‹ LettresChapitre 12 sur 71 · A L'EGLISE DE MEAUX · texte numérisé non relu

A L'EGLISE DE MEAUX

Copie. Bibl. ïmp. Coll. Dupuy. Vol. 102.

La dilection de Dieu nostre Père et la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit tousjours sur vous, par la communication du Sainct-Esprit.

Très chers seigneurs et frères, nous ne doubtons pas que l'exemple que vous avez veu naguères en vos voisins \ ne vous ait esté comme un rude assaut pour esbranler vostre foy, et d'autant plus avons-nous à louer Dieu, voyans qu'il vous a soutenu en une telle constance, que vous aimez mieux continuer en son service parmi

* L'adresse manque. Lettre écrite à une Eglise voisine de Paris, probablement celle de Meaux.

Berceau de la Réforme française, Meaux reçut en 1521, sous les auspices de l'évêque Guillaume Briçonnet, les missionnaires de la nouvelle foi, Le Fèvre d'Etaples, Gérard Roussel, Farel, et compta dans ses murs de nombreux martyrs. L'Eglise réformée de Meaux, établie, eh 1546, sur le modèle de celle de Strasbourg, s'organisa définitivement, en 1 555, à l'imitation de celle de Paris, et mérita, par sa constance au milieu des persécutions, ce bel éloge de Théodore de Bèze : — « La petite troupe de Meaux, composée la pluspart de gens de mestier, cardeurs de laine et drapiers drapans, non-seulement a servi d'exemple à toutes les Eglises de France, mais aussi en a engendré plusieurs, voire des plus grandes au Seigneur. Oui plus est, elle peut se vanter d'avoir offert à Dieu comme les prémices des martyrs depuis ceste restauration de l'Evangile... » — Hist. eccl., t. I, p. 6, 49 et 101 .

1 L'Eglise de Paris. Voir la note, p. 171 à 172,

les menaces des ennemys, les troubles et périls que Satan vous machine , que de vous desbaucher pour vous exempter des persécutions. Et de faict, selon que nous voyons les ennemis de l'Eglise envenimez, et que Dieu aussi leur lasche la bride pour esprouver la foy des siens et les humilier, il vous faut apprester à plus grands combacts. Parquoy, selon que desjà vous avez délibéré, poursuivez à vous munir des armes qui vous rendront invincibles, assavoir que vous soyez de plus en plus conferméz en la doctrine de nostre Seigneur Jésus, vous exerçans à prier le Père céleste de vous retenir tousjours des siens. Nous ne doubtons point que telle simplicité ne soit en mocquerie à beaucoup de gens qui se forgent un Dieu à leur appétit, voire quelque semblant qu'ils facent d'avoir gousté la pureté de l'Evangile. Mais regardez ce que Dieu a prouveu , et que sa seule parolle ait telle auctorité envers tous, que rien ne vous esbranle pour vous faire quitter ce que desjà avez congnu estre nécessaire pour vostre salut. Au reste voyans le bon désir que vous avez d'estre enseignez, nous vous avons adressé nostre frère présent porteur, lequel aiant conversé quelque temps avec nous, s'y est tellement porté que nous espérons bien qu'il sera pour vous édifier tant en bonne et saine doctrine , qu'en bonne vie et honneste. Il reste que de vostre costé vous luy donniez tel courage qu'il s'efforce alaigrement à s'acquitter de son debvoir, et que vous monstriez par effect que sans faintise vous désirez obéir au grand pasteur lequel vous aura en sa garde , quand vous serez dociles à le suivre, comme aussi nous le prions de bon cœur tant de vous maintenir au milieu des coups, que

de tous conduire par son Sainct-Esprit, et vous fortifier en toute vertu, après nous estre recommandez à vos bonnes prières. Ce 5 janvier 1558.

Vostre très humble frère,

Charles d'Espeville, au nom de la Compagnie.

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