sire , puisque nous sommes chargez et intitulez vers vostre majesté de tenir quelque secte à part, nous ne
* Au dos de la main de Calvin : Au Roy, la confession des Eglises de France.
Cette confession, rédigée d'une main habile, et en termes conciliants, par le réformateur, fut présentée au roi Henri II, à l'époque où les princes protestants d'Allemagne se disposaient à intervenir auprès de ce prince en faveur de leurs coreligionnaires français exposés à la plus dure persécution (novembre 1557). Les plus odieuses calomnies étaient alors répandues sur le compte des protestants de
désirons pas mieux que Je vous rendre conte de nostre foy, moyennant qu'il vous plaise nous ouyr patiemment en ce que briesvement nous vous offrons par escrit, à ce que vous ayez meilleur loisir de priser le contenu, et, si bon vous semble, le communiquer à vostre conseil , afin que vous puissiez mieux juger si c'est à tort ou à droit que nous sommes blasméz. Cependant, Sire, nous vous supplions humblement de deux choses : L'une est qu'il vous plaise de considérer combien la vérité de Dieu contenue en la loy, aux prophestes et en l'Evangile est une chose prétieuse, veu que non-seulement le salut de nos âmes y gist , mais aussy que Dieu ne peut estre deuement honoré, servi et glorifié, sinon que par ceste reigle; secondement qu'il vous plaise aussy penser combien d'abus régnent aujourd'huy au monde. Car c'est chose toute notoire que la vraye pureté de l'Eglise est toute pervertie et corrompue. Or, plusieurs se nourrissent en ignorance , estans obstinez à ne se vouloir enquérir de la volunté de Dieu. Et voilà qui est cause que plusieurs gens craignans Dieu seront souvent condamnez par faute d'estre ouïz. Au reste, Sire, afin qu'il ne vous semble que nous vueillions rien colourer ne palier par vaine couverture, nous avons icy couché en simplicité une briesve confession de la foy que nous tenons, laquelle nous espérons que vous trouverez accordante avec l'église catholique.
En premier lieu, nous croyons en un seul Dieu,
France, et trouvaient un écho jusque dans la cour. Bèze, Hist. eccl., 1. 1, p. \ t\ . Calvin, en traçant un simple exposé de la foi des Eglises réformées, se proposait de détruire ces calomnies qu'il avait déjà si éloquemment réfutées, vingt-deux ans auparavant, dans sa belle préface de l'Institution chrétienne.
d'une simple essence , et toatcsfois en laquelle il y a trois personnes distinctes, selon que nous sommes enseignez par la saincte Escripture , et qu'il a esté déterminé par les anciens conciles, et détestons toutes sectes et hérésies contre lesquelles les anciens docteurs ont combatu .
Nous croyons que l'homme ayant esté créé pur et entier, est descheu par sa faute propre de la grâce qu'il avoit receue, et par ce moyen si est aliéné de Dieu qui est la fontaine de justice et de tous biens. En sorte que sa nature a esté du tout corrompue , et estant aveuglé en son esprit et dépravé en son cueur, a perdu toute intégrité, sans en avoir rien de résidu.
Nous croyons que toute la lignée d'Adam est infecte de telle contagion, et que le péché originel est un vice héréditaire, et non pas seulement une imitation , comme les Pélagiens ont voulu dire , lesquels nous détestons en leur erreur.
Nous croyons aussy que ce vice est vrayement péché qui suffit à condamner tout le genre humain, et pour tel est réputé devant Dieu. Mesme qu'après le baptesme, c'est toujours péché quant à la coulpe, combien que la condamnation en soit abolie, pource que Dieu par sa bonté gratuite ne nous l'impute point.
Nous croyons que c'est par la seule miséricorde de Dieu que les esleus sont délivrez de la perdition générale en laquelle tous hommes sont plongez. Et premièrement que Jésus-Christ, sans lequel nous sommes tous perdus, nous a esté donné pour rédempteur, aflin de nous apporter justice et salut.
Nous croyons que Jésus-Christ estant la sagesse éter-
nelie de Dieu, et son Fils unique, a vestu nostre chair afin d'estre Dieu et homme en une personne, voire semblable à nous , sinon en tant qu'il a esté pur de toute macule. En quoy nous détestons toutes les hérésies qui ont anciennement troublé l'Eglise. Item , que la fin de prendre nostre nature a esté pour mourir et résusciter, et accomplir toute justice , afin de nous acquérir la vie céleste.
Nous croyons que par le sacrifice unique que Jésus- Christ a offert en la croix , nous sommes réconciliez à Dieu pour estre tenus et réputéz justes, et que par ce moyen nous avons liberté d'invoquer Dieu en plaine fiance qu'il nous est Père , d'autant que par adoption nous obtenons ce que Jésus-Christ a de nature.
Nous croyons que toute nostre justice est fondée en la rémission des péchez, comme c'est aussy nostre seule félicité, selon que dict David. Parquoy nous rejectons toutes autres justices que les hommes présument d'avoir par leurs vertus ou mérites, veu que nostre fiance ne se peut arrester ailleurs, ne trouve repos, sinon quand nous sommes résolus que Dieu en couvrant nos iniquitéz, nous alloue, pour nous justifier et absoudre, l'obéissance que son Fils luy a rendue.
Nous croyons que par la seule foy nous sommes faicts participans de ceste justice, et aussy que nous sommes illuminez en foy par la grâce secrette du Sainct-Esprit , tellement que c'est un don gratuit et particulier, lequel Dieu adresse à ceux que bon luy semble, voire nonseulement pour les introduire au bon chemin , mais aussy pour les y faire continuer jusques au bout.
Nous croyons que par ceste mesme foy nous sommes
régénérez en nouveauté dévie, pource que naturellement nous sommes asservis à péché. Or, combien que ce renouvellement par lequel Dieu nous forme à bien faire, soit une partie de nostre salut, toutesfois nous confessons que les bonnes œuvres que nous faisons par la vertu du Sainct-Esprit, ne viennent point en conte pour nous justifier devant Dieu , et mériter qu'il nous tienne pour ses enfans, pour ce que nous serions tousjours flottans en doute et inquiétude, si nos consciences ne s'appuyoient sur la satisfaction par laquelle Jésus- Christ nous a acquitéz.
Estans munis de telle fiance , nous invoquons Dieu au nom de son fils, lequel il nous a donné pour médiateur et advocat , et luy adressons hardyment nos prières, aiant si bon accès et privé envers luy, joint qu'il nous déclaire que nos prières luy seront sacrifice de bon odeur, et qu'il nous commande d'avoir refuge à luy par ce moyen .
Nous croyons que l'ordre de l'Eglise que Jésus-Christ a establi en son authorité, doibt estre tenu sacré et inviolable; et pourtant que l'Eglise ne peut consister, sinon qu'il y ait des pasteurs qui ayent la charge d'enseigner, lesquels on doibt honorer et escouter en révérence quant ils sont deuement appeliez , et exercent fidellement leur office ; en quoy nous détestons tous fantastiques qui vouldroyent anéantir en tant qu'en eux est la prédication delà parolle de Dieu.
Nous croyons qu'il faut garder et entretenir l'unité de l'Eglise, et que tous ceux qui s'en séparent sont gens pervers, qu'on doibt fuir comme pestes mortelles. Toutesfois nous pensons qu'il faut prudemment discerner
quelle est la vraye Eglise , pource que plusieurs abusent faussement de ce tiltre. Nous disons doncques que c'est la compagnie des fidelles qui s'accordent à suivre la parolle de Dieu , et la pure religion qui en dépend , et profitent en icelle tout le cours de leur vie, croissans et se confermans en la crainte de Dieu , selon qu'ils ont besoing de s'avancer et marcher tousjours plus oultre. Mesmes , quoy qu'ils s'efforcent , qu'il leur convient avoir incessamment leur recours à la rémission de leurs péchés.
Nous croyons que les sacremens sont conjoints à la parolle pour plus ample confirmation, affin de nous estre gages et méraux de la grâce de Dieu , et par ce moyen soulager et ayder nostre foy, à cause de l'infirmité et rudesse qui est en nous. Nous tenons aussy que la substance d'iceux est Jésus-Christ , car estans séparez de luy ils perdent toute vertu.
Nous croyons que le baptesme est le tesmongnage de nostre adoption, pour ce que là nous sommes entrez au corps de Christ afin d'estre lavez et nectoiéz par son sang, et puis renouveliez en sainte vie par son Esprit. Or combien que le baptesme soit sacrement de foy et de pénitence, néammoins puisque Dieu reçoit en son Eglise les enfans avec les pères , nous disons que par l'authorité de Jésus-Christ, les petis enfans engendrez des fidelles doibvent estre baptisés.
Nous confessons que la saincte Cène nous est tesmongnage de l'unité que nous avons avec Jésus-Christ, d'aultant qu'il n'est pas seulement une fois mort et résuscité pour nous, mais aussi nous repaist vraiement et nourrit de sa chair, à ce que nous soions un avec luy,
et que sa vie nous soit commune. Or combien qu'il soit au ciel jusques à ce qu'il vienne pour juger le monde, toutesfois nous croyons, par la vertu secrète et incompréhensible de son esprit, qu'il nous nourrit et vivifie de la substance de son corps et de son sang. Nous tenons bien que cela se faict spirituellement, non pas pour mectre au lieu de l'effect et vérité imagination ne pensée , mais d'aultant que ce mystère surmonte en sa haultesse la mesure de nostre sens et tout ordre de nature. Bref, d'aultant qu'il est céleste, ne peult estre appréhendé que par foy.
Nous croions , ainsy que dit a esté , que , tant en la cène qu'au baptesme , Dieu nous donne réaiment et accomplit par effects ce qu'il y figure, et pourtant nous conjoingnons avec les signes la vraye possession et jouissance de ce qui nous est là présenté. Et par ainsy que tous ceulx qui apportent à la table sacrée de Jésus-Christ une pure foy comme un vaisseau, reçoivent vrayement ce que les signes testiffient, c'est que le corps et le sang de Jésus-Christ ne servent pas moins de menger et de boire à l'âme que le pain et le vin au corps \
Nous croions que Dieu veult que le monde soit gouverné par loix et pollice, afin qu'il y ait quelques brides pour réprimer les appétis désordonnéz du monde , et ainsy qu'il a estably les royaulmes et principaultés , et tout ce qui appartient à Testât de justice, et en veult estre recongnu autheur, afin qu'à cause de luy non-seulement on endure que les supérieurs dominent, mais aussy qu'on les honore et prise en toute révérence , les
1 En marge de la main de Calvin : // fauldra insérer en blanc ces deux articles Juchant la cène).
tenans pour ses lieutenans et officiers, lesquels il a commis pour exercer une charge légitime et saincte. Nous tenons doncque qu'il fault obéir à leurs loix et statuts, paier tributs, imposts et aultres debvoirs, et porter le joug de subjection d'une bonne voulunté et franche, moiennant que l'Empire souverain de Dieu demeure en son entier1.
Voilà, Sire, la somme de nostre foy sans aucun fard ne desguisement. Si nous n'avons desduict par le menu tous les poincts et articles sur lesquels on nous taxe, si est-ce qu'on ne nous peult rien reprocher qui ne dépende de ce qui est icy contenu, et vous le trouverez ainsy quant il vous plaira examiner le tout. Si nous n'adhérons à beaucoup de superstitions lesquelles sont du tout contraires à ce que nous avons cy-dessus décléré , nous espérons que nostre excuse sera receue de vous comme raisonnable, vous suppliant de rechef très humblement, Sire, comme bon père et humain protecteur de vos obéyssans subjects , d'avoir pitié de ceulx qui ne cherchent que de servir simplement à Dieu en s'acquictant loiaulment de leur debvoir envers vous.
1 En marge, de la main de Calvin : // fauldra adjouster en la fin cest article. — Rapprocher ce passage du beau chapitre de l'Institution chrétienne, sur le gouvernement civil. Les protestants français étaient représentés au roi comme des sujets rebelles, ennemis de toute autorité, dont les doctrines tendaient également au renversement de la religion et de l'Etat.
A MADAME DE RENTIGNY
Copie. Bibl. de Genève. Vol. 107.
Ma Dame et honorée sœur, j'avois jusques icy différé à vous escrire, non par faulte d'avoir mémoire de vous, mais pource que je pensois bien que vous aviez par delà gens qui faisoient leur debvoir à vous exhorter selon la nécessité1. Et aussy j'estois adverty de la constance que Dieu vous avoit donnée , tellement que j'avois plus tost à luy en rendre grâces qu'à vous solliciter. Surtout pource qu'estant si loing, je ne pouvois bonnement
* A Mademoiselle de Rentigny, prisonnière à Paris.
Cette dame, une des captives de la rue Saint-Jacques, était fille du seigneur de Rambouillet, et femme du chevalier de Rentigny, enseigne du duc de Guise. Son mari et son père, zélés catholiques, introduits dans son cachot, ne purent ébranler sa foi. La constance de Mademoiselle de Rentigny, louée des ministres de Paris, le fut aussi dans une lettre de Th. de Bèze aux ministres de Zurich, où l'on remarque ce passage : « Captivorum plerique fortissime pergunt, adeo quidem ut quae inter omnes captivas feminas et nobilitate generis et amicorum copiis excellit, oblatam a rege veniam plane répudiant, sui etiam et parentis et viri preces et lacrymas aspernata, digna certe quam nominatim Domino commendetis. Vocatur Domina de Rentigny... Det illi Dominus adfinem usque perseverareï » 24 nov. 4 557. Mss. des Archives de Zurich.
1 Les ministres de Paris. Voir les lettres du ministre Racham à Calvin, Bibl. de Genève, vol. 142. L'histoire de l'Eglise réformée de Paris , durant deux de ses plus glorieuses années (1 558-1 559), est tout entière dans ces précieux documents.
sçavoir quel estoit vostre estât, pour bien apliquer mon exhortation , selon qu'il eust esté besoing , je m'estois déporté de ce que ceux qui estoient prochains pouvoient mieux faire, voiant quasi à l'œil le mal auquel il faloit remédier. Toutesfois pource que la longueur du temps apporte souvent beaucoup d'ennuys, et que les tentations redoublent , et aussy pource que c'est l'artifice de Satan et de ses supports de faire languir les enfans de Dieu , afin de leur amortir petit à petit le courage, je n'ay voulu différer plus long temps à m'acquiter d'une partie de mon debvoir. Aussy je ne sçay pas s'il plaira à Dieu de vous esprouver plus oultre , car possible que jusques icy en vous espargnant, il vous a donné loysir de vous préparer afin que ne feussiez prinse au despourveu. Car combien que je ne doubte pas que n'aiez tousjours esté appareillée à glorifier son sainct nom , si est-ce qu'il sçait traiter les siens par bonne mesure, aiant tousjours esgard à leur infirmité. Et, quoy qu'il en soit, je me tiens asseuré que jusques icy vous n'avez pas esté sans sentir son secours évident. Car combien que les alarmes n'aient pas esté si rudes du commencement , comme à ceux qui ont esté les premiers pour monstrer le chemin au reste, si est-ce qu'à la longue vous feussiez deffaillie cent fois sans estre soustenue par sa vertu. Parquoy aiant persisté et tenu bon en beaucoup de combats et contredits, congnoissez qu'il ne vous avoit pas mise en oubli ; et que ceste expérience vous fasse espérer sans doubte que jusques à la fin il vous sera prochain , et parfera sa vertu en vous, quelqu'infirmité qu'il y ait.
Je croy que vous avez entendu qu'il n'a pas tenu à
nous que vous n'eussiez quelque soulagement du costé des hommes, mais le commencement a esté si maigre, qu'il semble que Dieu ne vueille pas que nul ne s'en mesle que luy1. Combien que si les seconds font mieux que les premiers , encores nous fauldra-il bien congnoistre qu'ils n'ont esté qu'instrumens de sa grâce2. De faict j'ay quelque conjecture, mesmes qu'ils n'eussent pas meilleur advis ne conduicte que les aultres, qu'ils obtiendront plus. Mais quoy qu'il en soit, le meilleur est de se préparer à l'extrémité ; car s'il n'y a que la sortie pour ce coup, il y aura bien à penser plus que jamais pour l'advenir, pour ce que ceux qui ne se voudront affranchir du service de Dieu en le quittant, seront plus estroitement captifs sous la misérable servitude de Satan. Parquoy, Madame et bien-aymée sœur, je vous prie au nom de Celuy qui nous a si chèrement rachetez pour dominer sus nostre vie et nostre mort, que vous regardiez surtout comment vous pourrez achever le cours de vostre vie en son obéissance. Croiez que vostre vie m'est prétieuse , mais ce n'est pas à vous ny à moi de nous dispenser que nous ne préférions à une centaine de vies l'honneur de Celuy auquel nous devons
1 Allusion aux démarches, assez mal concertées, des cantons réformés de la Suisse auprès du roi Henri II, pour adoucir le sort de leurs coreligionnaires français.
2 Les princes protestants d'Allemagne s'étaient empressés d'imiter l'exemple des cantons suisses, et leur intervention fut plus eflicace. « Au mesme instant, dit Bèze, arrivèrent aussi lettres de la part du comte Palatin, premier électeur, tendantes à mesme lin, tellement que le roy solicité de ceste sorte, et voiant le besoin qu'il avoit du secours des estrangers, accorda qu'on procédast plus doucement en ces affaires. '> Hist. ceci., t. 1, p. 132.
ii. Il
tout. Je dis cecy, pource que je présume assez qu'oultre les tentations qui vous pourront venir au-devant, il y aura plusieurs soufflets pour les allumer, et cependant amortir la crainte de Dieu. Si vous n'estiez bien munie au contraire de quelques assaults qui vous soient dressez, quant vous regarderez non-seulement que vault l'héritage des cieux auquel nous sommes appeliez, mais aussy de quel prix il nous a esté acquis, il y aura pour vous endurcir en une constance invincible ; comme à l'opposite nous serons bientost abattus, etgrans et petis, en destornant nos yeux de là. Principalement ceux qui ont plus d'appuy et d'arrest en ce monde , y seront plus tost retenus, selon que soubs umbre de tous les dons par lesquels Dieu nous attire à soy, Satan s'efforce de nous en eslongner .Mais ceux qui priseront bien la valeur inestimable de ce thrésor qui nous est offert en l'Evangile , quant le Fils de Dieu se donne à nous, auront de quoy quicter tout ce qui est du monde. Il n'y a pas prince ni roy qui puisse estre chrestien, sinon à condition d'offrir sa vie et sa mort en sacrifice à Dieu.
Maintenant , puisqu'il vous appelle à rendre tesmoignage à la doctrine où gist tout vostre bien , salut et gloire, pensez en premier lieu en quoy vous luy estes obligée , et si la condition de vous acquiter est dure et pesante , consolez-vous de ce qu'il ne requiert rien qui ne retorne à vostre profit. Je sçay bien que plusieurs vous pourront alléguer qu'il se vaudroit mieux espargner, que de s'abandonner sans profit , mais en remettant vostre vie à celuy auquel elle appartient , laissez-luy disposer de l'issue qui en adviendra , comme c'est à luy de faire fructiiier tout ce qui procède de nous , pource
qu'aultrement il seroit inutile. En cecy et en tout le reste , congnoissez que vous estes appellée au combat , et puisque c'est le temps de batailler, armez-vous, selon que la nécessité le requiert, non-seulement en méditant les promesses qui nous doibvent fortifier jusques au bout, mais aussy en priant le Dieu de toute vertu vous soustenir par son Esprit, pour vous rendre pleinement victorieuse, comme vous pouvez estre asseurée que beaucoup vous tiennent compagnie en telle requeste. Et de ma part je le supplie de vous avoir en sa saincte garde , vous guider en toute prudence , droicture et constance tellement que son nom soit glorifié en vous comme il le mérite. Ce 8 de décembre
Vostre humble frère et serviteur,
Charles d'Espeville.
AU ROI DE NAVARRE
Minute originale. Bibl. imp. Coll. Pupuy. Vol. 102.
Sire , aiant entendu la grâce que Dieu vous avoit faicte de s'approcher de vous plus familièrement que jamais , pour vous certifier droictement de la pure vérité
* Antoine de Bourbon, due de Vendôme, époux de Jeanne d'AIbret, reine de Navarre, et père de Henri IV. Esprit timide, caractère faible et irrésolu, ce prince osa cependant se déclarer pour la Réforme,
de l'Evangile de son Fils Jésus-Christ, nostre souverain roy 4, j'ay prins la hardiesse de vous escrire, espérant que pour l'honneur et la révérence que vous portez au maistre à qui je sers, vous daignerez bien recevoir la présente , laquelle vous offrant et moy et tout le service auquel il vous plaira m'emploier, vous rendra bon et fidèle tesmoignage, si je n'ay la laculté et moien de monstrer par effet combien je suis vostre, pour le moins que le courage n'y deffault point. Aussy pource que j'ay entendu que de vostre grâce vous me portiez bonne affection, cela m'a tant plus enhardy, pour m'asseurer que j'aurois bonne entrée, et humaine envers vous. Qui plus est, je me tiens asseuré , quand vous verrez que je ne désire aultre chose sinon que Dieu soit glorifié en vous,
avant que sa femme, douée d'un génie viril et d'une âme héroïque, parût incliner vers les croyances nouvelles. Il les fit prêcher publiquement dans la chapelle du château de Nérac, en l'année 1555, et demanda plusieurs ministres à l'Eglise de Genève. Il en obtint deux prédicateurs distingués, François Le Guay, dit le Normand, et de la Pierre, qui unirent leurs efforts à ceux de l'ancien moine David, pour affermir le roi dans la profession de l'Evangile. Bèze, Hist. eccl. , t. I , p. 4 02. Attentif aux intérêts de la Réforme en France, Calvin profita du départ de ces deux ministres pour adresser au roi de respectueuses exhortations.
1 Calvin avait été informé par une lettre du ministre Villeroche des dispositions favorables du roi de Navarre : — « Heri Simon Burserius (credo enim sic vocari) cum rege nostro collocutus est, sermonemque ad multam noctem produxit. Ibi multa de officio principum, de vita aeterna, de cruce Christi, de religionis lide dicebantur, in quibus et ratio aetatis et admiranda vitœ sanctimonia majestatcm atque authoritatem maximam viro coneiliabant. Denique sic res habet, ut de principe hoc, de quo hactenus dubitatum fuit, midto majora et plura quam antehac expectemus. » — Nérac, 43 avril 4 557. Mss. de Genève, vol. ! 10.
voire pour vostre bien et salut, que vous souffrirez voluntiers d'estre exhorté par moy au nom de celuy qui a toute authorité envers vous. Car selon que les roys et princes ont à soustenir une charge difficile , tant plus ont-ils besoing d'estre advertis quel est leur devoir. Et voilà aussy pourquoy Dieu a notamment commandé que les roys appliquassent leur estude plus que les personnes privées à proffiter en sa loy. Car de faict selon que Dieu les eslevant en haulte dignité, les approche plus de soy, il les oblige quant et quant à s'emploier de tant meilleur courage à faire tout debvoir envers luy, comme aussy ce n'est pas raison que les princes terriens qui ne sont que ses officiers et lieutenans, veullent estre obéis, et que luy qui a l'empire souverain , soit fraudé de son droit. Or c'est aujourd'huy le temps plus que jamais que grans et petis se doibvent efforcer à faire que Dieu soit servy selon qu'il le mérite. Car on veoit tout si corrompu et perverty, que la pluspart de ce qu'on appelle service de Dieu ne sont que faulsetés détestables que le diable a forgé, pour faire que le vray Dieu soit déshonoré. Car si les gens de basse condition et de nul crédit sont tenus, en tant qu'en eux est, et que leur petitesse le porte, de mettre peine que Dieu soit purement adoré, il faut bien que les grans et ceux qui sont eslevéz plus hault s'emploient au double, et chacun selon sa mesure.
Pensez, Sire, quand Dieu après vous avoir choisy pour estre prince d'une si noble maison, vous a aussy retiré des ténèbres de superstitions où vous estiez plongé comme les aultres, et vous a illuminé en la cougnoissance de l'Evangile de nostre Seigneur Jésus , ce qui n'est pas donné à tous, n'a pas voulu que la foy que vous
avez receue demeurast enclose en vous et comme ensevelie, mais plus tost que vous soyez une lampe ardente pour esclairer et grans et petis. Et de faict ne doubtez pas que beaucoup de gens ne regardent à vous , et Dieu les y adresse affin que vous soiez tant plus sollicité à vous aquitter à monstrer le chemin à beaucoup d'aultres. D'un costé il vous doibt souvenir quel soing nous devons tous avoir que l'honneur de Dieu soit maintenu en son intégrité, selon qu'il est dit au Pseaume: Le zèle de ta maison m'a consumé et les opprobres qu'on fa faicts sont tombez sur moy. Par quoy la pure doctrine en laquelle Dieu veut estre glorifié, nous doit estre si précieuse , qu'en la voiant obscurcie , voire comme abolie par erreurs, abus, tromperies et illusions de Satan, nostre zèle se doibt allumer pour nous y opposer tant qu'en nous est, et selon que Dieu prononce qu'il rendra honorables ceux qui l'auront honoré.
D'aultre part, Sire, les souspirs et angoisses de tant de pauvres fidèles méritent bien d'estre exaulcéz de vous, pour prendre courage à leur subvenir, et leur procurer quelque allégement, tant qu'il vous sera possible. Et à présent l'occasion s'y offre plus que jamais en ceste assemblée des Estats \. Car il est vraisemblable qu'en traitant de ce qui concerne le gouvernement public , l'article de la religion ne sera point oublié. Je sçay combien la chose sera odieuse que vous sousleviez la querelle de
1 Les Etats-Généraux se réunirent en effet à Paris le 6 janvier 4 558. Mais les trois ordres se bornèrent à voter des subsides nécessaires pour la continuation de la guerre contre l'Espagne, sans s'occuper de l'article de la religion. Le roi de Navarre n'assista pas à cette assemblée. DeThou, L. XX-
Jésus-Christ. Mais si vous, Sire, qui devez estre l'organe de tous enfans de Dieu, avez la bouche close, qui osera ouvrir la sienne pour sonner mot? N'attendez pas que Dieu vous envoyé quelque message du ciel , mais tenez pour résolu qu'en vous appelant en tel lieu et degré, il vous produit pour son tesmoing et procureur de sa cause ; et d'aultant plus la magnanimité qui est en vous se doit ici desploier. Mesme encores qu'il y eust quelque crainte pour les difficultés qu'on y veoit, d'aultant que c'est à Dieu de munir les princes d'un esprit franc et libéral, recourant à luy, je vous supplie de vous esvertuer comme c'est à ce coup qu'il en est besoing, où il est à craindre que la porte ne soit fermée pour l'advenir. Si l'ouverture n'est pas encore d'approuver le bien en plaine liberté, et condamner le mal, c'est bien pour le moins de requérir qu'il soit congneu de la cause, et que tant de pauvres gens ne soient pas condamnez à crédit. Mesme il semble bien qu'on puisse remonstrer par raisons favorables que ce n'est le repos et profit du royaulme, d'y procéder par exécutions violentes, d'aultant que les feux ne font que multiplier le nombre de ceux qu'on persécute , tellement que le sang sert tousjours de semence. Il semble bien aussy que -sans donner occasion à ceux qui ne peuvent encores gouster l'Evangile, de s'escarmoucher par trop , on pourroit mettre en avant quelques poincts qui ne leur seroient pas tant en horreur, comme d'alléguer pour exemple : si un homme se contentoit de prier Dieu , et avoit Jésus- Christ pour son avocat, de le faire mourir pour telle querelle, que c'est une rigueur trop excessive, et qu'il y auroit danger que Dieu ne fust irrité contre le pays ;
attendu que les apostres et disciples de nostre Seigneur Jésus qui sont les vrays mirouers et patrons de la chrestienté, n'ont jamais sceu que c'estoit de prier les saincts trespassés. Il y a aussy d'aultres abus si lourds et énormes qu'il n'y a nul propos de les dissimuler. Et toutesfois si tost que quelcun en voudra remonstrer quelque chose, il sera tenu pour hérétique, sans s'enquérir plus oultre, qui est une extrémité insupportable.
Il y a aussi un aultre advertissement bien digne d'estre faict. Car d'aultant plus qu'on cuide empescher le cours de la Parole de Dieu , et maintenir les abus en leur possession, beaucoup de gens deviennent profanes, sans loy ne sans foy,pour ce que plusieurs se mocquent hardiment en leur cœur de toute la papaulté, sachant qu'il n'y a qu'ignorance et sottise ; et toutesfois craignant le danger de leur vie, rejectent toute instruction. Et à la vérité s'il n'y est proveu de bonne heure , on sera esbay que le royaulme sera rempli de telle infection. Et pleust à Dieu que ceulx qui sont les plus cruels à faire mourir les pauvres gens , ne fussent pas tels contempteurs de Dieu, et mocqueurs de toute religion. Mais il est à désirer que le roy soit adverty que si on persiste d'opprimer les bonnes simples gens, qui, par leur bon zèle et crainte de Dieu , ne s'accordent point à la façon commune, il est à craindre que telle vermine ne gaingne et occupe tout le pays, en sorte qu'il sera trop tard d'y remédier.
Je désirerois bien , Sire , que vos affaires souffrissent de lire un petit traité que je fis il y a douze ans passez *,
1 Supplication et remonstrance sur le faict de la chrestienté et réformation de l'Eglise, à l'empereur, aux princes et estais
quand Estats de l'Empire estoient assemblez pour les différens de la religion. Mesmes je vous oseray bien supplier qu'il vous plaise prendre le loisir de passer par-dessus pour estre mieux informé quelle procédure il seroit expédient de tenir, non pas que je présume de vous donner reigle, mais pource que je me confie que vous ne desdaignerez pas d'apprendre , soit par moi ou par aultre , quelle est la volonté de Celuy auquel vous désirez de complaire en tout et partout, affin de vous y confermer.
Sire , après m'estre très humblement recommandé à vostre bonne grâce , je prieray nostre bon Dieu et Père de vous avoir en sa garde, vous gouverner par l'Esprit de sagesse, droitture et constance, et vous faire prospérer de plus en plus. Ce 14 de décembre 1557.
A MADEMOISELLE DE LONGEMEAU *
Copie. Bibl Imp. Coll. Dupuy. Vol. 102.
Mademoyselle et bonne sœur, ce que j'ay longtemps attendu à vous escrire a esté pour ce qu'estant si loin,
tenons maintenant journée impériale à Spire, 4543. Ce traité composé d'abord en latin, fut traduit en français par Calvin en 4544. Il est inséré dans le Recueil des Opuscules, p. 506.
* A Mademoiselle de Longemeau prisonnière à Paris. Voir la lettre et la note, p. 4 45, 446.
je n'estois pas assez adverty de vostre estât en particulier, et ce qui pouvoit journellement survenir. Parquoy j'ay laissé ceste charge à ceux qui estoient sur le lieu , pource qu'ils savoient mieux quelle exhortation vous seroit propre, et aussy pour ce que je ne pensois pas que la procédure deust estre si longue. Mais puisque Dieu, en prolongeant le terme, a voulu esprouver vostre constance, et aussy vous donner loisir et espace à vous fortifier de longue main, et aussy que j'ay cependant entendu un petit plus de vos nouvelles qu'auparavant, je n'ay voulu faillir à vous déclarer pour le moins que si les ennemis de vérité sont vigilans pour chasser vostre ruine, il y a ici beaucoup d'enfans de Dieu qui ne vous ont pas mise en oubli. Cependant puisque le moyen de vous secourir nous défaut , persistez à vous arrester du tout à Geluy auquel vous avez senti jusques icy un si bon support, qu'il vous a bien donné occasion d'y fonder une plaine espérance. Les combats que vous avez à soustenir sont divers, et un chascun est assez rude et difficile, mais Dieu n7a pas moins de victoires en sa main , quand vous bataillerez constamment sous son enseigne. Seulement ayez tousjours mémoire quelle querelle vous débattez, pour n'en fleschir en fasçon que ce soit. Car quelque délivrance que les hommes vous promettent, Dieu vous tient arrestée là, que si vous prétendez de racheter trois jours de vie en ce monde, c'est renoncer à son héritage céleste. S'il luy plaît, comme aussy je le désire, il trouvera le moyen pour vous faire eschapper. Seulement ayez cela résolu de ne tenir vostre vie que de luy, et cependant apprestez-vous de suivre où il vous appellera, sachant qu'il ne souf«
frira que vous soyez tentée oultre mesure, et aussy qu'il vous doit bien suffire, quoy qu'il dispose de vous, qu'il convertira le tout tant à sa gloire qu'à vostre salut.
Sur quoy, Madamoiselle et bien-aimée sœur, après m'estre affectueusement recommandé à vous, je supplie nostre bon Dieu vous fortifier en constance invincible, vous gouverner par son Esprit et vous tenir en sa saincte protection. Ce 14 de décembre 1557.
Vostre humble frère,
Charles d'Espe ville.
A L'EGLISE DE PARIS
La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit tousjours sur vous, par la communication du Sainct-Esprit.
Messieurs et honorez frères, combien que vos fascheries et angoisses nous touchent de telle tristesse que
* A nos très chers seigneurs et frères les ministres, diacres et anciens de l'Eglise de Paris. Cette même lettre se retrouve (Coll. Dupuy, vol. 102. Copie.) avec cette suscription : A nos très chers seigneurs et frères de Longuevllle.
Sept des malheureux prisonniers de l'assemblée de la rue Saint- Jacques avaient déjà souffert le martyre. D'autres allaient subir le
doibvent sentir les membres d'un corps du mal l'un de l'autre, toutesfois Dieu donne tant plus grand lustre à sa vertu, à ce que vous ne défaillez point, et avons plus ample matière tous ensemble de l'en glorifier que si vous n'estiez point ainsi molestez et affligez. Ainsy, que vostre fragilité ne vous estonne point, voyans comme la vertu du Sainct-Esprit besongne en vous, pour y recourir, et là-dessus efforcez-vous tant plus, ne doubtant point que le Père de miséricorde aura enfin pitié de vous pour donner allégement à vos oppressions. Si plusieurs de ceux qui estoyent appelez au combat se monstrent par trop débiles, que leur exemple ne vous soit point en scandale , pour vous desbaucber, sachans que de tout temps il y a eu de tels exemples pour picquer les fidèles à prier Dieu tant plus soigneusement
même sort, quand une des dames captives présenta des causes de récusation contre un de ses juges, et suspendit ainsi le cours de ces cruelles procédures. L'intervention des cantons réformés de la Suisse et des princes protestants d'Allemagne, fit cesser pour un temps les supplices. — « Plusieurs, dit Bèze, furent envoyés aux monastères, principalement les plus Jeunes des escoliers, desquels les uns se laissèrent escouler, les autres n'estans estroitement serrés, eschappèrent. La pluspart furent renvoyés devant l'official pour y faire abjuration, et recevoir l'absolution ordinaire... Plusieurs lasches et craintifs ne se soucièrent pas beaucoup d'obéir à cela ; les autres usèrent de confessions ambiguës. Quoi qu'il en soit, il y eut de grandes infirmités en beaucoup. Il y en eut aussi qui aimèrent mieux mourir entre les puantises et destresses des prisons, ayant tousjours persévéré constamment » — Hist. eccl., t. I, p. 4 32, 4 33. L'Eglise de Paris avait encore à gémir sur le sort de trente de ses membres retenus dans les cachots. Informé de ces circonstances par le ministre Racham, Calvin adressait de pieuses exhortations à ses frères affligés, et leur annonçait l'envoi de nouveaux ministres partis de Genève.
et les induire à humilité et à crainte. Practiquez donc plustost ceste doctrine ponr suivre le chemin de salut en solicitude, sachans que c'est Dieu qui donne le vouloir et le parfaire. De nostre costé nous n'avons voulu faillir à vous aider en nous desnuant de nostre frère, lequel comme nous espérons sera aussitôt arrivé que les présentes. De faict nous n'avons pas regardé lequel nous vous pourrions envoyer plus facilement , mais avons choisi le plus propre de la compagnie \ De sa part il s'y est si franchement disposé que nous ne doubtons pas que Celuy qui luy a donné un tel zèle et ardeur ne bénisse sa doctrine et la face fructifier, ce qui vous doibt servir d'aiguillon pour appliquer à vostre usage le bien qu'il vous offre. Quant à l'autre % j'ay faict ce qui est en moy pour le faire marcher, et luy en estoit assez délibéré, mais il luy a esté impossible, s'il n'eust voulu tout rompre. Aussi je ne sçay s'il seroit expédient qu'il y allast pour y faire demeure, pource que sa présence à grand'peine pourroit estre cachée, et enflamberoit par trop la rage des ennemis. Pour un voyage de bien courte durée, quand il y auroit nécessité extraordinaire, il seroit plus aisé de le tirer. Ce-
1 Registres de la Compagnie : « Le 1er janvier 1558, nostre frère maistre Jehan Macar partit de nostre ville pour aller administrer la parole de Dieu dans l'Eglise de Paris où il avoit esté éleu, au lieu de nostre frère Nicolas des Gallars. » 11 revint à Genève à la fin de la même année, et mourut en 4560.
2 Sans doute François de Morel. Voir la note 4, p. 4 25. Rappelé de Paris (juillet 4 557), il y retourna au mois de décembre 4 558, pour remplacer le ministre Macar : « Au mesme temps partit d'icy M. François de Morel pour aller prescher à Paris au lieu de nostre frère, M. Macar, qui estoit iey de retour. » Registres de la Compagnie.
pendant faites valoir ce que Dieu vous donne qui n'est pas à mespriser; mesmes que nostre bon frère Monsieur de la Roche 1 nous a promis de retourner en brief pour travailler aussi vaillemment que jamais.
Sur ce , très chers seigneurs et frères , après nous estre recommandez de bon cœur à vos prières, nous supplions le Père de miséricorde augmenter ses grâces en vous de plus en plus et vous tenir en sa protection. Ce 5 janvier (15582.)
Je n'escris point pour ce coup à M. de Racham 3, pource qu'il n'y avoit rien de nouveau. Seulement je pryeray M. Melcar de me faire tenir, s'il est possible et bientost, les mémoires dont il parla en son voyage dernier. Je croy que Pellissier ne refusera point de les luy bailler. Dieu , par sa bonté infinie , vous maintienne tousjours et vous garantisse.
Vostre humble frère,
Charles d'Espeville, au nom de la Compagnie.
1 Antoine de la Roche Chandieu, gentilhomme du Forez, nommé à Tàge de vingt ans ministre de l'Eglise de Paris. Il servit cette Eglise presque sans interruption de 1555 à 1572, échappa miraculeusement à la Saint-Barthélémy, devint aumônier du roi de Navarre, et mourut en 1591 à Genève. On a de lui plusieurs ouvrages publiés sous le pseudonyme de Sadeel ou de Zamarïel, — en hébreu, Champ de Dieu. Le premier en date est Y Histoire des persécutions et martyrs de l'Eglise de Paris depuis Van 1 557, jusqu'au temps du roi Charles IX. Lyon, 1563, in-8<>.
2 1 556 sur le manuscrit de Genève : erreur de copiste.
3 Un des ministres de l'Eglise de Paris.